Laurent Angliviel de La Beaumelle, né le à Valleraugue en Cévennes et mort le à Paris, est un homme de lettres français.

Valleraugue – Genève Laurent Angliviel fait de brillantes études au collège de l'Enfance de Jésus d'Alès, créé en 1741 par l'évêque Charles de Bannes d'Avéjan pour ramener au catholicisme les enfants huguenots. Il y passe huit années ( – ) sans jamais revenir à Valleraugue, devient un latiniste accompli (c'est à lui que revient l'honneur de haranguer en vers latins l'évêque d'Alès Mgr de Beauteville venu visiter le collège en )Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LB 107., adhère à la foi catholique mais refuse de devenir jésuite. Le il part en apprentissage à Lyon chez des cousins négociants, en décembre, il abandonne le catholicisme pour le déisme. Le il fugue de chez ses cousins et se retrouve à Valleraugue en novembre. Il traverse une crise mystique au terme de laquelle il revient à la foi protestante et qui l'amène le à s'enfuir au « Désert » où il rejoint le pasteur Jacques Boyer. Conscient des risques encourus, son père l'en ramène trois jours après et le retient dix-huit mois à la maison. Cette longue période d'intenses lectures lui permet de mûrir sa résolution de devenir pasteur.

Laurent part clandestinement pour Genève le , et il prend le nom de La Beaumelle pour déjouer la surveillance qu'y exerce le Résident de France sur les protestants réfugiés. Le il s'immatricule en théologie à l'AcadémieInscrit en théologie le 1er octobre 1745, La Beaumelle est enregistré comme « proposant » le 12 octobre : « 1745 Ad studia theologica Laurentius Angliviel, Laubamel dictus, ex oppido Valerogue dicto, in Gebennicis montibus » (Stelling-Michaud, Le livre du recteur, t. I, p. 46 ; t. II, p. 292. dont il suit régulièrement le cursus : il présente sa première proposition (essai de sermon) le et prêche au temple de l'hôpital les 1er et Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LB 314, LB 336.. Il se lie d'amitié avec Paul-Henri Mallet et Jacques-Emmanuel RoquesSur Jacques Emmanuel Roques, dit Roques de Maumont (1727-1805), voir .. Il est guidé par Charles de Manoël de Végobre, un cousin de son père installé à Genève. En il est initié en franc-maçonnerie dans la loge de Saint-Jean des Trois Mortiers.

Le Journal helvétique publie régulièrement ses productions : sa « Lettre sur l'état présent de la religion protestante en France » où il expose les conditions dans lesquelles se déroulent les cultes clandestins au « Désert » ()Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LBD 14., « L'excellence de la raison. Ode » (décembre), ses essais « sur l'amour de la gloire » et « sur la coquetterie » (), « sur l'amour de la vérité » et « sur la conversation » (février), « sur l'éducation »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LBD 15. et « sur la folie des hommes » (mars), « sur l'infini », « sur l'éloquence de la chaire »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LBD 16. et sa « Lettre analitique d'un livre nouveau, intitulé Principes de la philosophie morale, ou essai de Mr S[haftesbury] sur le mérite et la vertu » (avril), « sur le bonheur des chrétiens » (mai), « sur l'envie » et « sur le plaisir » (juillet), sa « Lettre à M. Vernet, profeseur en éloquence, sur ces vers du livre III des Georgiques : Quis ilaudati nescit Busiridis aras ? » (août), « A Sa Majesté le roi de Sardaigne. Ode » ()Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. I, LBD 17..

Décidé à se faire un nom dans les belles-lettres, La Beaumelle accepte un poste de précepteur proposé par l'Académie à ses meilleurs étudiants. Le il quitte Genève pour Copenhague.

Copenhague

La Beaumelle arrive à Copenhague le comme précepteurVoir Claude Lauriol, « La Beaumelle et l'éducation : servitudes et grandeurs d'un précepteur français à Copenhague », dans Études sur La Beaumelle, p. 413-422. du fils aîné du comte Carl Christian Gram, Grand Veneur et favori du roi de Danemark Frédéric V. Il a 21 ans. Il est accueilli par la communauté réformée française, les pasteurs Jean-Ferdinand Mourier et Pierre-Paul EyraudVoir V. Dompierre de Jonquières, « Les Pasteurs de l’Église réformée française de Copenhague, 1685-1856 », BSHPF 7 (1858), p. 34-35, Mme Mazar fille du pasteur de Bâle Pierre Roques, le comte Gyldenstein, et par les Languedociens Lucas et LafontVoir Gabrielle Cadier-Rey, « Les huguenots au Danemark aux XVIIe et XVIIIe siècles », Revue d'histoire du protestantisme 6 (2021), p. 461-498.. Il deviendra un familier des comtes Samuel Schmettow et Otto Manderup Rantzau, ainsi que de l'envoyé de France, l'abbé Lemaire. En mai il est nommé orateur de la loge Zorobabel où en juillet il prononce un discours lors de la réception du jeune roi Frédéric V. Il publie plusieurs poèmes à la gloire de la franc-maçonnerie comme La vertu maçonne ()Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 448.. Le la cantate qu'il a composée en l'honneur du roi est exécutée à l'Opéra de CopenhagueVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LBD 23.. il prend la défense des calvinistes et des francs-maçons attaqués par Ludvig HolbergVoir Claude Lauriol, « La controverse entre Holberg et La Beaumelle », dans Études sur La Beaumelle, p. 69-79..

La Beaumelle a plusieurs ouvrages en chantier qu'il reprendra souvent mais ne publiera jamais : un Essai sur l'Esprit (édité en 1802 par ses enfants)Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 406 n. 4., une « Réponse à l'Examen de la religion »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 465 n. 14. Cf. Claude Lauriol, La Beaumelle, p. 125-128, et César Chesneau Dumarsais, Examen de la religion ou Doutes sur la religion dont on cherche l’éclaircissement de bonne foi, éd. Gianluca Mori, Oxford, 1998, p. 345-346., une « Dissertation sur Zoroastre et la religion des Parsis modernes »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 465 n. 16., les « Mémoires et voyages du comte de *** »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 413 n. 2-3 ; t. III, LB 551., les « Mémoires de Babi Sémillon, femme de chambre de la duchesse de *** »Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 473 n. 26..

En il envoie à l'abbé d'Olivet ses Pensées de Sénèque : des extraits des œuvres du philosophe traduits en français et précédés de sa vie. Cet ouvrage, dédié à l'abbé d'OlivetVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 497. qui en signe le contrat avec le libraire parisien Le Mercier le Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LBD 29., ne paraîtra qu'en 1752Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. V, LBD 114 à 117. et sera réédité en 1768Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. XVI, LB 4450 n. 13..

Au commencement d', La Beaumelle envoie au libraire Marc-Michel Rey le manuscrit de L'Asiatique tolérant, ou traité à l'usage de Zeokinizul, roi des Kofirans, surnommé le ChériCorrespondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 473, n. 22-23. qui sera publié à Amsterdam en sous une fausse adresse parisienneCorrespondance générale de La Beaumelle, t. II, LBD 28. « A Paris chez Durand, ruë St.-Jacques, à St.-Landry & au Griffon » : ce libraire et son adresse existent : Laurent Durand est, à l’époque, l’un des plus importants libraires parisiens. avec une dédicace à la comtesse BentinckCorrespondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 753, n. 2..vignette|left|L'asiatique tolerant.Sous couvert d'une fiction orientale inspirée des anagrammes de Crébillon fils – l'auteur se nomme lui-même « le voyageur Bekrinoll » –, ce traité sur la tolérance (l'expression est de La BeaumelleVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. II, LB 469 n. 10.) s'inscrit dans la perspective historiographique ouverte par lHistoire de l'édit de Nantes du pasteur Élie Benoist et dans la ligne du Commentaire philosophique de Pierre Bayle pour réclamer hautement à Louis XV la tolérance civile en faveur de ses coreligionnaires privés de liberté religieuse depuis la Révocation de l'édit de Nantes. En , le Parlement de Grenoble condamnera l'ouvrage à être « lacéré et brûlé par l’exécuteur de la haute justice […] comme scandaleux, séditieux et tendant à renverser la religion catholique, apostolique et romaine, et les puissances établies de Dieu, et à troubler le repos et la tranquillité publique »Correspondance générale de La Beaumelle, t. IV, LBD 62..

vignette|La Spectatrice danoise : le t. IIEn La Beaumelle décide de lancer une feuille périodique, La Spectatrice danoise. L’anonymat d'une jeune danoise nommée Aspasie lui permet d'innover une critique sociale et politique du Danemark et de faire connaître à ses lecteurs les ouvrages français. Le succès de ces feuilles hardies entraîne leur réimpression en volumes Voir l'enquête bibliologique de Claudette Fortuny, « La Spectatrice danoise : de la feuille au volume », dans Correspondance générale de La Beaumelle, t. III, p. 391-395.. Le La Beaumelle en présente au roi le premier tome. Le tome 2 paraît en . Le , lors d'une audience royale il dédie au prince royal Christian le tome 3 intitulé Essais sur divers sujetsCorrespondance générale de La Beaumelle, t. IV, LB 591.. Ce volume contient entre autres cinq lettres sur L'Esprit des lois.

Le , après de longues sollicitations, La Beaumelle est nommé professeur royal de Langue et Belles Lettres françaisesVoir le « Mémoire sur l’érection d’une chaire de professeur en Langue et Belles Lettres françaises à l’Université de Copenhague » daté du : Correspondance de La Beaumelle, t. III, LBD 40.. Il doit au préalable se rendre à Paris car cet emploi exige, tout particulièrement pour un huguenot, d'obtenir du roi de France l'autorisation de se mettre au service d'un prince étranger. Il quitte Copenhague le pour Hambourg et Itzehoe où il est l'hôte du comte Schmettow. Le il s'embarque à Altona pour Le Havre où il arrive le . Le il s'installe à Paris au café ProcopeCorrespondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 620.. Porteur d'une lettre du comte Schmettow, il rend visite le à Voltaire qui lui donne le un billet pour voir Rome sauvée au château de SceauxCorrespondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 629.. Le il dîne avec l'abbé Raynal et rencontre à nouveau l'abbé d'Olivet le 12. Le il fait la connaissance de Montesquieu et lui fait part de plusieurs objections sur L'Esprit des loisVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 642.. Montesquieu lui rend longuement visite le 7 août et l'invite à dîner le . Le 16, Saint-Florentin, secrétaire d’État chargé des affaires de la Religion prétendue réformée, lui accorde la permission de partir pour le DanemarkCorrespondance de La Beaumelle, t. III, LBD 45.. Jean Angliviel rejoint son frère au café Procope le . Le La Beaumelle dîne chez Montesquieu avec Buffon, l'abbé Sallier, La Condamine et Secondat qui lui rend visite le et chez qui il se rend le 29 avec son frèreVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 651.. Le manuscrit de la Suite de la Défense de l’Esprit des lois est envoyé à M.-M. Rey à la mi-octobre et sera publiée en Voir Correspondance générale de La Beaumelle, t. III, LBD 49..

Le La Beaumelle fait sa visite d'adieu à Montesquieu avec son frère. Le 11 il rend visite à Louis Racine à qui il achète le surlendemain des lettres de Mme de Maintenon ainsi qu'un mémoireVoir Correspondance générale de La Beaumelle, t. III, LB 694 n. 1.. Le il quitte Paris pour prendre ses fonctions à Copenhague. En passant par la Hollande, il rencontre à La Haye le les libraires Neaulme, de Hondt, Van Duren et Gosse, ainsi que M.-M. Rey le lendemain à Amsterdam. Il fait étape à Hambourg le et arrive à Copenhague le 28.