Le Grand Prix d'Espagne 1969 (XV° Gran Premio de España), disputé sur le circuit de Montjuïc le , est la cent-soixante-quinzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la deuxième manche du championnat 1969.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1969 est la quatrième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

thumb|right|upright=1.2|alt=Matra MS10|Jackie Stewart et sa Matra MS10 ont remporté la manche inaugurale du championnat 1969. Les imposants ailerons avant et arrière sont ici montés sur les éléments de suspension, le règlement en vigueur offrant toute liberté au niveau des appendices aérodynamiques. pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire extincteur obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

Par rapport à l'année précédente, la section minimale de l'arceau de sécurité a été augmentée et les monoplaces doivent désormais embarquer deux extincteurs automatiques, un à l'avant du cockpit et l'autre à l'arrière. En conséquence, le poids minimal a été porté à 510 kg (contre 500 auparavant). La réglementation reste toutefois inexistante au sujet des ailerons, apparus en F1 l'année précédente, dont les dimensions ne sont pas limitées. L'efficacité en matière de tenue de route de ces appendices (qui peuvent être réglables) va de pair avec un accroissement des contraintes mécaniques, fragilisant les monoplaces. Au cours des dernières épreuves disputées, nombreux ont été les incidents liés à l'affaissement d'éléments aérodynamiques ou de bris de suspension liés aux charges induites par la trainée supplémentaire. Se pose donc un problème de sécurité auquel la Commission Sportive internationale (CSI) n'a officiellement pas accordé d'attentionRevue L'Automobile - juin 1969.

Principal adversaire de Graham Hill au cours de la saison 1968, Jackie Stewart avait échoué dans sa conquête d'un premier titre mondial, les deux courses manquées en début d'année à la suite d'un accident en Formule 2 l'ayant privé de points précieux. Les deux hommes seront de nouveau parmi les principaux protagonistes du championnat 1969, avec un meilleur départ pour Stewart qui lors de la première épreuve en Afrique du Sud a imposé sa Matra, devançant la Lotus du champion en titre.

Le circuit thumb|right|upright=1.2|Le circuit de Montjuïc accueille courses automobiles et motocyclistes. Le pilote espagnol Josep Maria Busquets est vu ici devant le théâtre grec au guidon de sa Montesa 250, en route vers la victoire lors des 24 Heures de Montjuïc 1966.

C'est en que le site de Montjuïc fut une première fois utilisé pour une compétition motocycliste, les «Campionats Motociclistes de Catalunya en Carretera» (championnats catalans de moto sur route). L'année suivante y est organisé le Grand Prix moto de Barcelone, ainsi qu'une grande course automobile : le premier Grand Prix de Penya Rhin, qui se soldera par la victoire de l'Alfa Romeo de Juan Zanelli. Durant La guerre d'Espagne et durant la seconde Guerre mondiale, aucune compétition n'y fut organisée et ce n'est qu'à partir 1950 que le tracé put être réutilisé, accueillant les Grands Prix moto d'Espagne. Dès 1955, les courses automobiles y furent également réintroduites, avec notamment la création de l'épreuve d'endurance «Coupe Montjuïc» (rebaptisée les années suivantes «Trophée Montjuïc» puis «6 Heures de Barcelone»), en parallèle des «24 Heures de Montjuïc» (endurance moto). Depuis 1966 s'y déroule également le Grand Prix de Barcelone, réservé aux F2 . Avec l'édition 1969 du Grand Prix d'Espagne (disputé l'année précédente à Jarama), la colline de Montjuïc accueille pour la première fois les monoplace de Formule 1. Le tracé tortueux et accidenté consiste en une boucle de près de 3,8 kilomètres, empruntant l'avenue du Stade (où sont situés les stands), descendant ensuite vers le théâtre grec avant d'emprunter la Promenade de Santra Madrona pour rejoindre l'avenue du Marquis de Comillas puis de remonter vers la ligne de départ. Le record officiel de la piste est détenu par Jochen Rindt, auteur sur sa Brabham F2 d'un tour à 146,3 km/h de moyenne lors du Grand Prix de Barcelone 1968. Aux essais, Jackie Stewart, sur Matra, avait tourné à 147,1 km/h de moyenneRevue L'Automobile - mai 1968.

Monoplaces en lice Quatre des six équipes d'usine (Lotus, McLaren, Matra et désormais Brabham), ainsi que les écurie de Rob Walker et de Frank Williams, font appel au moteur Ford-Cosworth DFV. Dans sa version Mk9, ce V8 à doubles arbres à cames en tête avec distribution à quatre soupapes par cylindres, alimenté par injection indirecte Lucas, développe 430 chevaux à 9500 tr/min.

Lotus 49B "Usine" thumb|upright=1.25|right|alt=McLaren M7C|La McLaren M7C de Bruce McLaren était à l'origine une Formule 5000. Le Team Lotus a amené trois 49B, le moteur, porteur, étant directement boulonné à l'arrière du cockpit. Graham Hill et Jochen Rindt disposent de leur châssis F1 habituel, la voiture de réserve étant celle utilisée par Rindt en Formule Tasmane, sur laquelle le V8 Cosworth DFW «2,5 litres» a été remplacé par un DFV «3 litres». Si l'aileron arrière mobile, dont l'inclinaison est commandée au pied par une quatrième pédale, est toujours présent, la solution de l'aileron avant monté sur les éléments de suspension a été abandonnée, seuls les volets avant de part et d'autre du capot ayant été conservés. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses Hewland DG300. Pesant 510 kg à sec, les Lotus utilisent des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Lotus 49B privée Rob Walker a engagé sa Lotus 49B pour Joseph Siffert. Cette voiture est techniquement identique à celles engagée par l'équipe officielle, mais l'aileron arrière est moins imposant. Elle est également chaussée de pneus Firestone.

McLaren M7A & M7C "Usine" Pour le Grand Prix d'Afrique du Sud, Bruce McLaren avait modifié sa McLaren M7A, deux réservoirs latéraux remplaçant celui situé devant le cockpit. Il pilota également cette voiture lors de la Course des Champions mais, cette évolution n'ayant pas apporté les effets escomptés, le pilote-constructeur a décidé de revendre cette monoplace. Il fonde beaucoup d'espoirs sur la nouvelle M9A à transmission intégrale, mais celle-ci ne sera pas prête avant le Grand Prix des Pays-Bas. Il s'aligne en Espagne au volant de sa M7C, qu'il avait étrennée fin mars lors de l'International Trophy, à Silverstone, tandis que son coéquipier Denny Hulme dispose de son habituelle M7A. Techniquement proche de la M7A, la M7C a été réalisée à partir d'un châssis de MS10A de Formule 5000, sur lequel ont été adaptés un moteur Cosworth DFV et une boîte de vitesses Hewland DG300. Avec ses réservoirs latéraux (inclus dans la coque), elle parait un peu plus imposante que sa devancière. Pour l'épreuve espagnole, les triangles de suspensions renforcés de la MS10A ont également été adaptés sur la monoplace de Hulme. Ces deux voitures, dotées d'un aileron arrière fixe monté sur les éléments de suspension et de deux dérives sur le capot avant, pèsent environ 540 kg à sec et sont équipées de pneus Goodyear. Sur la M7A de Hulme, la capacité du réservoir principal de carburant est jugée insuffisante pour la distance de l'épreuve, aussi est-il prévu d'ajouter un réservoir auxiliaire sur le flanc droit le jour de la course. Contrairement aux autres équipes motorisées par Ford, McLaren a préféré ne pas utiliser la dernière version du V8 Cosworth DFV (avec collecteur d'échappement quatre en un), lui préférant la version utilisée fin 1968, moins puissante (410 chevaux à 9500 tr/min) mais plus soupleRevue Moteurs n°73 - mai-juin 1969.

Matra MS10 & MS80 "Usine" Brièvement testée au Grand Prix d'Afrique du Sud, la MS80 s'est imposée dès sa première sortie, lors de la Course des Champions, aux mains de Jackie Stewart. L'écurie franco-britannique Matra International, dirigée par Ken Tyrrell, aligne deux exemplaires de ce nouveau modèle en Espagne, Stewart étant épaulé par Jean-Pierre Beltoise, et dispose d'une MS10 de la saison précédente en guise de mulet. Les deux modèles utilisent la même mécanique (V8 Cosworth DFV et boîte de vitesses Hewland DG300), mais le moteur est porteur sur les MS80 alors que, sur la MS10, il est posé un berceau. Concepteur de la MS80, Bernard Boyer a dessiné une coque dont la structure intègre les réservoirs de carburant (d'une capacité de 210 litres), une solution améliorant la rigidité du châssis. La MS80 se distingue également par ses freins arrière «inboard». Le capot avant intègre deux volets aérodynamiques, alors que l'aileron arrière, initialement monté sur les porte-moyeux, repose désormais sur les bras supérieurs de suspension. Par rapport au modèle 1968, le gain en poids est de 10 kg (540 à sec, 550 en ordre de marche contre 560 pour la MS10). Les Matra sont chaussées de pneus Dunlop.

Ferrari 312/69 "Usine" Bien que disposant de deux modèles 312/69 (dont un châssis de la saison précédente, bénéficiant des dernières évolutions), seule la voiture la plus récente a été amenée en Espagne, confiée à Chris Amon, cantonnant désormais son coéquipier Derek Bell aux épreuves de Formule 2. Cette monoplace de 530 kg est dotée d'un aileron mobile monté juste derrière le pilote et non au niveau du train arrière. Son V12 à 48 soupapes développe 435 chevaux à 11000 tr/min mais s'avère plus pointu que la version 1968 ; malgré une vingtaine de chevaux de plus, la voiture la plus récente n'a pas réussi à égaler les performances de sa devancière sur la piste de Monza. La Scuderia Ferrari utilise des pneus Firestone.

BRM P133 & P138 "Usine" Une des deux BRM P138 a été accidentée par John Surtees aux essais de la Course des champions, aussi l'équipe britannique ne dispose-t-elle plus de mulet. Surtees dispose en Espagne de la P138 restante, son coéquipier Jackie Oliver du précédent modèle P133. Les deux voitures sont dotées de la dernière évolution du moteur V12, avec distribution à quatre soupapes par cylindre, délivrant 420 chevaux à 9500 tr/min. Plus fine que la P133, la P138 affiche 530 kg sur la bascule, soit une vingtaine de moins que sa devancière. Sa boîte cinq vitesses a été conçue et réalisée en interne alors que la P133 fait appel à une boîte Hewland DG300. Les BRM ont un aileron arrière fixe et des déflecteurs sur le capot avant. Elles utilisent des pneus Dunlop.

BRM P126 privée Pilote officiel BRM durant la saison 1968, Pedro Rodríguez a dû cette année se rabattre sur l'écurie de Reg Parnell pour conserver sa place en F1. Il pilote une P126 semblable à la P133 d'Oliver mais son moteur V12 à deux soupapes par cylindres développe à peine 400 chevaux. Rodríguez utilise des pneus Goodyear.

Brabham BT26A "Usine"