Charles Auguste d'Allonville de Louville, connu comme le marquis de Louville, né le à Louville et mort le , est un homme politique français. Favori de , qui accède au trône d'Espagne en 1700, il devient chef de la maison française et gentilhomme de la Chambre. En 1701 et 1702, préconisant une présence forte de la France dans les affaires espagnoles, il exerce une grande influence sur , sur les Français de la cour d'Espagne et sur les conseillers versaillais en relation avec lui. Il est disgracié en 1703.
En 1716, le Régent l'envoie en mission auprès de . Bloqué par le premier ministre Alberoni, il doit rentrer en France sans avoir pu approcher le roi.
Biographie Jeunesse Il naît le Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote X, paroisse de Louville-la-Chenard, BMS 1586-1673, fol. 167. Cité par Catherine Désos, « Allonville, Charles Auguste d' », sur academia.edu, 2010, 3 (consulté le 24 juin 2017). — Certaines sources (Les Mémoires secrets, Monmerqué, Hœfer, Le Flem) disent 1668. Mémoires secrets sur l'établissement de la maison de Bourbon en Espagne, extraits de la correspondance du marquis de Louville, sur books.google.com, Paris, Maradan, 1818, I, 1 (consulté le 25 juin 2017). Louis Monmerqué, dans Biographie universelle (Michaud), Paris, Desplaces, s. d., XXV, 356. Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer (dir.), Nouvelle Biographie générale, Copenhague, Rosenkilde et Bagger, 1967, XXVIII, col. 55. Jean-Paul Le Flem, « Louville (Charles-Auguste d'Allonville, marquis de) », dans François Bluche (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 2005, 911. au château de LouvilleJean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, , col. 55., dans une très ancienne famille du pays ChartrainCatherine Désos, , 4.. Ses parents sont Jacques d'Allonville, seigneurLes sources désignent Jacques d'Allonville comme seigneur de Louville, et son fils aîné Charles Auguste comme marquis de Louville. Elles ne précisent pas si la seigneurie de Louville a été érigée en marquisat ou si Charles Auguste s'est donné un titre de courtoisie, comme cela se faisait couramment à l'époque. de Louville (mort en 1707) et Marie CharlotteLe prénom est Catherine dans les Mémoires secrets, , 1. de Vaultier de Moyencourt (morte en 1694)Catherine Désos, , 3.. Charles est l'aîné de cinq enfants. Son frère cadet Jacques Eugène, chevalier de Louville, va suivre une carrière militaire, puis devenir mathématicien et astronome.
L'éducation de Charles est confiée d'abord à un grand-oncle janséniste, puis aux jésuitesMémoires secrets, , 2-4.. Capitaine au régiment du Roi-infanterieSaint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1983, I, 115. — Catherine Désos dit : Catherine Désos, , 18., il fait plusieurs campagnes de la guerre de la Ligue d'AugsbourgMémoires secrets, , 5..
Gentilhomme de la manche du duc d'Anjou thumb|alt=Louis XIV tient son petit-fils par l'épaule. Dans l'assistance, certains se prosternent. Un homme s'agenouille. Derrière Philippe, un jeune homme le tient par la manche.|left|upright=1.6|Philippe de France, duc d'Anjou, proclamé roi d'Espagne, par Gérard. L'un des est Louville« Philippe de France, duc d'Anjou », sur catalogue.gazette-drouot.com (consulté le . — « Chambord - château », sur notesdemusees.blogspot.fr, 31 mars 2010 (consulté le 2 juillet 2017). — « Gérard, baron », notice , sur culture.gouv.fr, 1986 (consulté le )..
Le Catherine Désos, , 8., le duc de Beauvillier, gouverneur des enfants de France, le fait venir à Versailles comme gentilhomme de la manche du duc d'Anjou, petit-fils de , deuxième fils du dauphinSaint-Simon, , 1983, I, 859..
Le , à seize ans et demi, ce prince est proclamé roi d'Espagne sous le nom de . Une cinquantaine de personnes vont l'accompagner à Madrid. Elles vont aider le jeune roi à s'acclimater, mais elles ne sont pas destinées à séjourner bien longtemps. Louville a l'autorisation de rester en EspagneSaint-Simon, , 1983, I, 790. — Catherine Désos, , 9.. Il est choisi par lui-mêmeCatherine Désos, , 11.. Le duc de Beauvillier a eu tout loisir, pendant dix ans, d'observer Louville. Il le recommande au nouveau roi Beauvillier et Louville vont entretenir une correspondance secrèteCatherine Désos, , 10..
Favori du roi d'Espagne right|upright=1|thumb|alt=En pied, tout vêtu de noir, bas blancs, épée au côté. Sa main droite repose sur sa couronne, posée près de lui.| en 1701.
Louville est le favori de . Philippe arrive à Madrid le . Peu après, le duc d'Harcourt, ambassadeur extraordinaire du roi de France, est frappé d'une grave et longue maladie (il reçoit l'extrême-onction le ) : Jean-Paul Le Flem considère Louville comme un , qui joue auprès du roi d'Espagne .
Il se forge un jugement tranché sur les grands d'Espagne. S'il se lie d'amitié avec certains d'entre eux qui lui paraissent fidèles, il décèle aussi des incapables et des traîtres. En avril et en , il suggère de remplacer les grands, au sein du gouvernement, par des nobles de plus petite extraction ou par des techniciens français.
Le , à Saragosse, nomme Louville chef de sa maison française, c'est-à-dire qu'il lui donne (pour parer à tout empoisonnement). Par Beauvillier, Louville a connu Fénelon. Il lui écrit pour lui demander des conseilsCatherine Désos, , 6.. On trouve la réponse de Fénelon dans les Mémoires secrets, extraits de la correspondance de LouvilleFénelon, lettre du 10 octobre 1701 à Louville, dans Mémoires secrets, , I, 55-66..
thumb|alt=En pied, de face, très richement vêtu. Sa main droite repose sur un livre. Un serviteur lui montre un portrait de son oncle, le grand Colbert.|right|upright=1|Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, par de Troy.
Louville a la confiance et le soutien du marquis de Torcy, secrétaire d'État aux affaires étrangères de Catherine Désos, , 7.. Comme le résume Saint-Simon, À cette époque, il est également en bons termes avec le père Daubenton, le confesseur jésuite de Catherine Désos, , 12..
Louville veut réformer les gardes royales. L'objectif est bien sûr de protéger la vie du souverain, mais aussi d'affermir l'autorité royale, comme il l'explique dans un mémoire : Louville insiste pour que ces troupes ne soient pas composées d'Espagnols, mais d'étrangers recrutés dans des possessions espagnoles, en Italie et aux Pays-BasArchives du Ministère des affaires étrangères, CP-E, 89, fol. 196. Cité par Thomas Glesener, article cité, alinéa 8..
Il souhaite par ailleurs simplifier le dispositif gouvernemental, qui se disperse en plusieurs conseils. Il veut combattre le désordre financier. Il dénonce la pauvreté des provinces, moins bien traitées que celles du royaume d'Aragon (qui ne participent guère au financement de la monarchie). Pour réformer, il ne voit d'autre solution qu'une ingérence accrue de la France dans les affaires espagnolesCatherine Désos, , 13.. Il réussit à faire partager ce point de vue à , aux autres Français de la cour d'Espagne et à des conseillers de la cour de France à qui il écrit sans relâche. À Versailles, cette idée est combattue par un parti. Mais va avoir besoin, dans la guerre qui s'annonce (guerre de Succession d'Espagne, 1701-1714), des subsides de l'Espagne. Aussi tient-il à ce que, dans ce royaume, la situation financière et politique soit assainie. Les avis de Louville sont donc bien accueillis, et la présence française augmente à Madrid à la fin de l'année 1701.
Le séjour en France thumb|alt=Portrait en buste. Robe richement brodée.|left|upright=1|Marie-Louise-Gabrielle de Savoie.
Le , épouse Marie-Louise-Gabrielle, fille de Victor-Amédée de SavoieSaint-Simon, , 1983, II, 55-57.. Celle-ci, d'emblée, pousse Philippe à confier à Victor-Amédée ses affaires italiennes. Louville veut au contraire affermir l'autorité du roi d'Espagne, dont les terres italiennes sont menacées par les Impériaux. En même temps, il veut éloigner le souverain de l'influence de la courCatherine Désos, , 14.. Il convainc Philippe de gagner l'Italie pour y prendre, au printemps, la tête de l'armée des deux couronnes.
Louville se rend alors en France. Il arrive à Fontainebleau le Yves Coirault, dans Saint-Simon, , 1983, II, 146, note 3.. Officiellement, il vient rendre compte de tout ce qui s'est passé dans les affaires intérieures durant la maladie de d'Harcourt, et entretenir du mariage de Philippe. En réalité, il vient demander au roi l'autorisation de laisser son petit-fils partir à NaplesSaint-Simon, , 1983, II, 146.. D'Harcourt, rétabli, remplacé par un nouvel ambassadeur, est revenu en France, haïssant LouvilleCatherine Désos, , 14, .. Soutenu par madame de Maintenon, il s'oppose vivement à ce déplacement en Italie. Mais donne son accordSaint-Simon, , 1983, II, 157-167..
Louville est tenu de ne rien cacher à . Il lui parle donc des larmes et de l'éclat de la jeune reine d'Espagne le soir de ses noces, au moment du coucherSaint-Simon, , 1983, II, 56, 157.. Peut-être est-il suffisamment indiscret pour en parler à d'autres personnes. Madame de Maintenon, qui sait tout, est hostile aux ducs de Chevreuse et de Beauvillier, et par conséquent à Louville. Elle veille à ce que l'on fasse croire à la duchesse de Bourgogne que Louville, par des indiscrétions, a cherché à nuire à sa sœur, la reine d'EspagneSaint-Simon, , 1983, II, 157 et 158.. Ceci va desservir Louville, qui est alors au comble de sa faveur à Versailles.
Campagne d'Italie thumb|alt=En buste, bras écartés. Sa main droite tient un bâton de commandement. Sa main gauche est ouverte.|right|upright=1|Victor-Amédée II de Savoie.
En , il retourne en Espagne, vivement recommandé par à son petit-fils. À Madrid, le , il est déclaré gentilhomme de la Chambre, et en reçoit la clef d'orYves Coirault, , 1983, II, 55, , et 202, ..
arrive à Naples fin . Louville est du voyage. Il va demander au pape l'investiture du royaume de Naples pour PhilippeJean-Paul Le Flem, , 911 et 912.. Il est bien accueilli. Mais la présence de l'armée impériale, commandée par le prince Eugène, dissuade de se prononcerLouis Monmerqué, .
Le , rencontre son beau-père à Acqui. Conformément au cérémonial, Louville refuse au duc de Savoie le droit de s'asseoir dans un fauteuil en présence du roi d'EspagneSaint-Simon, , 1983, II, 207 et 208.. Victor-Amédée le prend très mal, et en informe certainement ses filles, la duchesse de Bourgogne et la reine d'Espagne. Cet incident est peut-être à l'origine de la disgrâce de Louville.
À la tête de l'armée, les esclandres se multiplient, car les grands d'Espagne entendent tout diriger. Louville leur manifeste de plus en plus d'aversion. Ils le lui rendent bien. En cas de différend, ne donne pas toujours raison aux Français. Il tient à ménager les Espagnols, tandis que Louville se répand imprudemment contre eux. Pire : dans ses lettres, il parle de comme d'un enfant qui a toujours besoin d'être dirigé, doté d'. D'une , Louville travaille lui-même à sa perte. À Versailles, on déplore ses saillies vis-à-vis des Espagnols ; on craint que ne s'aliène ses sujets. Torcy soutient toujours Louville, mais lui demande de se modérerCatherine Désos, , 14 et 15..
Disgrâce thumb|alt=En buste, de face.|right|upright=1|Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins.
La campagne d'Italie prend fin en Saint-Simon, , 1983, II, 227 et 228.. Le roi et Louville reviennent à Madrid. Louville apparaît comme un rival trop redoutable aux yeux de la princesse des Ursins, la camarera mayor de Palacio. Celle-ci monte en épingle auprès de la reine l'affaire du fauteuil refusé à Victor-Amédée ; tandis qu'à Versailles, d'Harcourt représente toujours Louville à madame de Maintenon comme une créature de Beauvillier et de Torcy. Louville perd son logement au palais de . Toutes les décisions se prennent désormais , dans un conseil étroit où ne figurent que le roi, la reine, madame des Ursins et Orry — auxquels se joint par la suite d'AubignySaint-Simon, , 1983, II, 372 et 373..