William Erwin Eisner, dit Will Eisner, est un auteur de bande dessinée américain né le dans le borough new-yorkais de Brooklyn et mort le à Lauderdale Lakes (Floride). Créateur du Spirit ainsi que du concept de « roman graphique » et de ses premières applications aux États-Unis, théoricien et directeur éditorial, c'est une figure majeure de la bande dessinée du et l'un de ses plus grands auteurs.

Auteur et éditeur dès le milieu des années 1930, Will Eisner connaît un premier grand succès avec Le Spirit, bande dessinée de détective qu'il crée en 1940 et anime jusqu'en 1952. Il tente ensuite sans succès de se consacrer à d'autres séries avant de se rabattre sur des activités annexes plus lucratives (direction éditoriale, guides humoristiques, cours). Redécouvert à la fin des années 1960 par la critique, il reçoit de nombreuses distinctions dans les années 1970, dont le grand prix de la ville d'Angoulême en 1975, ce qui le pousse à reprendre la bande dessinée.

En 1978, Un pacte avec Dieu marque la naissance américaine du « graphic novel » (roman graphique) selon l'expression qu'Eisner forge lui-même. Il déploie cette veine dans ses ouvrages suivants, parmi lesquels L'Appel de l'espace (1978-1980), Big City (1985-1992) ou Fagin le Juif (2003). Sa dernière œuvre, Le Complot, consacrée au Protocole des Sages de Sion, est publiée peu de temps après sa mort, en 2005. Il s'intéresse dans ses ouvrages à la vie urbaine, à la judéité et plus généralement aux relations entre les hommes. Il profite de cette deuxième carrière pour publier deux importants ouvrages consacrés aux techniques et à la théorie de la bande dessinée, (1985) et (1995).

Biographie Débuts très précoces (1917-1939) Will Eisner est juif d'origine hongroise par son père et roumaine par sa mère. Intéressé par le dessin dès son plus jeune âge, il publie son premier dessin en 1933 dans The Clintonian, le journal de son collège, le DeWitt Clinton High SchoolPour ce paragraphe, sauf précisions : Gaumer (2010), p. 294.. Rapidement, on retrouve sa signature dans plusieurs revues locales. En 1936, il parvient à vendre au comic book Wow de John Henle les séries Harry Karry et Flame.

La même année, à la suite de l'arrêt précoce de Wow, Eisner fonde avec Jerry Iger le studio Eisner & Iger afin de fournir des planches à des éditeurs selon leur demande. Les deux associés développent très rapidement leur studio, qui emploie notamment Bob Kane, Jack Kirby ou Lou Fine. Le duo crée de nombreuses séries, dont Sheena, reine de la jungle. Il met également en place son propre syndicate, Universal Phoenix Features. En 1939, Victor Gox, propriétaire de la Fox Features Syndicate, demande au studio Eisner et Iger de créer un superhéros semblable à Superman. Par la suite, Eisner a raconté comment il avait rechigné à participer à ce projet, arguant qu'il s'agissait d'un plagiat. Iger l'avait convaincu d'accepter et en était publié dans lequel apparaissait le super-héros Wonder Man. DC avait porté plainte et, toujours selon Eisner, Fox lui avait demandé de mentir au juge et d'affirmer que Wonder Man était une création personnelle. Eisner, finalement, aurait dit la vérité et expliqué que la demande venait de Victor Fox. Cependant, cette version s'est révélée récemment mensongère. Selon les actes du procès Eisner aurait menti et fait ce que Fox et Iger lui avaient demandé. Condamné, Fox refuse alors de payer Iger et Eisner. En 1939 Eisner met fin à sa collaboration avec Jerry Iger et entre comme auteur et directeur éditorial chez Quality Comics.

Le Spirit (1940-1952) vignette|200pxWill Eisner se met à produire des bandes dessinées pour la presse. The Spirit est lancé dans les pages du dimanche en , avant de devenir une bande quotidienne l'année suivante, puis d'avoir droit à son propre comic book en 1942. Cette année-là, Eisner, mobilisé, doit cependant abandonner le personnage, confié à Lou Fine.

Il dessine des posters pour le moral des troupes ainsi que des bandes dessinées destinées à lutter contre les négligences des soldats.

Après guerre, avec l'aide d'assistants tels que Jules Feiffer puis Wallace (Wally) Wood, Eisner reprend les aventures du Spirit, utilisant son personnage pour explorer des genres très diversifiés, de la science-fiction à l'exploration de la vie quotidienne américaine. Il lance plusieurs séries en dehors du Spirit, mais aucune n'a véritablement de succès. Il finit par abandonner la série Spirit en 1952. Dans les années 1960-70, Eisner publie peu de bandes dessinées et se consacre surtout à l'illustration éducative ou publicitaire, ainsi qu'à la pédagogie en tant que professeur à l'école des Arts visuels de New York. Ironiquement, c'est à ce moment-là que les critiques ou les historiens de la bande dessinée se mettent à découvrir Spirit. La demande en nouvelles aventures de Spirit se fait de plus en plus insistante jusqu'à ce qu'Eisner cède et propose au public quelques nouvelles aventures de son héros.

Retrait de la bande dessinée (1953-1976)

Seconde carrière très fructueuse (1977-2005) Dans les années 1970, il commence à raconter le Bronx de son enfance dans le décor de Dropsie Avenue, une avenue inventée pour la circonstance. Il le fait avec A contract with God (publiée en France sous différents titres), publiée en 1978. Cette bande dessinée est considérée comme le premier roman graphique (Graphic novel) et provoque chez les Américains une prise de conscience des potentialités du support. La bande-dessinée devient une forme littéraire à part entière.

D'autres histoires semi-autobiographiques suivent (Le rêveur, Au cœur de la tempête), ainsi que de pures fictions racontant la vie de tous les jours à New York, et une étrange histoire de politique fiction, L’Appel de l’espace. Viennent ensuite des adaptations ou des relectures d'auteurs littéraires : Kafka, Cervantes, Melville, Dickens. Avec la régularité d'un métronome, Eisner ne cesse plus de produire sans se reposer sur ses lauriers de légende vivante de la bande dessinée. Petits miracles sur le même principe que Big City comprend quelques courts récits optimistes sur la nature humaine.

En 2001, La Valse des alliances est publiée, l'histoire par l'exemple de l'ascension sociale par le mariage, dans les familles juives de New-York.

Le dessin d'Eisner est dynamique et bavard, volontiers caricatural, théâtral, chorégraphique, plus que chez aucun autre. On peut parler de mise en scène et non de « plans » et autres « cadrages ».

Il est intéressant de savoir que Will Eisner a beaucoup réfléchi à son métier. Il a publié deux ouvrages théoriques expliquant sa vision de l'art de la bande dessinée qui constituent en fait une véritable analyse de son propre art. Il a aussi eu l'occasion d'expliquer son travail au travers de nombreuses conférences.

Fagin le juif (Fagin the Jew) est une relecture du personnage de Fagin, dans Oliver Twist. Instructif et poignant lorsqu'Eisner confronte la réalité d'un juif askhénase londonien du avec le conte de fées d'un petit blond « qui n'a pas une tête de voleur ».

En 2005 parait Le Complot, sous-titré L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion : histoire véridique d'un livre créé, par réécriture d'un pamphlet antibonapartiste, par la police du Tsar au début du siècle dernier en Russie, et présenté comme un document secret détaillant les instructions d'un complot juif mondial. Eisner montre comment les protocoles n'ont cessé de ressurgir à travers le avec chaque poussée d'antisémitisme, présentés comme authentiques alors qu'il a été démontré très tôt qu'il s'agissait d'un fauxThomas Wieder dans Le Monde des Livres : Généalogie d'un faux, 17 novembre 2005 - Lire en ligne (consulté le 25 janvier 2018). L'ouvrage, qui compte 160 pages, est publié chez l'éditeur Grasset (traduction : Pierre-Emmanuel Dauzat), avec une préface d'Umberto Eco .

Il meurt le , à 87 ans, des suites d'un quadruple pontage coronarien.

Influences D'après Jean-Pierre Dionnet, éditeur français de Will Eisner, Lynd Ward, artiste américain des années 1930, a profondément marqué l'auteur avec l'ouvrage muet Story Without Word : cette création inspire à Eisner l'envie de travailler sur le genre « roman graphique ».

Prix et récompenses

Depuis 1988, le plus prestigieux des prix américains de bande dessinée porte le nom de « Prix Eisner ». Will Eisner a lui-même remporté trois prix Eisner en 1992, 1997 et 2002. 1968-70 : Prix du comic book de la National Cartoonists Society 1972 : Temple de la renommée la renommée de l'Academy of Comic Book Arts 1975 : Grand Prix de la ville d'Angoulême 1986 : Prix Yellow-Kid « une vie consacrée au cartoon », remis par l'organisation du festival de Lucques, pour l'ensemble de son œuvre 1987 : Temple de la renommée Will Eisner Temple de la renommée Jack Kirby 1988-9 Prix du comic book de la National Cartoonists Society 1992 : Prix Eisner du meilleur album pour Voyage au cœur de la tempête 1992 : Prix Harvey du meilleur album pour Voyage au cœur de la tempête 1993 : Prix Harvey du meilleur scénariste et du meilleur auteur pour Peuple invisible 1994 : Prix Max et Moritz exceptionnel pour une œuvre remarquable 1994 : Prix humanitaire Bob Clampett 1995 : Prix Milton Caniff, pour l'ensemble de sa carrière Prix Haxtur de la meilleure histoire longue pour Dropsie Avenue ; de l'« auteur que nous aimons », pour l'ensemble de sa carrière 1997 : Prix Eisner de la meilleure publication consacrée à la bande dessinée (livre) pour Le Récit graphique 1998 : Prix Micheluzzi du meilleur volume inédit pour Au cœur de la tempête 1998 : Prix Max et Moritz de la meilleure publication de bande dessinée pour enfants et adolescents avec Illustrierte Kinderklassiken 1998 : Adamson d'or pour l'ensemble de son œuvre 1999 : Prix Reuben pour Le Spirit 2001 : Prix Harvey du meilleur album pour Mon dernier jour au Viêt Nam 2002 : Prix Eisner du meilleur album pour La Valse des alliances Prix Haxtur de la meilleure histoire courte pour Petits Miracles : Une bague de fiançailles spéciale 2015 : Temple de la renommée Harvey Kurtzman

Œuvres publiées en anglais Comic books et revues Hawks of the Seas, dans Jumbo Comics, 1936-1938. Sheena, Reine de la Jungle, avec Jerry Iger, 1937- Wonder Man, Fox Publications, 1939 Doll Man, Quality Comics / DC Comics, 1939 Le Spirit, 1940-1952. Signal From Space, dans The Spirit n°19-26, Kitchen Sink Press, 1978-1980.

Albums Odd Facts, Tempo Star Books, 1975,160 p. A Contract with God, Baronet Books, 1978, 191 p. Signal From Space, Kitchen Sink Press, 1983. New York: The Big City, Kitchen Sink Press, 1986, 137 p. The Dreamer, Kitchen Sink Press, 1986, 46 p. Hawk of the Seas, Kitchen Sink Press, 1986. The Building, Kitchen Sink Press, 1987, 80 p. Contient Monroe Mensh, Gilda Green, Antonio Tonatti et P.J. Hammond. A Life Force, Kitchen Sink Press, 1988, 139 p. City People Notebook, Kitchen Sink Press, 1989, 86 p. To the Heart of the Storm, Kitchen Sink Press, 1991, 207 p. The Will Eisner Reader, Kitchen Sink Press, 1991, 84 p. Contient A Sunset in Sunshine City, The Telephone, Detective Story, The Long Hit, Winning, The Appeal, Humans. Invisible People, Kitchen Sink Press, 1993, 117 p. Dropsie Avenue, Kitchen Sink Press, 1995, 170 p. The Princess and the Frog (d'après le conte des frères Grimm), Nantier Beall Minoustchine, 1996. Moby Dick (d'après le roman de Herman Melville), Nantier Beall Minoustchine, 1998. A Family Matter, Kitchen Sink Press, 1998. Last Day in Vietnam, Dark Horse Comics, 2000. The Last Knight (d'après Miguel de Cervantes), Nantier Beall Minoustchine, 2000. Minor Miracles, DC Comics, 2000, 110 p. The Name of the Game, DC Comics, 2001, 168 p. Fagin the Jew, Doubleday, 2003, 122 p. Sundiata. A Legend of Africa, Nantier Beall Minoustchine, 2003. The Plot: The Secret Story of The Protocols of the Elders of Zion, W. W. Norton, 2005,148 p.

Théorie