Le Grand Prix du Maroc 1958 (VII Grand Prix du Maroc), disputé sur le circuit urbain Ain-Diab à Casablanca le , est la soixante-quinzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la onzième et dernière manche du championnat 1958. La course est également ouverte aux monoplaces de Formule 2, qui bénéficient d'un classement séparé.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde thumb|left|alt=Moss|Avant la dernière manche, Stirling Moss (vu ici en 1958) n'a plus qu'une faible chance de remporter le titre. La saison 1958 s'est révélée particulièrement cruelle pour le monde des Grands Prix, marquée par la disparition accidentelle de trois pilotes de premier plan lors d'épreuves du championnat. La première victime fut l'Américain Pat O'Connor, pris dans le gigantesque carambolage du premier tour des 500 miles d'Indianapolis à la fin du mois de mai. Cinq semaines plus tard, lors du Grand Prix de France disputé sur le circuit de Reims, le pilote italien Luigi Musso payait chèrement une erreur de pilotage alors qu'il tentait de rattraper son coéquipier Mike Hawthorn. Un autre pilote de la Scuderia Ferrari disparaissait le mois suivant dans des circonstances analogues, Peter Collins se tuant sur le Nürburgring alors qu'il disputait le commandement à son compatriote britannique Tony Brooks.

Sur le plan sportif, malgré un début d'année ayant consacré les petites Cooper à moteur central arrière, victorieuses sur les circuits tortueux d'Argentine (avec Stirling Moss) et de Monaco (avec Maurice Trintignant), la suite de la saison s'est résumée en un affrontement entre les Ferrari et les Vanwall, monoplaces parfaitement adaptées à la nouvelle réglementation limitant la longueur des épreuves à trois cents kilomètres (contre cinq cents auparavant) et imposant l'utilisation du carburant de type 'Avgas' employé en aviation. Dernière manche de l'année, le Grand Prix du Maroc doit désigner le successeur de Juan Manuel Fangio, qui s'est retiré de la scène sportive après cinq titres mondiaux. Le titre doit se jouer entre Stirling Moss, qui a engrangé trois victoires cette saison (une sur Cooper et deux sur Vanwall), et Mike Hawthorn. Malgré son unique victoire en France, le pilote Ferrari est en position de force avant la dernière épreuve : ayant accumulé les secondes places et les records du tour alors que son rival jouait souvent de malchance, Hawthorn compte en effet huit points d'avance. Même en cas de victoire de Moss au Maroc, assortie du record du tour, il lui suffit de terminer second derrière son adversaire pour s'approprier le titre.

Le circuit

Développant plus de sept kilomètres et demi, le circuit d'Ain-Diab, situé dans les faubourgs populaires de Casablanca, fut utilisé pour la première fois en 1957 à l'occasion du Grand Prix du Maroc. Son tracé très rapide emprunte des boulevards au revêtement poussiéreux et ne présente pas de difficulté technique particulière. Lors de l'épreuve inaugurale, le Français Jean Behra avait imposé sa Maserati à plus de 181 km/h de moyenne.

Monoplaces en lice thumb|alt=Ferrari Dino 246|Deux des trois Dino engagées sont équipées de freins à disque. Ferrari Dino 246 "Usine" L'équipe Ferrari a engagé trois Dino. Ces monoplaces de 650 kg sont les plus puissantes du plateau grâce à leur moteur V6 de , alimenté par trois carburateurs double corps, qui développe 290 chevaux à . En l'absence de Wolfgang von Trips, blessé lors du Grand Prix d'Italie, Mike Hawthorn est épaulé par Phil Hill et Olivier Gendebien, vainqueurs des dernières 24 Heures du Mans. La voiture de Hawthorn est équipée de freins à disque Dunlop, essayés pour la première fois par la Scuderia à Monza ; celle de Gendebien dispose pour la première fois en course de freins à disque Girling, tandis que Hill se contente d'une traditionnelle version à tambours.

Vanwall VW "Usine" Tony Vandervell aligne son équipe habituelle de pilotes britanniques, composée de Stirling Moss, Tony Brooks et Stuart Lewis-Evans. Les Vanwall, dont le moteur quatre cylindres fournit environ 270 chevaux à , sont certes moins puissantes que les Ferrari mais presque aussi rapides en pointe grâce à leur aérodynamique très poussée. Outre leur excellente tenue de route, elles ont pour principal atout un freinage (par disques Dunlop) endurant et très au point.

BRM P25 "Usine" Très prometteuses à leurs débuts en 1955, les BRM P25 n'ont cependant jamais connu la réussite en championnat, se révélant souvent délicates à mettre au point et fragiles en course. De plus, l'imposition du carburant 'Avgas' cette saison a entraîné une lourde perte de puissance du moteur quatre cylindres de la marque, dont la version 1958 à cinq paliers plafonne à 250 chevaux, alors que l'année précédente la version à quatre paliers et carburant libre dépassait les 270 chevaux. Grâce à son agilité et son poids mesuré (environ 550 kg), la P25 peut cependant se montrer très compétitive sur les circuits sinueux. Pour la première fois cette saison la marque aligne quatre voitures, confiées à Jean Behra, Harry Schell, Joakim Bonnier et Ron Flockhart, ce dernier effectuant son retour après son accident du Grand Prix de RouenRevue L'Automobile - juillet 1958.

Cooper T45 "Usine" thumb|left|alt=Cooper T45|Une Cooper T45 lors d'une course historique. La course étant également ouverte aux monoplaces de Formule 2, John Cooper a engagé deux T45 F1 pour Roy Salvadori et Jack Fairman et deux T45 F2 pour Jack Brabham et Bruce McLaren (Brabham a choisi de courir en F2 car il vise le trophée Autocar récompensant le meilleur pilote de la saison dans cette catégorie, Fairman le remplaçant pour la circonstance dans l'équipe F1). Seules monoplaces du plateau à moteur central arrière, les petites Cooper sont particulièrement légères (moins de 500 kg) et maniables ; malgré la modeste puissance (194 chevaux, ) de leur quatre cylindres Coventry Climax FPF de , elles ont à plusieurs reprises tenu tête aux Ferrari et Vanwall sur les tracés sinueux. Les versions F2 disposent également du moteur Climax FPF, dans sa version (141 chevaux à ). Aux côtés de l'équipe d'usine, Rob Walker aligne une T45 F1 pour Maurice Trintignant et une F2 pour François Picard. Lewis-Evans a préféré épauler Moss chez Vanwall plutôt que de défendre ses chances pour le trophée Autocar, il est remplacé par Tom Bridger au volant de la T45 F2 de l'équipe British Racing Partnership. Engagés à titre privé, André Guelfi et Robert La Caze disposent de voitures identiques.

Lotus 12 & 16 "Usine" Conçues par Colin Chapman, les petites Lotus disposent du même moteur Climax FPF que les Cooper, mais monté à l'avant. Graham Hill est au volant de la récente Type 16 (surnommée la mini Vanwall, cette monoplace ne pèse que 450 kg), tandis que Cliff Allison dispose d'une Type 12 de l'année passé.

Maserati 250F Retirée de la scène des Grands Prix fin 1957, Maserati a vendu la plupart de ses monoplaces à des équipes ou pilotes privés. L'écurie Temple Buell a racheté l'ultime évolution de la 250F, la version 'Piccolo', plus légère que les versions précédentes. Elle est confiée à Masten Gregory. De son côté, la Scuderia Centro Sud aligne deux 250F classiques pour Wolfgang Seidel et Gerino Gerini, et Hans Herrmann dispose d'une de celles de l'écurie de Joakim Bonnier. Ne bénéficiant plus du support de l'usine, ces monoplaces à moteur six cylindres de 270 chevaux ne sont plus en mesure de figurer en tête du peloton.

Emeryson 56 Paul Emery avait engagé la monoplace conçue en collaboration avec son frère quelques années auparavant et animée par un moteur quatre cylindres Alta d'environ 240 chevaux , mais a finalement renoncé à un déplacement au Maroc.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 2 Olivier Gendebien Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 4 Phil Hill Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 6 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 8 Stirling Moss Vandervell Products Vanwall Vanwall VW10Vanwall VW5 Vanwall L4 10 Tony Brooks Vandervell Products Vanwall Vanwall VW5Vanwall VW10 Vanwall L4 12 Stuart Lewis-Evans Vandervell Products Vanwall Vanwall VW4 Vanwall L4 14 Jean Behra Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 16 Harry Schell Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 18 Joakim Bonnier Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 20 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 22 Masten Gregory Temple Buell Maserati Maserati 250F Maserati L6 24 Hans Herrmann Joakim Bonnier Maserati Maserati 250F Maserati L6 26 Wolfgang Seidel Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 28 Gerino Gerini Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 30 Roy Salvadori Cooper Car Company Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 32 Jack Fairman Cooper Car Company Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 34 Cliff Allison Team Lotus Lotus Lotus 12 Coventry Climax L4 36 Graham Hill Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 38 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 40 Paul Emery Emeryson Cars Emeryson Emeryson 56 Alta L4 48 André Guelfi Privé Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 50 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 52 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 54 François Picard Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 56 Tom Bridger British Racing Partnership Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 58 Robert La Caze Privé Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 Note : Stirling Moss et Tony Brooks ont échangé leurs voitures au cours des essais, Moss conservant ensuite la VW5 et Brooks la VW10 pour la course.

Qualifications Les essais qualificatifs sont organisés les vendredi et samedi après-midi précédant la course . Le temps est radieux le vendredi. Vainqueur l'année précédente, Jean Behra se montre le plus rapide de cette première journée au volant de sa BRM, bouclant son meilleur tour à la moyenne de 188,9 km/h. Le lendemain, le temps est couvert et une brume marine enveloppe le circuit. La piste est cependant parfaitement sèche et Behra parvient à améliorer de plus d'une seconde sa performance de la veille. Il est toutefois battu par un Mike Hawthorn en très grande forme, qui réalise 191,6 km/h de moyenne au volant de sa Ferrari. Stirling Moss tente bien de prendre l'avantage sur son rival mais alors qu'il effectue un tour rapide le moteur de sa Vanwall casse. Moss emprunte alors la monoplace de son coéquipier Tony Brooks, avec laquelle il va s'approcher, en fin de séance, à un dixième de seconde du temps de Hawthorn. Ce dernier s'octroie donc la pole position et partira à la corde de la première ligne au côté de Moss et de Stuart Lewis-Evans (Vanwall), Behra étant relégué à la corde de la deuxième ligne. En Formule 2, Jack Brabham a outrageusement dominé les deux journées d'essais au volant de sa Cooper d'usine. À plus de 175 km/h de moyenne, il a battu de plus de cinq secondes son coéquipier Bruce McLaren.