Robert Goffin, né à Ohain le et mort à Genval le , est un avocat, écrivain et poète belge ainsi qu'un militant wallon. Il fit partie du groupe littéraire bruxellois « La Lanterne sourde ». Le , il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

Il toucha aux domaines les plus divers, de la poésie au roman, de l’essai à la biographie, de l’étude du genre animal à l'histoire et aux souvenirs personnels. Il est l'auteur du premier essai critique de qualité sur le jazz, intitulé Aux frontières du jazz en 1932.

Biographie

De l’enfance à l’entrée en guerre 1939-1945 « Robert Goffin naît le 21 mai 1898 à Ohain, où son grand-père est pharmacien. Fils de mère célibataire, il n'hésitera jamais à évoquer ses origines ». « Attiré très tôt par la littérature et les courants modernistes, Robert Goffin fréquente le milieu dadaïste. » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de BelgiqueBiographie Robert Goffin, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.En raison de la fermeture de l’Université libre de Bruxelles durant l’occupation allemande, il ne poursuit ses études qu’en 1919 et s’inscrit en droit. Il se lie d’amitié avec René Purnal, Charles Plisnier, Odilon-Jean Périer, mais aussi Paul-Henri Spaak, Paul Delvaux, Georges Bohy, Marc Somerhausen, Henri Simon, Félicien Favresse. Docteur en droit en 1923, il s’inscrit au barreau de Bruxelles en 1926.« Et puis, c’est la découverte du jazz, qui bouleverse sa vie. La passion que cette musique éveille en lui le pousse à publier dans Le Disque vert de Franz Hellens le tout premier texte consacré à ce sujet (Prologue de Lulu Pompette) et à écrire un recueil de poèmes, Jazz-band (1922). À Paris, il fait la connaissance de Max Jacob, de Chagall et de Blaise Cendrars. » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de BelgiqueEn 1924, adepte de Paul Vanderborght, il devient un fidèle des Jeudis, réunions organisées à la Maison des Etudiants par la revue littéraire La Lanterne sourde ; c’est là que sont lus ses premiers poèmesArticle Les jeudis de « La Lanterne Sourde », journal Le soir, 10 mai 1924, p. 5.. En 1925, il donne des conférences Le jazz-band et la danse à la radio T.S.F. de BruxellesArticle TSF, journal Le soir, 11 janvier 1925, p. 5. En 1926, avec un projet sur La bourse et les agents de change, il remporte le prix Despret de la Conférence du Jeune Barreau, concours pour lequel les candidats proposent un projet de loiArticle Le jeune barreau bruxellois fait de l'humour, journal La Wallonie, 12 juillet 1926, P. 1. Il devient ensuite avocat à la cour d'appel de Bruxelles. Toujours en 1926, en tant qu’avocat, il est commentateur radiophonique de Radio-Belgique,  dans une émission quotidienne Journal parléArticle Le journal parlé, journal Le Soir, 19 octobre 1926, p. 1. Il joue de la trompette dans une formation de jazz avec notamment Ernst Mœrman et Marcel Cuvelier. Il écrit trois ouvrages sur le droit financier : Code élémentaire des agents de change (1926), Code élémentaire de la banque (1928) et Droit de la bourse, manuel de droit financier (1930), publiés aux éditions P. Van Fleteren, Bruxelles.

En 1927, brillant avocat aux assises, il parvient à obtenir l’acquittement de son client, pourtant accusé du meurtre de sa maîtresse avec préméditationArticle Le drame de la place Rouppe, journal La dernière heure du 02 février 1927, p. 1. Il est président de la Fédération Damiste Belge qu’il représente au championnat du monde et vice président du Pion Savant BruxelloisArticle Jeu de dames, à Paris, de Damas, journal Le vingtième siècle, du 30 décembre 1928, p. 6. En 1928, il se marie, mais six mois plus tard, son épouse est victime d'un accident ; elle restera handicapée jusqu'à son décès en 1965. « Désormais, ses parutions seront régulières et toucheront aux domaines les plus divers, de la poésie au roman, de l’essai à la biographie, de l’étude du genre animal à l’histoire et aux souvenirs personnels. Il faut faire un choix dans cette production, abondante mais inégale. » …« Durant les cinq années qui précèdent la seconde guerre mondiale, il publie treize livres : deux essais sur Rimbaud, deux romans, trois recueils de poèmes (notamment Sang bleu en 1939, chronique lyrique des dynasties européennes), trois longues études sur les anguilles, les rats et l'araignée, deux ouvrages sur l’épopée des Habsbourg et la destinée des impératrices Charlotte et Élisabeth et aussi une sorte de guide gastronomique : Routes de la gourmandise (1936). » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.En 1932, la Députation permanente de la province du Brabant lui accorde une prime d’encouragement, section langue françaiseArticle Communiqué - Province du Brabant - Allocations à la littérature, journal La Nation Belge, 9 janvier 1933, p. 4. Par ailleurs, il publie Aux frontières du jazz, avec une préface de Mac Orlan, livre qui rencontre un large publicArticle Aux frontières du jazzz avec Robert Goffin, rubrique Variétés artistiques et littérairs, journal La Nation Belge, 24 juillet 1932.

En 1934, il publie Sur les traces d’Arthur Rimbaud, livre dans lequel il apporte une série de témoignages et de documents jusque là inéditsArticle Aux frontières de la vie et du rêve, de Charles-André Grouas, rubrique La vie Littéraire, journal L’indépendance Belge, 24 juillet 1935, p. 7 ; il obtient le Prix de la critique fondé par l’hebdomadaire de poésie Le Journal des Poètes.

En 1934 et 1935, il tient des causeries et commente les disques de jazz, notamment de Louis Armstrong, au cercle d’étude du jazz  Sweet and Hot du Palais des Beaux Arts de BruxellesArticle Sweet and Hot, rubrique Petites chroniques, Journal La Nation Belge du 29 septembre 1934, p. 2Article Au Sweet and Hot, Journal La Nation Belge du 09 octobre 1934, p. 4 ; en , il y reçoit et présente Louis Armstrong et son orchestreArticle Au palais des beaux arts, Louis Armstrong et son orchestre, journal Le soir, 15 novembre 1934, p. 2. Au côté notamment de Jean Cassou, Edmont Jaloux, Valéry Larbaud, Pierre Mac Orlan, il est au comité de rédaction d’une revue mensuelle de littérature Écrits du Nord (qui ne publiera que deux numéros). En 1937, il s’engage pour la défense de la Wallonie et de langue française contre « l’impérialisme flamand »Article Contre l'impérialisme flamandisateur, Journal La Nation Belge, du 25 juillet 1937, p. 2Article Proclamation des Intellectuels Wallons, journal Le Peuple, 25 juillet 1937, p. 2.

En 1937, il publie Rimbaud vivant, approfondissement de son précédent livre sur le poèteArticle Rimbaud vivant par Robert Goffin, rubrique Vie Littéraire, Journal Le Peuple, 22 juin 1937, p. 5. Le , à l’occasion de la venue du roi des Belges à Paris, il participe à la première d’une émission de télévision (française) où les écrivains de langue française sont interviewés sur leurs œuvres, l’occasion pour lui de présenter Chère espionne, roman de l’amitié franco-belgeArticle L'amitié franco-belge à la télévision, rubrique La petite chronique, journal Le Peuple, 15 octobre 1938, p. 2.

À Waterloo, où se réunissent des militants wallons, il fait la connaissance de Charles Plisnier. En 1940 il participe à la création d’un hebdomadaire contre le nazisme Alerte qui milite pour l’arrêt de la politique de neutralité de la Belgique et pour une alliance avec la France dans la perspective d'une nouvelle guerre avec l'AllemagneArticle Un nouvel hebdomadaire, rubrique Faits divers, Journal L’Indépendance Belge, 22 mars 1940, p. 4Alerte (1940), Presse d'action wallone, Institut Jules-Destrée, encyclopédie du mouvement wallon. Il écrit dans le deuxième numéro d'Alerte un reportage sur la ligne Maginot intitulé Au pays des hommes sans femmes.

Durant les dix années écoulées, il aura assuré son métier d’avocat et son nom fut souvent cité dans les chroniques judiciaires. Il aura tenu de multiples conférences ou chroniques radiophoniques régulières sur le jazz,  la poésie, l’éloquence et la langue français. Il aura écrit quelques articles sur de célèbres chroniques judiciaires telles que Sur les traces du courrier de LyonSur les traces du courrier de Lyon, Les lettres et les grandes affaires, rubrique La vie littéraire, journal Le Soir, 7 mars 1938, p. 9.

La guerre 1939-1945 Le , il publie dans le journal Paris-Soir un article intitulé : Léon Degrelle, le cabotin aux ordres de GoebbelsArticle Léon Degrelle, le cabotin aux ordres de Goebbels, Robert Goffin, Journal Paris-Soir, 19 mai 1940 p. 2/4 ; Léon Degrelle est le responsable du mouvement fasciste puis nazi Rex. Devant l’invasion allemande de , ses activités politiques l'incitent à quitter la Belgique. En juin, il est à Noirmoutier, secrétaire de l’Association des Belges ayant pris publiquement position pour la France avant le 10 maiChronique des exilés belges, Journal Le Journal, 3 juin 1940.

Il parvient à gagner l'Angleterre et se réfugie aux États-Unis, y fonde le journal pro-gaulliste La Voix de la France (New York, à ne pas confondre avec la station radiophonique du même nom créée par le régime de Vichy) La Voix de la France https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328907731; cette revue sera absorbée en 1943 par la revue Pour La Victoire qui fusionnera ensuite avec France Amérique (N.Y.)Pour La Victoire https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32888490hFrance Amérique (N.Y.) https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327773809. dont Robert Goffin est l’un des fondateurs. Par ailleurs, il écrit successivement Le Roi des Belges a-t-il trahi ?, Le nouveau Sphinx et le fusillé de DunkerkeArticle De la lecture française, Journal Le Courier d’Afrique, Léopoldville, 4 mars 1942, p. 5. En 1944, c’est Passeports pour l’Au-Delà dont la source est constituée des débuts de la Résistance avec ses conséquences (arrestation, persécution de patriotes). Il donne un cours sur le jazz à la New School for Social Research à New York où il est « considéré comme une des plus hautes autorités en la matière »Article Robert Goffin au royaume du jazz, de Loys Masson, Journal Les Lettres Françaises, 11 octobre 1946, p. 1-2. Il est nommé avocat « honoris causa du barreau de PittsburghArticle La Belgique honorée, Journal France Amérique, 17 octobre 1943, p. 2 . Après une tournée de conférence en Louisiane, il est promu citoyen d’honneur de la Nouvelle OrléansArticle Nouvelles en série, Journal France Amérique, 23 avril 1944, p. 3/8. En 1944, son livre Jazz from the Congo to Metropolitan est sélectionné par la commission américaine des livres sur la guerre, assurant un tirage de 80 000 exemplaires dans la série Armed Services Editions pour encourager le moral des troupesArticle La boite à sel, Jazz pour la guerre, rubrique Vie de l'Esprit, Journal France Amérique, 31 décembre 1944, p. 11/12. Il écrit pour plusieurs journaux américains, dont Esquire qui lui confie la rubrique Jazz ; il tient environ mille conférences en cinq ansArticle Robert Goffin aux Amitiés belgo-américaines, journal La Wallonie, 27 mars 1947, p. 5. Comme beaucoup de Belges qui émigrèrent aux Etats Unis au début de la guerre, il s’adapte et revient plein d’anecdotes ; « la moins savoureuse n’est pas celle d’un auditoire, à Waterloo U.S., enthousiasmé d’apprendre qu’il existait aussi un Waterloo en Belgique et tout fier à l’idée que la vieille Europe se mît à baptiser ses communes de noms américains … »Article Amérique-Belgique, de Charles Bernard, journal La Nation Belge, 9 février 1947, p. 1.

Après 1939-1945 À son retour dans la Belgique ravagée en 1945 il vit rue du Lac, dans la commune bruxelloise d'Ixelles. Il y fait la connaissance de Marc Danval qui habite une rue voisine. Il retourne à ses activités juridiques, qui seront cependant plus réduites mais au bénéfice de son activité de conférencier, sur la poésie, le jazz, les Etats-Unis.