vignette|Croix celtique, symbole de l'extrême droite française après la Seconde Guerre mondiale.

L'extrême droite en France est une partie de la classe politique française, en évolution du jusqu'à nos jours. Elle regroupe différents mouvements caractérisés par le rejet de l'altérité, de la démocratie libérale, ainsi qu'un nationalisme exclusif et une valorisation de la violence comme outil politique.

Bien qu'il n'existe pas de définition communément acceptée de l'extrême droite, elle est en général divisée en plusieurs courants distincts : nationalisme et nationalisme-révolutionnaire, royalisme, identitarisme, survivalisme, néofascisme et néonazisme. Les frontières entre ces différents groupes peuvent être poreuses selon les lieux et les époques, de même que celles avec la droite radicale ou institutionnelle.

Histoire

À la Révolution française, les députés de l'Assemblée nationale constituante de 1789, proches de la cour se placent à la droite du président, tandis que ceux qui en sont éloignés se placent à gauche.. Jusqu'à la fin du , les monarchistes forment la droite et les républicains la gauche.

L'expression apparaît dans les années 1820 pour désigner les ultra-royalistes durant la Restauration de la monarchie, qui considèrent que les institutions et élites issues de la Révolution française mènent au chaos. Selon Joly, vers le milieu des années 1860, la notion d’extrême droite apparaît dans le vocabulaire politique en France ou en Espagne. Il qualifie un courant idéologique contre-révolutionnaire, hostile au libéralisme, à l’égalité civile, et souhaitant le retour à un ordre politique naturel voulu par Dieu et par l’histoire. Le terme est cependant peu utilisé jusqu'en 1918.. L'échec de l’union des droites en France, au pouvoir depuis 1871, est dû à l’intransigeance des députés légitimistes et du prétendant, le comte de Chambord, qui refuse le drapeau de la France. Sous la Restauration, l'extrême droite est qualifiée d’ ou d’, les tenants les plus absolus, les plus doctrinaires, de la tradition.

En 1876, un journaliste légitimiste diffuse le Journal du droit et des principes vrais, L’Extrême droite. Selon la classification de René Rémond qui part des trois droites dynastiques du début des années 1870 – les bonapartistes, les orléanistes et les légitimistes –, ce sont ces derniers que l’on classe à l’extrême droiteLa Droite en France, 1954

La fin du Second Empire fait passer les bonapartistes du côté de la droite. De plus, cette défaite donne naissance au revanchisme puis à la Ligue des patriotes de Paul Déroulède en 1882, qui devient la matrice du nationalisme naissant..

Progressivement, bonapartistes comme monarchistes disparaissent peu à peu pour laisser place au nationalisme, dont et selon l'historien René Rémond..

En effet, le boulangisme représente une première convergence des opposants au parlementarisme : bonapartistes, monarchistes, catholiques opposés à la laïcité. Porté par le général Georges Boulanger, qui se caractérise davantage par son opposition au Parlement que par une idéologie définie, le boulangisme prend son essor en 1887 et connaît son apogée en 1889 lors de l'élection du général à la députation.. Le slogan de Boulanger est , et celui-ci demande un changement de régime face à une République qu'il considère accaparée par une oligarchie détachée du peuple. Le boulangisme est alors un précurseur du nationalisme, mais aussi du populisme protestataire tel que défini par Pierre-André Taguieff.

Le dernier tiers du voit l'émergence à la fois du nationalisme et de l'extrême droite moderne mais aussi d'un antisémitisme virulent porté par cette extrême droite, qui se manifeste en particulier pendant l'affaire Dreyfus. L'antidreyfusisme relance la Ligue des patriotes, qui se fond dans la Ligue de la patrie française après la condamnation de Déroulède pour une tentative de putsch en 1900. Celle-ci, dont est membre Maurice Barrès, l'un des principaux théoriciens du nationalisme français, échoue à se structurer mais laisse derrière elle un journal : L'Action française, tenu par Charles Maurras. Ce dernier réconcilie le nationalisme et le royalisme par son concept de nationalisme intégral, et lance une des principales ligues d'extrême droite du en 1905 : la ligue d'Action française..

1900-1939

Le premier apogée de l'extrême droite intervient pendant les années 1930 et au début des années 1940, au travers du succès des différentes ligues.

1939-1945 : L'extrême droite pendant la Seconde Guerre mondiale Les idées d'extrême droite trouvent leur consécration avec le régime de Vichy, de 1940 à 1944. De nombreux membres et sympathisants des ligues ou des mouvements monarchistes d'avant-guerre deviennent collaborationnistes par antimarxisme, antiparlementarisme et antisémitisme, ainsi que par adhésion aux idéologies fasciste et nazieOn citera par exemple Joseph Darnand, Robert Brasillach, Xavier Vallat, Henry Charbonneau, Louis Darquier de Pellepoix, Abel Bonnard, Maurice Bardèche, Lucien Rebatet, Jean de Mayol de Lupé, Pierre Bousquet, Henry Coston, Claude Jeantet, Henri Poulain, Henri Dorgères, Henry Jamet, Charles Lesca, Roger Cazy, Jean Boissel, Paul Lavigne-Delville, François Sidos, Jacques Benoist-Méchin, ou Philippe Henriot., quelques autres rejoignent les mouvements de résistance à l'OccupationOn citera par exemple le Colonel Rémy (Gilbert Renault), Pierre Bénouville, Georges Valois (qui avait déjà rompu avec l'extrême droite plusieurs années avant la guerre), Philippe Leclerc de Hauteclocque (qui rompt avec l'extrême droite), Alain Griotteray, Daniel Cordier (qui rompt avec l'extrême droite), Paul Dungler, Jacques Renouvin, ou les frères d’Astier de La Vigerie. par nationalisme et antigermanisme.

Au sein de la dictature du régime de Vichy, avec 88 partis recensés par les services de l'État, l'offre politique reste pluraliste mais est entièrement constituée de partis ou groupuscules d'extrême droite anti-démocratiques..

En 1941, Eugène Deloncle, cofondateur de la Cagoule, déclare qu'il faut que l'extrême droite s'organise en sociétés secrètes, morcelées et séparées les unes des autres. Cette stratégie se retrouvera particulièrement dans l'organisation de l'extrême droite d'après guerre..

Depuis la conférence de Yalta, qui aurait mis au point selon eux un « partage du monde », certains mouvements classés à l'extrême droite défendent l'antiaméricanisme..

1945-1960 : L'extrême droite morcelée face aux guerres décoloniales Après-guerre, l'extrême droite reste marginale sur la scène politique. Le premier groupe d'extrême droite d'après-guerre d'une taille significative, d'orientation néofasciste, est Jeune Nation fondé en 1949 et dirigé par Dominique Venner et Pierre Sidos. Ce mouvement, espérant déclencher une insurrection grâce aux troubles des guerres décoloniales, ne compte qu'une centaine de militants et se retrouve dissous en 1958 pour sa participation au coup d'État du 13 mai 1958.. Après la dissolution de son successeur, le Parti nationaliste, en moins d'une semaine, les militants de Jeune Nation décident de se réfugier derrière le syndicalisme estudiantin et fondent en 1960 la Fédération des étudiants nationalistes.

Durant la même période, l'Organisation de l'armée secrète est créée en 1961 et utilise le terrorisme pour tétaniser la population de la France métropolitaine et espérer faire avancer la cause de l'Algérie française. Les attentats à l'encontre des responsables gaullistes et communistes se succèdent, sans obtenir de résultats concrets.

Le mouvement poujadiste représente également une nouvelle vague nationaliste et antiparlementaire.

1960-1969 : De la Fédération des étudiants nationalistes à Occident et Europe-Action Un des chefs de Jeune Nation emprisonné pour ses liens avec l'OAS, Dominique Venner, écrit alors en prison une autocritique du mouvement et appelle à s'inspirer du léninisme pour élaborer une doctrine révolutionnaire et unifier les mouvements nationalistes. Il rejette catégoriquement l'usage du terrorisme au vu de l'échec de l'OAS, et prône la fin de l'activisme, qu'il juge stérile. À la suite de son manifeste, intitulé Pour une critique positive (1962), et de sa prise de contrôle de la FEN aux côtés d'Alain de Benoist, plusieurs tentatives d'unification des extrêmes droites françaises se succèderont au fil des décennies. Sous la direction de Dominique Venner, qui profite de l'absence de Pierre Sidos toujours en prison, la FEN se professionnalise et prend ses distances avec l'OAS. Le mouvement, fort d'un millier de membres selon les services de renseignement français, enseigne un nationalisme révolutionnaire et rompt définitivement avec l'illégalisme de l'OAS le lors d'une réunion entre les différents cadres..

Une première tentative de rassemblement se produit lors de l'élection présidentielle de 1965, derrière le candidat Jean-Louis Tixier-Vignancour avec la création des comités Tixier-Vignancour, avec le député Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne. Cette volonté d'union échoue à réunir l'extrême droite française, et les positions anti-activistes de la FEN et sa revue Europe-Action suscitent plusieurs scissions : le Front universitaire européen (sous l'impulsion de militants de Jeune Europe) puis le mouvement Occident en 1964.

Occident devient alors le principal mouvement d'extrême droite de son époque, bénéficiant de , et est dirigé par Alain Madelin, Gérard Longuet, Alain Robert et François Duprat. Contrairement à la doctrine prônée par Dominique Venner, qui privilégiait l'électoralisme à la violence, les cadres d'Occident se tournent vers la violence politique, qui croît considérablement de 1964 à 1968 et envisagent même de commettre des attentats terroristes. De nombreuses scissions ont lieu, certaines d'entre elles se regroupent au sein de la Fédération d'action nationale et européenne (1966-1987), d'orientation nationaliste-révolutionnaire jusqu'en 1979 puis national-socialiste jusqu'à sa dissolution en 1987..

Les armes blanches et armes à feu sont cependant prohibées lors des très nombreux affrontement ayant lieu durant cette période, la rumeur attribuant cette absence à un accord entre Pierre Goldman et François Duprat. En réalité, elle serait plutôt due selon Nicolas Lebourg à un accord tacite et des liens existants entre les organisations d'extrême gauche et d'extrême droite. À la suite de l'attaque du Comité Vietnam national de Gérard Filoche en 1967, durant laquelle un militant de gauche se retrouve dans le coma, Occident opère une purge interne et exclut, après les avoir agressés, François Duprat et Patrick Devedjian. Le , un raid avorté d'Occident mène à l'arrestation de nombreux militants d'extrême gauche à la Sorbonne et déclenche le mouvement de Mai 68. L'extrême droite s'implique peu dans les évènements de mai 68, la seule rixe impliquant Occident ayant lieu contre l'Action française. Le groupe est donc épargné par les dissolutions de « mouvements subversifs » de , jusqu'à sa propre dissolution en automne à la suite d'un attentat contre une librairie maoïste.

À la suite sa dissolution, Occident éclate en de multiples groupuscules locaux qui connaîtront plusieurs tentatives d'unification. Les anciens cadres d'Occident lancent l'Élite européenne tandis qu'Alain Robert prend la tête du Groupe union défense créé en 1968. Ensemble, ils s'accordent pour créer le Centre de Rassemblement National, qui a pour objectif de planifier de futures actions violentes. Finalement, l'union se fera en sous le nom d'Ordre nouveau, dirigé par Jean-François Galvaire puis François Duprat à partir de 1970.

1969-1972 : Hégémonie d'Ordre nouveau et création du Front national thumb|upright|meeting d'Ordre nouveau en 1970.