La bataille de Liège en Belgique fut la première bataille menée par l'Empire allemand durant la Première Guerre mondiale. Le siège commença le par l'attaque des intervalles entre les forts situés tout autour de Liège, et se termina le par la reddition du dernier d'entre eux.
Les troupes allemandes entrèrent dans l'agglomération dès le , la ville de Liège proprement dite n'ayant pas de défenses.
Contexte historique
Rivalités et militarisation de l'Europe gauche|vignette|Le territoire cédé à l'Allemagne en 1871 et ses anciennes entités administratives d'avant 1790. Au début du , l'Europe est marquée par un équilibre politique instable, souvent qualifié par les historiensParmi les historiens qualifiant cet équilibre politique instable de paix armée : Jean-Baptiste Duroselle, Jacques Droz, René Rémond et Georges-Henri Soutou. Le terme en anglais n'a pas d'équivalence mais des historiens tels que Hew Strachan ou Eric Hobsbawm en décrivent les faits. de paix armée. Les grandes puissances européennesCes grandes puissances européennes à la veille de la Guerre, souvent citées Great Powers dans l'historiographie anglophone, sont l'Empire allemand, la France, le Royaume-Uni, l'Empire russe, l'Empire austro-hongrois et le royaume d'Italie. ont développé des armées de masse, fondées sur la conscription et soutenues par une industrialisation croissante de l'armement. Cette militarisation s'accompagne d'une intensification des rivalités diplomatiques, économiques et coloniales, en particulier entre l'Empire allemand, la France et le Royaume-Uni.
Depuis son unification en 1871, l'Empire allemand est devenu une puissance continentale majeure, dotée d'une armée considéréeCette considération est décrite par différents acteurs contemporains de cette période, comme les états-majors français, britanniques, russes et japonais. Elle est appuyée par différents historiens contemporaines ou non : Hew Strachan, John Keegan, Dennis Showalter ou Georges-Henri Soutou. comme l'une des plus efficaces du monde. Cette montée en puissance nourrit, chez ses voisins, des craintes quant à ses ambitions stratégiques. La France, affaiblie par la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, conserve un fort sentiment de revanche, tandis que le Royaume-Uni s'inquiète de la croissance de la flotte allemande et de la remise en cause de sa suprématie maritime.
Système des alliances Dans ce contexte, l'Europe est structurée par un système d'alliance rigide. La Triple Alliance, formée par l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, fait face à la Triple Entente, qui réunit la France, le Royaume-Uni et la Russie. Ces alliances, conçues à l'origine comme des mécanismes de dissuasion, tendent à transformer toute crise régionale en conflit généralisé.
Les accords militairesParmi ces accords militaires : l'alliance franco-russe, l'Entente cordiale et l'accord anglo-russe. prévoient des mobilisations rapides et coordonnées, laissant peu de place à la négociation diplomatique une fois les mécanismes enclenchés. Cette logique contribue à la rapidité avec laquelle l'Europe bascule dans la guerre à l'été 1914.
Neutralité belge La Belgique occupe une position stratégique au cœur de l'Europe occidentale. Son statut de neutralité permanente est établi par le traité de Londres de 1839, à la suite de son indépendance vis-à-vis du royaume des Pays-Bas. Ce traité, signé par les principales puissances européennesLes autres signataires : le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, la France, l'empire d'Autriche, l'Empire russe et le royaume des Pays-Bas., dont la Prusse, engage celles-ci à respecter et à garantir l'intégralité territoriale belge.
La neutralité belge n'implique cependant pas une absence de préparation militaire. Consciente de sa position géographique entre la France et l'Allemagne, la Belgique développe, à partir de la fin du , une politique de défense reposant sur des fortifications modernes destinées à retarder toute invasion et à permettre une intervention diplomatique ou militaire des puissances garantesLes puissances garantes sont les mêmes que celles qui ont signé le traité de Londres, à l'exception du Royaume des Pays-Bas..
Liège dans la défense belge gauche|vignette|Le fort d'Évegnée, le plus oriental de la ceinture fortifiée. La ville de Liège occupe une position clé dans ce dispositif. Située sur la vallée de la Meuse, à proximité immédiate de la frontière allemande, elle contrôle des axes de circulation essentiels reliant l'Allemagne à la France et au reste de la Belgique. Les lignes ferroviaires et routières qui convergent vers Liège en font un nœud logistique de première importance. Entre 1888 et 1892, l'État belge fait construire autour de la ville une ceinture fortifiée composée de douze forts, conçus par l'ingénieur militaire Henri Alexis Brialmont. Ce système est destiné à constituer un obstacle temporaire mais significatif à toute armée ennemie, en attendant une réaction internationale. À la veille de la Première Guerre mondiale, ces fortifications sont considérées comme parmi les plus modernes d'EuropeCes considérations sont d'historiens militaires dont Jean Stengers, Luc De Vos et Hervé Coutau-Bégarie., bien qu'elles reposent sur des conceptions techniques déjà partiellement dépasséesCes conceptions dépassées sont en partie le béton non armé insuffisant contre l'artillerie lourde allemande comme la Skoda et la Grosse Bertha..
Doctrines et guerre de mouvement À la même époque, les grandes puissances européennes développent des doctrines militaires (plan Schlieffen et plan XVII) fondées sur la rapidité de la mobilisation et la guerre de mouvement. Les états-majors considèrent qu'un conflit futur sera court et décisif, dominé par des offensives rapides plutôt que par des guerres de positions prolongées.
Dans cette perspective, les fortifications fixes sont perçues de manière ambivalente. Si elles peuvent ralentir une offensive, elles sont aussi vues comme vulnérables à l'artillerie lourde moderne. Cette tension doctrinale joue un rôle central dans l'évaluation allemande du système défensif de Liège.
Plan Schlieffen
vignette|Le plan Schlieffen en rouge et le plan XVII en bleu. Le plan Schlieffen, élaboré à partir de 1905 par le chef d'état-major allemand Alfred von Schlieffen, repose sur l'hypothèse d'une guerre sur deux fronts contre la France et la Russie. Afin d'éviter un conflit prolongé, le plan prévoit de concentrer l'essentiel des forces allemandes à l'ouest pour écraser rapidement la France, avant de se retourner contre la Russie, jugée plus lente à mobiliser. Pour atteindre cet objectif, l'armée allemande doit contourner les fortifications françaises de la frontière franco-allemande en passant par la Belgique et le Luxembourg. La prise rapide de Liège est considérée comme une condition indispensable à la réussite de cette manœuvre, car elle permet l'ouverture des voies de communication nécessaires à l'avance des armées allemandes vers le nord de la France. Mais le plan avait un inconvénient : il violait la neutralité de la Belgique, ce qui donnait au Royaume-Uni un pour entrer immédiatement en guerre.
Été 1914
vignette|L'assassinat de l'archiduc et de la duchesse à Sarajevo dans un supplément illustré du Petit Journal du 12 juillet 1914. À la suite de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le par un jeune étudiant serbe, la crise diplomatique s'aggrave rapidement. L'ultimatum austro-hongrois à la Serbie, soutenu par Guillaume II, puis les jeux d'alliances et les mobilisations successives, conduisent à une escalade quasi mécanique. Le , l'Allemagne déclare la guerre à la Russie. Le , l'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique, exigeant le libre passage de ses troupes. Le gouvernement belge, invoquant le traité de Londres de 1839 et sa souveraineté nationale, refuse. L'Allemagne déclare ensuite la guerre à la France le . Cette décision entraîne, le , l'invasion du territoire belge par les forces allemandes.
L'attaque de Liège constitue ainsi la première violation manifeste de la neutralité belge et l'un des premiers actes militaires majeurs de la Première Guerre mondiale. Elle s'inscrit à la fois dans une logique stratégique allemande de guerre rapide et dans un contexte diplomatique où les mécanismes de garantie collective se transforment en engagement militaire direct. La résistance attendue, mais sous-estimée dans sa durée, de Liège va donner à cette bataille une importance dépassant largement le cadre local, en faisant un événement fondateur du conflit sur le front occidental.
Forces en présence Au début du mois d', la région fortifiée de Liège constitue le premier objectif opérationnel majeur de la 2e armée allemande dans le cadre de l'offensive déclenchée à l'ouest conformément aux plans établis par l'état-major impérial. L'affrontement oppose, d'une part, les troupes de royaume de Belgique chargées de défendre la position fortifiée de Liège et, d'autre part, des unités de l'Empire allemand spécialement désignées pour forcer le passage vers la Meuse et ouvrir la route vers le centre de la Belgique et la France. Liège est stratégique, elle se situe au confluent de la Meuse, de l'Ourthe (venant du sud) et de la Vesdre (venant de l'est) et est bordée au sud par le massif forestier de l'Ardenne belge et au nord par la ville néerlandaise de Maastricht.
Les forces en présence présentent un contraste marqué tant par leur volume que par leur organisation, leur expérience et leur équipement. Toutefois, la défense belge bénéficie d'un système fortifié conçu pour compenser l'infériorité numérique et retarder l'avance ennemie, conformément à la doctrine défensive adoptée par l'état-major belge depuis la fin du . L'asymétrie entre les deux adversaires apparait nettement par une supériorité numérique allemande, une supériorité matérielle allemande en artillerie lourde et un avantage belge dans la défense de positions préparées. Toutefois, la résistance belge initiale surprend le commandement allemand et retarde temporairement l'exécution du calendrier prévu pour l'offensive à l'ouest. Cette résistance contribue à démontrer que les fortifications, bien que vulnérables à l'artillerie lourde moderne, conservent une efficacité tactique lorsqu'elles sont défendues avec détermination.
Forces belges
vignette|Le lieutenant-général Gérard Leman. La défense de Liège est placée sous le commandement du lieutenant-général Gérard Leman, officier du génie formé à l'École royale militaire de Bruxelles et ancien collaborateur du général Brialmont. Il commande la d’armée, renforcée par des unités de forteresse et de garde civique.
Au début des hostilités, l'ensemble des forces disponibles dans le secteur de Liège est estimé à environ . ou environ hommes., comprenant la d'armée, des régiments d'infanterie de forteresse, des unités d'artillerie de position, des éléments de génie et de service ainsi que des détachements de garde civique mobilisé pour la défense locale.
La mobilisation belge ayant été décrétée le , certaines unités ne sont pas encore pleinement complètes ou coordonnées au moment des premiers engagements. Le 12e de ligne et son dédoublement en 32e de ligne comptent environ 4460 hommes.
La mission assignée aux forces belges est double : retarder l'avance allemande le plus longtemps possible et permettre la concentration et la mobilisation complète de l'armée belge dans le centre du pays. La stratégie belge ne prévoit pas une défense illimitée de la position, mais un combat retardateur destiné à ralentir l'ennemi dans le respect de la neutralité proclamée du royaume.
Fortifications de Liège
gauche|vignette|Positions des forts autour de Liège : en bleu, les forts d'avant la Première Guerre mondiale et en rouge, les forts d'avant la Seconde Guerre mondiale.