Astérix chez les Bretons est le huitième album de la bande dessinée Astérix, publié en , scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo.

Il a été pré-publié dans le journal Pilote du () au ().

Résumé Jules César vient d'envahir la Bretagne, mais un village du Cantium (nom d'une civitas devenue le Kent), résiste encore aux légions romaines. Un de ses habitants, le Breton Jolitorax, est dépêché en Gaule pour quérir l'aide des habitants du village de son cousin Astérix, réputé pour sa potion magique qui décuple la force physique. Astérix et Obélix le raccompagnent en Bretagne afin d'y transporter un gros tonneau de potion magique.

Une fois en Bretagne, à Londinium, le tonneau leur est confisqué, avec d'autres tonneaux de vin, par les Romains alertés de leur présence. Ces derniers les goûtent tous afin de découvrir celui qui contient la potion magique. Après moult péripéties et découvertes culturelles, dont un match de rugby, le tonneau est finalement brisé et son contenu répandu dans la Tamise.

Le village breton se bat contre les Romains avec l'aide d'Astérix et Obélix, mais sans potion magique. Afin de donner du courage aux villageois, Astérix prépare une fausse potion à base d'herbes étranges de Panoramix qu'il avait emportées. Après sa victoire, le chef du village breton, Zebigbos, décide d'élever cette potion au rang de boisson nationale. Il s'avère que ces herbes sont en fait du thé, ainsi introduit en Bretagne par Astérix.

Personnages principaux

Analyse

Caricatures

Le groupe de « quatre bardes populaires chez nous » d'après Jolitorax est une caricature des Beatles (page 15 case 10). Zebigbos a les traits de l'homme politique britannique Harold Wilson. Achille Talon est également caricaturé dans cet album, sous les traits d'un légionnaire romain obèse qui dit « hop » (case 1 de la planche 10)L'encyclopedix : Talon Achille..

Éléments historiques Les Bretons du récit ne sont pas les habitants de la péninsule actuelle de Bretagne, mais le peuple breton de l'actuelle Grande-Bretagne, appelés à l'époque les Brittons, et aujourd'hui « Bretons insulaires », c'est-à-dire les habitants de l'Angleterre (avant l'invasion des Anglo-Saxons), du Pays de Galles, des Cornouailles.

Jules César a débarqué en Bretagne en , dans le cadre de sa conquête des Gaules dès , couronnée par sa victoire sur Vercingétorix en Il a écrit un ouvrage intitulé Commentaires sur la Guerre des Gaules où cette campagne est racontée. Le pays ne sera toutefois occupé et colonisé qu'au , sous l'empereur Claude.

La colonie romaine de Londinium, qui est traversée dans l'album, ne sera fondée par les Romains qu'en 43 après J.-C., près d'un siècle après les aventures d'Astérix. Sa présence est donc anachronique.

Par la suite, les Angles et les Saxons envahiront l'île de Bretagne, formant alors l'actuelle Angleterre. Mais, lors de cette conquête, une partie de la population ethnique bretonne (qui était celte, comme les ancêtres des Gallois ou les écossais) se réfugiera en Armorique (formant ainsi le pays de Bretagne continentale qui sera unifiée en l'an 800), mais aussi en Galice et en Asturies.

On peut donc penser que le nom de « L'auberge de l'Angle » de la page 35 joue sur sa situation topographique, comme sur la peuplade du même nom.

Éléments humoristiques Cet album est particulièrement riche en références britanniques de tous genres, aussi bien du point de vue visuel (dessins, caricatures, etc.) et linguistique (langue anglaise, syntaxe, expressions, noms des personnages, etc.) que culturel (traditions, modes de vie, cuisine, activités, sports, etc.).

NB : « p10-c5 » signifie « planche 10 case 5 » ; les éléments sont classés dans chaque sous-titre selon leur apparition chronologique dans l'album.

La langue anglaise Outre l'humour habituel de Goscinny et Uderzo (souvent basé sur les anachronismes), Astérix chez les Bretons présente des éléments spécifiques liés à la culture britannique. Bien que Goscinny soit arrivé aux États-Unis en 1945 sans connaître un seul mot d'anglais, ses différents séjours les années suivantes lui permirent de maîtriser cette langue. Dans cet album, il pastiche systématiquement les tendances syntaxiques propres à l'anglais, en les traduisant littéralement, c'est-à-dire mot à mot en français avec un effet comique : « S'il vous plaît » (p2-c6) = Please, pour « Je vous en prie ». « Fin de semaine » (p2-c7) = Week-end. L'expression est utilisée telle quelle au Québec et au Nouveau-Brunswick. « Choquant ! » (p2-c8) = Shocking! « Plutôt. » (p3-c2) = Rather. « Et toute cette sorte de choses. » (p3-c7) = And all that sort of things = et cetera. « Je dis. » (p4-c4) = I say, mots que les Bretons de l'album emploient à tout bout de champ (il en est de même pour « quoi » = what). Typique d'un Anglais de la haute société du début du , cette tournure était utilisée pour souligner quelque chose. « Un morceau de chance. » (p4-c5) = A bit of luck. « Secouons-nous les mains. » (p4-c7) = Let's shake hands. « Je demande votre pardon. » (p5-c3) = I beg your pardon. « Je ne voudrais pas être un ennui pour vous. » (p6-c6) = I don't want to be any trouble to you. « Un joyeux bon garçon. » (p24-c5) = A jolly good fellow. « Nous devons. » (p24-c2) = We have to. « Ma bonté ! » (p25-c2) = My goodness! (variante de « Bonté gracieuse ! » = Goodness gracious !, ou parfois Goodness gracious me !) « Gardez votre lèvre supérieure rigide. » (p25-c4) = Keep a stiff upper lip = « Gardez votre sang-froid. » « Il est devenu absolument noix. » (p26-c4) = He is going nuts = « Il devient fou. », « Il perd les pédales. » « J'étais en dehors de mes esprits avec l'inquiétude. » (p28-c2) = I was out of my mind with worry. = « J'étais inquiet. » « Ils n'ont pas été franc jeu » (p40-c1) = Fair play « C'était grand de vous avoir ici. » (p43-c7) = It was great to have you here.

Syntaxe Dans cet album, Goscinny joue sur les différences syntaxiques existant entre l'anglais et le français et les adapte mot à mot en français : le question-tag typique de la grammaire anglo-saxonne, à savoir la tournure interrogative qui peut terminer une phrase, ce qui correspond au « n'est-ce pas ? » en français.« Je pense qu'il va être l'heure, n'est-il pas ? » (p2-c4), alors qu'en français on dirait « n'est-ce pas ? » ; soit It's going to be about time, isn't it? ; l'adjectif épithète antéposé (placé avant le substantif) en anglais (a good friend) : Jolitorax, le cousin germain d'Astérix, parle de la « magique potion » (p5-c1), puis des « romaines armées » (p5-c2), etc. Cet effet est le plus utilisé de l'album, identifiant même les Bretons. Obélix remarque cette spécificité orale et l'adopte à sa manière, en postposant des adjectifs habituellement antéposés en français : « Je commençais à avoir un appétit gros » (p11-c1). Cela dit — et c'est d'autant plus vrai que Goscinny précise que Bretons et Gaulois parlent la même langue (p2-c2) — Jolitorax et d'autres Bretons oublient parfois de faire cette inversion : « la cervoise tiède », « un cousin germain » et « une potion magique » (p3-c4).

Noms des personnages Zebigbos (p3-c1) = the big boss = le grand chef. Jolitorax (p3-c2) = Joli thorax. O'Torinolaringologix (p3-c2) = Oto-rhino-laryngologiste. Cet Hibernien représente les actuels Irlandais, preuve en est la particule accolée à son nom, O', composant de beaucoup de patronymes irlandais. Mac Anotérapix (p3-c2) = Mécanothérapique, allusion à la mécanothérapie, branche de la kinésithérapie, traitement des maladies par des appareils mécaniques. Ce Calédonien représente les actuels Écossais, preuve en est le préfixe accolé à son nom, Mac, composant de beaucoup de patronymes écossais (et irlandais), ainsi que ses braies à base de tartan (tissu utilisé notamment dans la fabrication des kilts). D'autres peuples de l'actuelle Écosse apparaîtront dans la série, avec l'album Astérix chez les Pictes, les Pictes. Cassivellaunos (p6) : aucun jeu de mots sur ce nom qui est celui d'un personnage historique opposé à la tutelle romaine sur la Bretagne. Pétula = (p29-c4) En référence à la chanteuse Petula Clark. Bidax = (p32-c1) Bidasse ; son auberge Chez l'ami Bidax est une allusion à la chanson de Fernandel Avec l'ami Bidasse. Ipipourax (p35-c8) = Hip hip hourrah !

Traditions britanniques À cinq heures de l'après-midi (five o'clock), les Bretons boivent une tasse d'eau chaude (p2-c6) : il s'agit de la célèbre tradition du thé, collation prise dans l'après-midi. Mais cette boisson n'est pas connue d'eux dans l'album : elle leur arrive grâce aux Gaulois (planches 41, 43 et 44). En attendant, ils se contentent d'eau chaude, éventuellement accompagnée d'un nuage de lait. La marmalade chère aux Britanniques est une sorte de faux-ami et ne correspond pas tout à fait à la marmelade française : il s'agit presque exclusivement de confiture d'oranges amères. Les Bretons la consomment sur des rôties, traduction littérale du toast (p2-c6). Le flegme britannique (dans tout l'album, par exemple p30) est un trait de caractère qui consiste à garder son sang-froid en toutes circonstances, y compris les plus dramatiques. Il est illustré par l'expression Keep a stiff upper lip. Signifiant littéralement « Gardez votre lèvre supérieure rigide », en référence à la lèvre qui tremble quand on pleure, elle incite donc à la maîtrise de soi (ou self-control). À l'époque victorienne, ce flegme était répandu dans la société, les Anglais subissant la répression de leurs émotions. Il s'agissait plus précisément de stoïcisme, consistant non pas à ne rien ressentir, mais plutôt à supporter les vicissitudes de la vie, nécessitant une prise de recul. Cet idéal est bien retranscrit dans le poème Si de Rudyard Kipling, ainsi que dans Invictus de William Ernest Henley . Les incessants brouillards (le smog) (p3-c8) et pluies (p10-c7). Cambridge et ses rameurs (p3-c10) ; cf. The Boat Race. L'heure précoce de fermeture des pubs qui a longtemps prévalu (p11-c6). La cervoise (tiède) (p11-c6), associée à la bière britannique, indissociablement liée aux pubs, dont il est fait une bien plus grande consommation outre-Manche qu'en France (voir ici), et traditionnellement fermentée à des températures plus hautes. Au restaurant (pub), le décurion joue aux fléchettes (p12-c7). Les véhicules roulant à gauche (p13-c3). Le gazon coupé ras, caractéristique du jardin à l'anglaise (p14-c1). On observe d'autres éléments de ce type de jardin sur cette case comme le saule pleureur, à côté d'un cottage. Les mesures anglo-saxonnes, non décimales, qui font dire à Obélix « Ils sont fous ces Bretons » (p16-c8). Les anciennes unités monétaires (p18). Avant 1971, la livre sterling était divisée en 20 shillings, chaque shilling (noté "/" ou abrégé "s") étant lui-même divisé en 12 pence (noté "d"). La guinée valait 1 livre et 1 shilling (soit : 21 shillings). Jusqu'en 1971, 2 shillings équivalaient à un florin soit 1/ de £, et 5 shillings équivalaient à une couronne (crown). Le bus à impériale (p20-c6). Les parapluies (p20-c7), liés au mauvais temps légendaire en Grande-Bretagne. Le chapeau melon (p20-c8). Les quartiers résidentiels où toutes les maisons se ressemblent (p28-c9). Les Écossais radins (p31-c4 : les Calédoniens). Le rugby avec le « Tournoi des cinq tribus » (p33). Obélix, enthousiasmé par la nature violente du jeu, suggère de l'importer en Gaule, référence à la popularité que ce jeu d'origine anglaise a obtenue en France. Entre l'ancienne et la nouvelle version de l'album, les couleurs des maillots des joueurs ont été inversées. L'humour britannique (p33-c1).

Autres éléments culturels « Mon tailleur est riche » (p5-c9), célèbre phrase des manuels Assimil (My tailor is rich). « Mon jardin est plus petit que Rome, mais mon pilum est plus solide que votre sternum ! » - "Il est plus petit que le jardin de mon oncle, mais il est plus grand que le casque de mon neveu", autres reparties détournées des manuels Assimil.