Le quai des Orfèvres est une voie et un quai, situé le long de la Seine sur l’île de la Cité, dans le de Paris.

Situation et accès Le quai des Orfèvres commence au point de jonction du pont Saint-Michel avec le boulevard du Palais et débouche sur le terre-plein central du pont Neuf au droit du 15, place du Pont-Neuf.

Il est desservi par les stations Pont-Neuf de la ligne 7 et Saint-Michel de la ligne 4 du métro, et par la gare Saint-Michel - Notre-Dame de la ligne C du RER.

En 2023, selon un site d’estimation immobilière, le quai, qui ne compte que 11 immeubles dans sa partie habitée, est la rue la plus chère de ParisAnne-Laure Abraham, « 23 002 euros le mètre carré : le quai des Orfèvres est la rue la plus chère de Paris », Le Parisien, 21 avril 2023..

Origine du nom Le nom fut attribué à la partie occidentale de l'actuel quai des Orfèvres (construit de 1580 à 1643) dès son achèvement, en raison de la présence d'orfèvres et de joailliers« Quai des Orfèvres » dans la nomenclature officielle des voies de la ville de Paris, sur le site capgeo.sig.paris.fr. dans cette voie. Sur la partie la plus occidentale, presque à la pointe de l'île, se trouvait un moulin longtemps appelé de la Gourdeyne, qui devient en 1551, la Monnaie du Moulin des Étuves ; on y installa les premières presses à balancierJérôme Jambu, « Inventer de la monnaie pour les pauvres. Ou comment créer la monnaie fiduciaire (France, ) », in: Dialogues d'histoire ancienne, 2020 (S 20), — sur Cairn.info..

Historique L'actuel quai des Orfèvres résulte de la réunion — décidée en 1807 et effective en 1810 — de deux voies initialement distinctes, orientées est-ouest et parallèles à la Seine, situées de part et d'autre de l'ancienne rue de Jérusalem (disparue en 1883), dont l'extrémité sud se trouvait à hauteur de l'actuel . Il est cité sous le nom de « rue Saint Louys », pour une partie et de « rue du quay de l'isle du Pallais, regardant vers les Augustins », pour une autre partie, dans un manuscrit de 1636. 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris.

Jusqu'à la fin du , l'île de la Cité s'arrêtait au bout du palais de la Cité. Plus au nord-ouest, en aval, se trouvaient trois îlots alluvionnaires à fleur d'eau : l'îlot du Passeur-aux-Vaches (ou « île aux Bœufs »), l'île à la Gourdaine (appelée aussi « île du Patriarche ») et l'île aux Juifs. Entre la Seine et les murs qui entouraient le palais et son jardin, se trouvait un terrain en pente.

En 1578, il est décidé de construire un nouveau franchissement sur la Seine, le Pont-Neuf. Les trois îlots sont alors rattachés à l'île de la Cité. Pour cela, la construction du quai des Orfèvres et du quai de l'Horloge commence en 1580. Terminé en 1643, le quai relie la rue de Jérusalem et le Pont-Neuf. La nouvelle voie reçut dès l'origine le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Celui-ci n'a pas varié, exception faite pour l'époque révolutionnaire au cours de laquelle la voie fut dénommée « quai du Midi » avant de reprendre son nom d'origine sous .

Parallèlement, une nouvelle voie est ouverte en 1623 sous Henri IVHurtaut, Dictionnaire historique de la Ville de Paris, Moutard, Paris, 1779, (voir en ligne). entre la rue de la Barillerie (absorbée par le boulevard du Palais) et la rue de Jérusalem pour faciliter la communication avec le pont NeufJacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor : Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, tome 1, (voir en ligne). Cette voie est appelée à l'origine rue Neuve, puis rue Neuve Saint-Louis (1623) et enfin rue Saint-Louis, parfois rue Saint-Louis-du-Palais (1776)L'Almanach Dauphin, 1776. Côté Seine, vingt-sept maisons uniformes sur une suite d’arcades en avancée dans le fleuve la composent. Le côté opposé est construit en 1630. Pendant la période révolutionnaire, elle est appelée rue Saint-Louis-du-Palais-des-Marchands(1791)Inventaire des diamants de la couronne, perles, pierreries existant au garde-meuble, en annexe de la séance du 30 septembre 1791. In: Archives Parlementaires de 1787 à 1860 - Première série (1787-1799) Tome XXXII - 30 septembre 1791. Paris, Librairie Administrative P. Dupont, 1888. -228 (en ligne). et rue Révolutionnaire (1793).

Au nord de la rue Saint-Louis s'étendait un ensemble de bâtiments où logeaient les chanoines de la Sainte-Chapelle royale du Palais, dit qui ne doit pas être confondu avec celui du cloître Notre-Dame des chanoines de la cathédrale, également appelé ainsi. La rue Sainte-Anne, ultérieurement rue Sainte-Anne-en-la-Cité, fut percée en 1631 à travers cet enclos, depuis la rue Neuve-Saint-Louis jusqu'à la cour du Palais. Crée conformément à un brevet du confirmé en 1630 par Louis XIII afin de faciliter l'accès et la sortie du palais de la Cité, ce fut cette rue que le roi emprunta pour gagner son palaisJacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor : Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu’à nos jours, tome 1, (voir en ligne).

Avec les rues de Jérusalem et de Nazareth, ces quatre rues créées au début du par emprise sur l'enclos des chanoines de la Sainte-Chapelle formaient un rectangle.

En 1702, la « rue Saint-Louis », qui fait alors partie du quartier de la Cité, possède et 8 lanternesJean de la Caille, Description de la ville de Paris..

La rue Saint-Louis, contrairement au quai des Orfèvres située dans son prolongement, était bordée de maisons sur ses deux côtés longitudinales. En vertu d'un décret du les maisons riveraines de cette rue du côté du fleuve sont démolies pour permettre la construction d'un nouveau quai et la fusion de ce dernier avec son voisin, sous la dénomination commune de quai des Orfèvres en 1810.

Ces mesures obligèrent environ la moitié des riverains de la rue Saint-Louis-du-Palais à se reloger voire à transporter leurs enseignes ailleurs. La rue était – comme le quai des Orfèvres – un haut lieu de l’achat, de la vente et de la transformation de métaux précieux, du commerce de pierres précieuses et de leur montage en bijoux et en divers autres ornements et objets. Parmi les artisans et échoppes L’Almanach Dauphin, paru en 1776, recense dans la rue Saint-Louis 26 artisans orfèvres, joailliers, bijoutiers et marchands dévoués à la clientèle désireuse d'acquérir des produits de luxe (contre 29 sur le quai des Orfèvres), dont : 1 orfèvre en vaisselle (5 sur le quai des Orfèvres), 9 joailliers metteurs en œuvre (11 sur le quai des Orfèvres), 6 de bijou [sic] d’or (1 sur le quai des Orfèvres), 1 metteur et 1 metteuse en œuvre, 5 marchands de diamants, d’or ou d’argent (7 sur le quai des Orfèvres) et trois marchands d’objets précieux de toutes sortes (deux sur le quai des Orfèvres dont un fournisseur d’ornements d’église).

thumb|left|Cheret d'après Antoine-Denis Chaudet, La Paix, 1806, Musée du Louvre. La statue fut exposée dans la maison à l'enseigne « Au Chariot d'or », quai des Orfèvres, en 1807. thumb|right|Louis Bachelet, maître-orfèvre au 58, Reliquaire, 1851, d'après un dessin de Viollet-le-Duc, Art Institute de Chicago. Entre le pont Saint-Michel et le pont Neuf plus d’une cinquantaine d’artisans et marchands proposaient, sur une distance de , des orfèvreries de table, des joailleries et « assortiments de bijoux, de toutes espèces des plus à la mode et du meilleur gout », et entre autres « l’exécution de toute sorte de fleurs, aigrettes & bouquets de diamans » [sic], des « bagues à chiffres & à secrets, agate & chiffres en cheveux », des « chaînes de montre en or de couleur émaillés & garnis », des « tabatières connues sous le nom de Georgettes », des « boites d’argent » des « porte mousquetons à ressort » . Après s’être rendu au quai des Orfèvres en 1785, Henri Paulin Panon Desbassayns écrit : Nous « avons été au « Chariot d’or » (…) « chez Monsieur Cheret, maître orfèvre, voir une toilette qu’il a faite pour Madame de Montmorency. C’est un morceau achevé dans son genre. Le travail est si beau, l’ouvrier a si bien imité la dentelle que l’on y portait la main pour tâter si ce n’était pas de la dentelle. Même chose pour le reste. Il a imité un petit chien en argent qui est un morceau d’un goût charmant. Le loup est d’une élégance charmante. Nous avons vu de l’argenterie de toutes sortes et en quantité »Henry Paulin Panon Desbassayns, Christelle de Villèle, Jean Barbier : Petit journal des époques pour servir à ma mémoire : 1784-1786, Musée historique de Villèle, 1991.. En 1807 fut exposé, dans le même lieu, la grande statue en argent intitulée La Paix, fondue par Cheret fils d’après le modèle donné par Antoine Denis ChaudetAubin Louis Millin : Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettes et des arts, tome 1, Imprimerie Bibliographique, 1807, (Voir en ligne), aujourd'hui exposée au Musée du LouvreBase Mistral (voir en ligne).

À partir de 1811, la transformation de la rue se poursuivit quand il fut ordonné au préfet de police — par décret impérial du portant sur l'organisation du bataillon des sapeurs-pompiers — de réquisitionner deux maisons attenantes au chef-lieu des sapeurs-pompiers, déjà installé près de la préfecture de police de Paris qui occupait alors l'ancien hôtel des premiers Présidents du Parlement, au fond de l’étroite rue de Jérusalem. En 1839, les effectifs du bataillon des sapeurs-pompiers s'élevaient à 636 hommes y compris 16 officiers, divisés en quatre compagnies dont la première était casernée sur le quai des Orfèvres, Jules de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, notes et introduction de Ch. Nodier, Pourrat, 1839, consulter en ligne..

Il faudra attendre 1871 pour que la préfecture de police de Paris intègre son nouveau bâtiment. En effet, bien que créée en 1800, cette dernière occupa, jusqu'en 1871, l'ancien hôtel des premiers Présidents du Parlement. Après l'incendie du bâtiment par les communards en 1871, Jules Ferry met à disposition de la police judiciaire une partie des bâtiments du Palais de Justice reconstruits : le 36, quai des Orfèvres« La préfecture de police au cœur de l'île de la Cité », www.prefecture-police-paris.interieur.gouv.fr..

En 1904, on expropria les habitants de l'ancien quartier des chanoines, afin d'y édifier les locaux de tribunal de grande instance de Paris dont les plans furent confiés à Albert Tournaire. Toutes les maisons du quadrilatère délimité par le boulevard du Palais, la rue de la Sainte-Chapelle, la rue Mathieu-Moulé (anciennement rue Sainte-Anne-en-la-Cité) et le quai des Orfèvres sont démolies en 1907.. Les travaux sont achevés en 1914..

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire thumb| en 2018.

(disparu) : ancien emplacement de l'Académie Suisse dite libre, une école de dessin fondée sous le Premier Empire, fréquentée dans les années 1860 par les impressionnistesM. Tompkins Lewis, « La montée de Cézanne à Paris », Cézanne et Paris, catalogue de l'exposition au musée du Luxembourg, Paris, Réunion des musées nationaux, 2011, .Une photographie du quai des Orfèvres, datée du 25 août 1870, où figure la maison du est conservée dans les collections du musée Carnavalet (voir en ligne).. (disparu) : dernier domicile de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), peintre de paysages, professeur à l'École des beaux-arts, chevalier de la Légion d'honneur dont le « cabinet » composé de « tableaux, dessins, estampes, livres » etc. fut vendu à cette même adresse deux mois après son décès, le et les jours suivantsNotice des tableaux, dessins, estampes, livres ... composant le Cabinet de feu M. P. H. Valenciennes, avril 1819 voir en ligne sur le site gallica de la BnF). (disparu) : domicile, en 1802, du graveur Jean-César Macret.