La Bretonne Pie Noir est une race bovine française. Définie à la fin du , elle est constituée de petits bovins bretons ayant en commun leur couleur de robe pie noir. Sous le Second Empire, elle est la race bovine la plus répandue, non seulement en Bretagne, mais aussi dans toute la France. La Pie Noir est exportée à travers tout ce pays, ainsi que vers de nombreux autres. Son registre généalogique (herd-book) est créé en 1884. La Bretonne Pie Noir décline au milieu du , avec un effondrement d'effectifs durant les années 1950 et jusqu'en 1975, au point de frôler l'extinction. Différents éleveurs, fédérés notamment par le professeur de zootechnie Pierre Quéméré, se mobilisent en 1976 pour assurer sa préservation.
C'est une race bovine de petite taille, à vocation mixte, bien qu'historiquement orientée laitière et beurrière. Ses éleveurs sont souvent engagés dans une démarche d'agroécologie et de commercialisation en circuit court. La Bretonne Pie Noir reste une race à faible effectif. Ce bovin est notamment préservé à l'écomusée de la Bintinais, près de Rennes.
Dénomination et sources vignette|gauche|Vaches Bretonnes Pie Noir dans le Morbihan. Le nom de cette race bovine est , avec initiales en majuscules et sans « e » à la fin de « noir », tant selon le site officiel de l'association de race. que d'après Pierre Quéméré, qui lui a consacré une monographie en 2006. Elle est cependant appelée dans la première édition de son herd-book, et dans la monographie d'Angèle Jacq, parue en 2002. Dans les régions d'Auray et de Quimper, elle porte le nom local de « morbihannaise » ou de « bretonne pie de la lande ». Elle est aussi nommée « race de Cornouaille ».
Le principal acteur de la sauvegarde de la Bretonne Pie Noir est Pierre Quéméré, fils d'un éleveur de cette race bovine et professeur de zootechnie à Beauvais. C'est notamment lui qui a reconstitué l'histoire de la race au terme d'une enquête de terrain (menée en 1975 auprès de 230 éleveurs), dans sa monographie parue en 2006.
Histoire vignette|Tête d'une Bretonne Pie Noir. Il existe très peu de sources relatives au bétail breton jusqu'au . Avant la Révolution française, la population bovine bretonne est très hétérogène, avec des couleurs de robe variées à l'échelle même d'une seule ferme, dont la robe pie noir.
Origines vignette|gauche|Vaches et taureaux bretons dans l'article « Race bovine bretonne et ses dérivés » de Gustave Heuzé, 1856. En 1789, M. de Francourt réalise le premier inventaire bovin de France, et y décrit la bretonne comme , et propre à la Basse-Bretagne. Les bœufs bretons sont décrits comme de robe pie rouge ou pie noir, avec de petits membres et une tête courte. Ils donnent peu de suif et très peu de cuir d'après Francourt, mais il reconnaît néanmoins la qualité de leur viande. Francourt termine en disant que cette espèce .
À partir de 1830, l'État français distribue des encouragements agricoles aux éleveurs. L'effectif bovin breton est de au milieu du .. La Bretonne Pie Noir, pas encore reconnue officiellement, est vraisemblablement la race bovine française la plus importante en nombre sous le Second Empire.
D'autres populations bovines bretonnes, notamment la Pie rouge des plaines et l'Armoricaine, sont croisées avec la Durham. En réaction à la mauvaise perception de ces croisements, à partir de la seconde moitié du , certains éleveurs reviennent à une , tandis que le concept de race se précise. L'un des pionniers de cette sélection est Pierre Bellamy, qui publie en 1857 l'ouvrage La Vache bretonne, utile au riche, providence du pauvre. D'après François de Beaulieu, il a . Bellamy identifie clairement la Bretonne Pie Noir en la différenciant de la race de Quimper, plus grande et plus forte. Sous le nom de , un spécimen appartenant à participe au concours universel de reproducteurs de Paris en 1855, et remporte le premier prix de sa catégorie. En 1862, une enquête agricole permet de déterminer que la vache bretonne est présente dans 54 départements français.
Création du registre généalogique vignette|Vache bretonne d'après le Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie domestique, 1888.|alt=Dessin en couleurs d'une vache noir et blanc, vue de profil L'inspecteur général agricole Henri Cochon de Lapparent envoie en 1882 une note au préfet du Morbihan, proposant la création d'un registre généalogique (herd-book) pour la Bretonne Pie Noir. Le préfet sollicite de subventions auprès du conseil général du Morbihan. Le , le projet de herd-book est approuvé par la société d'agriculture de Vannes. Le conseil général du Finistère et plusieurs sociétés d'agriculture apportent aussi leur soutien financier.
Ce registre est ouvert en 1884 ou 1885, par une société des éleveurs créée à Vannes, dans un contexte conflictuel où de nombreuses autres races bovines françaises disposent déjà du leur. Des conflits entre républicains et aristocrates traditionalistes influencent en effet le contexte de cette ouverture. Seuls les animaux de robe pie noir sont autorisés à l'inscription.
En 1886, il y a 310 inscriptions, puis sont inscrits dans ce registre l'année suivante. Environ deux tiers des propositions d'inscription sont refusées, ce qui témoigne d'une volonté de créer et sélectionner une race bien caractérisée. Le berceau de race est défini à cette époque, sur la base d'une ligne allant de la presqu'île de Crozon jusqu'à Ploërmel, en incluant le pays de Vannes et la presqu'île de Rhuys. Les inscriptions ralentissent cependant les années suivantes, et cessent en 1889, en raison de l'exportation des meilleurs sujets et de . Le herd-book reste en sommeil jusqu'en 1919, malgré l'organisation régulière de concours qui rencontrent un grand succès.
Au début du , trois races bovines sont caractérisées en Bretagne : la Bretonne Pie Noir, la Froment du Léon et l'Armoricaine. L'Armoricaine correspond aux anciennes populations de la Bretonne qui ont été croisées avec la Durham. La Bretonne Pie Noir est la race la plus nombreuse, avec plus de répertoriées en 1900, pour avant la Première Guerre mondiale, ce qui la place au rang des grandes races bovines françaises. Elle est présente sur des concours, organisés tant en Bretagne qu'en dehors. L'unicité de la robe se généralise, les éleveurs choisissant des reproducteurs correspondant au standard de la race. La société d'éleveurs se reconstitue en 1919, poursuivant la sélection sur standard et sur contrôle laitier. La Bretonne Pie Noir reste la race bovine dominante en Bretagne jusque durant les années 1950.
Déclin et sauvegarde thumb|Vache bretonne dans le Nouveau Larousse illustré, vers 1900. La Bretonne Pie Noir décline particulièrement durant les années 1960 et 1970, sous l'influence croissante de races plus productives, telles que la Normande et la Holstein. Un nombre croissant d'éleveurs et d'organismes agricoles la jugent non-adaptée aux systèmes de production laitiers modernes, en particulier des jeunes agriculteurs, en raison de sa petite taille et de difficultés d'approvisionnement croissants pour renouveler les troupeaux. Son déclin est anticipé dès les années 1900, les évolutions agricoles ne favorisant plus le pâturage sauvage du bétail sur des terres ingrates. À partir du début des années 1950, l'arrivée de la race Frisonne accompagne la transformation de l'élevage vers l'intensification. Le remplacement de la Bretonne Pie Noir est facilité du fait que les deux races partagent la même couleur de robe noire et blanche. En 1960, l'effectif de la Bretonne Pie Noir est de . La régression des races locales est constatée dès 1962 par certains spécialistes et vétérinaires, puis en 1971 par la Société d'ethnozootechnie nouvellement créée. Durant un colloque en 1974, la Société d'ethnozootechnie prédit l'extinction de la Bretonne Pie Noir.
En 1975, l'ingénieur agricole Pierre Quéméré, dont le père élève cette race bovine, s'alarme de sa disparition. Il ne reste en effet qu'environ , généralement âgées et dispersées entre plusieurs zones.. La projection des courbes de naissances prévoit l'extinction de la Bretonne Pie Noir aux alentours de 1980.
Une assemblée générale de la Société des éleveurs de Bretonne Pie Noir, en sommeil depuis 1963, est convoquée le à Quimperlé. Elle rassemble aussi de jeunes éleveurs. L'initiative est cependant critiquée par le syndicat des éleveurs de bovins de race Holstein, qui qualifie les porteurs d'une demande de subvention du Conseil général d', et réclame cet argent pour ses propres usages. Quéméré parvient cependant à convaincre le ministère de l'agriculture de soutenir le plan de sauvegarde.
Un programme de sauvegarde est entrepris ; il s'agit du premier plan de sauvetage mené pour une race bovine en France.. Ce plan est accepté en 1976 par 46 éleveurs, qui détiennent ensembles 277 ou 311 vaches sur les qui subsistent, dispersées sur les 5 départements bretons. Ces éleveurs acceptent le principe d'un élevage conservatoire et d'accouplements raisonnés afin d'empêcher l'extinction de la Bretonne Pie Noir. Ce plan est notamment soutenu par une ferme conservatoire au Menez-Meur. Vers 1980, la quasi-totalité des Pie Noir recensées sont inscrites dans le plan de conservation de la race ; c'est à la même époque que de jeunes éleveurs de Bretonne Pie Noir récemment installés re-mettent en valeur une recette de lait fermenté traditionnel de Bretagne, le laezh téo (gros lait). Une enquête est menée en 1992 : les éleveurs exclusivement conservatoires ne représentent plus que de la totalité des éleveurs ; une moitié d'éleveurs est activement investie dans la défense de la race, les 20 % qui restent sont des amateurs ou amateurs passionnés..
En 1993, la marque « Gwell » est créée pour valoriser le gros lait de Bretonne Pie Noir.
En 1990, le parc naturel régional d'Armorique s'engage lui aussi dans la préservation de cette race, à travers le recrutement d’un technicien chargé de suivre le programme de sauvegarde.
Depuis le vignette|Vue de profil d'une vache Bretonne Pie Noir appartenant à l'éleveur Ronan Le Palud. Un nouveau programme de sauvegarde génétique est adopté en 2003 : il vise à mieux optimiser les accouplements de manière à limiter la consanguinité et à augmenter la fréquence des gènes rares. En 2005, l'effectif est de , dont .
Depuis 2003, les éleveurs de Bretonne Pie Noir se sont associés au mouvement Slow Food. La race est ainsi répertoriée dans la base de données de l'Arche du goût. En 2006 ou 2008, la société d'éleveurs prend le nom d'Union Bretonne Pie-Noir (UBPN), pour se mettre en conformité avec la loi d'orientation agricole. Fin 2016, les effectifs de la race sont d'environ , réparties chez une cinquantaine d'éleveurs selon le média La France agricole, ou de , dont , élevés par 450 propriétaires, selon Quéméré.
La Bretonne Pie Noir est mise à l'honneur lors du Salon international de l'agriculture de 2017 : son égérie est en effet une représentante de la race, une vache nommée « Fine ».. Elle provient de la ferme des Sept chemins située à Plessé, en Loire-Atlantique.. Fine est de nouveau présente au Salon de l'agriculture de 2022..
Pendant la crise de l'élevage laitier conventionnel en 2015 et 2016, une enquête menée auprès d'une trentaine d'éleveurs de BPN conclut à un niveau de satisfaction au niveau de leur métier supérieur à celui des autres éleveurs. La Fédération des races de Bretagne (créée en 2011) commande une étude des qualités de la viande et du lait de la Bretonne Pie Noir à l'INRAE sur trois ans, dont les résultats, soulignant ces qualités par comparaison aux races bovines industrielles, sont publiés en 2022.. Fabien Le Coïdic, un éleveur qui a vécu trois ans de batailles judiciaires pour s'installer en bio avec des Bretonne Pie Noir à Adainville (Yvelines), est médiatisé en en raison de l'agribashing qu'il subit de la part des habitants de cette commune...
Description vignette|gauche|Taureau Breton Pie Noir.