La bataille de Brest est une bataille disputée dans le cadre de l’opération Cobra, la percée alliée en Normandie qui commence le durant la bataille de Normandie et se termine le .

Le plan de reconquête de l'Europe des Alliés consistait, en partie, à prendre possession de ports pour pourvoir aux besoins énormes des troupes en matière d'approvisionnement. En effet, on estimait que trente-sept divisions alliées se trouveraient sur le continent en et qu'elles auraient besoin de d'approvisionnement par jour. Le port principalement visé était celui de Brest.

Importance des ports Au tout début de la guerre, soit après la défaite de la France en juin 1940, l'armée des États-Unis commença à préparer un plan d’invasion de l'Europe de l'Ouest dans l'éventualité de son entrée en guerre contre l'Allemagne. Les troupes américaines et canadiennes seraient alors envoyées en Angleterre (à condition que le Royaume-Uni soit toujours partie au conflit) en attendant que se présente l'occasion d'envahir le continent. Le plus grand défi était évidemment d'assurer l'approvisionnement des troupes après leur débarquement. Pour ce faire, il était indispensable de s'emparer de ports situés sur la côte atlantique. On désigna donc comme objectifs les ports qu'on jugea le mieux répondre aux besoins à venir.

À la phase initiale de la bataille, juste après le débarquement, on prévoyait d'ériger de grands ports artificiels (les ports Mulberry) sur les plages. Toutefois, en raison de leur capacité de déchargement limitée, ceux-ci étaient uniquement considérés comme une solution temporaire en attendant la prise de vrais ports et leur mise en service.

Il se trouvait sur la côte nord de la France, le long de la Manche, un certain nombre de ports en eaux profondes qui auraient convenu, dont celui de Brest, base principale de la Marine française avant la guerre puis Base sous-marine de la Marine allemande. Il s'agissait aussi du port français le plus à l'ouest. Les stratèges alliés pensaient même qu'après sa capture, les denrées et le matériel pourraient y être acheminés directement depuis les États-Unis sans passer par l'Angleterre, pour ainsi atteindre rapidement les troupes alliées qui progressaient vers l'Allemagne.

Les autres ports majeurs longeant la Manche étaient Saint-Malo en Bretagne, Cherbourg et Le Havre, en Normandie. L' (la prise de Cherbourg) avait été envisagée, mais l'idée fut abandonnée après le désastreux débarquement de Dieppe en 1942. On avait conclu qu'une attaque directe d'un port par la mer n'était pas envisageable.

Les Allemands, conscients de l'intérêt stratégique des ports français pour les troupes américaines, avaient commencé très tôt à les protéger par des fortifications érigées par l'organisation Todt dans le cadre de la construction du mur de l'Atlantique. Une partie de ces ports étaient aussi d'importantes bases de U-boot dotées d'abris blindés pour sous-marins. Ces fortifications allaient résister un certain temps aux attaques aériennes des Alliés.

Prise de Cherbourg et libération de la Bretagne

thumb|right|300px|Le nord-ouest de la France, mi-août 1944. Les Alliés préparent la libération de la Bretagne et avancent vers Paris. Les flèches bleues illustrent la progression vers Brest et les autres ports de la côte atlantique française.

Peu après l'invasion de la Normandie, deux ports Mulberry sont amenés sur la côte française. Malheureusement pour les Alliés, deux semaines après leur mise en service, une tempête détruit l'un d'eux et endommage lourdement l'autre. Les provisions sont donc le plus souvent débarquées directement sur les plages, ce qui occasionne des pertes de temps considérables et ne fait qu'accroître l'urgence de prendre des ports en eaux profondes.

Dès leur arrivée à Utah Beach le , les troupes américaines remontent la péninsule du Cotentin pour gagner le port de Cherbourg dont ils s'emparent moins d'un mois plus tard, soit le . Toutefois, avant sa reddition, la garnison allemande détruit les installations portuaires. Il faudra plusieurs semaines aux Alliés pour les remettre en état. Il s'agissait alors du seul port majeur aux mains des Alliés.

Après avoir piétiné pendant plusieurs semaines en Normandie, les Alliés, menés par le général George S. Patton, réussissent la percée d'Avranches et progressent rapidement vers le sud de la péninsule du Cotentin pour isoler la Bretagne. Le corps d'armée des États-Unis est ensuite chargé de prendre la péninsule bretonne et de protéger le flanc nord de la percée. Les unités de la Wehrmacht, piégées en Bretagne, se replient dans les ports fortifiés pendant que les troupes de la Troisième armée des États-Unis les encerclent. La Bretagne, à l'exception des principaux ports, est libérée en quelques jours seulement. Entrevoyant la possibilité d'encercler la majeure partie de l'armée allemande en Normandie, le commandement allié demande à une grande partie des divisions américaines ayant participé à la percée d'Avranches de se déplacer vers l'est pour prendre l'ennemi à revers au sud.

Le , la d’infanterie américaine, surnommée d'abord « Ohio division » puis « Thunderbolt division »., s'empare de la place forte de Saint-Malo. Avant de se rendre, les troupes allemandes ont saboté le port. Non loin de là, la garnison allemande qui occupait l'Île de Cézembre ne cède qu'après plusieurs semaines de bombardements, navals et aériens, incessants.

Il était alors évident que les Allemands feraient tout pour empêcher les Alliés d’utiliser un port français, quitte à défendre les fortifications le plus longtemps possible ou à endommager les quais.

Le commandement de la garnison de Brest avait été confié au général parachutiste Hermann-Bernhard Ramcke, un vétéran de l’Afrika Korps. Ce dernier disposait, entre autres, de la Fallschirmjäger-Division, de la d’infanterie et de la d’infanterie, ce qui représentait environ hommes.

Le , les troupes américaines arrivent enfin à Brest.

La bataille vignette|gauche|300 px|Plan des défenses de la ville Dès son arrivée à Brest, le corps d'armée des États-Unis, dirigé par le général Troy Middleton de la armée américaine du général George Patton, encercla la ville et la prit d'assaut. Les combats s'avérèrent extrêmement difficiles, car la garnison allemande était bien retranchée et composée en partie de Fallschirmjäger, des parachutistes militaires d'élite dirigés par le général Hermann-Bernhard Ramcke. vignette|200px|Hôpital civil de Brest, octobre 1944. Une fois de plus, les parachutistes allemands se montrèrent à la hauteur de leur réputation tout comme lors des batailles précédentes, dont celle du mont Cassin. Tandis que certaines unités plus faibles se rendirent assez vite, les Fallschirmjäger défendirent âprement leurs positions malgré les bombardements, les raids aériens et les assauts terrestres soutenus des troupes américaines. Pour chaque petite avancée dans la ville, les Alliés perdaient beaucoup d' hommes.

Conformément à leur doctrine militaire, les Américains tentèrent de mettre à profit la supériorité de la puissance de feu de leur artillerie et de leur flotte aérienne pour écraser leur ennemi, plutôt que de l'affronter au corps à corps. Les Allemands, de leur côté, avaient stocké une quantité considérable de munitions pour la défense de la ville et disposaient d'armes de tous les calibres, des canons antiaériens légers aux canons navals, cachés dans les fortifications et dans les blockhaus.

La bataille fut intense ; les troupes alliées, qui se déplaçaient de maison en maison, eurent beaucoup de difficulté à détruire les fortifications (des constructions françaises et allemandes) en raison des fortes salves qui éclataient de toutes parts.

À la fin de la bataille, la ville de Brest était rasée ; seules quelques vieilles fortifications médiévales en pierre avaient tenu le coup.

La bataille de Brest fut intense et destructrice. Après deux semaines de bombardements constants et des attaques de nuit, les unités de Middleton obligèrent les Allemands à resserrer leurs positions. Le , Middleton fit parvenir une lettre à Ramcke lui offrant une possibilité d'arrêter l'effusion de sang et de procéder à la reddition de la ville d'une façon humaine et de manière raisonnable, avec des termes de la capitulation énoncées dans la lettre. La réponse laconique de Ramcke était tout simplement : « Je dois décliner votre proposition ». Insatisfait de la réponse, Middleton ordonna à ses soldats d'« entrer dans la mêlée avec une vigueur renouvelée (…) et de finir le travail ». Une semaine plus tard, le , Middleton reçut la reddition des Allemands, qui avaient préalablement saboté les installations portuaires. Celles-ci ne purent être remises en état à temps pour participer à l'effort de guerre comme le souhaitaient les Américains. À ce moment-là, Paris et Bruxelles avaient déjà été libérées et les troupes alliées menaient l'opération Market Garden aux Pays-Bas.

Le corps d'armée du général Middleton avait combattu sans interruption pendant 99 jours. Lors d'une cérémonie officielle, Middleton donna la ville à son maire et le général Patton décerna la Army Distinguished Service Medal avec feuille de chêne à Middleton pour sa conduite au cours de la campagne en Bretagne, entraînant la capture de Brest.

Les Américains capturèrent plus de Allemands et évacuèrent blessés, dépassant de loin l'estimation de Allemands donnée à Middleton par Patton avant l'opération. Ramcke fut capturé dans la presqu'île de Crozon par les troupes de la Division, et demanda le commandant adjoint de division, c'est-à-dire Middleton, pour remettre sa reddition ; Ramcke apparut en tenue impeccable et avec son setter irlandais. Devant les nombreux journalistes et photographes présents pour rendre compte de l'évènement, Ramcke commenta en anglais qu'il se sentait comme une star de cinéma. Il fut envoyé dans un camp de prisonniers de guerre à Clinton dans le Mississippi, à pas plus de 80 kilomètres de l'endroit où Middleton était né et avait grandi. Après la guerre, il fut interné dans un camp de prisonniers en Angleterre, puis fut envoyé en France, où il fut jugé et libéré après cinq années d'incarcération au total. Il retourna en Allemagne et entra dans le commerce du béton, poursuivant aussi une correspondance avec Middleton pendant 15 ans après la guerre.

Après la coûteuse prise de Brest, le commandement allié décida de se limiter à encercler les ports français toujours occupés par les Allemands, mis à part ceux qui seraient capturés à la volée, sans planification. La seule exception fut Le Havre, dont la Armée britannique s'empara à la fin d', mais au prix d'une destruction de 80% de la ville. Certains ports bretons ne furent pris qu'après le , soit le lendemain de la capitulation allemande.

Suites Dans l'ensemble, l'opération Overlord se déroula assez différemment de la stratégie mise en place. Après avoir combattu beaucoup plus longtemps et plus durement que prévu en Normandie, la percée d'Avranches et l'avancée rapide de la Troisième Armée américaine de Patton libérèrent Paris plus tôt qu'on ne l'avait envisagé. Toutefois, en , les provisions commencèrent à manquer.

Le seul port réparé à temps fut celui de Cherbourg. Sa capacité était d'environ par jour à la mi- et passa à dès le mois d'août.