L'« affect » est, en psychanalyse et selon Freud, l'un des deux aspects de la pulsion, le second étant la « représentation ».

L'affect dans l'œuvre freudienne

L'affect et la représentation, issus de la pulsion, font ainsi partie du psychisme. Les deux domaines sont autant somatiques que la pulsion. La pulsion ne saurait être réduite à un seul domaine, de même que l'affect ou la représentation ne peuvent être compris comme synonyme d'émotion.

Un destin de l'affect est la possibilité d'une isolation et d'un déplacement, soit des mécanismes de défense révélateurs du fonctionnement psychique.

Freud introduit aussi la notion du quantum d'affect () comme une notion énergétique permettant à l'affect de s'exprimer de manière sensible. Les principes énergétiques se composent d'un côté de l'énergie psychique, s'écoulant en respectant des lois, et de l'autre de l'énergie de l'affect, expression qualitative de la quantité de l'affect.

Cependant, Freud conçoit l'idée d'une traduction : si la pulsion est aussi inscrite dans le corps, l'affect la traduit. Il exprime une poussée, et l'affect aura en commun d'exprimer un manque ou un sentiment de singularité.

La culpabilité inconsciente amène Freud à considérer un affect inconscient. Selon la théorie de Freud, la culpabilité est l'expression consciente, qualitative d'une poussée ou d'une pulsion de mort. La poussée vise le sujet en le punissant. Pourtant, il existe une culpabilité ignorée du sujet pour laquelle Freud n'a pas trouvé une solution.

La psychanalyse de Freud se fonde sur la causalité rétroactive d'un évènement historique. Aucune notion plus que l'affect n'est directement liée à la temporalité comme dans l'après-coup.

Dans son ouvrage Études sur l'hystérie (1895), Freud formule la théorie de la séduction, qu'il abandonne déjà deux ans plus tard, selon laquelle un abus sexuel dans l'enfance ou dans l'adolescence est un événement post-traumatisant. Freud parle également du http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2011.calamote_ep&part=300709 pour dénoter le traumatisme à la suite d'un événement significatif ainsi que l'ensemble des traumatismes dans l'âge adulte qui sont liés à celui-ci.

D'après Freud, le post-traumatisme est une conséquence diachronique de l'après-coup, en ce que l'événement traumatisant revient à la conscience du sujet. Il postule que dans l'inconscient, il ne s'inscrit que la relation entre deux expériences séparées temporellement. En outre, une « mutation » permet au sujet de réagir autrement qu'au premier événement. Au premier temps est l'effroi ou l'émerveillement, la souffrance ou le plaisir, qui confrontent le sujet non préparé à une expérience significative, mais encore insignifiante, puisque le sujet est en état d'impréparation ou d'immaturité. Le vécu n'est pas donc tangible (déchiffrable), un vécu dont la signification ne peut être assimilée à priori. Laissé en attente ou mis de côté, le souvenir n'est pas en soi pathologique ou traumatisant.

Il ne le deviendra que par sa remémoration, sa reviviscence, lors d'une seconde expérience ou « scène » qui entre en résonance associative avec la précédente expérience. Au deuxième temps est une expérience qui rappelle la première. Du fait des nouvelles possibilités de réaction, c'est le souvenir lui-même - et non pas la nouvelle expérience fonctionnant comme déclencheur - qui agit comme une nouvelle « source d'énergie libidinale » interne et autotraumatisante. En d'autres termes, c'est le souvenir d'un vécu qui affecte, plutôt que le vécu lui-même à l'époque où il s'est passé.

Sans être strictement nommé, l'affect semble déjà être présent et éparpillé dès le début de l'œuvre freudienne avec la théorie de la séduction dans les Études sur l'hystérie (1893-1895) et L'interprétation des rêves (1900). La notion d'affect devient encore plus diffuse et diluée dans la Métapsychologie (1915) et encore plus après Le fétichisme (1927). Le texte majeur sur l'affect après la deuxième topique est Inhibition, symptôme et angoisse (1926).

Freud a conçu l'affect en distinguant :

la quantité mesurable d'affect ; la variation de cette quantité d'affect ; le mouvement lié à cette quantité d'affect ; la décharge de cette quantité d'affect.

Ce quantum d'affect exprime la solidarité entre un contenu associatif de l'après-coup et son corrélat affectif. Le terme allemand a été traduit en français par Freud lui-même en , exprimant à la fois une notion qualitative et quantitative, par rapport à la notion strictement quantitative du . Dans l'après-coup, l'affect et la représentation s'interpellent mutuellement. La prévalence de l'affect ou de la représentation revient à une préférence arbitraire pour l'une ou l'autre des deux moitiés de l'œuvre freudienne : la sensibilité et la parole. Dans les Études sur l'hystérie, cette interpellation mutuelle est ainsi exprimée :

L'abréaction est l'irruption dans le champ de la conscience d'un affect jusque-là refoulé et maintenu dans l'inconscient en raison de son lien avec le souvenir d'une expérience de douleur ou de déplaisir. L'affect et le souvenir, ainsi liés, ont été refoulés et maintenus dans l'inconscient en raison de leur caractère douloureux. Lorsque l'affect et la verbalisation du souvenir font irruption en même temps dans le champ de la conscience, l'abréaction se produit et se manifeste par des actes et des paroles exprimant et explicitant ces affects. L'admission de l'affect à la conscience est le plus souvent subordonnée à la liaison avec un représentant substitutif qui prend la place du représentant originel auquel l'affect était lié au départ. Une transmission directe est encore possible lorsque l'affect est transformé en angoisse. Les avatars de l'affect suivent les avatars de l'angoisse dans l'œuvre freudienne. Différentes périodes peuvent se démarquer :

la névrose d'angoisse des transformations qualitatives et quantitatives de la tension physique sexuelle en affecte par élaboration psychique (1893-1895) ; la libido refoulée devant le danger de la castration (1909-1917) ; l'appareil psychique (1926-1932) où seul le "Moi" peut éprouver l'angoisse devant une menace physique d'un danger réel, une menace de l'envahissement du "Moi" par le "Ça" (angoisse névrotique) et une menace de l'envahissement du "Moi" par le "Surmoi" (angoisse de conscience).

La parole ne fait pas que permettre à la charge affective de se débloquer et d'être vécue, elle est en elle-même l'acte et décharge par les mots. La procédure parolière utilisée dans la cure permet à l'affect de se déverser verbalement. Avec la décharge verbale, un souvenir dénué de charge affective est presque totalement inoffensif et inefficace.

Finalement, ce quantum d'affect est une somme d'excitations à la remémoration d'une expérience de la satisfaction (plaisir) ou de la douleur (déplaisir). La décharge affective par la parole ou par l'acte d'un souvenir le rendrait inoffensif et inefficace. Dans l'œuvre freudienne, des travaux sur l'hystérie, l'inconscient, le refoulement et l'angoisse traitent directement ou le plus souvent indirectement de l'affect. Dans la conception psychanalytique, l'affect peut se comprendre seulement par l'intermédiaire du modèle théorique de la pulsion.

L'affect est une des deux composantes de la représentation psychique de la pulsion. Dans cette représentation, l'affect est la part énergétique dotée d'une quantité, d'une qualité et d'une tonalité subjective mouvantes. L'affect se révèle au conscient par la décharge. C'est aussi par la résistance suivie de la levée de cette résistance à la tension croissante qui le caractérise que l'affect se révèle au conscient. Partie du corps pour revenir au corps, cette décharge est en majeure partie orientée vers l'intérieur, vers le corps.

La liaison entre l'affect et la représentation est celle d'un appel réciproque : la représentation éveille l'affect dans l'après-coup et, réciproquement, l'affect mobilisé demande la représentation. Le complexe affect-représentation déploie chacun de ses deux termes dans des directions divergentes : la représentation se développe vers le fantasme ou la parole ; l'affect s'étale des formes brutes aux états subtils.

L'affect dans la littérature psychanalytique post-freudienne

Il semble revenir à Sándor Ferenczi de donner à la notion d'affect une utilisation extensive entérinée par la clinique psychanalytique contemporaine. Cette littérature psychanalytique post-freudienne vient principalement des travaux anglo-saxons sur l'affect. À partir des "affects primaires" chez Melanie Klein, Ernest Jones (1929) a montré qu'un affect peut cacher un autre en se mobilisant contre cet autre : la crainte peut couvrir la culpabilité, tout comme la haine peut camoufler cette crainte, selon une sorte de couches sédimentaires dans les profondeurs du conscient à l'inconscient. Ainsi, la crainte superficielle est une angoisse rationalisée, tandis que la crainte plus profondément enfouie est une angoisse archaïque évoquant des dangers majeurs de nature douloureuse.

Ces affects primaires peuvent être l'objet de camouflages dégagés par Jones et d'inversions déjà élaborées par Freud, inversion produite comme un changement de signe en algèbre et par laquelle le sujet se délivre de l'affect. Tout se passe comme si l'affect refoulé revenait sous forme inversée où le désir se fait dégoût, comme le plaisir se fait douleur. Ainsi, l'équivalent de la négation dans la moitié parolière se retrouve dans l'inversion des affects dans l'autre moitié énergétique.

Une différence sensible sépare ces deux moitiés : l'affranchissement des restrictions du refoulement se fait au prix d'une simple négation et admet l'idée refoulée dans le conscient pour la moitié intellectuelle parolière, tandis que la douleur ou le déplaisir du plaisir inversé nécessite un contre-investissement au moins égal, mais généralement plus dispendieux. Cette différence se rapporte également au « refoulement » de l'affect (Unterdrückung, Verdrängung) en contraste au « désaveu » ou « déni » (Verleugnung) de l'idée, c'est-à-dire de la représentation.

À l'intérieur du champ de l'affect, une autre différence concerne la décharge et la tension, comme celle entre expérience affective et sensations corporelles. Ces sensations corporelles sont nécessaires et insuffisantes à l'expérience affective. Elles ne se confondent pas avec cette expérience affective, comme le territoire avec la carte. Tension et décharge sont indissolublement liées en des oscillations autour d'un axe moyen ou optimal de tensions. Alors, le principe de plaisir n'a plus pour but l'apaisement des tensions ; il est lui-même soumis à un principe supérieur homéostatique.

De ce tableau freudien et post-freudien, l'affect apparaît comme une charge ou une tension émotive qui, lorsqu'elle est refoulée, se convertit en angoisse ou détermine un symptôme névrotique, voire psychotique.

De l’affect à la limite dans les structures cliniques chez André Green