La franc-maçonnerie en Espagne apparaît dès le : la première loge espagnole est fondée à Madrid le par le duc de Wharton. Ses débuts sont difficiles car elle doit faire face à l'Inquisition jusqu'au début du . Elle commence à se développer librement à partir du règne de Amédée mais elle est à nouveau inquiétée durant la dictature de Miguel Primo de Rivera et surtout durant le franquisme. Durant cette période, la franc-maçonnerie disparaît d'Espagne, mais continue ses activités en exil. À partir de 1976, les loges se réinstallent en Espagne avec le soutien d'obédiences étrangères telles que le Grand Orient de France.
L'Espagne offre en 2015, une grande variété d'obédiences maçonniques telles que la Grande Loge d'Espagne et la Grande Loge symbolique espagnole mais aussi des obédiences régionales telles que le Grand Orient de Catalogne et la Grande Loge des Canaries. Le pays compte également des obédiences mixtes comme la Fédération espagnole du Droit humain et le Grand Orient ibérique ainsi qu'une obédience féminine, la Grande Loge féminine d'Espagne. Histoire Le thumb|upright|Portrait du Conte d'Aranda par Francisco Jover y Casanova
Les premières loges
La première loge espagnole est fondée en 1727 à Madrid par le duc de Wharton, ancien grand-maître, d'origine anglaise, sous le nom de « La Matritense » ou les « Trois fleurs de Ly s» (las Tres flores de lys) probablement d'après le nom de l'hôtel où elle se réunit. Elle reçoit une patente de la Grande Loge d'Angleterre le où elle est inscrite sous le .The history and the persecutions of Spanish Freemasonry - Martin I.McGregor, Grand Lecturer, Freemasons New Zealand - hosted on Pietre Stones Review of Freemasonry web site.La Matritense No 7, Historia (Parte 2), consulté le 5 septembre 2014.
En 1728, la loge « Saint Jean de Jérusalem » est constituée à Gibraltar et inscrite à la Grande loge d'Angleterre sous le numéro 51. En 1731, le capitaine James Cummerford, servant alors pour l'armée britannique à Gibraltar est nommé grand-maître provincial pour l'Andalousie, il s'agit alors de Gibraltar et des villes environnantes. En effet, Gibraltar est, depuis 1713, sous contrôle britannique et cette Grande Loge provinciale d'Andalousie commence à créer des loges dans le sud de l'Espagne.
Les membres des loges maçonniques espagnoles viennent à l'origine de France et de Grande-Bretagne mais rapidement les Espagnols rejoignent à leur tour les loges.
Condamnation et persécution par l'Inquisition
Cependant, durant la majeure partie du , il n'a pas été possible de créer une maçonnerie organisée et stable puisque les quelques loges fondées ont eu une vie brève et précaire en raison de l'Inquisition espagnole qui les persécutait. Le , le pape Clément XII publie l'encyclique In eminenti apostolatus specula condamnant la franc-maçonnerie et interdisant aux Catholiques de rejoindre les loges. En Espagne, la bulle papale reçoit un exequatur royal et l'Inquisiteur général publie un décret le déclarant que l'Inquisition est la juridiction unique en la matière et appelant à la dénonciation endéans les six jours sous peine d'excommunication et d'une amende de .
En 1740, Philippe V publie un premier décret sévère envers la maçonnerie.. Son successeur, Ferdinand VI, publie un second décret le interdisant purement et simplement la maçonnerie. La loge fondée à Barcelone en 1748 par un militaire qui avait été initié à Nice est dénoncée à l'Inquisition deux ans plus tard puis est démantelée. Elle se recrée en 1776 mais à nouveau l'Inquisition la ferme et arrête tous ses dirigeants.
Un an après la promulgation du décret royal de Ferdinand VI en 1751 qui interdisait la maçonnerie, le père franciscain José Torrubia publia Sentinelle contre les francs-maçons (Centinela contra francmasones), un recueil de textes antimaçonniques étrangers. Le maçon fait ainsi l'objet d'anathème et est associé à des termes comme , etc. L'usage fréquent de ces mots pour se référer aux maçons explique que jusqu'en 1843, le terme n'apparaissait pas dans le Dictionnaire de la Real Academia Española qui la définissait de manière assez imprécise :
Malgré les persécutions, la franc-maçonnerie continue ses activités en cachette.
Dans la seconde moitié du siècle, naît la grande loge fondée en 1760 par le conte de Aranda, premier ministre de Charles III. Il est par ailleurs connu que beaucoup de ministres de Charles III sont maçons ainsi que de nombreux nobles et militaires espagnols. À partir de 1780, la grande loge devient le Grand Orient d'Espagne dépendant ainsi idéologiquement des groupes de maçons français. En 1800, sous la direction du successeur de Aranda, le conte de Montijo, le grand orient comptait environ .
Le L'Espagne sous la domination napoléonienne (1808-1813) À la suite de l'invasion de l'Espagne par Napoléon en 1808, plusieurs loges militaires françaises s'installent, principalement en Catalogne. Il s'agit en réalité d'un instrument politique au service de la politique de Napoléon. Une de ces loges à Barcelone s'appelait . On rencontre aussi quelques loges composée de prisonniers français dans les Baléares. Ce type de maçonnerie bonapartiste a disparu dès que les troupes françaises ont quitté le pays en 1813.
À l'image de l'Espagne de la monarchie de Joseph Bonaparte, l'Espagne , celle qui ne reconnaissait pas l'Entrevue de Bayonne et qui continuait à reconnaître Ferdinand VII comme roi légitime a aussi vu se développer les loges maçonniques, tout comme les journaux antimaçonniques tels que Le Soleil de Cadix (El Sol de Cádiz 1812-1813) dans lequel il est dit . Un autre mythe qui apparaît alors est le caractère nocturne de l'activité des maçons. Dans un texte publié en 1812, l'avertissement suivant est lancé : Ainsi reste immuable le mythe de l'antimaçonnisme du .
Le règne de Ferdinand VII (1813-1833) Le point culminant de la persécution de la maçonnerie par l'Inquisition espagnole a eu lieu après la restauration en 1814 de la monarchie absolue par Ferdinand VII.
Le , une cédule royale est promulguée par le Conseil de Régence interdisant la maçonnerie dans les colonies espagnoles. Lors de son arrivée, Ferdinand VII publie un édit royal le . thumb|upright|Portrait de Juan Van Halen, œuvre anonyme de 1853, Museo Naval de Madrid. Le nouvel inquisiteur général, l’évêque Mier y Campillo, dont l'une des obsessions est la maçonnerie, l'a condamnée dans deux édits publiés au début de l'année 1815, dans la ligne du Saint-Siège. Mier accusait les maçons de et encourageait la population à les dénoncer, en leur promettant l'anonymat. Beaucoup de dénonciations ont suivi, certaines fausses et des auto-accusations qui ont mené à la fermeture de loges et à la confiscation de leurs biens. Les maçons étrangers ont été expulsés d'Espagne et les maçons espagnols ont dû pratiquer des exercices spirituels. Toutefois, certains maçons n'ont pas reçu un traitement aussi bienveillant, c'est ce qui est arrivé au militaire libéral Juan van Halen qui, en 1817, a été torturé pendant deux jours après avoir été arrêté par l'Inquisition. Van Halen a raconté son histoire lui-même dix ans plus tard et Pío Baroja s'est chargé de l'écrire dans Juan van Halen, l'officier aventureux ( )..
Les listes de maçons suspectés qui ont été élaborées alors (la plupart conservées par le roi) ont été un instrument utile dans les mains du pouvoir pour se débarrasser de personnes politiquement gênantes, bien qu'en réalité, elles n'appartiennent pas à la maçonnerie (du moins l'enquête n'a pas pu confirmer l'état maçonnique de ceux qui étaient repris dans ces listes) affirment Emilio La Parra et María Ángeles Casado.
La maçonnerie réapparaît dans le Triennat libéral (1820-1823) durant laquelle elle prend un rôle politique avant d'être à nouveau réprimée durant la (1823-1833). En 1824, Ferdinand VII a promulgué un décret royal qui interdisait "dans les territoires d'Espagne et des Indes, toutes les congrégations de francs-maçons, de comuneros, et d'autres sectes secrètes".
Ce qui montre jusqu'où l'obsession antimaçonnique pouvait aller est le chapitre Notions de franc-maçonnerie publié en 1828 dans lequel il était dit :.
Le règne d'Isabelle II (1833-1868) En 1834, la régente Marie-Christine de Bourbon-Siciles décrète une amnistie pour les francs-maçons mais maintient l'interdiction de la maçonnerie elle-même. Peu après le Grand Orient national d'Espagne est fondé et en 1839, le Souverain Chapitre départemental de Barcelone dépendant du Grand Orient.
Durant cette période, les maçons demeurent dans la clandestinité, ce qui n'empêche pas qu'à partir du , la maçonnerie ne prenne un nouvel élan, particulièrement à Cuba où certaines loges maçonniques participeront au mouvement indépendantiste, ce qui s'était produit auparavant dans les colonies d'Amérique latine qui s'étaient émancipées de l'Espagne entre 1810 et 1825.
Entre 1837 et 1868, la maçonnerie espagnole est clandestine, ce n'est qu'à partir de 1869 que la franc-maçonnerie renaît au grand jour.
Les régions les plus concernées par la franc-maçonnerie sont la Catalogne, l'Andalousie, le Levant et les Baléares, autrement dit l'Espagne portuaire et industrielle.
Sexennat démocratique (1868-1874)
L'expansion de la franc-maçonnerie se produit durant le Sexennat démocratique. Profitant de la liberté proclamée par la Glorieuse Révolution de 1868, les obédiences prolifèrent en interprétant à leur manière les principes de base de la maçonnerie pour donner naissance au Grand Orient hispanique, au Grand Orient ibérique, au Grand Orient d'Espagne (qui absorbera rapidement les deux premiers) et au Grand conseil général ibérique et sa Grande Loge symbolique espagnole du rite ancien et primitif oriental de Memphis-Misraïm.
Mais au même moment des conflits surgissent entre les deux obédiences, le Grand Orient national d'Espagne et le Grand Orient d'Espagne. Cette dernière est plus démocratique et a comme grand maître Manuel Ruiz Zorrilla, un des hommes politiques les plus importants de la période et qui est président du gouvernement en 1872-1873 durant le règne d'Amédée . En 1876, il est remplacé par Práxedes Mateo Sagasta, un autre homme politique important de cette époque et un des piliers de la restauration bourbonienne en Espagne avec Cánovas del Castillo ; à partir de cette même année, le sénateur marquis de Seoane prend la tête de l'obédience la plus conservatrice, le Grand Orient national d'Espagne.
Durant cette période, les maçons peuvent se déclarer au grand jour et exprimer publiquement leurs opinions. Le , sort le Bulletin officiel du Grand Orient d'Espagne (Boletín Oficial del Gran Oriente de España en espagnol) et l'année suivante, le Dictionnaire maçonnique de poche (Diccionario Masónico de bolsillo) voit le jour à Pertusa. On peut y lire que la franc-maçonnerie est
Mais les œuvres antimaçonniques fleurissent également durant le Sexenio. Certaines expriment leur désaccord avec le fait que doivent être et que pour , aussi il est dit que « la maçonnerie se cache systématiquement aux yeux de tous et qu'une association que travaille de la sorte ne peut pas représenter le bien et la vérité ».
Le retour des Bourbons (1875-1902)
thumb|upright|Tombe maçonnique de la Famille Figueroa (1878) au cimetière de la Almudena à Madrid La Constitution de 1876 établit la liberté de culte et entraîne une modification du Code pénal, aussi, les loges peuvent travailler presque librement. Enfin, la Loi d'associations de 1887 offre à la maçonnerie un cadre juridique pour exister. Omettant leur caractère maçonnique, les organismes maçonniques se déclarent auprès des institutions d'État comme des associations culturelles, éducatives, etc. En , le Grand Orient espagnol est la première institution maçonnique à se déclarer comme telle.
Cette période est marquée par la coexistence de différentes obédiences qui se divisent et fusionnent en raison, la plupart du temps, de conflits de personnes mais aussi parfois, de motifs idéologiques.