thumb|350px|Audience préliminaire, 11 février 2010 Les (CETC) sont le nom officiel du tribunal hybride mis en place par les Nations unies afin de traduire en justice les principaux dirigeants encore en vie du régime khmer rouge entre 2001 et 2023. Elles sont depuis entrées dans leurs fonctions résiduelles.

Historique

Un premier procès eut lieu dès le mois d’, sept mois après la chute du Kampuchea démocratique, le régime des Khmers rouges. Pol Pot et Ieng Sary furent condamnés à mort par contumace par les autorités de la République populaire du Kampuchéa, le régime mis en place à la suite de l'invasion du Cambodge par le Viêt Nam Robbie Corey-Boulet – The Phnom Penh Post / Le petit journal – Cambodge/khmers rouges - Il y a 30 ans, le premier procès au monde pour génocide, 20 août 2009. Toutefois ce procès n’a pas été reconnu par la communauté internationale, car outre son caractère expéditif Stéphanie Gée - Ka Set – 1979, premier procès des Khmers rouges (2) : des carences judiciaires d'un procès-spectacle – 21 août 2008, il servait surtout à légitimer le gouvernement en place et l’occupation du pays par les bộ đội Long Panhavuth – The Phnom Penh Post / Courrier international – Cambodge • La justice mise à l’épreuve, 1 avril 2009.

À ce moment, les troupes khmères rouges étaient la principale force armée d’une coalition qui luttait contre le pouvoir installé à Phnom Penh par les troupes de Hanoï ; cette union était soutenue par la Thaïlande, le Royaume-Uni et les États-Unis d'Amérique Raoul Marc Jennar, Les clés du Cambodge, Maisonneuve & Larose, octobre 1995. ; peu souhaitaient donc les traduire devant un tribunal.

Les choses changèrent en 1994, où après avoir refusé à de multiples reprises d’appliquer les accords de paix qu’ils avaient pourtant signés en 1991 Union interparlementaire - Cambodge – Assemblée constituante - élections tenues en 1993, accédé en Septembre 2009, ils furent déclarés hors la loi Ka Set - Le procès des Khmers rouges, accédé en septembre 2009. Il fallut néanmoins attendre encore qu’ils soient suffisamment affaiblis avant d’envisager de les juger.

Le premier coup dur survient pour eux le , lors de la défection d’Ieng Sary qui contre une amnistie royale, rallie les forces gouvernementales avec ses hommes Antonya Tioulong et Catherine Gouëset, L'express, Chronologie du Cambodge (1953-2009), 30 mars 2009, et surtout coupe aux partisans khmers rouges l’accès aux mines de rubis de Pailin qui constituaient leur principale source de revenus.

Le , le gouvernement cambodgien demanda l'aide des Nations unies pour traduire en justice les anciens responsables khmers rouges Yale University – Cambodian genocide program – Chronology, 1994-2004, accédé en Septembre 2009, mais cela n’était que le début de longues tractations.

Le , le premier ministre cambodgien Hun Sen et Thomas Hammarberg, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les droits de l'homme au Cambodge, arrivent à un accord visant à mettre en place une structure juridique cambodgienne spécifique répondant aux normes internationales Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia - Chronology of Establishment of ECCC, accédé en septembre 2009.

En , le gouvernement cambodgien crée un groupe de travail conseillé par des juristes internationaux et chargé de rédiger un projet de loi pour pouvoir juger les derniers responsables khmers rouges encore en vie.

Deux ans plus tard, le , le roi Norodom Sihanouk promulgue la loi sur la création des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) pour « juger les crimes commis sous le Kampuchéa démocratique ».

Toutefois, moins d’une semaine plus tard, le exactement, l’ambassadeur américain Kent Wiedermann, tient à préciser que les États-Unis font du jugement d’Ieng Sary, pourtant amnistié cinq ans plus tôt, une condition non négociable à leur soutien aux CETC.

Le , c’est au tour d’Hans Correll, conseiller juridique des Nations unies de remettre un rapport demandant onze modifications dans la loi cambodgienne sur la création des CETC.

Finalement, devant la lenteur des avancées, l’ONU se retire des pourparlers le et il faudra l’entremise du Japon pour que les négociations reprennent le .

Enfin, le , un accord est signé à Phnom Penh par les représentants du gouvernement cambodgien et ceux de l’ONU, confirmant que les poursuites judiciaires se feraient conformément à la loi cambodgienne modifiée pour répondre aux critères internationaux. Il faudra cependant attendre le pour que les amendements résultant de cet accord soient enfin promulgués par Chea Sim, chef de l’État cambodgien par intérim Trial Watch – Kaing Guek Eav, accédé en septembre 2009.

Les tractations continueront et le les juges (17 cambodgiens et 12 internationaux) prêtent enfin serment.

S’ensuivront de nouvelles négociations sur le règlement intérieur qui ne sera adopté que le .

Les choses s’accélèrent alors quelque peu. Le , les coprocureurs transmettent leur premier réquisitoire introductif, dans lequel ils ont identifié « cinq suspects ayant commis, aidé, encouragé ou ayant porté la responsabilité supérieure » dans les exactions commises sous le Kampuchéa démocratique ; à cette date, seuls Kang Kek Ieu, alias « Duch » et Ta Mok sont incarcérés, mais la situation évoluera dès l’automne. Nuon Chea, sera arrêté le , Ieng Sary et sa femme Ieng Thirith le et enfin Khieu Samphân le .

Le , le premier procès, celui de Kang Kek Ieu, débute par la comparution de ce dernier, en audience préliminaire.

Le , une nouvelle crise débute, lorsque les juges internationaux, contre l’avis de leurs homologues cambodgiens, font part de leur intention d’ouvrir de nouvelles enquêtes contre d’anciens cadres intermédiaires khmers rouges Radio France International - Le tribunal pour les Khmers rouges vise de nouveaux suspects, 2 septembre 2009. Le premier ministre a vivement critiqué cette décision, qui selon lui pourrait remettre en cause la paix et la stabilité du pays Cambodge soir– TKR : Hun Sen contre de nouvelles enquêtes, 7 septembre 2009.

Le , le procès de Kang Kek Ieu se termine avec le réquisitoire du procureur, qui réclame 40 ans de prison Arnaud Dubus – Libération - Les carnets de Phnom Penh – Nous ne retirons pas à Douch son humanité, 26 novembre 2009 Cécile Mimaut – France Info – 40 ans de prison requis contre le Khmer rouge "Douch", 25 novembre 2009. Le verdict sera rendu le et, au grand dam des parties civiles, les juges n'auront pas suivi le procureur et condamneront "Douch" à 30 ans de prisons . Douch et le parquet ont fait appel de cette condamnation .

Le procès impliquant Nuon Chea, Khieu Samphân, Ieng Sary et Ieng Thirith s'est, pour sa part, ouvert le .

Le , Les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens rendent leur dernier jugement en rejetant l'appel de Khieu Samphân, condamné en 2018 pour crime contre l’humanité et génocide. La juridiction exerce désormais des fonctions résiduelles, telles que l'archivage et la sensibilisation.

Embûches

Bien avant leur création, les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens ont été contestées. Les nombreux dysfonctionnements qui sont apparus n’ont fait qu’accroître le scepticisme quant à leur possibilité de rendre un jour la justice Francis Deron – Le Monde - Khmers rouges, un procès en échec, 3 février 2007 France Culture – Le difficile procès des Khmers rouges, 27 mai 2009.

Pourquoi un tribunal maintenant ? thumb|alt=CETC|Le siège des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens

On peut se poser des questions sur l’intérêt de juger des faits qui se sont déroulés il y a une trentaine d’années, sachant surtout que l’affaiblissement à la fin des années 1990 des khmers rouges, qui a mis un terme à la guerre civile était due aux défections obtenues en échange de la promesse d’amnistie et de réintégration dans la vie civile Raoul Marc Jennar – le Monde diplomatique – Des Khmers rouges encombrants et convoités, mars 1999. Aujourd’hui, beaucoup de ces combattants vivent au milieu de leurs anciennes victimes Chheang Bopha – Cambodge Soir – Réintégration des anciens Khmers rouges au Phnom Voar, la guerre est loin derrière, 16 novembre 2001 Jacques Follorou – Le Monde –Au village de Khla Khnom, ex-Khmers rouges et victimes ont appris à cohabiter, 24 septembre 2009. Le risque, en réveillant de vieilles blessures « d’embraser le pays KhnowFrontier – Le procès des Khmers rouges: une justice tardive et sélective ?, 6 avril 2009 » tout en revenant sur les promesses faites ne semblait donc pas à l’époque une simple vue de l’esprit Jacques Follorou – Le Monde – Cambodge : une ex-Khmère rouge veut le droit à l'oubli, 30 septembre 2009.

De plus, la majeure partie des acteurs de la politique cambodgienne se sont compromis à un moment ou à un autre avec les partisans de Pol Pot et de ce fait, peu auraient intérêt à ce que le tribunal pousse ses investigations trop loin : Norodom Sihanouk, ancien roi du Cambodge et père de l’actuel monarque, n’avait pas hésité, lorsqu’il avait été déposé le par ses ennemis de droite, à s’allier à ses ennemis de gauche de la veille, et a demandé aux Cambodgiens de rejoindre les maquis tenus par les partisans de Pol Pot Le Monde - Le prince SIHANOUK appelle de PEKIN ses compatriotes à prendre le maquis, 25 mars 1970. Il sera ensuite rétabli, le comme chef de l’État par les khmers rouges avant de démissionner en . Lorsque l’armée vietnamienne fait chuter le régime de Pol Pot en 1979, Norodom Sihanouk a été défendre la cause des khmers rouges à l’ONU et a obtenu qu’ils restent les seuls représentants officiels du Cambodge INA – JT de 13H sur TF1 - http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/autres-conflits/video/CAA7900025001/sihanouk.fr.html Intervention de Norodom Sihanouk à la tribune de l’ONU], 12 janvier 1979. Il prendra ensuite la tête d’une coalition destinée à renverser le gouvernement placé à Phnom Penh par les troupes vietnamiennes, mais où les partisans de Pol Pot étaient la principale force militaire de cette alliance Marwaan Macan-Markar – IPS – Will Sihanouk Appear at Khmer Rouge Trials?, 10 septembre 2007. Toutefois, il parait peu probable qu’il ait joué un rôle majeur dans les prises de décisions d’un régime qui a tué cinq de ses enfants, quatorze de ses petits-enfants et beaucoup de ses partisans Jean-François Tain – Radio France Internationale – Sihanouk : l’histoire du roi qui abdiqua deux fois, 14 octobre 2004. Plusieurs des dirigeants actuels sont issus des rangs des khmers rouges ; on citera Chea Sim, président du Sénat et chef de l’État par intérim quand le roi est absent, Heng Samrin, président de l’assemblée nationale et surtout Hun Sen, le premier ministre. Cependant, au moins pour ce qui concerne le dernier nommé, des sources concordantes semblent accréditer la thèse qu’il n’ait joué qu’un rôle subalterne dans ce mouvement . Le premier ministre actuel, quand on lui parle d’élargir le champ d’investigation du tribunal a beau jeu de rappeler que la communauté internationale qui aujourd’hui presse dans ce sens, est la même qui avait réarmé les khmers rouges après leur déroute militaire en 1979 et leur avait conservé leur position de seul représentant officiel du pays à l’ONU alors qu’ils ne dirigeaient plus que de faibles parcelles de jungle sur le territoire national Cambodge Post – Khmers rouges: Le procès qui dérange, 16 avril 2009. La limitation de la compétence des chambres aux seuls « crimes commis durant la période du Kampuchéa Démocratique Chambres extraordinaires auprès des tribunaux cambodgiens – loi relative à la création des CETC, juillet 2007 » (du au ) vient d’ailleurs fort à propos éviter que des membres de cette communauté internationale aient à venir répondre de cette compromission.