Le Grand Prix d'Allemagne 1963 (), disputé sur le Nürburgring le , est la cent-dix-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1963.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis 1961, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960). Initialement prévue pour une période de trois ans, la formule est prolongée de deux années supplémentaires par la Commission sportive internationale, garantissant la stabilité technique jusqu'à fin 1965 . La réglementation s'appuie sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
La première partie de la saison est totalement dominée par Jim Clark qui, sans un problème de boîte de vitesses au Grand Prix de Monaco, aurait remporté les cinq épreuves du championnat déjà disputées. Le pilote écossais impose facilement sa Lotus dans les autres manches et personne ne semble en mesure de l'empêcher de remporter le titre mondial, son principal rival Graham Hill subissant beaucoup de revers depuis sa victoire à Monaco.
Le circuit thumb|right|alt=Hatzenbach|La descente d'Hatzenbach, sur la «Nordschleife», lors des 1000 kilomètres du Nürburgring 1963.
Inauguré en 1927 après deux années de travaux de construction, le Nürburgring est le plus vaste circuit permanent d'Europe, sa réalisation ayant nécessité l'emploi de deux mille cinq cents ouvriers. En plein cœur du massif de l'Eifel, il est composé de deux parties : la boucle nord (Nordschleife, ) et la boucle sud (Südschleife, ). Si à l'origine les grandes compétitions internationales empruntaient l'intégralité du circuit ( par combinaison des deux boucles), c'est depuis l'après-guerre sur la seule Nordschleife que se déroulent les compétitions majeures (Grand Prix F1, 1000 kilomètres du Nürburgring, Grand Prix moto), la Südschleife étant surtout réservée aux épreuves nationales. Le record officiel de la boucle nord est détenu par Phil Hill, auteur d'un tour à 152,7 km/h de moyenne au volant de sa Ferrari lors du Grand Prix d'Allemagne 1961.
Monoplaces en lice BRM P57 & P61 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=BRM|La BRM P57 (vue ici à Zandvoort). L'équipe de Bourne a apporté quelques améliorations à sa nouvelle P61, à structure semi-monocoque : la suspension avant a été renforcée et le radiateur d'huile a été déplacé vers l'avant, tandis que la boîte à transistors a été repositionnée dans une zone mieux ventilée. Graham Hill dispose du seul exemplaire construit, mais pourra également utiliser en voiture de réserve sa P57 (à châssis tubulaire) de la saison précédente, son coéquipier Richie Ginther pilotant un modèle identique. Ces monoplaces sont équipées d'un moteur V8 à injection indirecte Lucas d'une puissance de 208 chevaux à 11000 tr/min, accouplé à une boîte six vitesses. Pesant 470 kg à vide, la P61 est 5 kg plus légère que la P57. La Scuderia Centro Sud a racheté à BRM la première P57 construite ; équipée de l'ancienne boîte à cinq rapports, elle est confiée à Lorenzo Bandini.
Lotus 25 "Usine" Le Team Lotus engage deux Lotus 25 à châssis monocoque pour Jim Clark et Trevor Taylor. À la fois légères (455 kg) et très rigides, ces monoplaces bénéficient d'une tenue de route nettement supérieure à celle de leurs concurrentes. Elles sont dotées d'un moteur V8 Coventry Climax FWMV à injection développant 198 chevaux à 9500 tr/min. Celle de Clark est équipée d'une boîte ZF à cinq vitesses tandis que la voiture de Taylor est munie d'une boîte Colotti à six rapports.
Lotus 24 privées Colin Chapman refusant pour l'instant de commercialiser ses monocoques, ses clients ne peuvent disposer que des Lotus 24, à châssis multitubulaire. Moins rigides que les 25, les 24 s'avèrent toutefois suffisamment compétitives pour attirer écuries et pilotes privés. Pesant 455 kg, elles peuvent utiliser au choix le moteur V8 Climax ou le V8 BRM. L'équipe BRP a amené ses deux 24 à moteur BRM pour Innes Ireland et Jim Hall. Jo Siffert a également opté pour le moteur BRM sur sa Lotus 24 qu'il a rachetée en début d'année à l'Écurie Filipinetti, tandis que le Niçois Bernard Collomb a monté sur la sienne un moteur Climax. Masten Gregory devait disposer de la 24 à moteur BRM de l'équipe Parnell, mais cette voiture n'a pu être préparée à temps et le pilote américain a dû déclarer forfait.
Lotus 18 privées thumb|right|La Cooper T66 de Joakim Bonnier, aux couleurs de Rob Walker. Tim Parnell s'aligne sur une ancienne Lotus 18 à moteur quatre cylindres Climax FPF (152 chevaux), engageant un modèle identique pour le vétéran belge André Pilette. Ayant racheté un lot de moteurs de course à l'usine Borgward lors de la liquidation de l'entreprise allemande, le pilote-mécanicien Kurt Kuhnke a adapté cette mécanique sur les deux Lotus 18 qu'il possède. Malgré un retentissant échec au Grand Prix de Solitude (moteurs cassés sur sa voiture et sur celle de son coéquipier Ernst Maring), Kunhke tente à nouveau sa chance au Nürburgring. Alimenté par injection, le moteur quatre cylindres Borgward délivre 170 chevauxRevue L'Automobile n°209 - septembre 1963.
Cooper T66 "Usine" Blessé dans un accident de la route, John Cooper a momentanément cédé la direction de course à Ken Tyrrell. L'équipe engage deux T66 à moteur V8 Climax à injection pour Bruce McLaren et Tony Maggs. Très proche de la précédente T60, la T66, conçue par Owen Maddock, dispose d'un classique châssis tubulaire. Elle utilise un moteur V8 Climax à injection, accouplé à une boîte de vitesses à six rapports élaborée en interne. Elle pèse 460 kg à vide.
Cooper T66 & T60 privées Rob Walker engage sa T66 à moteur V8 Climax et boîte Colotti à six rapports pour Joakim Bonnier, qui bénéficie d'un moteur neuf. La Scuderia Centro Sud a récemment acquis une T60 à moteur Climax V8, confiée au pilote portugais Mário Cabral.
Ferrari 156 "Usine" La nouvelle monoplace à structure monocoque n'étant pas tout à fait achevée, la Scuderia Ferrari s'appuie une nouvelle fois sur ses 156-63 à châssis tubulaire. Ces voitures sont dotées d'un moteur V6 à injection directe Bosch délivrant 200 chevaux à 10500 tr/min, accouplé à une boîte six vitesses. Elles pèsent 480 kg à vide. Brûlé lors des 24 Heures du Mans , Willy Mairesse est désormais rétabli et effectue sa rentrée au côté de John Surtees.
Brabham BT7 "Usine" thumb|right|Vainqueur du grand Prix de Solitude sur cette BT3, Jack Brabham a réussi son challenge de pilote-constructeur. Un an après la réalisation, en collaboration avec l'ingénieur Ron Tauranac, de sa première monoplace, l'ancien champion du monde Jack Brabham a vu sa persévérance récompensée en s'imposant au Grand Prix de Solitude, après avoir mené la course de bout en bout. Pour le Nürburgring, le pilote-constructeur a récupéré le moteur V8 Climax à injection de la BT3 victorieuse le week-end précédent pour le monter sur la BT7 qu'il utilise habituellement dans les épreuves du championnat du monde. Son coéquipier Dan Gurney dispose d'un modèle identique. Évolution de la BT3, la BT7 est une monoplace à châssis multitubulaire. Équipée d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports, elle pèse 470 kg à vide.
BRP MK1 "Usine" Sous la direction d'Alfred Moss et de Ken Gregory, l'écurie British Racing Partnership s'est lancée dans la réalisation de sa propre monoplace. Pour la conception de la BRP Mk1, le chef mécanicien Tony Robinson s'est nettement inspiré de la Lotus 25, reprenant le principe de la structure monocoque. Pesant 475 kg à vide, la Mk1 est équipée d'un moteur V8 BRM à injection accouplé à une boîte de vitesses Colotti à six rapports. Un seul exemplaire a été construit, confié depuis le Grand Prix de Belgique à l'Écossais à Innes Ireland.
Lola Mk4 & Mk4A privées Reg Parnell engage une Lola Mk4A (490 kg, châssis multitubulaire, moteur V8 Climax à injection, boîte de vitesses Colotti à six rapports) pour Chris Amon. Le jeune pilote néo-zélandais dispose également, en guise de mulet, d'une Mk4, version un peu moins évoluée dont le châssis est un peu plus lourd, équipée d'un V8 Climax à carburateurs.
Scirocco SP L'Américain Hugh Powell engage ses deux Scirocco SP à moteur V8 BRM pour Tony Settember et Ian Burgess. Conçues par Hugh Aiden-Jones, ces monoplaces à châssis tubulaire s'inspirent de l'Emeryson Mk3 de 1962.
Gilby Ian Raby s'aligne sur sa Gilby, monoplace rachetée lors de la liquidation du petit constructeur anglais et équipée d'un moteur V8 BRM accouplé à une boîte Colotti à six rapports.
ATS 100 "Usine" L'équipe Automobili Turismo e Sport a procédé à de nombreuses modifications sur ses ATS 100, qui s'étaient montrées très décevantes lors de leurs premières sorties. La rigidité du châssis multitubulaire a été augmentée et le circuit de lubrification du moteur V8 modifié. Ces monoplaces de 460 kg, dont la transmission est assurée par une boîte Colotti à six rapports, ont une puissance de l'ordre de 190 chevaux.
Porsche 718 privées Épaulé pour la circonstance par le pilote allemand Gerhard Mitter, Carel Godin de Beaufort a engagé ses deux anciennes Porsche 718 (moteur quatre cylindres à plat refroidi par air, 165 chevaux).
Coureurs inscrits