Le Grand Prix d'Allemagne 1966 (), disputé sur le Nürburgring le , est la cent-quarante-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1966. La course était également ouverte, hors championnat, aux monoplaces de Formule 2.

Contexte avant la course Le championnat du monde Après cinq années de Formule 1 , formule dérivée de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, la Commission sportive internationale (C.S.I.) a décidé lors de son comité exécutif de de porter à trois litres la cylindrée des nouvelles F1, mesure entrée en vigueur le . Le nouveau règlement autorise à nouveau l'utilisation de moteurs suralimentés, avec un coefficient deux pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur thumb|right|upright=1.2|alt=Brabham BT19|Malgré l'utilisation d'un simple V8 Oldsmobile modifié, la Brabham BT19 s'avère une redoutable compétitrice. Ayant judicieusement opté pour la simplicité technique face à la nouvelle réglementation «trois litres», le pilote-constructeur Jack Brabham a pris de vitesse ses adversaires en adoptant le moteur Oldsmobile F85. Modifié par Repco, ce V8 s'est révélé souple et robuste et a permis au champion australien d'imposer à trois reprises sa Brabham BT19 face à des concurrentes certes plus puissantes mais aussi plus lourdes et souvent à court de mise au point. Grâce à ses succès, le champion australien est bien parti pour conquérir un troisième titre mondial.

Le circuit

Inauguré en après deux ans de travaux ayant mobilisé deux mille cinq cents ouvriers, le Nürburgring est le plus vaste et le plus difficile des circuits européens. Surnommé « L'enfer vert », ce circuit permanent est situé en plein cœur du massif de l'Eifel et se caractérise par son tracé particulièrement sinueux et son relief. Longue de et comprenant 176 virages, la boucle nord («Nordschleife») est le cadre des grandes compétitions internationales (épreuves de Formule 1, d'endurance ou Grand Prix moto), tandis que la boucle sud («Südschleife»), développant , est surtout utilisée pour les épreuves nationales. Pour certains événements, notamment le marathon de la route dont le départ sera donné quelques jours après le Grand PrixRevue L'Automobile - septembre 1966, les deux boucles peuvent être combinées en un circuit de plus de 28 kilomètres. Le record officiel de la boucle nord est détenu par Jim Clark, auteur d'un tour à 162,9 km/h de moyenne au volant de sa Lotus lors du Grand Prix d'Allemagne 1965Revue L'Automobile - septembre 1965.

Monoplaces en lice Formule 1 Lotus 33 "Usine" La Lotus 43 à moteur seize cylindres BRM n'étant toujours pas au point, le Team Lotus aligne deux modèles 33, un à moteur V8 Climax FWMV MkIX (1970 cm3, 240 chevaux à 8800 tr/min pour Jim Clark, l'autre à moteur V8 BRM (1998 cm3, près de 260 chevaux) pour Peter Arundell. Le premier dispose d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, le second d'une boîte cinq BRM. Conçues pour la F1 1500 cm3, ces monoplaces à structures monocoques ont dû être lestées pour atteindre le poids minimum de 500 kg. L'équipe britannique est sous contrat Firestone pour la fourniture de pneumatiques.

Lotus 33 privée L'équipe de Tim Parnell engage sa Lotus 33 à moteur V8 BRM 2 litres (version P60 à échappement central, 260 chevaux) et boîte de vitesses Hewland à cinq rapports pour Mike Spence. Elle est chaussée de pneus Firestone.

BRM P261 "Usine" Après leurs débuts peu encourageants, les modèles P83 à moteur seize cylindres ont été remaniés mais les problèmes de sélection de vitesses n'ont pas été complètement résolus. Sur un circuit aussi exigeant que le Nürburgring, l'équipe dirigée par Alfred Owen a préféré confier à Graham Hill et Jackie Stewart les anciennes P261 à moteur V8 (deux litres, 260 chevaux). Lestées pour atteindre les 500 kg réglementaires, ces monoplaces à structure monocoque sont dotées d'une boîte six vitesses conçue et réalisée en interne. Elles utilisent habituellement des pneus Dunlop, mais les pneus Goodyear leur sont généralement préférés en cas de pluie.

BRM P261 privée Bob Bondurant dispose de la P261 à moteur deux litres engagée par Bernard White.

thumb|upright=1.1|right|alt=Ferrari 312|La Ferrari 312 de Lorenzo Bandini. Ferrari 312 & 246 "Usine" La Scuderia Ferrari a engagé deux 312 à moteur V12 pour Lorenzo Bandini et Mike Parkes, tandis que la 246 utilisée en début de saison a été confiée pour la circonstance au champion d'Europe de la montagne Ludovico Scarfiotti. Dotées d'une structure semi-monocoque, les 312 pèsent environ 600 kg. Alimenté par un système d'injection Lucas, leur moteur développe 350 chevaux à 9500 tr/min, contre 260 chevaux à 7800 tr/min pour le V6 de 2417 cm3 de la 246. Avec seulement 505 kg en ordre de marche, cette dernière a pour atout son agilité. Les trois voitures ont un châssis semi-monocoque et sont dotées d'une boîte cinq vitesses. L'équipe italienne utilise des pneus Firestone ou des pneus Dunlop, suivant les conditions de piste.

Brabham BT19, BT20 & BT22 "Usine" Jack Brabham avait initialement prévu de disposer d'une BT20 identique à celle de son coéquipier Denny Hulme, mais a finalement conservé son habituelle BT19, avec laquelle il a remporté les trois dernières courses. Les deux modèles sont techniquement très proches : châssis multitubulaire, moteur V8 Repco alimenté par un système d'injection indirecte Lucas développant 300 chevaux à 6800 tr/min, boîte de vitesses Hewland à cinq rapports ; la BT20 se distingue toutefois de la BT19 par son cockpit renforcé et par ses roues avant de quinze pouces (au lieu de treize), permettant le montage de disques de freins de plus grand diamètre. La BT20 s'avère donc un peu plus lourde que sa devancière (560 kg contre 530). La BT22 à moteur quatre cylindres Climax de 2,5 litres (225 chevaux à 6800 tr/min), utilisé par Hulme en début de saison, fait office de mulet. Depuis 1965, les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear.

Brabham BT11 privées Bob Anderson aligne son ancienne Brabham BT11 à moteur quatre cylindres Climax de 2,7 litres (260 chevaux à 6800 tr/min) tandis que David Bridges a profité du forfait de Bruce McLaren pour engager sa BT11 à moteur V8 BRM (deux litres, 260 chevaux), confiée à John Taylor.

thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T81|Joakim Bonnier au volant de sa Cooper T81 à moteur Maserati. Cooper T81 "Usine" Nommé directeur sportif de l'équipe de Surbiton en début d'année, Roy Salvadori a engagé deux T81 à moteur V12 Maserati pour John Surtees et Jochen Rindt, l'écurie disposant en outre d'un mulet. Initialement prévu pour remplacer le six cylindres des Maserati 250F en 1957, le V12 est alimenté par un système d'injection Lucas et développe 340 chevaux à 9000 tr/min. Premières monoplaces à structure monocoque de la marque, les sont dotées d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports T81 et pèsent 605 kg à vide. Elles sont habituellement chaussées de pneus Dunlop.

Cooper T81 privées Les T81 vendues aux écuries privées sont techniquement identiques aux versions "Usine". Cependant, contrairement au pilote indépendant Guy Ligier qui utilise également des pneus Dunlop, Joakim Bonnier a opté pour des pneus Firestone sur sa T81 personnelle. En désaccord avec les organisateurs allemands au sujet de la prime de départ, Rob Walker n'a pas engagé sa T81, aussi Joseph Siffert a-t-il du déclarer forfait.

McLaren M2B "Usine" Bruce McLaren avait initialement engagé sa monoplace M2B mais a déclaré forfait, le programme F1 du pilote-constructeur étant mis en sommeil dans l'attente de la nouvelle version fiabilisée du moteur V8 Ford, après les casses répétées du moteur V8 Serenissima de remplacement.

Eagle T1F "Usine" Dan Gurney ne dispose toujours pas du V12 Weslake et utilise une fois de plus l'ancien moteur Climax FPF quatre cylindres de 2,7 litres pour son Eagle T1F. Spécialement reconditionné par les motoristes de l'équipe américaine, il délivre 255 chevaux à 8000 tr/min. Équipée d'une boîte cinq vitesses Hewland et de pneus Goodyear, l'Eagle pèse 530 kg à vide.

Formule 2 thumb|upright=1.1|right|alt=Matra MS5|Une Matra MS5 F2. L'ADAC, qui organise le Grand Prix d'Allemagne, a cette année ouvert la course à onze pilotes de Formule 2 pour compléter le plateau. Un classement séparé leur sera consacré. Les monoplaces de F2 doivent avoir un moteur quatre cylindres d'une capacité maximale de 1000 cm3 et un poids minimal de 420 kg. Dominatrices de la catégorie, les Brabham officielles, dotées d'un moteur Honda de 150 chevaux et habituellement pilotées par Jack Brabham et Denny Hulme, ne seront pas présentes. Les F2 engagées sont équipées soit du quatre cylindres Ford Cosworth SCA, soit du quatre cylindres BRM P80, ces deux moteurs délivrant 140 chevaux à 10500 tr/minRevue Sport Auto - .

Matra MS5 Matra Sports a engagé deux MS5 à structure monocoque, une à moteur BRM pour Jo Schlesser et une à moteur Ford Cosworth Jean-Pierre Beltoise, l'équipe disposant en réserve d'une autre MS5 à moteur Ford Cosworth. Épaulant l'équipe officielle, Ken Tyrrell aligne une MS5 à moteur BRM pour Hubert Hahne et une MS5 à moteur Ford Cosworth pour Jacky Ickx.

Brabham BT16 & BT18 Roy Winkelmann a engagé deux Brabham BT18 pour Alan Rees et Hans Herrmann, ce dernier ayant loué celle habituellement utilisée par Jochen Rindt. Le Caltex Racing Team a engagé un modèle identique pour Kurt Ahrens tandis que le pilote indépendant Silvio Moser a engagé sa Brabham BT16. Ces monoplaces à châssis multitubulaire sont toutes équipées d'un moteur Ford Cosworth.

Lotus 44 L'ancien pilote Ron Harris, qui dirige l'équipe officielle Lotus de Formule 2, a engagé trois modèles 44 à châssis multitubulaire et moteur Ford Cosworth pour Piers Courage, Pedro Rodríguez et Gerhard Mitter, ce dernier, qui avait été accidenté lors des essais des 1000 km de Spa et s'était cassé une chevilleRevue Sport Auto - , n'étant cependant pas certain d'être totalement rétabli de sa blessure.

Coureurs inscrits