Le Grand Prix de Belgique 1962 ( Grand Prix de Belgique / ), disputé sur le circuit de Spa-Francorchamps le , est la cent-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la troisième manche du championnat 1962.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960), s'appuyant sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
thumb|left|Auteur d'un brillant début de saison, Graham Hill (vu ici sur sa BRM lors de sa victoire à Zandvoort) occupe la tête du championnat du monde. Si la première saison sous la réglementation fut nettement dominée par la Scuderia Ferrari, dont les moteurs surclassaient la concurrence, l'année 1962 a débuté avec un rééquilibrage des forces, les concurrents britanniques disposant à leur tour de moteurs puissants et fiables. Les monoplaces italiennes ont d'ailleurs subi de nombreux revers au cours des premières épreuves, leurs châssis, n'ayant pratiquement pas évolué au cours de l'intersaison, souffrant d'un manque de rigidité face aux réalisations adverses. Hormis les victoires, hors championnat, de Willy Mairesse au Grand Prix de Bruxelles et au Grand Prix de Naples, les Ferrari ont régulièrement été battues par leurs rivales mais leur fiabilité remarquable permet toutefois au champion du monde Phil Hill de figurer en tête du classement provisoire du championnat du monde, à égalité de points avec Graham Hill, auteur d'un brillant début de saison sur sa BRM.
Le circuit
Tracé naturel empruntant les routes reliant Francorchamps, Malmedy et Stavelot, le circuit de Spa-Francorchamps fut tout d'abord utilisé, dès 1924, pour les courses d'endurance, mais accueillit dès l'année suivante les monoplaces de Grand Prix. Développant plus de quatorze kilomètres, il se caractérise par des courbes rapides et un relief très marqué (cent-soixante mètres de dénivelé), comprenant notamment une pente de 17%. Située cent mètres avant la ligne d'arrivée, l'épingle de la Source est le seul virage lent de ce circuit, qui autorise des moyennes très élevées : lors des essais qualificatifs du Grand Prix de 1960, Jack Brabham avait réalisé un tour à plus de au volant de sa Cooper, record officieux de la piste.
Monoplaces en lice Ferrari 156 "Usine" thumb|right|upright=1.15|La Ferrari 156 de Phil Hill, lors du Grand Prix des Pays-Bas. La Scuderia Ferrari est présente en force, avec quatre 156 F1 confiées à Phil Hill, Willy Mairesse, Giancarlo Baghetti et Ricardo Rodríguez. Dotées d'un moteur V6 développant 200 chevaux et d'une boîte de vitesses à six rapports, ce sont les plus puissantes du plateau, mais face aux monoplaces britanniques, de conception plus moderne, elles pèchent par le manque de rigidité de leur châssis. Accusant près de sur la balance, elles s'avèrent en outre un peu plus lourdes que leurs concurrentes. Dominées lors des épreuves de début de saison, elles peuvent néanmoins se montrer compétitives sur le circuit ardennais, où leur pointe de vitesse devrait compenser en partie leur comportement délicat.
BRM P57 "Usine" Conçue sous la direction de Tony Rudd, la P57 a permis à la marque de Bourne de renouer avec le succès, Graham Hill ayant déjà remporté trois victoires à son volant en ce début de saison, le Glover Trophy à Goodwood et l'International Trophy à Silverstone, puis l'épreuve inaugurale du championnat du monde à Zandvoort. Ces succès sont venus à point nommé, car le patron de l'équipe a annoncé vouloir cesser toute activité sportive au terme de cette année en cas d'insuccès. La P57 est dotée d'un châssis multitubulaire très léger ; son moteur V8, alimenté par injection indirecte Lucas, développe 185 chevaux. Si la monoplace de Graham Hill est équipée de l'habituelle boîte de vitesses maison à cinq rapports, celle de son coéquipier Richie Ginther utilise ici une boîte Colotti à six vitesses. Sur les deux voitures, les sorties d'échappement verticales, utilisées jusqu'alors, sont maintenant remplacées par des sorties horizontales. Elles pèsent environ . Une P48/57 de la saison passée, utilisant le même moteur, avait initialement été engagée par l'usine pour Tony Marsh, mais ce dernier a déclaré forfait.
Lotus 24 & 25 "Usine" thumb|right|upright=1|La Lotus 25, seule monoplace du plateau à châssis monocoque. Le Team Lotus ne dispose toujours que d'un seul exemplaire de sa révolutionnaire 25, à châssis monocoque. Confiée à Jim Clark, cette monoplace s'est montrée extrêmement rapide lors de chacune de ses sorties mais des problèmes mécaniques l'ont chaque fois empêchée d'atteindre l'arrivée. Extrêmement basse, la 25 exige une position de conduite très allongée. Sa coque très rigide et son centre de gravité très bas lui valent une tenue de route remarquable. Elle dispose du moteur Coventry Climax FWMV (V8, 181 chevaux à 8200 tr/min), accouplé à une boîte de vitesses ZF à cinq rapports. L'ensemble ne pèse que . Second pilote de l'équipe, Trevor Taylor pilote un modèle 24 à châssis multitubulaire (quatre fois moins rigide que la monocoque !), également équipé du moteur FWMV et de la boîte ZF. L'équipe dispose d'une troisième voiture, une 24 à moteur V8 BRM, qui, engagée par Wolfgang Seidel, sera mise à disposition de Dan Gurney.
Lotus 24 & 21 privées UDT Laystall engage deux Lotus 24, une à moteur Climax V8 pour Innes Ireland, Masten Gregory pilotant la seconde, équipée du V8 BRM. Jack Brabham, qui en collaboration avec Ron Tauranac, va réaliser sa propre monoplace, dispose pour l'heure d'une 24 à moteur Climax, tout comme Maurice Trintignant au sein de l'écurie de Rob Walker, en remplacement de Stirling Moss qui a été grièvement blessé lors du Glover Trophy deux mois auparavant. Rob Walker a loué son ancienne Lotus 18/21 à moteur quatre cylindres Climax FPF (152 chevaux) à l'Équipe nationale belge qui fait courir Lucien Bianchi, tandis que Jo Siffert dispose de l'ancienne Lotus 21 (également à moteur quatre cylindres Climax FPF) de la Scuderia FilipinettiRevue Sport Auto - 15 juillet 1962.
Porsche 718 privée Des conflits internes au sein de l'usine de Stuttgart ont mis en sommeil l'activité sportive du constructeur allemand, et la seule Porsche présente est celle de Carel Godin de Beaufort, une ancienne 718 (moteur quatre cylindres à plat, refroidi par air, 165 chevaux) que le pilote néerlandais utilise depuis la saison précédente.
Cooper T60 "Usine" Le constructeur de Surbiton engage deux T60 pour Bruce McLaren (qui s'est totalement impliqué dans son développement) et Tony Maggs. Conçue par l'ingénieur Owen Maddock, la T60 dispose du moteur V8 Climax FWMV, accouplé à une boîte de vitesses à six rapports conçue et réalisée en interne. Elle pèse en ordre de marche.
Lola Mk4 L'équipe Bowmaker Racing de Reg Parnell aligne une seule Lola Mk4 à moteur Climax V8, confiée à John Surtees, qui vient de remporter les 100 Miles de Mallory Park à son volant. Roy Salvadori devait piloter la seconde voiture qui, faute de moteur disponible, n'a pas été amenée. Pesant , la Mk4 utilise le moteur V8 Climax FWMV, accouplé à une boîte de vitesses Colotti à cinq rapports.
Emeryson Mk3 "Usine" John Campbell-Jones dispose de la dernière évolution de l'Emeryson Mk3, dotée d'un ancien moteur Climax FPF, un modèle totalement surclassé par les autres monoplaces en lice.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 1 Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P57 BRM P56 V8 2 Richie Ginther Owen Racing Organisation BRM BRM P57 BRM P56 V8 3 Tony Marsh Owen Racing Organisation BRM BRM P48/57 BRM P56 V8 4 John Campbell-Jones Emeryson Cars EmerysonLotus Emeryson Mk3Lotus 18 Coventry Climax FPF MkI L4Coventry Climax FPF MkI L4 5 John Surtees Bowmaker Racing Lola Lola Mk4 Coventry Climax FWMV V8 6 Roy Salvadori Bowmaker Racing Lola Lola Mk4 Coventry Climax FWMV V8 7 Carel Godin de Beaufort Ecurie Maarsbergen Porsche Porsche 718 Porsche 547/3 F4 9 Phil Hill Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 Ferrari 178 V6 (120°) 10 Willy Mairesse Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 Ferrari 178 V6 (120°) 11 Giancarlo Baghetti Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 Ferrari 178 V6 (120°) 12 Ricardo Rodríguez Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 156 Ferrari 178 V6 (120°) 15 Jack Brabham Brabham Racing Organisation Lotus Lotus 24 Coventry Climax FWMV V8 16 Jim Clark Team Lotus LotusLotus Lotus 25Lotus 24 Coventry Climax FWMV V8Coventry Climax FWMV V8 17 Trevor Taylor Team Lotus Lotus Lotus 24 Coventry Climax FWMV V8 18 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Lotus Lotus 24 Coventry Climax FWMV V8 19 Lucien Bianchi Équipe nationale belge Lotus Lotus 18/21 Coventry Climax FPF MkII L4 20 Innes Ireland UDT Laystall Racing Team Lotus Lotus 24 Coventry Climax FWMV V8 21 Masten Gregory UDT Laystall Racing Team Lotus Lotus 24 BRM P56 V8 22 Jo Siffert Écurie Filipinetti Lotus Lotus 21 Coventry Climax FPF MkII L4 23 Dan Gurney Autosport Team Seidel Team Lotus Lotus 24 BRM P56 V8 25 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T60 Coventry Climax FWMV V8 26 Tony Maggs Cooper Car Company Cooper Cooper T60 Coventry Climax FWMV V8
Qualifications Deux séances d'essais sont prévues, les vendredi et le samedi après-midi précédant la course .
Première séance - vendredi 15 juin La première session qualificative a lieu le vendredi en fin d'après-midi, sous un soleil éclatant. Après un début de séance perturbé par de multiples problèmes mécaniques affectant pratiquement toutes les équipes, Willy Mairesse est le premier à établir un temps de référence, à de moyenne, bien que sa Ferrari ne semble pas disposer de toute sa puissance. Malgré une mise au point imparfaite de sa BRM, Graham Hill parvient à devancer le pilote belge d'une demi-seconde, mais c'est le champion du monde en titre Phil Hill qui sera le premier à tourner sous la barre des quatre minutes au volant de sa Ferrari, sur laquelle ont été retirés les couvercles des carburateurs afin d'améliorer leur fonctionnement à haut régime. C'est cependant Trevor Taylor qui va créer la surprise : améliorant progressivement ses performances sur ce circuit qu'il découvre, le second pilote de l'équipe Lotus va accomplir en fin de séance un tour à plus de de moyenne ; ce sera le meilleur temps de la journée, le jeune britannique devançant Phil Hill d'une demi-seconde au terme de cette première session, tandis que son coéquipier Jim Clark, très vite stoppé par un problème d'arbre à cames, n'a pu effectuer que quelques tours et est relégué au onzième rang. Bien qu'encore insatisfait de sa voiture, Graham Hill a également amélioré ses temps en fin de séance, occupant le troisième rang juste devant Mairesse. Très tôt retardé par des problèmes de moteur, John Surtees n'a pu effectuer de tour rapide sur sa Lola, tandis que Jack Brabham et Dan Gurney n'ont pu prendre le volant de leurs Lotus, dont la préparation n'a pu être terminée à temps.
thumb|right|upright=1.2|Trevor Taylor (vu ici à Zandvoort) s'est montré le plus rapide au volant de sa Lotus 24.