vignette|Carte maritime, selon la description du Périple de la mer Érythrée.

L’Abyssinie (ou Al-Habash) est une région de la Corne de l'Afrique, située aujourd'hui dans le nord de l'Éthiopie, l'est du Soudan et le sud de l'Érythrée.

Elle était habitée par les Habash ou Abyssins, qui sont les ancêtres des Habashas actuels (Amharas, Tigrés)Jonah Blank, Mullahs on the mainframe: Islam and modernity among the Daudi Bohras, University of Chicago Press, 2001, .. Les Abyssins sont évoqués pour la première fois au dans Le Périple de la mer Érythrée (des instructions nautiques grecques) comme exerçant un vaste commerce avec l’Égypte. Le document évoque également une relation forte avec le « Pays de l'encens », la région de Mehri au Yémen, qui sera marquée par le mythe partagé de la reine de SabaWilfred Harvey Schoff, The Periplus of the Erythræan sea: travel and trade in the Indian Ocean, Longmans, Green, and Co., 1912, ..

Toujours selon Le Périple de la mer Érythrée, les Abyssins et les Baribah (ancêtres des Somalis actuels) ont eu, par leurs villes portuaires comme Opone, des échanges commerciaux reliant l'Empire byzantin à l'Inde occidentale et à l'Afrique de l'Est par l'Égypte et par l'Arabie préislamique. En 530, l'Abyssinie signe un traité commercial avec un ambassadeur de l'empire romain d'Orient, représentant l'empereur Justinien Ier..

L'Abyssinie a ensuite été assimilée à l'empire éthiopien, dont les habitants se désignent sous le nom d’Habashas.

Étymologie L'Abyssinie est une ancienne désignation de l’Éthiopie, en usage principalement jusqu’au milieu du . Le terme peut désigner soit l’ensemble du territoire éthiopien, soit plus spécifiquement les hautes terres chrétiennes et sémitophones de l’Éthiopie et de l’Érythrée. Les formes avec un H- initial, comme en allemand Habesch ou Habessinien, remontent à une racine ancienne vraisemblablement sudarabique. Les formes avec un -y- interne, telles que Abyssinia en latin et en anglais, ou Abyssinien en allemand, résultent d'une fausse étymologie érudite, parfois perçue comme péjorative, fondée sur un rapprochement erroné avec le mot grec abyssos (« abîme »).

Contrairement au nom grec Aithiopia (Αἰθιοπία, « pays des visages brûlés »), Abyssinia serait une auto-désignation. Des formes anciennes du nom, telles que Hbsty, apparaissent dans les hiéroglyphes égyptiens pour désigner une région méridionale proche de la mer Rouge, en lien avec Punt, et sont probablement d'origine sudarabique. Dans les inscriptions sudarabiques épigraphiques (notamment sabéennes), le nom apparaît sous la forme HBS²T (transcrit Habasat), utilisé pour désigner soit des districts de part et d'autre de la mer Rouge, soit plus tard exclusivement une région située sur le territoire de l’actuelle Éthiopie. Plusieurs inscriptions mentionnent des rois de Habasat, en coalition ou en guerre avec les royaumes sudarabiques tels que Sabaʾ ou Himyar. Le roi GDRT de Habasat est associé à un souverain aksoumite du même nom, bien que cette correspondance ne soit pas confirmée.

Le terme apparaît aussi dans les inscriptions royales aksoumites en grec, en pseudo-sabéen et en guèze. Dans l’une des inscriptions du roi Ezana, Abyssinia est mentionnée comme l’un des neuf royaumes sur lesquels il règne, sous la forme HBST (guèze), HBS²TM (pseudo-sabéen), et Αἰθίοπες en grec. La forme hellénisée Abassin figure également sur des monnaies aksoumites du . Dans la cartographie médiévale et moderne, Abyssinia est souvent désignée comme le royaume du Prêtre Jean. Les cartes européennes des lui attribuent fréquemment une extension démesurée allant parfois jusqu’à l’Afrique australe. Ce n’est qu’à la fin du qu’elle est plus précisément localisée en Afrique orientale.

Dans la tradition arabe, al-Habasha désigne généralement l’Éthiopie ou une population noire africaine. Le terme Habasha a aussi donné lieu à des interprétations variées : certaines hypothèses relient son origine au verbe arabe ḥabasa (« rassembler, collecter »), tandis que d'autres y voient une désignation ethnique préislamique documentée dans les textes sudarabiques. L’idée que Habasha désignerait un « mélange de peuples » est ancienne, mais reflète plutôt une construction exogène, occidentale, fondée sur la diversité ethnolinguistique de l’Éthiopie.

Le mot est encore utilisé dans les langues éthiopiennes modernes, comme le tigrigna (Habasa) et l’amharique (Habasha, Abasha), parfois comme emprunt à l’arabe, ou comme héritage des formes guèzes et sudarabiques anciennes. Jusqu’au , Habasha ne désigne que certaines régions du centre de l’Éthiopie dans les documents officiels. Ainsi, un traité de 1843 entre l’Éthiopie et la Grande-Bretagne nomme l’empereur yaHabasha nagus (« roi d’Abyssinie »), et non nəgusä nägästat zä’Ityop̣yā (« roi des rois d’Éthiopie »).

Histoire de 1786 à 1974 L'Ère des Princes 1786-1855 "L'Ère des Princes", aussi appelée Zemene Mesafent en langue amharique, fut une période de désordre au cours de laquelle plusieurs princes se succédèrent rapidement : entre 1755 et 1855, il y aurait eu vingt-huit règnes, et certains princes gouvernèrent à plusieurs reprises.. Ces princes étaient des souverains Wara Sheh, qui gérèrent le royaume pendant sept décennies (1786-1853).. Au cours de ces décennies, le Roi de la dynastie salomonique n'était plus qu'un fantoche entre les mains des potentats Wara Sheh qui gouvernaient en son nom. Cependant, ceux-ci ne furent jamais légitimes aux yeux de la noblesse locale qui entrait sans cesse en concurrence avec eux. Enfin, cette période fut marquée par une guerre civile qui sévit par intermittence d'une province à l'autre, pendant près de trois quarts de siècle..

Tewodros II Règne (1855-1868) vignette|Empereur Tewodros II. L'année 1855 est souvent choisie pour délimiter la fin de l'Ère des Princes grâce au couronnement de Kassa Haylou qui prendra par la suite le nom impérial de Tewodros II.. Dès son couronnement, l'Empereur Tewodros II s'engagea dans la restauration de l'Empire éthiopien et opéra un retour aux principes fondateurs.. Tewodros II avait l'intention d'unir les diverses principautés de l'ère des princes sous son autorité ultime.. Pour y arriver, il tenta de mettre en place une administration centralisée et une armée centrale. Pendant son règne, Tewodros II arriva à s'attacher les provinces centrales, à soumettre les régions du Galla, du Tigré et tout aussi difficilement que provisoirement, celle du Choa.. Il passa la majeure partie de son règne en campagne militaire. Tewodros II était un fervent artisan de la réunification et de la modernisation du pays, il demandait à l'étranger des armes et des experts pour mettre sur pied ses réformes. L'empereur était aussi connu pour ses initiatives diplomatiques et il fut le premier roi depuis deux siècles à vouloir établir de fortes relations avec les puissances européennes, et surtout avec la Grande-Bretagne.

Politique extérieure vignette|Prisonniers européens de Tewodros II. Dès le début de son règne, Tewodros II rencontra des problèmes aux frontières. L'Égypte, qui avait des prétentions territoriales sur l'Abyssinie, ne cessait ses raids frontaliers sur le territoire.. Face à cette situation, l'Empereur fit appel à la Grande-Bretagne en pensant que le christianisme, qu'ils avaient en commun, l'encouragerait à l'aider dans sa cause contre l'Égypte musulmane. La réponse des Britanniques fut négative. Comme Tewodros II n'avait pas beaucoup d'alternatives pour exprimer son mécontentement aux Britanniques, il eut recours à des voies non diplomatiques en emprisonnant les Européens présents à sa cour, dont les experts qu'il avait fait venir pour la modernisation du pays, dans l'attente d'une réponse.. Les Britanniques envoyèrent une armée pour délivrer les otages et punir l'Empereur en 1867.

Politique intérieure et interventions britanniques Pendant ce temps, la situation de Tewodros II à l'interne ne s'améliorait pas. Les administrations de son empire et de son armée avaient été exercées de manière fragmentée sous le contrôle de seigneurs régionaux et Tewodros II n'avait pas réussi à mettre à terme ses réformes. Parmi ces seigneurs, trois réussirent à gagner en puissance: Gobaze du Lasta, Kassa Merch du Tigray et Ménélik du Choa. L'opportunité de devenir le plus puissant des trois se présenta à Kassa grâce aux Britanniques qui, une fois arrivés à Massawa, lui demandèrent de collaborer. Il s'agissait de leur ouvrir une voie de passage et d'approvisionnement en échange d'armes à feu. Kassa accepta l'offre et ainsi, les Britanniques ne rencontrèrent aucune résistance en allant à Magdala, le repaire de Tewodros II. La bataille finale fut celle d'Arogué le 10 avril 1868 et porta un coup fatal à la situation politique de Tewodros II. Réalisant son échec, l'Empereur mit fin à ses jours trois jours plus tard.. Les Britanniques quant à eux libérèrent les otages, donnèrent les armes à feu à Kassa et retournèrent en Grande-Bretagne.. Bien qu'à la fin du règne de Tewodros, l'Abyssinie fut plus divisée que jamais, l'Empereur avait réussi à entamer le processus de réunification nationale.

Succession À la suite de la mort de Tewodros II, il y eut une compétition entre les trois principaux seigneurs (Gobaze, Kassa et Ménélik) pour le trône d'Abyssinie. Avec une armée de 60 000 hommes au moment de la bataille de Magdala, c'est Gobaze qui semblait supérieur aux deux autres et, rapidement, il s'auto-proclama empereur sous le nom de Tekle Giorgis en août 1868.. Cependant, celui-ci fut rapidement détrôné par Kassa Merch qui, depuis l'accord avec les Britanniques, était devenu supérieur en armes..

Yohannès IV vignette|Yohannès IV.

Règne (1872-1889) Kassa Merch devint maître du Tigré et supérieur par les armes devient empereur en 1872 sous le nom de Yohannès IV.. Le nouvel empereur partageait le rêve de Tewodros II de créer un empire d'Abyssinie fort et unifié.. Toutefois, Yohannès IV avait appris des erreurs de Tewodros II et essaya de renforcer son pouvoir, non pas en minant l'autorité des seigneurs régionaux, mais en reconnaissant et en utilisant cette autorité comme base du pouvoir central. Cependant, cette reconnaissance des pouvoirs régionaux était risquée. L'une des conséquences de cette politique fut que Ménélik, roi du Choa, avait pu établir une base de pouvoir solide et conquérir des territoires à l'est, à l'ouest et au sud du Choa.

Menaces extérieures Pendant son règne, Yohannès IV fut confronté à plusieurs menaces extérieures qui mirent en danger la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Abyssinie. À la suite de l'ouverture du canal de Suez en 1869, la mer Rouge devint une route impériale importante et découvrit la partie orientale de l'Abyssinie aux convoitises des puissances européennes.. La Grande-Bretagne et la France s'étaient alors emparées de quelques villes et ports en territoire éthiopien, surtout dans les régions du Djibouti, de la Somalie et de l'Érythrée actuels.. Le négociant Arthur Rimbaud installe dans cette région, notamment à Harar, un Comptoir français assurant le commerce entre Djibouti, Zeilah et Aden, resté célèbre du fait de sa présenceJean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard, 2001. .

L'Égypte, qui depuis longtemps était une rivale de l'Abyssinie, y poursuivait également son programme d'invasion. Grâce à la coopération avec l'Europe depuis Suez, le khédive Ismaïl avait modernisé son armée et était maintenant maître de Massawa. Peu de temps après, Yohannès IV dut faire face à une offensive égyptienne en Érythrée, dans les sultanats de Zeila et de Harar.. À la fin des années 1870, Yohannès IV vainquit finalement l'Égypte, mais dès le début de la décennie suivante, il dut faire face à une autre menace: l'Italie.