Paul Néaoutyine, est un homme politique français et indépendantiste kanak, né à la tribu de Saint-Michel (district de Wagap) dans la vallée d'Amoa à Poindimié le , président de la Province Nord de la Nouvelle-Calédonie depuis 1999.
Formation et carrière professionnelle Après une scolarité dans l'enseignement privé catholique, il part faire ses études en France à l'Université Lumière à Lyon dont il sort licencié puis titulaire d'un DEA en sciences économiques en 1977. De retour en Nouvelle-Calédonie, il va enseigner comme maître auxiliaire au lycée public Lapérouse de Nouméa de 1979 à 1980 et de 1983 à 1985.
L'engagement pour l'indépendance
Il rejoint très tôt les milieux d'extrême-gauche indépendantistes kanaks qui se développent dans les années 1970, membre très tôt des « Foulards rouges » puis du « Groupe 1878 » et est ainsi l'un des fondateurs du Parti de libération kanak (Palika), premier parti ouvertement indépendantiste créé en 1975 et aux revendications radicales. Il devient rapidement l'un des principaux poids lourds de ce mouvement qui constitue à partir de 1979 l'aile gauche la plus intransigeante du Front indépendantiste puis du FLNKS de Jean-Marie Tjibaou, quant à lui issu de l'Union calédonienne alors plus modérée.
Toutefois, Paul Néaoutyine se rapproche durant les « Évènements » des années 1980, qui voient s'affronter de manière violente partisans et opposants de l'indépendance, du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou dont il devient le directeur de cabinet lorsque ce dernier est élu président de la toute nouvelle Région Nord créée par le statut Fabius-Pisani de . Il exerce cette fonction jusqu'à la fin de l'année 1987, puis est désigné en 1988 par le Palika comme membre de la délégation FLNKS partie négocier avec les anti-indépendantistes du RPCR de Jacques Lafleur et l'État ce qui sera connu quelques mois plus tard comme les Accords de Matignon qui sortent la Nouvelle-Calédonie de la crise politique et ethnique dans laquelle elle était plongée depuis 1984.
Le FLNKS rompant alors sa stratégie de boycott des scrutins non territoriaux (dont les municipales), Paul Néaoutyine est élu en maire de Poindimié, commune la plus peuplée de la Province Nord et dont il dirige encore en 2025 l'exécutif municipal. Aux élections provinciales du , il est élu sur la liste FLNKS de Léopold Jorédié en Province Nord ainsi qu'au Congrès du Territoire. Il est sans cesse réélu dans ces deux institutions depuis lors. La même année voit l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de son « bras droit » Yeiwéné Yeiwéné, le à Ouvéa, par un extrémiste indépendantiste opposé aux Accords de Matignon, Djubelly Wéa.
Le FLNKS attendra un an après le décès de son leader pour lui choisir un successeur: au congrès de Nakety du , Paul Néaoutyine, considéré comme un des plus proches lieutenants de Jean-Marie Tjibaou durant les évènements, est élu président du front indépendantiste. Il sera le seul militant du Palika à exercer cette fonction. Il dénonce toutefois alors la domination de l'Union calédonienne (UC) sur le FLNKS, et décide donc de mener une liste dissidente de celle officiellement formée par le FLNKS et menée par l'UC Léopold Jorédié en Province Nord aux provinciales de : la liste « Union nationale pour l'indépendance (UNI) ». Il ne quitte toutefois pas le FLNKS et cette liste, qui obtient 5 sièges sur 22 à l'Assemblée de Province et 3 au Congrès, continue à voter avec le reste du front indépendantiste. Toutefois, cette fronde lui vaut d'être écarté de la présidence du FLNKS le , étant alors remplacé par un membre de l'UC, Rock Wamytan.
Membre de février à de la délégation FLNKS en tant que leader pratiquement incontesté du Palika (bien que ce mouvement n'ait pas de dirigeant unique, étant mené par un bureau politique qui désigne un porte-parole) pour participer aux négociations en vue de créer une nouvelle période transitoire avant le référendum d'autodétermination (il apparaissait en effet évident que si celui-ci avait eu lieu, comme prévu par les Accords de Matignon, en 1998, il se serait soldé par un rejet de l'indépendance, poussant les indépendantistes à négocier tandis que les non-indépendantistes de Jacques Lafleur craignent qu'un refus trop net à la souveraineté à seulement 10 ans de la fin des Évènements pourrait recréer de nouvelles tensions ethniques et politiques) et un statut de large autonomie. Il est ainsi considéré comme l'un des principaux artisans de l'Accord de Nouméa avec Rock Wamytan et, du côté anti-indépendantiste, Jacques Lafleur.
Lors des premières provinciales issues du nouveau statut le , il mène à nouveau une liste à part de celle du FLNKS menée en Province Nord par Bernard Lepeu qui n'est autre alors que le président de l'Union calédonienne. Mais en plus, le Palika présente une liste également dans les Îles Loyauté, ce qui n'avait pas été le cas en 1995, menée par Charles Washetine, le « bras droit » de Paul Néaoutyine. À cela s'ajoute la présence dans les trois présences de listes FCCI de Léopold Jorédié, petit parti formé par des dissidents des différentes composantes du FLNKS en 1998 et prônant une approche plus modérée vis-à-vis de l'indépendance et même une coopération accrue avec le RPCR. La liste de Paul Néaoutyine crée alors la surprise dans le Nord, puisqu'elle arrive en tête tout en n'obtenant pas la majorité absolue avec 8 sièges sur 22 (contre 6 pour la liste FLNKS de Bernard Lepeu et 4 à la fois pour le RPCR et pour la FCCI).
Encore une fois la division avec l'Union calédonienne est juste électorale et les deux composantes majeures du FLNKS refont dans un premier temps bloc: l'UC apporte son soutien à Paul Néaoutyine pour être élu à la présidence de la Province Nord, les listes issus des deux mouvements forment un groupe commun FLNKS au Congrès de la Nouvelle-Calédonie et présentent une liste commune pour la formation du premier gouvernement collégial issu de l'Accord de Nouméa et présidé par le RPCR Jean Lèques.
Mais l'évolution de l'UC vers une position plus radicale à partir de ce moment, à travers de jeunes cadres du mouvement comme Pascal Naouna. La rupture est consommée en 2001 : Rock Wamytan, président modéré du FLNKS depuis 1995 et de l'Union calédonienne depuis 1999, est poussé de démissionner. Pascal Naouna le remplace à la tête de l'Union calédonienne et adopte une ligne qui, tout en étant toujours la moins radicale sur la question de l'avenir statutaire de la Nouvelle-Calédonie puisqu'il défend alors l'idée d'une « indépendance association » avec la France, prône une opposition systématique avec le RPCR et à un respect à la lettre de l'Accord de Nouméa. Au contraire, Paul Néaoutyine défend alors le principe d'une négociation continue avec les non-indépendantistes et l'État dans le cadre des comités des signataires réunis de manière régulières comme prévu par l'Accord, mais continue fermement à prôner l'idée de l'« Indépendance Kanak Socialiste (IKS) » qui constituait l'idéologie principale du FLNKS durant les années 1980. Le Palika de Néaoutyine rallie alors à sa position les deux autres composantes mineures du FLNKS, à savoir l'Union progressiste en Mélanésie (UPM) (petit parti indépendantiste modéré) et le Rassemblement démocratique océanien (RDO) (qui réunit les indépendantistes de la communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie). Ces trois mouvements forment alors au sein du FLNKS une coalition politique et électorale qui reprend le nom des listes dissidentes menées en 1995 et 1999 par Paul Néaoutyine: l'Union nationale pour l'indépendance (UNI). L'UNI et l'Union calédonienne forment alors deux blocs que rien ne semble vouloir rapprocher: l'UC forme un groupe à part au Congrès depuis lors et présente des listes distinctes pour la composition des gouvernements, appelle à boycotter les élections législatives de 2002 et alors que Paul Néaoutyine est candidat dans la contre le député sortant RPCR Pierre Frogier (obtenant 7 406 voix et 27,75 % des voix contre 47,6 % à Frogier au puis 12 500 électeurs environ soit 44,3 % des suffrages au ). Depuis 2001, les deux blocs n'ont pu se mettre d'accord sur le nom d'un président unitaire du FLNKS qui vit donc alors une crise durable.
Toutefois, l'attitude d'homme modéré conciliateur et son bon bilan dans sa gestion de la Province Nord (redressement des finances provinciales, développement touristique, ouverture de la transversale Koné-Tiwaka), et cela même si ses opposants (et notamment au sein de l'UC) lui reproche alors une tendance autoritaire ou encore les nombreux retards dans le projet de construction de l'usine du Nord, vaut à Paul Néaoutyine une certaine popularité au sein de l'électorat indépendantiste. Ainsi, pour la première fois depuis la création du FLNKS, la vapeur semble s'être inversée entre les différentes mouvances indépendantistes au profit du Palika lors des provinciales de 2004: l'UNI présente des listes dans les 3 provinces, largement dominées par le Palika, et obtient plus de voix et de sièges à la fois sur l'ensemble du territoire (16,36 % des suffrages, soit 14 651 voix et 8 sièges au Congrès, contre 10 623 électeurs, 11,86 % et 7 sièges au Congrès pour l'Union calédonienne) et en Province Nord. En effet, la liste UNI-FLNKS de Paul Néaoutyine y arrive en tête à nouveau avec 37,51 % des suffrages et obtient presque, à 1 siège près, la majorité absolue avec 11 membres de l'Assemblée de Province sur 22. Toutefois, dans les Îles Loyauté le Palika ne parvient toujours pas à percer puisque son score est inchangé par rapport à 1999 avec 2 sièges sur 14 et la derrière l'UC de Néko Hnepeune et le RPCR de Simon Loueckhote. En Province Sud, si la liste UNI-FLNKS d'Adolphe Digoué arrive en tête des listes indépendantistes avec un peu plus de voix, elle n'obtient pas les 5 % requis pour entrer à l'Assemblée de Province. De plus, le Palika et ses alliés décide alors de ne pas apporter ouvertement son soutien au nouveau parti majoritaire, l'Avenir ensemble, contrairement à l'Union calédonienne qui vote pour le candidat de ce mouvement anti-indépendantiste, Harold Martin, à la présidence du Congrès en 2004.