La rue TaranneIl existait par ailleurs une « petite rue Taranne », correspondant à l'actuelle rue Bernard-Palissy. Par opposition, la rue Taranne est parfois appelée « grande rue Taranne ». « Rue Taranne » est aussi le nom qu'a pu porter la rue de l'égout (Topographie historique du vieux Paris, 1866, , ). À la fin du et de façon plus marquée à partir de 1817, le nom de « place Taranne » semble s'imposer pour désigner le carrefour Saint-Benoît (croisement de la rue Taranne et de la rue Saint-Benoît). Voir Pierre-Jean-Baptiste Desforges, Le Poète, ou Mémoires d'un homme de lettres, Hambourg, 1799, , ; Almanach des des principaux habitans de Paris, Paris, CLF Panckoucke, 1817, ; Almanach royal, Paris, Testu, 1817, . est une ancienne rue de Paris intégrée au boulevard Saint-Germain lors de son percement dans les années 1870.

Situation Apparue au , dans le faubourg Saint-Germain, elle menait de la rue Saint-Benoît à la rue des Saints-Pères.

Origine du nom La dénomination de cette voie est une altération de « rue de Tarrennes », nommée en l'honneur de Simon de Tarrennes, échevin en 1417, sous la prévôté de Guillaume Cirasse.

Historique Les sources utilisées principalement pour retracer en particulier les origines de la rue Taranne sont les suivantes : Topographie historique du vieux Paris, , ; J.-L. Belin et A. Pujol, Histoire civile, morale et monumentale de Paris (…), Paris, Belin-Leprieur, 1843, ; les articles Hôpital de la Charité de Paris, cathédrale Saint-Vladimir-le-Grand, Fontaine de la Charité, cimetière Saint-Germain et frères de Saint-Jean-de-Dieu.

Contrairement à ce qu'affirment certaines sources, la rue Sainte-Marguerite longeait l'abbaye Saint-Germain par le sud et n'est donc pas un ancien nom de la rue Taranne, comme l'atteste ce plan de 1723.

Au : un cloaque

Les plans de Paris du , malgré leurs imprécisions, témoignent de la faible urbanisation de cette partie du faubourg Saint-Germain à l'époque. Le vaste domaine de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés domine le quartier. À l'ouest, on peut voir la petite chapelle Saint-Pierre, datée du Son nom, déformé, donnera son nom à la rue des Saints-Pères. Voir Baptiste de Roquefort, Dictionnaire historique des monuments de la ville de Paris, 1826, . ; les plans d'époque ne montrent généralement pas le petit cimetière Saint-Germain qui en dépendait ; entre les deux, une large voie préfigure la rue Taranne.

Depuis le , la riche famille des TaranneOn connaît en particulier, Simon Taranne, échevin en 1417 sous la prévôté de Guillaume Kiriasse, et Jean-Christophe Taranne, tous deux argentiers de Charles VI, Charles VII et Louis XI. On connaît également Jean Taranne, conseiller au Parlement de Paris en 1408. Voir Félix Aubert, Le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Charles VII (1314-1422). Sa compétence, ses attributions, Paris, Alphonse Picard, 1890, . s'était installée dans les environs et l'usage y avait associé son nom, avant même que la rue n'existât officiellement ; c'est ainsi que la plus ancienne mention connue de la rue Taranne se trouve dans un contrat de bail du Voir les minutes du notaire René I Contesse, AnF, MC/ET/LIV/145/D. et qu'une demeure de la rue conserva le nom d'« hôtel de Taranne ».

Un égout à ciel ouvert empruntait, dit-onVoir à ce sujet : Topographie historique du vieux Paris, , 1882, et Disparition de l'enceinte de Philippe Auguste. Vu la topographie des lieux (voir ici ; bien que la topographie de l'époque ne corresponde pas exactement à celle d'aujourd'hui), l'égout en question ne pouvait pas « traverser » la rue Taranne ; les eaux ruisselaient sans doute le long de la rue, d'ouest en est., la rue Taranne et se jetait dans les fossés qui aboutissaient à la Seine à la tour de Nesle. Quoi qu'il en fut, le quartier de manière générale et l'angle des rues Taranne et Saint-Benoît en particulier souffrent d'un problème d'évacuation des eaux qui cherchent leur chemin vers la Seine ; le nom de la rue de l'Égout en atteste et différents « arrêts » le confirment. : arrêt du : c'est la plus ancienne mention connue de la rue Taranne dans un acte public ; l'arrêt du déplore une aggravation de la situation : ; arrêt du pour les frais de la pente des eaux & pavé du Faubourg Saint-Germain.

Il ne sera couvert en partie qu'en 1615, aux dépens de l'abbaye et des riverains« Les égouts et les voiries de Paris jusqu'au », Conseil municipal de Paris. Rapports et documents, 1913, . Cette source ajoute ; or la reine Margot est morte en 1615 ; il n'y a donc pas de corrélation avérée entre la couverture de l'égout et la présence de la reine dans le quartier. Au sujet de cet hôtel, assez éloigné de la rue Taranne, voir ici..

Au

Un hôpital

En 1606, Marie de Médicis fait venir d'Italie les frères de Saint-Jean-de-Dieu qui reçoivent de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés l'usage puis la cession de la chapelle Saint-Pierre et du cimetière Saint-Germain.

En 1613, Marie de Médicis pose la première pierre d'un nouvel édifice qui remplace l'ancienne chapelle et sera dédié en par l'archevêque d'Embrun. C'est l'actuelle cathédrale Saint-Vladimir-le-Grand.

La congrégation avait reçu pour mission de la part d'Henri IV et de l'archevêque de Paris, de fonder un couvent-hôpital pour soigner les malades pauvres. Ce sera le rôle de l'hôpital de la Charité dont la construction commence en 1613, sur la rue des Saints-Pères, à côté de l'église. Si l'entrée principale s'en trouvait rue des Saints-Pères, il était aussi possible d'y accéder par la rue Taranne.

C'est à cette époque que l’égout est partiellement couvert (voir ci-dessus).

La courtille

De l'abbaye dépendait, à l'ouest de son domaine, une courtille, parfois appelée « clos des Vignes », de 3 arpents et demi. Ce jardin, entouré d'une enceinte, s'étendait sur l'espace que formeront les rues des Saints-Pères, Saint-Benoît, de l'Égout et Jacob et le passage du Dragon ; il marquait en particulier le tracé de la rue Taranne qui va s'élargissant en direction de l'actuelle cathédrale Saint-Vladimir-le-Grand.

La courtille fut vendue en 1637 à quatre particuliers qui purent ainsi bâtir le côté nord de la rue.

Une fontaine En vertu d'une ordonnance royale de 1671, une fontaine fut installée en 1675 à côté de la porte de l'église de l'hôpital, qui donnait rue Taranne (entre les maisons qui seront numérotées 18 et 20 au Jean de la Tynna, Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris, 1812. On retient néanmoins la date donnée par Germain Brice dans sa description de la fontaine : Description nouvelle de la ville de Paris, vol. 2, .) ; elle prit le nom de l'institution à laquelle s'adossait : la fontaine de la Charité.

Carrosse à cinq sols Entre 1662 et 1677, circulent à Paris les Carrosses à cinq sols, la première offre de transport en commun au monde. La quatrième des cinq itinéraires existants, a son bureau à l'extrémité est de la rue Taranne.

Conclusion

C'est au que se développe la rue Taranne, dans la foulée du développement progressif du faubourg. Le plan de Boisseau de 1648 est le premier à y faire figurer son nom. On trouve en une première description en 1698.

Au

La rue Taranne, comme l'ensemble du faubourg Saint-Germain et des autres anciens faubourgs de Paris, est intégrée à la Ville en 1701Édit de , confirmé par un arrêt du Conseil de février 1702 et une déclaration du roi ; voir ..

En 1732, entre la rue Taranne et la petite rue Taranne (aujourd'hui rue Bernard-Palissy) fut créée la cour du Dragon, reliant les rues de l’Égout (supprimée lors du prolongement de la rue de Rennes en 1868) et la rue du Sépulcre (aujourd'hui, rue du Dragon). Située juste derrière la rue Taranne, son ouverture eut des répercussions sur les parcelles du côté sud de cette rue ; voir notamment l'histoire de l'hôtel Taranne« Cour du Dragon, c. 1866 », vergue.com ; « 1934. La cour du Dragon », www.paris-unplugged.fr..

Le , en pleine période de canicule ( à Paris, le ), la foudre tomba dans la rue et détruisit six maisonsLien mort ; Charles Rabiqueau, Le Microscope moderne pour debrouiller la nature par le Filtre d'un nouvel alambic chymique (…), Paris, Demonville, 1781, ..

Denis Diderot mentionne un incendie au bout de la rue dans sa lettre à Sophie Volland datée du . Il s'agirait probablement de l'hôtel de Berny (voir ci-dessous).

Dans la nuit du 19 ou , un incendie se déclara à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, située à l'extrémité est de la rue Taranne. Dans les jours qui suivirent, les ouvrages sauvés des flammes furent entreposés rue Taranne, dans la maison Viennay (ou Viennoy, future maison des bains ?). De là, les volumes rejoignirent la Bibliothèque nationale en 1796Michel François, « Pierre Dubrowsky et les manuscrits de Saint-Germain-des-Prés à Leningrad », Revue d'histoire de l'Église de France, 1957, , , ; Mémorial du Centenaire de L'Abbaye de Saint-Germain-Des-Prés, Paris, Vrin, 1959, ; Simone Balayé, La Bibliothèque nationale des origines à 1800, Droz, 1988, ..

Au vignette|La rue Taranne vers 1866, photographie de Charles Marville. Au fond, on aperçoit deux immeubles de la rue des Saints-Pères. Celui de gauche est l'hôtel Selvois.

vignette|Plan extrait de A. M. Perrot, Petit atlas pittoresque des quarante-huit quartiers de la ville de Paris, Paris, E. Garnot, 1834. On peut y voir l'emplacement des bains et du stationnement des cabriolets.

Une décision ministérielle du 2 thermidor an X (), signée Chaptal, fixe la moindre largeur de la rue à .

En 1808, la rue du Sépulcre est renommée « rue du Dragon » à la demande des habitants.

Une ordonnance de Louis-Philippe du revient sur l'alignement des immeublesRecueil des lettres patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques, Paris, Imprimerie nouvelle, . et porte la moindre largeur à et la plus grande à et soumet les premiers immeubles impairs à un retranchement qui élargit le carrefour avec la rue de l'Égout (rue de Rennes) : 1 : 2,50 à 3 m ; 3 : 2,80 m à 2,50 m ; 5 : 1,30 à 1,80 m ; 7 : 1 m.

En 1845, la ligne d'omnibus passe dans la rue : venant de la rue des Saint-Pères, elle emprunte la partie ouest de la rue Taranne, puis tourne à droite dans la rue du DragonGuide indispensable du voyageur dans Paris, Paris, 1845, . Les omnibus sont apparus à Paris en 1828 ; en 1835, 16 compagnies exploitant 35 lignes.. En 1855, la ligne d'omnibus I (i majuscule) passe dans la rue, venant de la rue du Dragon vers la rue Sainte-Marguerite (rue Gozlin)Compagnie générale des omnibus (Paris), Guide des voyageurs en omnibus, 1855, .. En 1856, c'est la ligne V (Barrière du Maine - Chemin du Nord) qui passe rue TaranneA. B. C. des Omnibus (...), Paris, 1856, p. 6..

Quelques événements liés à la période de la Commune de Paris (1871) se sont déroulés rue Taranne et place Saint-BenoîtProsper-Olivier Lissagaray, Histoire de la commune de 1871, Paris, Librairie du Travail, 1929, .. Le Journal officiel de la République française évoque des barricades rue Taranne le (). Une gravure d'un dessin de M. Sahib s'intitule en effet : Les Défenseurs de la Commune. Une femme conduisant une batterie de mitrailleuse, place Taranne, le Le monde illustré, 17 juin 1871, n° 740..

, Prosper-Olivier Lissagaray, Le huit journées de mai, Bruxelles, Bureau du Petit journal, 1871, p. 68.

Disparition

Quoi qu'il en fut, les hôtels anciens avaient vieilli et avaient déjà connu divers réaménagements. En dépit de quelques occupants illustres, aucune historicité ne pouvait protéger la rue Taranne de la détermination de dérouler le nouveau boulevard Saint-Germain. L'effacement de la rue Taranne est annoncé fin , par décret impérialDécret impérial qui déclare d'utilité publique, dans la ville de Paris, le prolongement du boulevard saint-Germain et autres opérations de voiries accessoires, article 3..