Le terme didactique a pris une acception différente de celle qu’on lui donnait auparavant. Jusqu'aux années 1980, il désignait les outils techniques de l'enseignement. Dès les années 1990, on trouve dans le Petit Larousse : « n.f. Théorie et méthode de l'enseignement (d'une spécialité) ».

Depuis la fin des années 1980, comme pour de nombreuses disciplines scolaires, un des courants de la didactique de l'éducation physique et sportive (EPS) s'est approprié des concepts proposés par Guy Brousseau, Yves Chevallard et Gérard Vergnaud pour les mathématiques et repris par Jean-Louis Martinand pour l’enseignement des sciences expérimentales.

Définition Depuis la fin des années 1980, dans le système scolaire, la didactique désigne l’étude des différents processus de transmission (chez l’enseignant) des savoirs et savoir-faire propres à une discipline et de leurs acquisitions par des élèves. Cette étude doit tenir compte de l’analyse de l’activité et du fonctionnement de l’élève en train d’apprendre. En terme plus concret, la didactique est la mise en ordre de situations d’apprentissage (progression d’exercices, variés, ayant du sens, motivants, à complexité croissante, d’approfondissement, de remédiation, etc.). C‘est donc une réflexion précédent l’acte d’enseignement qui s’intéresse aux situations d’apprentissage du point de vue du rapport de l’élève/savoirs. La mise en œuvre des situations d’apprentissage débouche sur une organisation dite « pédagogique » : mise en place des situations, analyse du comportement de l’élève, gestion des tâches (régulation et remédiation) et évaluation.

Histoire et didactique programmatique Naissance d'une préoccupation didactique On peut considérer avec SarremejanePhilippe Sarremejane, L'EPS depuis 1945 : Histoire des théories et des méthodes, Vuibert, Paris, 2004 157-172 qu'une première préoccupation didactique dans le sens actuel de l'analyse didactique (EPS) apparaît dans un texte de Marsenach : « Conçu dans cette perspective, le savoir-faire de ce jeu sportif collectif doit subir un TRAITEMENT lui permettant de devenir un moyen de la formation fondamentale »Jacky Marsenach, Jeux sportifs collectifs collectifs, contribution à l'évolution de l'éducation physique, Revue EPS, n°96-97, 1969, 25. L'analyse de deux textes de l'Amicale des anciens élèves de l'ENSEP permet de montrer comment le « dépassement du matériocentrisme » permet la « psychologisation de l'apprenant »Amicale des anciens élèves de l'ENSEP, Revue EPS (n°126, 1974 ; n°139 1976). Toujours selon Sarremejane, après une influence du courant de la pédagogie par objectifs, on assiste à la « Réémergence des didactiques de l'éducation physique (1982-1996) »Philippe Sarremejane, L'EPS depuis 1945 : Histoire des théories et des méthodes, Vuibert, Paris, 2004 189-212. La création de postes de chercheurs en didactique de l'EPS au département de didactique des disciplines de l'INRP permet le développement de recherches-action et assoira ce champ d'étudesJacky Marsenach, Robert Mérand, Postface : regard posé sur la recherche en didactique de l'éducation physique et sportive. Dans: Amade-Escot C, éd. Didactique de l'éducation physique : État des recherches Revue EPS,, Paris, 2003. D'autres lieux de recherches et différentes publications thèses, ouvrages et articles témoignent de ce courant qui s'actualisera concrètement dans la mouvance institutionnelle d'écriture des programmes EPSGilles Klein, Une affaire de discipline : L'éducation physique en France et en Europe, Éditions Revue EP.S, Paris, 2004. La revue EPS sera aussi le terrain d'informations sur le développement de ce que nous nommons plus bas Le « chantier » des programmes EPS depuis 1983 ; textes du doyen Pineau en particulier.

La place des textes officiels

La didactique de l'EPS pourrait aussi être pensée du point de vue de l'évolution des conceptions développées au travers des textes officiels concernant l'éducation physique et sportive en France qui la programment depuis le milieu du . Toutefois, nous avons vu ci-dessus que le point de vue de l'analyse des activités supports que sont les activités sportives a émergé au cours des années 1960. Après les instructions officielles de 1967, qui témoignent d'un certain esprit du temps en ce domaine, c'est durant les trente dernières années que s'est développée une différenciation qualitative sur les deux grands versants que sont le chantier de l'écriture des programmes scolaires et le développement d'une branche scientifique pour la didactique de l'EPS. Jacques Gleyse propose un historique de ce moment clef de l'histoire de la discipline scolaire, EPSJacques Gleyse, Archéologie de l'Education Physique au XXe siècle en France, Paris, PUF, 1995, rééd. 2007.

De l'introduction du sport à son utilisation 1962, 1967

Le premier rapport que le sport entretient du point de vue la transposition didactique avec l'EPS est celui de son importation directe par assimilation. Tout d'abord, à la suite d'une volonté politique de redresser le sport français en réaction aux faibles résultats des Jeux olympiques de Rome, la demi-journée de plein air est transformée en demi-journée de sportcirculaire du juin 1961, et ensuite, la circulaire du circulaire du 21 aout 1962 instituent la pénétration du sport dans l'EPS. La forme d'une initiation sportive est donnée dans les deux heures de la leçon (réduction de difficulté) ; l'entraînement sportif pendant la demi-journée (approche plus complète); et la compétition sportive lors de l'ASSU. Ici la didactique de l'EPS n'est pas réfléchie telle quelle, même si les auteurs qui en permettront les sources s'expriment déjà dans la profession. Cinq ans plus tard, les instructions officielles de 1967Circulaire du 19 octobre 1967 seront l'expression dans la discipline d'orientations multiples tant sur le plan des référents qu'elles sous-tendent (différents courants et méthodes de l'EPS en ont influencé la rédaction) que sur le plan des contenus qu'elles promeuvent. En effet, les influences du courant sportif autour de Robert Mérand, de la psychocinétique du docteur Jean Le Boulch, des idées de Pierre Parlebas ne se lisent qu'en filigrane de même que la notion de maîtrise renverrait aux travaux de Justin Teissié. Si l'introduction du sport peut encore être lue comme relativement directe, les auteurs ont cherché à faire la synthèse entre une tendance éducative et celle-ci. La didactique de l'EPS peut être modélisée dans l'esprit de la référence à des effets attendus quant aux rapports qu'entretiennent des finalités et intentions que vise l'enseignement et les moyens que deviennent les activités physiques et sportives (APS) dans le but de les atteindre. Cette relation est représentée dans un tableau à double entrée nommé la « programmation » et annexé à ce texte.

Les instructions de 1985 à 1988 Le premier document de 1985Arrêté du 14 novembre 1985, paru au BO du 12 décembre 1985 confirme le statut déclaré de l'EPS comme « discipline d'enseignement ». Les finalités de l'EPS reprécisées, la didactique institutionnelle a pour mission d'en construire le programme, ce à quoi s'attache la commission verticale crée en 1983 et conduite par Alain Hébrard. Le texte de 1985 confirme la forme transpositive du texte de 1967 dans les termes suivants « Les activités physiques et sportives sont à la fois objets et moyens de l'éducation physique et sportive, toutefois celle-ci ne se confond pas avec les activités qu'elle enseigne ». Dans les Compléments pour les classes de et Texte du 30 juillet 1987 apparaît la notion de contenus d'enseignement ainsi que celle de projet pédagogique qui deviendront les cadres de la production didactique initiale de la profession. Cette orientation est appuyée par les compléments pour les classes de et Texte du 30 juin 1988. L'évaluation, signe de ce qui s'enseigne, porte sur « les conduites motrices … en jugeant de la performance et … des niveaux d'habileté atteints » et sur « les progrès réalisés, les efforts manifestés, … les connaissances pratiques acquises au cours de l'enseignement ». La matière EPS se construit et ouvre son terrain à une didactique qui par ce fait pourra s'affiner. Pour les classes du second cycle, le programmeArrêté du 14 mars 1986 est publié après les instructions sur l'évaluation au baccalauréat. Il ajoute les trois connaissances (« se connaître, connaître les APS, connaître les autres » aux possibilités de mise en forme de la nature des savoirs en EPS. Les APS sont réparties en 7 groupes (la discussion sur les classements est une des réflexions didactiques porteuse de sens durant toute la période 1967 - à nos jours).

La période 1986-1996 intéresse la construction de la discipline sur le plan didactique par de nombreuses opérations nationales relayées au niveau local ; on peut parler d'un « chantier » où seront perceptibles les influences croisées de didactiques des APS versus didactiques de l'EPS, ou encore celles du « formalisme » ou du « culturalisme ».

Le « chantier » des programmes EPS depuis 1983

À partir de la constitution de la Commission verticale EPS en 1983, la didactique de l'EPS est pourvue, comme les autres disciplines, d'une instance spécialisée de réflexion et de production qui œuvre sur les plans officiel et institutionnel. Le groupe technique disciplinaire (GTD, créé le ), puis le groupe d'experts (GE, fin 2000) lui succéderont pour une production collective autour de la nature des acquisitions, élaboration qui va être en débat et sous différentes influencesGilles Klein, Une affaire de discipline : L'éducation physique en France et en Europe, Éditions Revue EP.S, Paris, 2004.

Au cours des années 1980, les « habiletés motrices » sont un objet d'enseignement qui peut être décrit en termes de niveaux par l'intervenant (« développer les capacités motrices de l'élève »arrêté du 14 novembre 1985, programme des classes des collèges). En 1986, trois « connaître » marquent ce qui peut s'apprendre : « se connaître », « connaître les activités physiques et sportives », « connaître les autres »arrêté du 14 mars 1986, programmes des classes de second cycle. Durant la période 1987-1989, à l'initiative de l'inspection générale (doyen Pineau), la réflexion professionnelle sur les contenus est conduite dans différents lieux. Certains groupes de réflexion académiques en didactique (Dijon, Nantes principalement)sous la direction de Patrick Seners, Quatre courants de l'EPS de 1985 à 1998, Vigot, Paris, 2005 proposent les notions de principes et de règles d'actionPatrick Beunard, Guy Dersoir,Éducation Physique. Sport collectif, CRDP, Nantes, 1992Groupe sports collectifs de l'Académie de Dijon, Didactique des sports collectifs à l'école: éducation physique et sport, Revue Eps, Paris, 1994 qui bien qu'illustrés avec détails pour les jeux sportifs collectifs concernent toutes les APSA dans les termes plus précis de règles de l'action efficace dont la concentration et l'abstraction produit les principes 'action. Parallèlement, et à la suite de la loi d'orientation sur l'éducation de 1989 (loi Jospin, le conseil national des programmes (CNP) produira la charte des programmes () qui orientera la formulation de ceux-ci en termes de compétencess.