Le massacre d'Hébron de 1929 (anglais : 1929 Hebron Massacre, hébreu : טבח חברון תרפ״ט Teva’h ’Hevron Tarpat, arabe : مذبحة الخليل Mudhabbahat al-Khalil), parfois nommé pogrom d'Hébron (anglais : Hebron Pogrom, hébreu : פרעות חברון para’ot ’Hevron, litt. « émeutes d’Hébron »), s'est déroulé le dans la ville d'Hébron, en Palestine mandataire. Des Arabes y tuent environ 70 Juifs, en blessent une cinquantaine et pillent des maisons et des synagogues. Les Juifs survivants sont au nombre de 435, dont certains grâce à l'intervention de voisins arabes. Ils sont évacués par les autorités britanniques les jours qui suivent.

Ces attaques, qui font suite à des rumeurs selon lesquelles les Juifs essayeraient de conquérir les lieux saints de Jérusalem, sont les plus importantes de celles liées aux émeutes de Palestine en 1929 qui font un total de 249 morts (133 Juifs et 116 Arabes).

Les attaques de 1929 et le massacre d'Hébron en particulier sont un pas supplémentaire dans l'évolution des relations entre Juifs et Arabes dans la région et jouent un rôle déterminant tant pour l'histoire du sionisme que pour celle du nationalisme palestinien. Elles mettent un terme à une présence juive à Hébron.

Protagonistes vignette|thumbtime=101|alt=Extrait d'un film muet en noir et blanc montrant la ville, le complexe religieux et des Juifs devant celui-ci.|Vues d'Hébron, du tombeau des Patriarches et de Juifs y priant en deçà de la dans un documentaire russe de 1913.|gauche La ville d'Hébron a une signification particulière pour le judaïsme, le christianisme et l'islam, en raison de la présence du tombeau des Patriarches où, depuis 1267, les Juifs n'ont pas l'autorisation d'aller plus loin que la septième marche de l'escalier d'accès.

Elle est située à au sud de Jérusalem. Le recensement britannique de 1922 y dénombre , dont , , avec 75 % de Séfarades et 25 % d'Ashkénazes, ainsi que 73 chrétiens.

Les Arabes d'Hébron La communauté arabe d'Hébron est majoritairement composée de musulmans traditionalistes, peu impliqués dans la vie politique en Palestine. En particulier, l'influence du grand mufti de Jérusalem, qui sera mis en cause pour son rôle dans les émeutes de Palestine, y est faible.

La plupart des habitants arabes d'Hébron sont des descendants de groupes bédouins arrivés de Transjordanie au . Dans les dix années précédant les événements, de nombreux Arabes hébronites se sont installés à Jérusalem tout en maintenant un lien avec leur ville d'origine.

Les Juifs d'Hébron vignette|alt=Photo d'archive en noir et blanc de Juifs vêtus selon le mode traditionnel hassidique.|La famille hassidique Slonim, installée à Hébron depuis 1844. Au centre, assis, le rabbin Mordechai Dov Ber Slonim, décédé en 1919 ; à droite, assis, son fils, le rabbin Shneer Zalman Slonim ; à gauche, son petit-fils, le rabbin Jacob Joseph Slonim ; à droite de ce dernier, son arrière-petit-fils, Eliezer Dan Slonim. vignette|alt=Photo d'archive en noir et blanc de jeunes gens habillés à l'occidentale, assis à des pupitres.|Salle d'étude de la yechiva Slobodka à Hébron. vignette|alt=Photo d'archive en noir et blanc de Juifs vêtus pour la plupart de manière moderne.|redresse|Debout derrière, Eliezer Dan Slonim et son épouse Hannah. Assis, les parents de Hannah, le rabbin Abraham Jacob Orlansky et son épouse Yenta. Devant, Aharon, le fils de Dan Eliezer Slonim et Hannah, âgé de 4 ans. Photo prise en 1928. Tous seront tués le 24 août 1929. La communauté juive d'Hébron est à l'époque la plus ancienne de Palestine. La présence continue de juifs à Hébron est attestée depuis le . Le nombre de familles juives semble y avoir fluctué entre huit et vingt durant les .

La communauté juive de Hébron bénéficie du déclin de celle de Safed au et compte une centaine de personnes au . Au , la population juive d'Hébron croît en raison de deux facteurs, l'établissement à compter de 1820 d'une communauté de Juifs hassidiques du mouvement Habad, ainsi que l'arrivée de Bagdad en 1848 du rabbin Eliahu Mani, qui prend la tête de la communauté séfarade et suscite l'installation d'une douzaine de familles de Juifs mésopotamiens et l'achat de terrains pour renforcer la communauté locale.

Selon les recensements de Montefiore, la population juive d'Hébron passe, entre 1855 et 1875, de 391 à , dont respectivement 64 % et 47 % de Séfarades, le reste étant constitué d'Ashkénazes hassidiques. En 1912, le mouvement Habad acquiert à Hebron la maison Romano et y établit la yechiva Torah Emet, dans le but, selon Hillel Cohen, .

La Première Guerre mondiale entraînant la conscription dans l'armée ottomane des jeunes Juifs hébronites et le tarissement des dons de la haloukah, la population juive d'Hébron est fortement réduite et seul subsiste alors le kollel séfarade. Entre 1890 et 1923, elle passe de (dont et ) à 413 (dont et ). Cette décroissance conduit Eliezer Dan Slonim à publier en 1924 dans Haaretz un article intitulé . En 1924, le rabbin Nathan Zvi Finkel, fondateur de la yechiva Slobodka, du mouvement du Moussar, ouvre à Hébron la yechiva . Elle attire des étudiants étrangers d'origine ashkénaze, au nombre de 130 à l'origine et qui sont un peu moins de 200 en 1929. Cette même année, la population juive d'Hébron compte environ (800 selon l'Agence juive, 600 selon la police).

Certains Juifs habitent au centre d'Hébron mais la plupart louent des maisons à des propriétaires arabes dans les faubourgs. Outre des institutions traditionnelles, tels plusieurs synagogues dont la synagogue Abraham Avinou datant du , un bain rituel et une boucherie cachère, le quartier juif compte également une succursale de la banque Anglo-Palestine Company (créée en 1907 et possédée par la famille Slonim), l'hôpital Beit Hadassah (depuis 1893), quelques hôtels et des lieux où l'on peut acheter de l'alcool. Au début du , on y remarque même quelques charpentiers et cordonniers.

Cette population est constituée en grande partie de personnes âgées, vivant des contributions charitables (haloukah) versées en faveur du yichouv ainsi que de jeunes étudiants de la yechiva Slobodka. Les deux communautés ashkénaze et séfarade ont des écoles et des synagogues distinctes ; leurs membres ne se marient pas entre eux. Les Séfarades parlent arabe, s'habillent à l'arabe et sont relativement bien intégrés. Parmi les Ashkénazes, les étudiants de la yechiva Slobodka conservent leur mode de vie d'origine et offrent une apparence qui contraste tant avec celle des membres de la communauté séfarade qu'avec celle des hassidim du mouvement Habad car « en général ils ont l'air de jeunes gens modernes, particulièrement parce qu'ils sont habillés de vêtements britanniques ou américains». Ils ont souvent des difficultés ou des malentendus avec la population arabe. Par ailleurs, cité par et Hillel Cohen note que l'activité de la banque Anglo-Palestine Company, en plein développement, sera ultérieurement considérée par l'historien palestinien al-Rajabi comme un des facteurs aggravants de la tension entre les deux communautés.

Quoique la communauté d'Hébron fasse partie du vieux yichouv, très religieux et réputé hostile au mouvement sioniste, , Hillel Cohen souligne que ces tensions, comme celles existant entre la population sépharade traditionaliste et les jeunes pionniers sionistes, étaient moindres, tant pour les Juifs que pour les Arabes, que l'identité juive commune, et que les différences entre les Juifs du mouvement sioniste et leurs opposants orthodoxes ne l'emportaient pas sur . Sionistes et haredim étaient notamment d'accord sur le fait que , alors que les Arabes de Palestine et estimaient à cet égard la distinction entre sionistes et non sionistes comme superficielle, quand bien même ils faisaient la distinction entre ceux qui avaient l'air de « Juifs arabes » et ceux qu'ils réputaient « sionistes » d'après leur tenue ou leur langue.

La police d'Hébron

vignette|redresse|alt=Photo d'archive en noir et blanc d'un soldat en uniforme, posant de face.|Raymond Cafferata, vers 1926. Au total, la police britannique en Palestine représente , dont moins de 300 sont britanniques.

La force de police d'Hébron est constituée de 18 policiers à cheval et 15 à pied, dont 11 âgés et en mauvaise condition physique et un seul juif. Elle est dirigée par le superintendant adjoint Raymond Cafferata, le seul officier britannique de la ville. Caffereta est un ancien des , un corps auxiliaire de la police britannique qui, après avoir servi en Irlande, a formé le noyau de la police britannique en Palestine. Âgé de 32 ans, arrivé en Palestine en 1922, il a été récemment nommé à Hébron et connaît encore mal les habitants de la ville.

Cafferata déclarera à la commission d'enquête Shaw s'être fié à l'opinion du gouverneur d'Hébron, Abdallah Kardous, et du commandant en chef de la police de Gaza, qu'Hébron resterait calme. Ce n'est que le 23 qu'il demande par téléphone à Jérusalem des renforts, qui n'arrivent que le lendemain dans l'après-midi.

Contexte Conflit arabo-sioniste en Palestine mandataire

Depuis la fin du , le mouvement sioniste milite pour la fondation d'un « foyer national juif » en Palestine (Eretz Israël). En 1917, la Déclaration Balfour annonce le soutien de Whitehall au projet tandis que les troupes britanniques prennent le contrôle militaire de la région. En 1920, la Société des Nations avalise le projet et confie à la Grande-Bretagne un mandat pour administrer le paysTom Segev, One Palestine. Complete., Partie 1, chap.4, Ego Versus Ego, p. 85-101..

L'opposition arabe au projet sioniste se manifeste dès l'arrivée des Britanniques, tandis que se développe le nationalisme palestinien. En 1920, elle se marque par des émeutes qui font une dizaine de morts à JérusalemTom Segev, One Palestine. Complete., Partie 1, chap.6, Nebi Musa, 1920 - section 2, p. 128-139., suivies par d'autres l'année suivante qui font près d'une centaine de morts principalement à Jaffa. Les événements poussent les Juifs à développer leur organisation paramilitaire : la HaganahDaniel Levine, The Birth of the Irgun Zvai Leumi - A Jewish Liberation Movement, chap.2 - The Rise of the Self-Defense Movement (1917-1929), 1991, p. 27-29., tandis que le grand mufti de Jérusalem prend la tête du mouvement nationaliste palestinien.

Les tensions prennent un caractère religieux, notamment à la suite de querelles autour du Mur des Lamentations et du Mont du Temple entre Juifs et Arabes musulmans. Des incidents se produisent en 1925 et en 1928 sans toutefois faire de victimesTom Segev, One Palestine. Complete., Partie 2, chap.13, The Nerves of Jerusalem, p. 295-314.. La situation va dégénérer durant les émeutes de 1929.

Événements précédant le massacre

Le , de 200 à 300 jeunes nationalistes juifs, dont beaucoup de partisans de Vladimir Jabotinsky défilent au Mur des Lamentations de Jérusalem, sous la direction de Jeremiah Halpern en criant des slogans comme « le mur est à nous », en chantant la Hatikvah et en brandissant des calicots arborant l'étoile de David. Une rumeur se répand que des Juifs auraient attaqué des Arabes et blasphémé le nom du « prophète ». Elle atteint rapidement Hébron où la police est mise en état d'alerte.

Le , Aref al-Aref, le gouverneur (caïmacan) de Beer-Sheva, précédemment condamné par contumace pour incitation à la violence durant les émeutes de Jérusalem de 1920, fait un prêche dans une mosquée d'Hébron. Des centaines de musulmans convergent vers Jérusalem et le Mur des Lamentations, brûlant des livres de prière et bousculant un bedeau juif. L'émeute s'étend rapidement à la zone des commerces juifs de la villeReport of the Commission on the Palestine Disturbances of August 1929, Command paper Cmd. 3530, page 55, lire en ligne. Le , un jeune Juif est poignardé à mort.