La téléonomie est la qualité d'apparente intention et de finalité des structures et des fonctions des organismes vivants, résultant de processus naturels tels que la sélection naturelle. Le concept (dont le nom est dérivé du grec ancien ou , « but, finalité », et ) permet d'expliquer les phénomènes de convergence évolutive, introduits par le darwinisme.
Terminologie Le terme téléonomie est inventé par Colin S. Pittendrigh en 1958 Colin S. Pittendrigh, « » in , ed. A. Roe and George Gaylord Simpson, New Haven, Yale University Press, 1958, 390-416, ., puis repris par de nombreux autres biologistes de renom, dont Jacques Monod dans les années 1970 (Jacques Monod, Le hasard et la nécessité, éd. du Seuil, coll. « Points », ). (Monod, op. cit., ). (Jacques Monod, op. cit., )..
Le concept est distinct du finalisme ou de la téléologie (de logos, « raison », « parole ») car Jacques Monod et plus généralement les darwinistes (aujourd'hui largement majoritaires) refusent, par principe épistémologique notamment, tout recours à une cause finale ou à un dessein intelligent dans l'explication des processus biologiques.
En biologie La notion de téléonomie sert notamment à expliquer le phénomène de la convergence évolutive en décrivant la suite de causes ayant par exemple mené trois animaux aussi différents que l'ichtyosaure, le requin et le dauphin à avoir des formes hydrodynamiques si similaires tout en appartenant à des branches différentes du vivant n'ayant pas de lien de parenté plus récent que l'apparition de leurs caractères communs.
Le rapport de la téléonomie à la finalité n'est que métaphorique : la sélection naturelle donne l'illusion que la nature travaille en vue d'un objectif, mais elle est en réalité aveugle et c'est, selon l'expression de Démocrite et Jacques Monod, seuls qui mènent le vivant à s'adapter à son milieu. Ainsi, on ne peut pas dire que l'évolution vise quelque chose ; elle ne veut rien. Cependant, alors que son fonctionnement n'a rien d'intentionnel, comme phénomène elle peut avoir l'apparence d'une intentionnalité : la disparition automatique des modèles les moins fonctionnelsLa présence de caractères non-fonctionnels n'équivaut pas nécessairement à la disparition de l'espèce : certains sont inutiles, voire vestigiaux, mais ne produisent aucun handicap. Néanmoins, d'autres nuisent aux capacités de survie et de reproduction de l'individu, que ce soit positivement (via une déformation par exemple) ou négativement (via une absence d'adaptation). Ceux-là ont tendance à causer des difficultés parfois fatales à leurs porteurs. mène spontanément à la conservation exclusive des modèles fonctionnels (les êtres vivants capables de survivre jusqu'à se reproduire et transmettant cette capacité à leur descendance par hérédité génétique ou épigénétique), de telle sorte que certains de leurs caractères, en harmonie avec leur environnement, peuvent répondre à leurs besoins comme s'ils avaient été faits sur mesure, pour ainsi dire de façon providentielle, alors qu'ils sont tout autant les fruits du hasard que leurs . Cette apparence de finalisme et d'intentionnalité est en fait illusoire« Un processus téléonomique ne fonctionne pas en vertu de causes finales alors même qu'il en a l'air, alors même qu'il semble orienté vers la réalisation de formes qui n'apparaîtront qu'à la fin du processus. Ce qui le détermine en fait ce ne sont pas ces formes comme causes finales, mais la réalisation d'un programme, dans une machine programmée dont le fonctionnement semble orienté vers la réalisation d'un état futur, alors qu'il est en fait déterminé causalement par la séquence d'états où le programme préétabli la fait passer. » - Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, Seuil, Paris, 1979, ..
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Le Hasard et la Nécessité Vitalisme Finalisme Conatus Orthogénie Téléologie Le hasard et la nécessité Convergence évolutive
Sélection naturelle Hérédité Génétique Épigénétique Le Gène égoïste Créationnisme
Catégorie:Concept de philosophie des sciences