L'affaire Julia, du nom de Didier Julia, député UMP, est le nom donné à l'intervention de ce député dans des prises d'otages de journalistes français en Irak.
Fin 2004, les prises d'otages sont de plus en plus fréquentes et brutales en Irak, les gouvernements de différents pays rappellent leurs ressortissants et les agences de presse leurs correspondants locaux, pour des raisons de sécurité.
Deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot ainsi que celui qui est présenté comme leur chauffeur syrien, Mohamed Al-Joundi, sont pris en otage par l'Armée islamique en Irak. Des négociations s'engagent alors entre la France et les preneurs d'otages.
Outre l'action du gouvernement français, un député UMP, Didier Julia, proche des milieux baassistes irakiens et syriens, monte une mission sur place pour tenter des négociations parallèles. Très controversée et faisant l'objet d'une instruction judiciaire, cette intervention rebondit avec la captivité de Florence Aubenas.
En , les juges donnent un non-lieu à Didier Julia et à Philippe Evanno, retenant qu'ils ont agi en coordination avec l'État français.
Origines de l'affaire Le , Christian Chesnot et Georges Malbrunot sont enlevés. Selon Philippe Brett, il a été prévenu immédiatement par un de ses contacts dans les milieux baasistes. Selon Didier Julia, il est appelé par un chef de la tribu des Doulaïmi, dont il affirme être le parrain de la fille adoptive. Toujours selon Didier Julia, il envoie aussitôt un message à Jacques Chirac sur son fax personnel.
2004 Septembre Le , l'« équipe Julia » se réunit ; l'avion présidentiel ivoirien est mis à la disposition de Didier Julia.. Le lendemain, Didier Julia part du Bourget, mais en raison d'un problème de plan de vol, il est détourné sur Le Caire. Le , il arrive à Amman, en Jordanie. Le , il rentre à Paris avec Philippe Brett, Bruno Carnez et Philippe Evanno restant à Amman. Moustapha Aziz est à Beyrouth depuis la veille, à Londres le 9, à Paris le 10. Le , il s'envole pour Amman. Philippe Brett et Moustapha Aziz ont rejoint chacun de leur côté. Le , Didier Julia revient seul en France. Selon Didier Julia, le soir même arrive à Amman Khaled Jasim, qui organise le contact avec un chef sunnite d'une des principales familles du patronat Irakien Cheik Majeed Al G'Aod. Ce dernier commence aussitôt à négocier avec l'Armée islamique la libération des otages. Le , selon Didier Julia, réunion à Beyrouth sous l'égide de Majeed Al G'Aod du « Haut comité des forces nationales contre l'occupation », elle donne aux observateurs présents une impression de pagaille ce qui serait dû à l'emprisonnement en Irak du principal initiateur de cette structure : Abdul Jabbar Al Qubaïsi, opposant historique à Saddam Hussein mais opposé à l'occupation américaine. Le communiqué de l'Armée islamique annonçant que Chesnot et Malbrunot « sont libres et font leur travail de journaliste avec la résistance irakienne ». Le Majeed Al G'Aod annonce en direct sur l'émission-débat de 22 h de la chaîne Al Arabia la libération imminente des otages. Chesnot et Malbrunot disent avoir été transférés à Bagdad ce jour-là. Le visite aux oulémas du secrétaire général adjoint du Quai d'Orsay, assassinat de deux oulémas dans la journée. Selon Didier Julia, annulation par l'Armée islamique de la libération des otages. Le , Didier Julia communique des informations au gouvernement, qui ne leur donne « aucune suite en raison de leur caractère imprécis et non étayé ». Départ le jour même pour Bagdad de Philippe Brett et de Khaled Jasim. Le , Philippe Evanno contacte Jean-Pierre Camoin pour obtenir de l'aide. Sur Al-Arabiya, Philippe Brett entame la médiatisation de la « mission », affirmant avoir conclu un accord avec les ravisseurs. Selon Le Point, Jacques Chirac envoie Philippe Rondot depuis Bagdad pour prendre contact avec les services secrets syriens et surveiller Didier Julia. Le général Rondot est accompagné par Imad Lahoud. On apprend lors de l'affaire Clearstream qu'il a rédigé une note sur l'affaire Julia qui figure parmi les documents saisis à son domicile. Le , Didier Julia obtient un visa pour la Syrie. De Beyrouth il part pour Damas. L'Élysée dément lui avoir confié une mission. Selon eux, ce soir là Philippe Brett et Khaled Jasim sont emmenés par l'Armée Islamique à Al Karma où sont détenus les otages. Ils auraient vu les otages à une quinzaine de mètres d'eux pendant environ 30 secondes. Le , la DGSE aurait perdu le contact avec les preneurs d'otages, selon des déclarations ultérieures. Ce jour-là, Chesnot et Malbrunot sont mis dans une voiture pour une destination à eux inconnue puis retirés de la voiture à la suite d'une altercation entre responsables de l'Armée islamique.
Octobre
, Philippe Brett, collaborateur de Didier Julia, est en direct sur Europe 1 avec son téléphone portable. Il affirme être dans un convoi ramenant les otages mais raccroche précipitamment. La localisation de son téléphone portable indique aux services secrets qu'il se trouve alors en Syrie et non pas en Irak (voir au ). , après avoir annoncé l'arrivée des journalistes pour 18h30, Didier Julia annonce que sa tentative de négociation a échoué. Selon lui, « depuis l'annonce du retour des journalistes, les Américains ont multiplié les bombardements... Ils ont installé vingt barrages sur la route et […] l'équipe qui sécurise les journalistes a eu six tués, les cinq maisons où nos amis ont habité ont été pilonnées et détruites ». Le commandement américain affirme ne pas avoir connaissance de telles informations. Une autre information, brièvement confirmée par Christian Chesnot juste après sa libération, est transmise le jour même par Philippe Evanno (qui tient ces informations de Cheick Majeed Al G'Aod) aux journalistes présents autour de Didier Julia : les journalistes ont bien été mis dans une voiture à destination de Damas mais, au dernier moment, une dispute entre membres de l'Armée Islamique a entraîné l'annulation de leur transfert. Les otages expliqueront ultérieurement que le chef du service de renseignement de l'AII leur dit le dimanche suivant : « les Français veulent une vidéo, nous allons en faire une ». , le gouvernement français ne condamne pas l'initiative du député, estimant qu'il « ne peut pas négliger un canal de négociation ». Jacques Chirac fait cependant part de son inquiétude sur « l’immixtion » du député. , à 8h, Radio France international annonce que Philippe Brett était à Damas alors qu'il prétendait être en Irak. Le scandale est lancé. C'est le même jour, selon Chesnot et Malbrunot, que le chef des services de renseignement de l'Armée islamique leur fait enregistrer une nouvelle vidéo « à la demande de l'ambassade de France ». , une vague de critiques, de reproches et de condamnations verbales fait le tour de l'échiquier politique. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste est le premier à briser le consensus et réclame une intervention du gouvernement ou de l'UMP. , Didier Julia affirme qu'il a « agi librement avec des moyens, c'est vrai, exceptionnels » laissant entendre qu'il a agi seul et sans mandat. Seul l'Élysée aurait été au courant de ses démarches. Il présente un document d'un « Haut comité des forces nationales contre l'occupation » certifiant qu'ils ont bien tenté de remettre les otages. , arrivée du député à Paris en provenance de Beyrouth. Le palais de l'Élysée réfute avoir eu connaissance ses agissements. , Le Monde et Libération annoncent que les institutions françaises étaient au courant de la « mission » de Didier Julia. Selon Libération, c'est l'ambassade de France à Damas qui a « sollicité » par lettre officielle datée du « un visa pour Didier Julia et un journaliste » d'une télévision française. Les familles des otages demandent que la controverse se calme. , Didier Julia et Michel Barnier se retrouvent à la commission des Affaires étrangères. Le premier demande au second de le rencontrer en privé, avec pour témoin Édouard Balladur président de la commission. Le ministre annonce qu'« aucun progrès n'est intervenu » depuis le . , le gouvernement déclare n'avoir jamais soutenu ni approuvé l'initiative de Didier Julia. , la presse ivoirienne annonce que, d'après les renseignements généraux ivoiriens, Didier Julia aurait reçu 700 millions de francs CFA (environ un million d'euros) pour la libération des otages. La totalité des frais couverts par le gouvernement ivoirien serait estimée à 1,5 milliard de francs CFA. Les informations diffusées depuis indiquent que Moustapha Aziz et le pasteur Moïse Koré auraient été le destinataire de cet argent. , Philippe Evanno affirme que la « mission » se poursuit toujours.
Décembre
, les otages sont libérés, pris en charge par la Direction générale de la Sécurité extérieure, qui affirme avoir géré l'affaire de bout en bout (elle n'avait jamais été évoquée auparavant), le contact avec les preneurs d'otage ayant été coupé fin septembre. , Georges Malbrunot, à sa descente de l'avion le ramenant en France, qualifie Didier Julia et ses amis d'« imposteurs » et de « mythomanes » ayant mis leur vie en danger. Didier Julia accuse Michel Barnier d'avoir profité des quatre heures qu'il a passées dans l'avion avec les anciens otages pour les influencer. Ce dernier, interrogé au journal de TF1 sur la possible exclusion de Didier Julia par le groupe UMP assure que ce serait « un minimum ». , Didier Julia parle de « quatre mois d'incompétence du ministre des affaires étrangères » le qualifiant de « ministre complètement nul ». , Philippe Brett, dans Le Parisien, affirme que les otages ont été libérés en utilisant leurs contacts et leur filière de sortie d'Irak vers la Syrie. Le procureur du parquet de Paris Jean-Claude Marin ouvre une enquête préliminaire sur la « mission Julia ». , Philippe Brett et Philippe Evanno sont arrêtés par la Division nationale anti-terroriste et placés en garde à vue « pour intelligence avec une puissance ou une organisation étrangère ou avec ses agents, de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, notamment à sa diplomatie et à la sauvegarde de sa population ». , cette arrestation est annoncée et la garde à vue est prolongée. Didier Julia parle de « manœuvre politicienne » visant à « sauver [la] tête » de Michel Barnier. , Philippe Brett et Philippe Evanno sont remis en liberté. Une information judiciaire est ouverte contre Didier Julia, Philippe Evanno et Philippe Brett pour « intelligence avec une puissance étrangère, en l'espèce la Côte d'Ivoire » et confiée aux juges d'instruction antiterroristes Jean-Louis Bruguière et Marie-Antoinette Houyvet. Selon Reuters. Une enquête parlementaire sur l'Affaire Julia ne peut être ouverte pendant la durée de l'instruction.
2005 Janvier
, Didier Julia écrit à Jean-Louis Debré, président de l'assemblée nationale, pour lui demander la création d'une commission d'enquête. , des sources judiciaires annoncent au journal Le Monde que Didier Julia a été convoqué par Jean-Louis Bruguière le . , Le Canard enchaîné affirme que Didier Julia compte mettre en cause le Président de la république. Laurent Gbagbo demande à être entendu par une enquête parlementaire. Didier Julia affirme que sa correspondance avec Jacques Chirac a été volée dans son bureau de l'assemblée nationale. Il accuse « des barbouzards ou des journalistes » et explique que son avocat a un double du dossier, contenant les photocopies des pièces. , Didier Julia demande une date ultérieure (le 26 ou le 27) à Jean-Louis Bruguière : « si j'ai prévu ce jour-là une tournée de communes dans ma circonscription, elle aura ma priorité ». Le juge ne peut le contraindre tant qu'il est protégé par son immunité parlementaire. Jean-Louis Debré répond par courrier à Didier Julia pour lui rappeler l'impossibilité réglementaire de créer une commission parlementaire tant qu'est ouverte une information judiciaire.