Le Mouvement national contre le racisme ou MNCR est une ancienne association française de la Résistance intérieure française dont le but était d'aider des enfants risquant la déportation.

Créé en à l'initiative des résistants membres des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI), le Mouvement national contre le racisme a pour vocation de réunir des résistants juifs et non-juifs pour des actions à caractère humanitaire : cacher des enfants qui risquent la déportation, organiser des évasions et le passage des frontières, fabriquer des faux-papiers.

Le MNCR agit alors avec l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide (UJRE). Il imprime deux journaux clandestins : J'accuse en zone Nord, et Fraternité en zone Sud. Dès , J'accuse publie des témoignages sur l'extermination massive des juifs déportés en Europe de l’Est.

Le , d'anciens membres du MNCR et diverses personnalités telles que le peintre Chagall créent le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix (MRAP).

1942-1949 : le MNCR (Mouvement national contre le racisme) La clandestinité Depuis le , la France a fait appel aux migrants européens (Espagnols, Italiens, Belges, Allemands, Polonais) qui travaillent dans l'industrie minière, le bâtiment, l'agriculture et l'artisanat. Durant le et le début du , la France connaît des manifestations de xénophobie. Par exemple, à Aigues Mortes en , une dizaine d'ouvriers italiens employés dans des salines sont lynchés par des ouvriers français qui leur reprochent de leur voler leur travail.

Depuis le arrivent régulièrement des femmes et des hommes qui fuient les persécutions : des Arméniens après le génocide de 1915, des juifs d'Europe de l'Est victimes de massacres en Pologne, en Roumanie, en Russie dans les années 1920 et 30, des Espagnols en 1939 à la suite de la victoire franquiste sur les Républicains espagnols.

Très tôt sont prises des mesures pour contrôler les étrangers : la loi du établit des quotas d'étrangers dans les entreprises et les départements;

Parmi les immigrés fuyant les persécutions de leur pays d'origine, les juifs d'Europe de l'Est sont estimés à environ en 1936. Faibles numériquement, ils font pourtant l'objet de violentes attaques antisémites. Cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX - siècle), Fayard, 2007, p. 375..

Le bref épisode du Front populaire influe peu sur la politique vis-à-vis des étrangers. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la xénophobie et l'antisémitisme en France sont virulents. L'invasion de la France par l'armée allemande en permet à Philippe Pétain de se faire accorder tous les pouvoirs.

Les mesures à l'encontre des juifs sont parmi les premières prises par le gouvernement de Vichy. Elles inaugurent une politique de persécutions systématiques : de juin à , 46 décrets, lois et ordonnances sont promulgués contre les juifs, qui sont exclus de la fonction publique, qui n'ont plus le droit d'exercer des professions libérales, et qui sont dépossédés de leurs entreprises ; des numeraus clausus sont institués dans les universités. Ce dispositif s'accompagne d'une propagande antisémite relayée par les médias et les discours politiquesVoir notamment Renée Neher-Bernheim, Histoire juive de la Révolution à l'État d'Israël, Seuil, février 2002, 1231 p. Cet ouvrage contient des documents historiques considérables..

Créé en à l'initiative des résistants membres des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI), le Mouvement national contre le racisme (MNCR) est un mouvement dont la vocation est de réunir des résistants juifs et non-juifs pour des actions à caractère humanitaire : cacher des enfants qui risquent la déportation, organiser des évasions et le passage des frontières, fabriquer des faux papiersCf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX-XXe siècle), Fayard, 2007, p. 489-494..

Le MNCR agit avec l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide, l'UJRE, dont l'organe Droit et Liberté sera donné au MRAP à sa création.

Le MNCR imprime deux journaux clandestins : J'accuse en zone Nord, et Fraternité en zone Sud. Dès , J'accuse publie des témoignages sur l'extermination massive des juifs déportés en Europe de l'Est.

Il édite une brochure clandestine et anonyme à la fin de l'automne 1943 à Toulouse avec des contributions des philosophes Vladimir Jankélévitch et Étienne Borne et du géographe Daniel Faucher sur Le Mensonge raciste : Ses origines, sa nature, ses méfaitsRéédité en annexe de Jean Estèbe, Les juifs au temps de Vichy à Toulouse et en Midi toulousain, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1996, p. 319-340..

L'après-guerre Les années 1945 et 1946 voient le retour des déportés. Nombreux sont ceux qui rentrent pour constater que leur famille a été exterminée, qu'ils ont été dépossédés de tout, qu'ils vont devoir recommencer à zéro.

Une des premières activités du MNCR et d'autres associations, notamment de l'UJRE, est de soutenir les déportés et leurs familles. Une aide matérielle est apportée aux orphelins, et on tente de rendre à leur famille les enfants juifs que les familles d'accueil parfois ne veulent plus rendreVoir le cas des enfants Finaly, confiés à une militante catholique, qui les a fait baptiser et qui refuse qu'ils retournent dans leur famille.. Une aide juridique est apportée aux juifs déportés dont les logements ont été occupés par des (il faudra attendre une jurisprudence de 1950 pour que les héritiers des déportés puissent réoccuper les logements habités par leurs parents disparus). Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX-XX siècle), Fayard, 2007, p. 490..

« L'Alliance antiraciste » : les premières divergences politiques En , les membres du MNCR décident de constituer L'Alliance Antiracistecf: Fraternité du 26 février 1945 numéro: "Unité antiraciste, le 13 février a eu lieu la première rencontre entre les délégations officielles du MNCR et de la Ligue Internationale contre le racisme et l'antisémitisme en vue de discuter de la fusion de ces deux organismes", qui regroupe des militants de tous horizons. Parmi ceux-ci, se trouvent des membres de la LICA (Ligue internationale contre l'antisémitisme), constituée à l'initiative de Bernard Lecache et dissoute sous l'occupationLa LICA se reconstituera dans la clandestinité pour venir en aide aux victimes des lois anti-juives, en leur trouvant des caches en Province, en leur fournissant des faux papiers d’identité, en créant des réseaux d’évasion vers la Suisse, l’Espagne et l’Angleterre. Voir article LICA. Des divergences apparaissent très vite.

D'abord des conflits de milieux : les membres de la LICA sont considérés comme des notables alors que ceux du MNCR viennent de milieux ouvriers ou des petits artisansMême s'il ne faut surtout pas en faire une généralité, beaucoup de cadres actuels de la LICRA sont avocats, contrairement au MRAP qui repose sur des cadres proches du milieu syndical, notamment enseignant. Il reste que le combat de chacune de ces associations est complémentaire en matière de lutte contre le racisme, l'une (LICRA) agissant plutôt sur l'aspect juridique en gagnant des procès, tandis que l'autre (MRAP) agit sur l'aspect social en gagnant des luttes politiques. Ceci n'est toutefois pas une généralité et ne doit pas être vu comme telle, la LICRA menant des luttes sociales (contre le racisme dans le sport par exemple), et le MRAP gagnant des procès historiques (on peut citer le procès de Maurice Schmitt contre la torture en Algérie)..

Ensuite des conflits de générations : les membres de la LICA sont plus âgés que les membres du MNCR. Enfin, des divergences politiques se font jour : des militants communistes et progressistes s'opposent au sein de l'Alliance antiraciste au courant gaullisteHistoriquement, le MRAP sera toujours considéré comme ayant des affinités avec la gauche communisante, et notamment le Parti communiste, alors que la LICRA est considérée comme proche des partis de centre-gauche et centre-droit. On peut noter par exemple que Mouloud Aounit, actuel président du MRAP, est élu au Conseil régional d'Île-de-France sous les couleurs du Parti communiste (sans avoir jamais été membre du Parti Communiste Français), tandis que Patrick Gaubert, l'actuel président de la LICRA, est élu au Parlement européen sous l'étiquette du Parti populaire européen (Droite). Également, tous les présidents de SOS Racisme furent des cadres du Parti socialiste français..

Une partie des membres issus du MNCR seront exclus de l'Alliance Antiraciste au congrès de , et le conflit s'accentuera lors de la Conférence nationale de . Fin 1948, la LICA se reconstitue d'abord sous le titre « Alliance antiraciste (LICA) ».

Dans un article paru dans Droit et Liberté (la future revue du MRAP), en Nouvelle série 19 (87) du janvier 1949, Charles Feld, secrétaire général évincé, s'alarme de la baisse des effectifs et déplore . Il dissèque l'opposition qui existe au sein de l'Alliance. Pour lui, le courant dirigeant autour de Bernard Lecache prétend détacher l'action antiraciste des contingences politiques, alors que pour le MNCR existe un lien entre les faits de racisme et les faits politiques :

L'élément qui consommera la rupture aura lieu le , au Cirque d'Hiver, lors de la « journée internationale contre le racisme, l'antisémitisme, et pour la paix »cf: Droit et Liberté nouvelle série 28 (96) du 15 mai 1949, appel à la journée ; Droit et Liberté nouvelle série 29 (97) du juin 1949: Compte rendu complet de la journée nationale contre le racisme, l'antisémitisme, pour la Paix; manifeste Tous unis contre le racisme et pour la Paix en page 12, qui est le congrès fondateur du MRAP. Les membres du comité des jeunes de la LICA, dont Charles Palant est Président, décident d'assister à cette journée. Parce qu'ils pensent que la création du MRAP se fait contre eux, les dirigeants de la LICA leur demandent de ne pas le faire, interdisent la double allégeance entre ce futur-MRAP et la LICA, et les excluent de la LICA en cf: Droit et Liberté nouvelle série 32 (100) du 14 juillet 1949 page 4 : La dissolution des jeunes de la LICA par Charles Palant. L'année suivante, Charles Palant succèdera à maître Maurice Grynspan au poste de secrétaire général du MRAP (il le restera pendant 21 ans).

On voit ici la genèse de la cassure qui existera entre la future-LICRA et le MRAP.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Suzanne Spaak Charles Lederman Droit et Liberté

Liens externes

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