Les Témoins de Jéhovah estiment que la femme a un rôle différent de celui de l'homme au sein du cadre familial, religieux et social. Ils se basent entre autres sur le récit de la création de l'homme dans la Genèse, qui dit que Dieu a créé la femme en tant que complément de l'hommeGen.2:18, dans Les Saintes Écritures. Traduction du Monde Nouveau - avec notes et références, Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, 1995, Édition Française : Et Jéhovah Dieu dit encore : "Il n’est pas bon que l’homme reste seul. Je vais lui faire une aide qui lui corresponde". Avec note en bas de page : Ou: "Qui soit son vis-à-vis (sa pareille, son pendant)", qui lui soit assortie.". Pour les Témoins de Jéhovah, cette complémentarité implique que, dans la disposition divine originale, l'homme était incomplet sans une femmeComment raisonner à partir des Écritures, Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, 1989, Edition Française, p.157 : Dieu ne tient pas l'homme pour supérieur à la femme. Par cette déclaration, il indique plutôt que la femme serait dotée de qualités qui, dans le cadre de ce qu'il avait prévu, compléteraient celles de l'homme. On dit que deux choses sont complémentaires lorsque chacun d'elles à besoin de l'autre pour être complète. Ainsi, les femmes considérées en tant que groupe se distinguent par certaines aptitudes et qualités, les hommes par d'autres. Voir 1 Corinthiens 11:11,12..
Historique Rutherford estimait que le fait de mettre en avant les femmes dans les affaires religieuses contribuait à détruire le caractère sacré de la maison et détournait les hommes de DieuL'Âge d'or, 9 mai 1934, p. 489 :Putting women to the fore in the affairs of religion and the councils of state has much to do with destroying the sacredness of the home and with turning men away from God.. Selon lui, les femmes ne devaient pas être l'objet de romantisme ou d'adulation. Elles conservaient une bonne position en s'engageant dans l'activité d'évangélisation et en se soumettant à la fois au foyer et à la congrégation. Il était donc préférable qu'elles restent seules et qu'elles soient pionnières (prédicatrices). Au pire, les femmes pouvaient être considérées comme étant des 'Jézabel' hautaines (personnage biblique, épouse du roi israélite Achab, qui était connue pour son arrogance) qui perturbent l'ordre théocratique au sein de l'organisation des Témoins de JéhovahApocalypse delayed : The story of the Jehovah's Witnesses, James Penton, Toronto : University of Toronto Press, 1997, p. 262.
Il semblerait que Rutherford dépréciait les femmes"The role of women", Jehovah's Witnesses and the problem of mental illness, Jerry Bergman, Clayton, Californie : Witness Inc., 1992, pp. 246-54. Il estimait qu'il ne fallait pas ôter son chapeau pour saluer une femme (car il considérait cela comme un acte d'idolâtrie), ni lui tenir une porte, ni encore se lever quand elle entrait dans une pièceThe Four Presidents of The Watch Tower Society, Edmond C. Gruss, Xulon Press, 16 décembre 2003, p. 30 . Dans cette optique, Rutherford a d'ailleurs condamné la fête des Mères, car il considérait que cette fête accordait trop d'importance aux femmes et conduisait au « culte des mères », détournant ainsi les humains du culte revenant à DieuThe Four Presidents of The Watch Tower Society, Edmond C. Gruss, Xulon Press, 16 décembre 2003, p. 213 . L'ouvrage cite comme référence les publications suivantes : Vindication I, 1931, pp. 156,158-9 ; The Golden Age, 9 mai 1934, pp. 489-90 ; Let God be true, deuxième édition, 1952, p. 24.
Nathan Homer Knorr, le président suivant, a cependant amélioré la place de la femme dans la communauté, et les épouses y furent bien traitéesApocalypse delayed : The story of the Jehovah's Witnesses, James Penton, Toronto : University of Toronto Press, 1997, p. 267.
Son rôle Au niveau familial
Le mari dirige la famille et prend les décisionsLa Tour de Garde, Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, Édition française du 15 août 1980, p.7 : Étude perspicace des Écritures vol.2, p.220 : . La femme doit lui être soumise"Les Témoins de Jéhovah - Demain l'apocalypse", Envoyé spécial, France 2, 1998, à 9 min 25 s : et lui témoigner un profond respect, son soutien, et le considérer comme son « chef légitime » qui eux-mêmes leur montre du respect, et cela même s'il ne partage pas ses croyancesLes Témoins de Jéhovah, Bernard Blandre, éditions Brepols, 1991, p. 99 . Elle doit s'habiller avec modestie. Pour les Témoins de Jéhovah, le portrait de la femme capable est décrit en Proverbes 31:10 à 31Étude perspicace des Écritures, vol.2, p.223 : , ce que le mouvement religieux considère comme un rôle tout à fait honorableÉtude perspicace des Écritures, vol.2 p. 691 : .
Au niveau spirituel Elles peuvent cependant participer à l'évangélisation. D'ailleurs, la plus grosse partie de cette œuvre est effectuée par les femmes, qui sont en général plus disponibles en semaine. Ce sont aussi souvent les femmes Témoins de Jéhovah qui visitent leurs coreligionnaires malades ou qui s'occupent des pauvresApocalypse delayed : The story of the Jehovah's Witnesses, James Penton, Toronto : University of Toronto Press, 1997, p. 268.
Éventuellement, les femmes peuvent être membres ointes (c'est-à-dire avoir l'espérance céleste et faire partie des 144 000)Comment raisonner à partir des Écritures, pp. 158-159 : D'après la Bible, ce sont les hommes qui étaient chargés de la surveillance des congrégations. Les 12 apôtres de Jésus Christ étaient tous des hommes, de même que les chrétiens qui furent ensuite nommés anciens et serviteurs ministériels dans les congrégations (Mat. 10:1-4 ; 1 Tim. 3:2, 12). Les Écritures conseillent aux femmes d'apprendre en silence lors des réunions, avec une entière soumission, toutefois elles peuvent avec tact et diplomatie reprendre une pensée erronée d'un homme en insérant cette correction dans une nouvelle réponse. Les femmes doivent 'se taire' lors des réunions chaque fois que leurs propos traduiraient un manque de soumission (1 Tim. 2:11, 12 ; 1 Cor. 14 :33, 34). Ainsi, bien que les femmes participent dans une large mesure aux activités de la congrégation, il n'est pas prévu qu'elles président les réunions ni qu'elles prennent la tête pour ce qui est d'enseigner la congrégation alors que des chrétiens capables sont présents (...). Par contre si aucun homme n'a les capacités d'enseigner, des femmes pourront alors enseigner la tête couverte en signe de soumission à l'organisation céleste de Dieu. À la Pentecôte 33 de notre ère, l'esprit saint fut répandu aussi bien sur les hommes que sur les femmes. L'apôtre Pierre a expliqué l'événement en citant Joël 2:28, 29 (...). De la même façon aujourd'hui les femmes prennent part à juste titre au ministère chrétien, prêchant de maison en maison et dirigeant des études de la Bible à domicile - Voir aussi Psaume 68:11 ; Philippiens 4:2, 3.. Elles peuvent également occuper des postes importants dans d'autres instances de l'organisation, comme être à la tête du Cercle européen des Témoins de Jéhovah anciens déportés et internés (CETJAD), rôle actuellement assumé par Ruth Danner, elle-même ancienne déportée, et qui remplaçait à cette position une autre femme ancienne déportée, Simone Arnold LiebsterLes Témoins de Jéhovah - Pour un christianisme original, Philippe Barbey, L'Harmattan, 2003, p. 109 .
Si, en l'absence d'éléments masculins, elles doivent remplir un rôle lié au culte normalement dévolu à l'homme, elles doivent se couvrir la tête en signe de soumissionComment raisonner à partir des Écritures, p. 160 :En quelle circonstance une femme doit-elle se couvrir la tête ? Elle le fait chaque fois qu'elle 'prie ou prophétise', pour reprendre les termes contenus en 1 Corinthiens 11:5 (...). Elle devrait se couvrir la tête en signe de soumission à l'homme si elle assume des responsabilités liées au culte qui reviendraient normalement à son mari ou à un autre chrétien.Témoignage de Patrick Alain, sur Une Lueur :Ma mère "vivait dans l'adversité" et dirigeait le mercredi après-midi une étude de livre composée de femmes dont le mari était aussi opposé. Comme j'étais présent à cette étude (pas d'école et papa au boulot... pratique !), elle portait un foulard sur la tête en symbole de "respect et de soumission" envers l' "homme" dont elle prenait la place..
Critiques
Certains détracteurs du mouvement estiment que la Société Watchtower a un point de vue désuet sur le rôle de la femme, n'accordant pas une place valorisante à celle-ci et ne respectant pas ainsi la parité entre les deux sexes.
Dans sa biographie, une ancienne fidèle s'est plainte du rôle attribué à la femme dans l'organisation religieuse, en évoquant notamment la soumission au mari, les interdictions d'enseigner en public à la Salle du Royaume et de venir en pantalon aux réunions hebdomadairesDans l’enfer des Témoins de Jéhovah, Dany Bouchard, 2001 :Femme chrétienne, femme crétine, voilà ce qu’on lui demande... « Soumise à son mari » comme à un chef, de cette citation, on use et on abuse chez les témoins de Jéhovah... Pendant l’école théocratique du mardi soir, une femme n’a pas le droit de s’adresser directement à l’auditoire. Elle doit s’asseoir à une table et s’adresser à une autre personne de son sexe, puisqu’une femme ne doit pas « enseigner » un homme non plus. Les deux femmes n’ont pas le droit de se tourner vers le public, mais faire semblant d’avoir une conversation privée. Des règles strictes, bien que non écrites, régissent la façon dont les sœurs doivent être vêtues... Il est extrêmement mal vu et même périlleux de venir assister à une réunion en pantalon... alors chez les témoins de Jéhovah, on fait la chasse aux pantalons, parce qu’ils choquent la conscience collective de la congrégation..... Elle affirme que les réunions de la congrégation font preuve d'un « machisme navrant » et estime que les Témoins de Jéhovah « ont mis en place pour les femmes de la congrégation un schéma moyenâgeux proche de l'inquisition »Dans l’enfer des Témoins de Jéhovah, Dany Bouchard, 2001, p. 47.
La Coordination nationale des victimes de l'organisation des Témoins de Jéhovah estime que le procédé consistant à refuser de laisser les femmes enseigner à la Salle du Royaume est « ridicule et aberrant », affirmant qu'il s'agit d'« un des différents aspects misogynes que compte le culte des Témoins de Jéhovah ». D'après cette association, « les femmes [au sein des Témoins de Jéhovah] sont rabaissées, considérées comme rien sinon comme des prédicatrices dociles, des épouses soumises ou des mères enseignant bien leurs enfants »Présentation critique du rôle de la femme à la Salle du Royaume, sur le site de la CNVOTJ.
Le rapport bisannuel 2001-2002 du CIAOSN (Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles) reproche la place que le mouvement religieux accorde à la femme. Il évoque ce fait dans un chapitre intitulé "Problèmes, controverses"Rapport bisannuel 2001-2002 du CIAOSN, p. 36 :Place de la femme : bien que les Témoins de Jéhovah aient rappelé en juin 2002 que, selon leur doctrine, la femme est à l'égal de l'homme, l’attitude que le mouvement recommande à ses membres vis-à-vis de cette dernière ne s’inscrit pas dans la tendance européenne et internationale en matière d’égalité entre hommes et femmes. Chez les Témoins, l’avis du mari prime et sa femme doit le seconder dans ses décisions et les respecter. Elle est soumise à son mari et doit lui témoigner un profond respect car il est le chef de famille.
Par ailleurs, d'anciens membres estiment que des femmes sont parfois victimes de maltraitance au sein de l'organisation par leur époux et que « ce potentiel d’abus est largement causé par la façon dont la [Société] Watchtower voit et considère les femmes »"Ces femmes qui quittent les Témoins de Jéhovah", par Randall Watters.
Notes et références
Annexes
Bibliographie