Sorgina (prononcer « chorguigna ») est le mot basque désignant la sorcière ou, plus largement, la personne considérée comme pratiquant la sorcellerie.

Description Selon les croyances traditionnelles et les récits recueillis dans les sources ethnographiques, les sorginak étaient réputées se réunir dans des lieux associés à la sorcellerie, notamment dans des grottes et des terrains auxquels la tradition attribue le nom d'akelarre.

Les descriptions des réunions de sorciers et de sorcières, notamment celles consignées dans les procédures judiciaires, leur attribuent diverses pratiques magiques et des comportements considérés comme transgressifs par les autorités religieuses. Il convient cependant de distinguer ces récits judiciaires des croyances populaires et des pratiques effectivement attestées, car les procès de sorcellerie ont contribué à façonner la représentation de l'« akelarre » comme réunion diabolique.

Cette représentation est particulièrement associée aux persécutions de l'Inquisition au Pays basque. Le cas de Zugarramurdi est devenu emblématique : à la suite de l'enquête menée par l'Inquisition, plusieurs habitants furent accusés de sorcellerie et jugés à Logroño en 1610. Les procédures et les condamnations qui en résultèrent ont durablement associé Zugarramurdi aux notions de sorgin et d'« akelarre ». Des recherches et publications contemporaines en langue basque soulignent toutefois la nécessité de considérer les personnes poursuivies avant tout comme des victimes d'une persécution judiciaire et de ne pas reprendre sans précaution les catégories élaborées par les inquisiteurs.

Étymologie Sorgin signifie « sorcier » ou plus souvent « sorcière » en basque. Le suffixe a désigne l'article : sorgina se traduit donc par « la sorcière » ou « le sorcier ». Selon les lieux, elles portent un nom différent : Sorsain, Belagile, Ujanjo.

Jose Miguel de Barandiaran suggère que ce mot dérive de sorte + gin signifiant « jeteur de sorts ». Il est plus probable qu'il dérive de sor + gin qui signifie « créateur, créatrice ».

Le terme akelarre est traditionnellement interprété à partir des mots basques aker (« bouc ») et larre (« pâturage »), mais son origine et son évolution historique ont fait l'objet de controverses parmi les chercheurs. Mikel Zabala présente notamment l'interprétation selon laquelle sorgin serait formé de sors et egin, tandis que Mikel Azurmendi a proposé d'autres étymologies et une origine toponymique pour akelarre.

De nombreux mots en basque sont associés à sorgin soit en rapport avec la nature, la festivité ou avec un consonance péjorative : sorgin-afari : « repas de minuit » (afari qui signifie « souper ») sorgin-baratxuri : « ail des jardins, allium vineale, ail des vignes, ail des ours » (baratxuri qui signifie « ail ») sorgin-belar : « belladone, pissenlit » (belar qui signifie « herbe ») sorgin-dantza : « danse des sorcières » (dantza qui signifie « danse ») sorgin-ehiza : « chasse aux sorcières » (ehiza qui signifie « chasse ») sorgin-gosari : « rafraîchissement pris peu après minuit » (gosari qui signifie « petit-déjeuner ») sorgin-guraizeak : « type de pantographe utilisé par certains personnages lors d'un Carnaval » (guraizeak qui signifie « les ciseaux ») sorgin-gurpil : « cercle vicieux » (gurpil qui signifie « roue ») sorgin-haize : « tourbillon » (haize qui signifie « vent ») sorginkerria : « charme, enchantement, ensorcellement » sorgin-oilo : « papillon » (oilo qui signifie « poule ») sorgin-orratz : « libellule, anisoptera, demoiselle » (orratz qui signifie « aiguille »)

Rituel vignette|Aquelarre, tableau de Goya (Musée Lázaro Galdiano, Madrid). Selon les croyances locales, lors des sabbats, les sorginak (sorcières) se rassemblaient pour chanter, danser, jouer de la musique et festoyer, dans des akelarre, lieux le plus souvent isolés et au clair de lune, et tout cela en l’honneur de la nature incarnée par le Dieu Cornu ou Akerbeltz.

L'utilisation d'autres ustensiles comme le chaudron pour la préparation de potions, ainsi que les crapauds font partie de l'imaginaire associée au monde de la sorcellerie.

Lieux liés aux sorcières Dans tout le Pays basque, il existe de nombreux lieux liés aux sorcières, comme l'indique souvent la toponymie.

Alava Agurain : le dolmen de Sorginetxe, situé à Arrizala, porte un nom signifiant « maison des sorcières ». La tradition locale associe également à la sorcellerie plusieurs lieux de la région. Aramaio : plusieurs lieux de la région, notamment Abadelaueta à Etxaguen, sont associés dans la tradition aux réunions de sorcières. Bilar (Elvillar): près de cette ville se trouve le dolmen de Sorginaren Txabola, également connu sous le nom de « chabola de la Hechicera ». Maeztu : Margarita Jauri figure parmi les personnes accusées de sorcellerie dans le contexte des persécutions liées à l'affaire de Zugarramurdi. Urizaharra (Peñacerrada): le lieu d'Urkiza, entre Peñacerrada et Loza, est présenté dans la tradition comme un endroit où se réunissaient les sorcières.

Biscaye Anboto est traditionnellement associé à Mari, dont certaines traditions font une divinité féminine résidant dans les montagnes et les grottes. Cette tradition est également à l'origine de l'association de Mari avec la « Dame d'Anboto ». Dima : Petralanda est traditionnellement considéré comme un lieu d'akelarre ; il figure parmi les lieux associés aux réunions de sorcières dans la documentation ethnographique. Mañaria : la grotte d'Azkondo est associée par la tradition locale aux sorcières. Murueta : Etxebartxuko-landa est associé dans la tradition locale aux sorcières. Muxika : plusieurs lieux sont traditionnellement considérés comme des lieux d'akelarre, notamment des endroits appelés eperlanda. Orozko : Garaigorta est présenté dans la tradition comme un lieu d'akelarre. La grotte de Supelegor, dans l'Itxina, est quant à elle traditionnellement associée à Mari et aux laminak. Zeberio : les traditions locales associent les sorcières de la région aux réunions de Petralanda à Dima.

Guipuscoa Andoain : une tradition attribue aux sorcières la construction d'un ancien pont. Ataun : plusieurs lieux-dits et endroits de la commune sont associés dans les traditions locales aux sorcières. La toponymie conserve notamment des noms tels que Sorginiturri, Sorginpelota, Sorginzulo et Sorgizuloeta. Azkoitia : certaines traditions associent la commune aux récits concernant la Dame d'Anboto et Mari. Bergara : le mont Itxu est traditionnellement associé à l'akelarre. Errenteria : les traditions locales conservent des récits relatifs aux réunions de sorcières. Hernani : la grotte de Sorgintxulo est associée aux traditions relatives aux sorcières. Hondarribia : le mont Jaizkibel et plusieurs lieux de la commune sont associés à des récits traditionnels de sorcellerie. Lezo : des traditions relatives à la sorcellerie sont également attestées dans la commune. Lizartza : le mont Aini est associé à une tradition locale de sorcière. Mendaro : une tradition raconte qu'une sorcière aurait vécu dans la maison de Silerokua ou Silerene. Oiartzun : les traditions locales associent plusieurs lieux aux sorcières et à d'autres êtres surnaturels. La mythologie de la région fait notamment intervenir les sorgiña et les intxixu. Oñati : les traditions relatives à Mari situent certaines de ses demeures dans des grottes et des montagnes de la région. Pasaia : les traditions locales conservent des récits de personnes accusées de sorcellerie. Tolosa : plusieurs lieux-dits sont associés dans la tradition aux sorcières. Zegama : la tradition de la « Dame d'Aketegi » rattache la région au cycle mythologique de Mari ; certaines traditions situent sa demeure dans des grottes de la montagne.

Labourd alt=Euskal sorgina|thumb|511x511px|Sorgina du . Au Labourd, en 1609, des procès de sorcellerie au Pays basque eurent lieu, sous la responsabilité du juge Pierre de Lancre, d'origine basque, convaincu que tous les Basques, les femmes en particulier, étaient des sorcières.

Arrangoitze (Arcangues) : les traditions locales associent la commune aux croyances relatives aux sorginak. Azkaine (Ascain) : lors de la chasse aux sorcières de Lapurdi en 1609, le curé d'Ascain, Arguibel, fut condamné au bûcher et brûlé vif. Selon Pierre de Lancre, des akelarre se tenaient notamment sur la place publique du village. Donibane Lohizune (Saint-Jean-de-Luz) : plusieurs lieux de la commune et de ses environs sont associés aux traditions relatives aux sorginak et aux akelarre. Hendaia (Hendaye) : les traditions locales et les témoignages recueillis lors des procès de 1609 associent certains lieux de la commune aux croyances relatives à la sorcellerie. Lehuntze (Lahonce) : les traditions relatives aux sorginak de Lapurdi s'inscrivent dans l'ensemble des croyances et récits concernant les réunions de sorcières dans le Pays basque nord. Sara (Sare) : la commune occupe une place importante dans l'histoire de la chasse aux sorcières de Lapurdi en 1609 ; plusieurs habitants de Sara furent poursuivis dans le cadre de cette persécution. Sempere (Saint-Pée-sur-Nivelle) : Pierre de Lancre séjourna au château d'Amou, dans le contexte de la chasse aux sorcières de 1609. Les procédures menées sous son autorité contribuèrent à diffuser dans la région une représentation démonologique des akelarre et des sorginak. Uztaritze (Ustaritz) : la commune fut l'un des principaux centres administratifs de la persécution de 1609. Les sources relatives à la chasse aux sorcières de Lapurdi mentionnent également des lieux associés aux akelarre. Ziburu (Ciboure) : la commune fut concernée par la chasse aux sorcières menée en Lapurdi en 1609.

Basse-Navarre Bidarrai (Bidarray) : le pont d'Ebrain, également appelé Infernuko zubia (« pont d'Enfer »), aurait été construit en une seule nuit par les laminak ou les sorginak (sorcières). Eiheralarre (Saint-Michel) : les habitants d'Eiheralarre étaient traditionnellement considérés comme des sorciers et étaient notamment appelés akelartarrak (« ceux de l'akelarre »). Iholdi (Iholdy) : selon une tradition recueillie par José Miguel de Barandiaran, les sorcières locales lavaient leurs vêtements dans le ruisseau d'Oxarti, près de la chapelle Saint-Blaise ; les passants auraient entendu la nuit le bruit du linge frappé contre les pierres du lavoir.

Navarre thumb|310x310px|Le panneau indiquant l'emplacement des grottes de Zugarramurdi. De nombreuses régions de Navarre subirent les procès de l'Inquisition de 1610, notamment autour de l'akelarre de Zugarramurdi. Abaurregaina : on y trouve un pont naturel appelé Sorginzubi. Altsasu : selon les légendes locales, Mari vit dans la grotte d'Odabe, avec une sorcière comme servante. Anotzibar (Anocíbar) : le procès tenu en 1575 à Anotzibar, dans la vallée d'Odieta, fut l'un des plus célèbres de Navarre en raison de sa cruauté. Il entraîna deux condamnations à mort terrifiantes. On y trouve les grottes d'Aldaungo et d'Indulezta. Araitz : les sorcières locales auraient eu l'habitude de se réunir sur le versant d'Urrizola, avant de s'envoler vers l'Akelarre. Arantza : les sorcières auraient vécu à Arrutxipi. Areso : la grotte d'Uli, sur le mont Ulizar, aurait été leur lieu préféré pour célébrer les akelarreak. Auritz : Basajaunberro (très probablement l'actuel Patxaranberro), près du mont Ortzanzurieta, et Sorginarizaga, près de Roncevaux. Deux chasses aux sorcières eurent lieu dans le village : en 1525-1527 et en 1575. Bargota : le prêtre Juanis Bargota aurait été un sorcier bien connu. Il aurait entretenu une relation particulière avec une sorcière de Viana nommée Endregoto. Tous deux furent jugés en 1610, mais Endregoto fut brûlée et Juanis Bargota ne le fut pas, car il se repentit complètement.