Le comté de Provence (en provençal, Lou Coumtat de Prouvènço) est un ancien fief situé à l'est du delta du Rhône. Pays issu de la Francie médiane, la Provence se constitua en royaume avant de progressivement se disloquer à la suite des transmissions féodales et la guerre civile de l'union d'Aix. Ses frontières naturelles au sud allaient à l'origine du Rhône à Nice et au nord d'Embrun au Vivarais, en passant par la Drôme provençale. Au nord, ses frontières s'étendaient jusqu'à Valence.
Le comté est réuni à la France en 1487Frédéric Mistral, Calendau pouèmo nouvèu, , page 45 et le roi devient tout en nommant Palamède de Forbin grand-sénéchal, gouverneur et lieutenant-général de Provence. La Provence conservera ses privilèges, franchises, et libertés.
En matière fiscale, la Provence est un pays de taille réelle : le , principal impôt direct, est assis sur les biens, à l'exception des . En matière de gabelle, impôt sur le sel, la Provence est un pays de petite gabelle : la vente du sel y est assurée par cinq greniers à sels (Berre, Toulon, Hyères, Fréjus et Cannes) et des entrepôts annexes.
L'organisation politique du comté sera réformée en départements en 1790, les institutions législatives transférées à la nouvelle capitale Paris. Ces évènements entraîneront des mouvements fédéralistes que les armées de la Convention (centralistes) vont réprimer et où seront renommées Toulon et Marseille respectivement en Port-la-MontagneToulon, Port-la-Montagne, https://toulonenimages.fr/2018/02/port-la-montagne et La Ville-sans-nomMarseille, Ville-sans-Nom, https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/pourquoi-marseille-a-ete-officiellement-rebaptisee-ville-sans-nom-en-1794-7784091652.
Toponymie L'expression comté de Provence est attestée en . Elle est dérivée du titre comte de Provence, attesté dès et devenu fréquent à partir des années 1020-1030.
La Provence doit son nom à l'époque romaine : première conquête de la Gaule transalpine entre 58 et 51 av. J.-C., elle est intégrée à la province romaine (en latin Provincia) dont la capitale est Narbonne, la Gaule narbonnaise. C'est le nom latin de Provincia qui a donné en langue provençale la forme Proensa. Cette forme a évolué en Provensa puis en Prouvença dans le dictionnaire du provençal Simon-Jude Honnorat et enfin par influence du français dans l'écriture provençale en Prouvenço, codifiée Prouvènço par les partisans de Roumanille et de l'écriture phonétique (dite mistralienne ou « moderne ») vers la fin du . Les classicistes proposeront dans leur réforme de retrouver une écriture plus originelle à savoir celui de Provensa que l'on peut retrouver dans plusieurs cartes datant du début , cependant ce sera finalement Provença qui sera choisi à la forme médiévale puisque celle-ci comprend le ç représentant le c étymologique de « provincia ». César, dans la Guerre des Gaules, dit passer de Provincia en Narbonnensis au moment de traverser le Rhône, ce qui explique probablement le fait que seule la partie de l'ancienne Gaule narbonnaise située à l'est du Rhône est appelée Provence par la suite.
Géographie thumb|La principale enclave provençale au nord, dans le Dauphiné, jouxtant le Comtat Venaissin : le comté de Grignan de Provence (carte des environs de 1700).
Frontières Historiquement, après la fin de l'empire romain, « Provence » désigne l'entité incluse en 536 dans le Royaume franc et devenue marquisat de Provence dans le cadre du royaume de Bourgogne-Provence de 947.
Jusqu'au début du IX siècle, le nom Provence correspond à plusieurs réalités géographiques selon les chroniqueurs de l'époque. Elle recoupe parfois toute la Gaule du Sud-Est, de Lyon jusqu'à la mer, de manière analogue à Aquitaine, Bourgogne ou Lombardie qui définissent également des régions plus vaste que les duchés plus tardifs du même nom. Plus souvent, elle correspond à l'ensemble des provinces ecclésiastiques d'Arles, Aix et Embrun. Il leur est parfois adjoint les évêchés de Valence et Grenoble (dépendant pourtant de Vienne] et donc remontant jusqu'à l'Isère. Pareillement, les diocèses de Viviers et d'Uzès, situé rive droite du Rhône, mais dépendant d'Arles jusqu'au XI siècle, sont inclus, ou non, selon les auteurs.
Georges de Manteyer définit finalement précisément les frontières du comté "primitif" de Provence médiéval lors de son établissement au milieu du X siècle par la première dynastie comtale, et qui est alors sensiblement plus vaste que le comté "moderne" : La limite méridionale longeait la côte de l'embouchure du Petit-Rhône jusqu'à Monaco. La limite orientale partait de Monaco et remontait du sud au nord jusqu'au Mont Clapier, laissant la vallée de la Roya et ses affluents à la Ligurie à l'exception de Sospel. De là, elle remontait la ligne de partage des eaux jusqu'aux confins de la vallée de l'Ubaye. La limite occidentale longeait le Petit-Rhône puis le Rhône jusqu'à hauteur de Châteauneuf-du-Rhône, juste en dessous de Montélimar, à deux exceptions près. Le comté de Provence s'étendait en effet sur la rive droite du fleuve en deux endroits. Le premier est la terre d'Argence, de Fourques jusqu'à Comps avec notamment la ville de Beaucaire. Le second se trouve en face d'Avignon : un triangle délimité par le cours du Rhône, Aramon et Montfaucon. Arrivé sous Montélimar, la frontière obliquait alors vers l'est en contournant la Valdaine et remontant la vallée du Jabron jusqu'à Portes-en-Valdaine avant de changer de nouveau de direction et de remonter vers le nord de manière légèrement oblique en évitant la plaine du Valentinois jusqu'à atteindre la Bourne au niveau de Saint-Laurent-en-Royans. La limite septentrionale longeait alors la Bourne jusqu'à Saint-Julien-en-Vercors avant d'obliquer vers le sud, franchir la ligne de crête à hauteur de Saint-Martin-en-Vercors puis de rejoindre le Drac au niveau d'Avignonet en suivant le torrent de la Greisse. La frontière remonte ensuite le Drac puis, à la confluence avec la Séveraisse, le Valgaudemar jusqu'au sommet des Bans. De là, elle redescend rejoindre la vallée de la Durance, englobant L'Argentière-la-Bessée avant de rejoindre la limite orientale en haute Ubaye après avoir contourné le Queyras et Chateau-Queyras laissé au Briançonnais, fief des comtes d'Albon. On notera que selon Manteyer, Viviers et Uzès ne sont donc pas inclus dans l'espace politique provençal, tandis que la limite septentrionale ne serait pas tout à fait l'Isère, et que donc les sièges épiscopaux de Valence et Grenoble en sont exclus.
Le comté était alors dirigé en indivision par tous les membres masculins de la dynastie comtale. Or, ses membres s'éteignent tous à peu d'années d'écart à la fin du XI siècle et leurs droits passent ainsi à quatre maisons rivales (Maisons de Toulouse, de Barcelone, d'Urgell et des Baux). Ne pouvant continuer sous le régime de l'indivision, la Provence fait l'objet de plusieurs partages. Les archives de Barcelone ont conservé le texte du traité du partage de 1125 signé entre les maisons de Toulouse et de Barcelone, qui permet de confirmer ces frontières : La maison de Barcelone conserve le comté de Provence, dont les nouvelles frontières sont très simplement les Alpes, la Durance, le Rhône et la mer. La maison de Toulouse conserve la partie de la Provence comprise entre la Durance, les Alpes et l'Isère, érigé en Marquisat de Provence. Elle conserve également les deux exclaves sur la rive droite du Rhône. Il n'y a pas, dans le traité, de détails concernant la frontière de l'Embrunais et du Gapençais, probablement parce qu'à l'époque, le territoire a déjà fait l'objet d'un partage entre la maison de Toulouse et celle d'Urgell concernant le Comté de Forcalquier. En revanche, on aperçoit que le Valentinois et la région de Montélimar sont reconnues comme provençales par les deux signataires puisqu'ils considèrent que la frontière est formée par le Rhône et l'Isère, là où près de 200 ans plus tôt, le Valentinois et la Valdaine en étaient exclus.
Deux autres partages auront lieu, à chaque fois pris sur le marquisat de Provence. Le comté de Forcalquier comme fief des Urgell, probablement vers 1110 et reconnu comme indépendant entre 1126 et 1127, et dont les frontières sont connues par un acte de 1195. Il comprenait les diocèses d'Embrun, Gap avec le Champsaur, Forcalquier-Sisteron, Apt et la barronie de Sault. Le marquisat conservait les diocèses d'Avignon, de Carpentras, de Cavaillon, de Venasque, de Saint-Paul-Trois-Châteaux et Die, et les terres de la rive droite. La petite Principauté d'Orange est érigée comme fief d'empire indépendant en 1181 au profit de la maison des Baux, après leur défaite lors des Guerres Baussenques.
Plusieurs évolutions territoriales vont avoir lieu au cours des XIII et XIV siècles afin de nous amener aux frontières du comté de Provence "moderne", qui ne bougeront plus à partir de 1388. Dès 1209, la lignées des comtes de Forcalquier s’éteint. Le comté est donc partagé entre les deux petites-filles du dernier comte. La moitié sud comprenant Forcalquier et Sisteron, ainsi que le titre, retournent au comte de Provence, tandis que la moitié nord comprenant Gap et Embrun passent au Dauphiné, bien que le comte de Provence conserve la suzeraineté de ces deux pagis. Ainsi, les dauphins prêteront hommage aux comtes de Provence pour le Gapençais et l'Embrunais jusqu'au milieu du XIV siècle et la vente de leur principauté à la France. Ce n'est qu'avec le passage du Dauphiné à la France que ces hommages de vassalité cesseront et que les deux villes seront définitivement intégrées à la province. Le traité de Meaux en 1229 consacre la défaite des comtes de Toulouse lors de la Croisade des Albigeois, et la fin du Marquisat de Provence. Les terres qu'ils possédaient en propre sur la rive gauche du Rhône doivent passer à la Papauté afin de devenir le Comtat Venaissin, ce qui sera effectif en 1274. Beaucaire et les terres de la rive droite, elles, passent à la nouvelle sénéchaussée royale du Languedoc. Les comtes de Valentinois et de Diois de la Maison de Poitiers-Valentinois, vassaux des marquis, gagnent l’immédiateté impériale. Si les droits provençaux sur le Valentinois, affirmés en 1125, restaient douteux à la lecture des frontières du X siècle, ceux sur le Diois sont indéniables. Ils s'émancipent donc de toute tutelle provençale le concernant. Les deux comtés seront finalement achetés par le royaume de France en 1419 et rattachés au Dauphiné en 1455. En 1388, à la suite de la mort de la reine Jeanne et la guerre de l'Union d'Aix, les territoires du comté situés globalement à l'est du Var (sauf Guillaumes et Entrevaux), le long de l'Estéron jusqu'au Mas et la vallée de Barcelonnette sont perdus, rattachés aux États de Savoie par la Dédition de Nice. Nommées dans un premier temps Terres neuves de Provence, elles sont érigées en comté de Nice à partir de 1526.
Un siècle plus tard, en 1481, le comté de Provence revient par succession au roi de France et devient ainsi une province française, rejoignant la communauté de destin de ses anciennes dépendances qui l'avait déjà rejoint. Ses frontières n'évolueront plus jusqu'aux Traités d'Utrecht en 1713, qui verra la vallée de Barcelonnette faire son retour à la Provence après plus de 300 ans de séparation. La principauté d'Orange, indépendante jusqu'alors, sera elle aussi annexée par la France à la même date, mais sera intégrée au Dauphiné et non pas à la Provence.
À la Révolution, la Provence est divisée en trois départements : Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence à partir de 1970), Bouches-du-Rhône et Var. Le département de Vaucluse est créé en 1793 à partir d'Avignon, du Comtat Venaissin et de la partie nord des Bouches-du-Rhône. Les Alpes-Maritimes sont créées en 1860 à partir du comté de Nice et de la partie est du Var (arrondissement de Grasse).