Le Grand Prix d'Allemagne 1956 (), disputé sur le Nürburgring le , est la cinquante-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1956.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde La saison 1956 est la troisième à se disputer sous la réglementation Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre). Après deux années de domination, Mercedes-Benz s'est retiré de la compétition et ce sont désormais Ferrari et Maserati qui tiennent le haut du pavé en Grand Prix, malgré les progrès notables réalisés par les constructeurs britanniques Vanwall, BRM et dans une moindre mesure Connaught. Le retour de la prestigieuse marque d'avant-guerre Bugatti lors du Grand Prix de France s'est malheureusement soldé par un cuisant échec, Amédée Gordini demeurant, malgré des moyens très limités, le seul constructeur français en F1.

Triple champion du monde, l'as argentin Juan Manuel Fangio, après deux glorieuses années chez Mercedes, est passé chez Ferrari, où il a connu un début de saison difficile, marqué par de nombreux incidents mécaniques. Il a toutefois pris sa revanche lors de la dernière manche à Silverstone, s'adjugeant la victoire au détriment de son principal rival Stirling Moss (Maserati), et revenant à un seul point de son coéquipier Peter Collins, leader du championnat. Sérieux candidat au titre, Moss a cependant hypothéqué une bonne partie de ses chances après un milieu de saison émaillé de problèmes de fiabilité.

Le circuit

thumb|left|alt=Nürburg|Le château du Nürburg, qui domine le circuit. Construit à partir de 1925 dans les montagnes de l'Eifel, inauguré en 1927 après deux ans de coûteux travaux, le Nürburgring se caractérise par un tracé particulièrement accidenté. Développant près de 23 kilomètres, il compte 176 virages et n'autorise pas des moyennes très élevées. Comptant vingt-deux tours, soit plus de cinq cents kilomètres, le Grand Prix est considéré comme l'un des plus difficiles de la saison. Le record officiel de la piste établi par Hermann Lang en 1939 lors du Grand Prix de l'Eifel n'a toujours pas été battu ; ce jour-là, le pilote allemand avait accompli un tour à 138,66 km/h de moyenne au volant de sa Mercedes.

Monoplaces en lice Ferrari Lancia D50 "Usine" Comme en Grande-Bretagne, la Scuderia Ferrari a engagé cinq D50 en configuration 'Syracuse' (réservoir principal dans la pointe arrière, coffrages latéraux intégrés au fuselage comportant les sorties d'échappement et de petits réservoirs d'appoint). D'origine Lancia, ces monoplaces pèsent environ 640 kg et disposent d'un moteur V8 délivrant 280 chevaux à 8000 tr/min. Elles sont confiées à Juan Manuel Fangio, Peter Collins, Eugenio Castellotti, Alfonso de Portago et Luigi Musso, ce dernier effectuant son retour en compétition après quelques mois de convalescence (il s'était blessé au bras lors des 1000 kilomètres du Nürburgring. Ayant quitté l'équipe Bourne, Mike Hawthorn était supposé piloter une Ferrari au Ring, mais son engagement ne fut pas accepté, la compagnie d'assurances refusant de couvrir sa participation, jugeant ce pilote indiscipliné ! Au côté des monoplaces officielles, Giorgio Scarlatti dispose de l'ancienne Ferrari 500 de la Scuderia Centro Sud.

Maserati 250F "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Maserati 250F|La Maserati 250F Tout comme à Silverstone, les quatre 250F officielles sont aux mains de Stirling Moss, Jean Behra, Cesare Perdisa et Francisco Godia. Ces monoplaces sont équipées d'un moteur six cylindres en ligne alimenté par trois carburateurs, développant 270 chevaux à 7600 tr/min, pour un poids de l'ordre de 620 kg. Huit 250F privées sont également présentes, pilotées par Harry Schell, Umberto Maglioli, Roy Salvadori , Luigi Piotti, Louis Rosier, Bruce Halford, Horace Gould et Ottorino Volonterio.

Gordini T32 "Usine" Amédée Gordini a engagé ses deux monoplaces de Type 32, équipées d'un moteur huit cylindres délivrant environ 245 chevaux à 8000 tr/min. Elles sont confiées à Robert Manzon et André Pilette. Pesant plus de 700 kg à vide, elles ne peuvent inquiéter leurs concurrentes italiennes.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 1 Juan Manuel Fangio Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 2 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 3 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 4 Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 5 Alfonso de Portago Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 6 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 7 Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 8 Cesare Perdisa Umberto Maglioli Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 10 Robert Manzon Équipe Gordini Gordini Gordini T32 Gordini L8 11 André Pilette André Milhoux Équipe Gordini Gordini Gordini T32 Gordini L8 12 Harry Schell Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 14 Giorgio Scarlatti Scuderia Centro Sud Ferrari Ferrari 500 Ferrari L4 15 Louis Rosier Écurie Rosier Maserati Maserati 250F Maserati L6 16 Roy Salvadori Gilby Engineering Maserati Maserati 250F Maserati L6 17 Umberto Maglioli Scuderia Guastalla Maserati Maserati 250F Maserati L6 18 Luigi Piotti Luigi Villoresi Luigi Piotti Maserati Maserati 250F Maserati L6 19 Horace Gould Gould's Garage Maserati Maserati 250F Maserati L6 20 Francisco Godia Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 21 Bruce Halford Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 22 Ottorino Volonterio Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6

Qualifications Les qualifications se déroulent les vendredi et samedi précédant la course. D'emblée, les Ferrari dominent les débats, la souplesse de leur moteur V8 leur apportant un net avantage dans les montées. Malgré la piste encore humide, Juan Manuel Fangio se montre très à l'aise, en moins de dix minutes au tour, contrôlant de longues dérives, imité par son coéquipier Peter Collins qui effectue des temps très proches de ceux de son chef de file. Un peu en retrait, Eugenio Castellotti sur la troisième Ferrari devance néanmoins aisément les Maserati de Stirling Moss et Jean Behra. À peine sorti de convalescence, Luigi Musso n'a pas recouvré toute son aisance, subissant encore les effets de sa blessure au bras. Il se montre cependant nettement plus rapide que son compagnon d'écurie Alfonso de Portago, qui sur la cinquième Ferrari est plus lent de plusieurs dizaines de secondes au tour. Après examen de sa voiture, il s'avère que le châssis est cassé au niveau des montants d'amortisseurs arrière, et les cinq monoplaces de la Scuderia vont être aussitôt renforcées dans cette zone.

La journée du samedi confirme la tendance, Fangio et Collins, dans cet ordre, s'emparant des deux premières places de la grille, seulement séparées par trois dixièmes de seconde. Castellotti place une troisième Ferrari sur la première ligne, complétée par la Maserati de Moss, quatrième, qui, à douze secondes de Fangio, n'a pu franchir la barre des dix minutes au tour. Sixième temps des essais derrière Musso, Cesare Perdisa est sorti de la route en voulant éviter un policier sur la piste. Blessé, il ne pourra prendre part à la course. C'est Umberto Maglioli, qui devait prendre le départ au volant d'une Maserati privée, qui le remplacera au volant de la troisième Maserati d'usine. Le pilote belge André Pilette est également sorti de la route lors de la seconde journée d'essais ; blessé à un genou, il ne pourra prendre le départ et sera remplacé au sein de l'équipe Gordini par son compatriote André Milhoux, qui n'a pas du tout tourné sur cette voiture..

thumb|upright=1.05|alt=Ferrari D50|Les Ferrari D50 se sont montrées les plus rapides lors des séances de qualification. + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 Juan Manuel Fangio Ferrari 9 min 51 s 2 - 2 Peter Collins Ferrari 9 min 51 s 5 + 0 s 3 3 Eugenio Castellotti Ferrari 9 min 54 s 4 + 3 s 2 4 Stirling Moss Maserati 10 min 03 s 4 + 12 s 2 5 Luigi Musso Ferrari 10 min 20 s 3 + 29 s 1 6 Cesare Perdisa Maserati 10 min 23 s 5 + 32 s 3 7 Umberto Maglioli Maserati 10 min 26 s 7 + 35 s 6 8 Jean Behra Maserati 10 min 31 s 6 + 40 s 4 9 Roy Salvadori Maserati 10 min 32 s 4 + 41 s 2 10 Alfonso de Portago Ferrari 10 min 37 s 1 + 45 s 9 11 Bruce Halford Maserati 11 min 04 s 1 + 1 min 12 s 9 12 Harry Schell Maserati 11 min 16 s 5 + 1 min 25 s 3 13 Horace Gould Maserati 11 min 32 s 2 + 1 min 41 s 0 14 Louis Rosier Maserati 11 min 39 s 0 + 1 min 47 s 9 15 Robert Manzon Gordini 11 min 55 s 8 + 2 min 04 s 6 16 Francisco Godia Maserati 11 min 57 s 6 + 2 min 06 s 4 17 André Pilette Gordini 12 min 07 s 6 + 2 min 16 s 4 18 Giorgio Scarlatti Ferrari 13 min 05 s 2 + 3 min 14 s 0 19 Luigi Piotti Maserati 13 min 50 s 1 + 3 min 48 s 9 20 Ottorino Volonterio Maserati 14 min 17 s 1 + 4 min 25 s 9

Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 4 3 2 1 MossMaserati10 min 03 s 4 CastellottiFerrari9 min 54 s 4 CollinsFerrari9 min 51 s 5 FangioFerrari9 min 51 s 2 7 6 5 MaglioliMaserati10 min 26 s 7 Emplacementvide MussoFerrari10 min 20 s 3 11 10 9 8 HalfordMaserati11 min 04 s 1 PortagoFerrari10 min 37 s 1 SalvadoriMaserati10 min 32 s 4 BehraMaserati10 min 31 s 6 14 13 12 RosierMaserati11 min 39 s 0 GouldMaserati11 min 32 s 2 SchellMaserati11 min 16 s 5 18 17 16 15 ScarlattiFerrari13 min 05 s 2 Emplacementvide GodiaMaserati11 min 57 s 6 ManzonGordini11 min 55 s 8 21 20 19 VilloresiMaseratiPas de temps VolonterioMaserati14 min 17 s 1 Emplacementvide 22 MilhouxGordiniPas de temps

Une place en seconde ligne est restée vacante à la suite du forfait de Cesare Perdisa, accidenté aux essais. De même, une place en cinquième ligne est restée vacante à la suite du forfait d'André Pilette, également accidenté aux essais. Luigi Piotti, qui devait partir en sixième ligne, a été remplacé par Luigi Villoresi le jour de la course, sa place en sixième ligne restant vacante.

Déroulement de la course Le départ est donné par temps froid et sec, devant environ 100 000 spectateursL'année automobile 1956-1957 - éditeur : Edita S.A., Lausanne. Peter Collins (Ferrari) est le plus vif en action et aborde le virage sud en tête juste devant son coéquipier Juan Manuel Fangio et la Maserati de Stirling Moss. Eugenio Castellotti (Ferrari) est dans les roues de Moss, mais va bientôt effectuer un tête-à-queue en essayant de le dépasser, perdant de nombreuses places. Collins, Fangio et Moss se détachent immédiatement du reste du peloton, roulant dans cet ordre pendant environ quatre kilomètres. Après la bosse de Flugplatz, aux environs de l'aérodrome, Fangio et Moss débordent Collins. Ce dernier ne se laisse pas décrocher, et parvient à reprendre la seconde place à son compatriote avant d'aborder la longue ligne droite qui ramène les pilotes vers les stands. Au premier passage devant les tribunes, Fangio compte environ une seconde d'avance sur Collins, Moss, troisième, ayant perdu du terrain sur les hommes de tête. Un peu plus loin viennent les Maserati de Jean Behra et Roy Salvadori et la Ferrari d'Alfonso de Portago. Fangio et Collins bouclent le second tour à près de 139 km/h de moyenne, battant tous deux le record établi par Hermann Lang dix-sept ans plus tôt ! Moss, légèrement distancé, se maintient en troisième position, conservant une bonne avance sur le peloton emmené par Behra. Au troisième tour, Salvadori renonce, suspension arrière cassée. Fangio et Collins, toujours groupés, ont pris une nette avance sur Moss, isolé, suivi à bonne distance par Behra et Portago. Umberto Maglioli est alors sixième, mais renonce peu après, la direction de sa Maserati étant hors d'usage.