Le Grand Prix de Belgique 1953 ( Grand Prix de Belgique / ), disputé sous la réglementation Formule 2 sur le circuit de Spa-Francorchamps le , est la vingt-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1953.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde
Le Grand Prix de Belgique constitue la quatrième épreuve du championnat du monde 1953, disputé pour la deuxième année consécutive sous la réglementation formule 2 (moteurs deux litres atmosphériques) par suite du désengagement des principaux constructeurs de F1 à la fin de la saison 1951.
Champion du monde l'année précédente avec six victoires, Alberto Ascari est à nouveau en tête du championnat, ayant remporté deux Grands Prix sur sa Ferrari 500. La domination du pilote italien est cependant contestée par Juan Manuel Fangio et José Froilán González, qui bien que malchanceux en ce début de saison ont pu démontrer les qualités de la nouvelle Maserati. Les autres constructeurs (Gordini, Connaught, HWM et Cooper), disposant de monoplaces moins évoluées et de budgets plus modestes, ne sont pas en mesure d'arbitrer le duel entre les deux marques italiennes.
Le circuit
thumb|left|alt=Francorchamps|Les Hautes Fagnes, à quelques kilomètres de la frontière allemande. On distingue le tracé du circuit à l'ouest de la ville de Malmedy. Créé au début des années 1920 dans la région des Hautes Fagnes, le circuit ardennais est utilisé depuis 1924 pour les compétitions automobiles. Le premier Grand Prix automobile de Belgique y fut couru le , remporté par Antonio Ascari (le père du champion du monde 1952) sur Alfa Romeo P2. Véritable circuit routier, il autorise des vitesses très élevées et est considéré par les pilotes comme l'un des plus sélectifs du championnat . Développant initialement près de 15 km, le tracé mesure maintenant 14,120 km, le virage de l'ancienne douane ayant été supprimé en 1947, les concurrents empruntant désormais le raidillon de l'Eau Rouge. Le record du tour est détenu par Juan Manuel Fangio, auteur d'un tour en 4 min 22 s 1 (près de 194 km/h de moyenne) sur son Alfa Romeo Alfetta lors du Grand Prix de Belgique 1951.
Monoplaces en lice Ferrari 500 (usine) thumb|left|alt=Ferrari 500 F2.|La Ferrari 500 F2, reine des Grands Prix. La Scuderia Ferrari a engagé quatre Ferrari 500 pour ses pilotes habituels : les Italiens Alberto Ascari, Luigi Villoresi, Giuseppe Farina et le Britannique Mike Hawthorn. Sans être la monoplace la plus puissante du plateau (son quatre-cylindres, très souple, développe , dix de moins que le six-cylindres Maserati), la 500 F2 est la plus homogène et la plus fiable. Pesant , équipée d'un pont De Dion et bénéficiant d'une répartition équilibrée des masses, elle dispose d'une excellente motricité, d'une bonne tenue en courbe et d'un très bon freinage. Trois 500 privées (170 chevaux, régime limité à ) sont également engagées : celle de Louis Rosier et celle de l'Écurie Francorchamps pour Jacques Swaters.
Maserati A6SSG (usine) thumb|alt=Maserati A6GCM Interim.|La Maserati A6GCM « Interim », également appelée A6SSG, ici dans une livrée non officielle. L'Officine Alfieri Maserati, principale adversaire de Ferrari, a également amené quatre monoplaces. L'A6SSG (également désignée A6GCM « Interim ») est une évolution de la Maserati A6GCM apparue l'année précédente. Avec son six cylindres en ligne développant à , elle domine ses concurrentes en puissance pure. Cependant, elle est un peu plus lourde que la Ferrari 500 et son châssis nettement moins évolué (avec pont arrière rigide) lui confère un comportement vif, exigeant une très grande maîtrise. D'autre part, les courses précédentes ont révélé quelques faiblesses au niveau de la transmission. Pour cette épreuve, aux côtés des pilotes habituels Juan Manuel Fangio et José Froilán González, l'usine a confié un volant à l'espoir argentin Onofre Marimon et au Belge Johnny Claes, qui pour la première fois dispose d'une voiture officielle en championnat. Une cinquième voiture est présente, celle du pilote suisse Emmanuel de Graffenried, préparée par la Scuderia Platé.
Gordini T16 (usine) Accidenté à Pau, Jean Behra effectue son retour en course et dispose d'une des quatre T16 engagées par l'usine, les trois autres étant pilotées par Maurice Trintignant, Harry Schell et Fred Wacker (ce dernier ayant « acheté » son volant). Toujours fidèle à sa politique de participer à un maximum de courses pour engranger les primes de départ (principal revenu de la petite équipe), Amédée Gordini ne peut assurer une préparation correcte de ses voitures, les pièces de rechange faisant cruellement défaut. Malgré le courage et la débrouillardise du patron et des mécaniciens, le manque de fiabilité des monoplaces françaises les a souvent privées des places d'honneur qu'aurait pu leur valoir leur agilité. Les moteurs six-cylindres sont donnés pour , mais, très « fatigués », ne rendent plus toute leur puissance. On note également la présence du pilote Belge Georges Berger, au volant d'un ancien modèle T15 à moteur quatre-cylindres (environ ), appartenant à Madame de Walckiers.
HWM 53 (usine) La petite équipe britannique HWM a engagé trois voitures pour ses pilotes habituels Peter Collins et Lance Macklin, épaulés par le journaliste Paul Frère, auteur ici d'une très belle prestation (cinquième) l'année précédente. Pesant , ces monoplaces, sont équipées d'un moteur Alta développant à , et d'une boîte de vitesses pré-sélective Wilson.
Connaught A L'équipe Connaught, qui avait officiellement engagé trois voitures au Grand Prix des Pays-Bas, a fait l'impasse sur l'épreuve belge. Seule la monoplace de l'Écurie Belge est présente, pilotée cette fois par André Pilette, remplaçant Johnny Claes qui a obtenu le volant de la quatrième Maserati officielle. La Connaught Type A dispose d'un moteur quatre-cylindres Lea Francis, avec système d'injection Hilborn Travers, développant environ .
Cooper T23 L'Écurie Francorchamps avait engagé sa Cooper T23 à moteur six cylindres Bristol (130 chevaux) pour Charles de Tornaco, mais ce dernier a finalement déclaré forfait.
Veritas Meteor Comme l'année précédente, le vétéran belge Arthur Legat (âgé de ) a engagé sa Veritas Meteor personnelle. Cette monoplace est équipée d'un moteur six-cylindres en ligne développant de 140 à .
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 José Froilán González Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati A6SSG 2040/2041 Maserati L6 4 Juan Manuel Fangio Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati A6SSG 2041/2044 Maserati L6 6 Johnny Claes Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati A6SSG 2046 Maserati L6 8 Luigi Villoresi Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 6 Ferrari L4 10 Alberto Ascari Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 5 Ferrari L4 12 Giuseppe Farina Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 4 Ferrari L4 14 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 1 Ferrari L4 16 Jean Behra Equipe Gordini Gordini Gordini T16 33 Gordini L6 18 Maurice Trintignant Equipe Gordini Gordini Gordini T16 31 Gordini L6 20 Harry Schell Equipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 22 Lance Macklin HW Motors HWM HWM 53 53-1 Alta L4 24 Paul Frère HW Motors HWM HWM 53 53-3 Alta L4 26 Peter Collins HW Motors HWM HWM 53 53-2 Alta L4 28 Onofre Marimon Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati A6SSG 2048 Maserati L6 30 Emmanuel de Graffenried Privé Maserati Maserati A6SSG 2038 Maserati L6 32 Louis Rosier Écurie Rosier Ferrari Ferrari 500 0186/F2 Ferrari L4 34 Georges Berger Privé Simca-Gordini Simca-Gordini T15 15-GC Gordini L4 36 Arthur Legat Privé Veritas Veritas Meteor 502 Veritas RS L6 38 Fred Wacker Equipe Gordini Gordini Gordini T16 35 Gordini L6 40 André Pilette Écurie Belge Connaught Connaught A A4 Lea Francis L4 42 Jacques Swaters Écurie Francorchamps Ferrari Ferrari 500 0208/F2 Ferrari L4 44 Charles de Tornaco Écurie Francorchamps Cooper Cooper T23 CB/9/53 Bristol L6
Qualifications thumb|150 px|alt=Fangio|Meilleur temps des essais, Juan Manuel Fangio confirme la compétitivité de la nouvelle Maserati. Le temps est chaud et ensoleillé pour les deux séances d'essais qualificatifs, qui ont lieu le vendredi et le samedi précédant la course. Sur cette piste rapide, les Maserati de Juan Manuel Fangio et José Froilán González se montrent à leur avantage : lors de la seconde journée, Fangio parvient à réaliser un chrono de 4 min 30 s, lui assurant la première place au départ. Pour la première fois, la Ferrari 500 est battue en qualifications. Alberto Ascari réalise néanmoins le deuxième temps, à deux secondes de la pole position. Égalant le temps d'Ascari, González complète la première ligne. Ces trois pilotes ont littéralement survolé les essais. Quatrième, Giuseppe Farina (Ferrari) est à six secondes de Fangio, devançant de trois secondes son coéquipier Luigi Villoresi.
Victimes du manque de préparation de leurs monoplaces, les pilotes Gordini connaissent beaucoup de déboires lors des essais : fuites d'huile et d'eau affectent des moteurs bien usés. Maurice Trintignant parvient malgré tout à réaliser 4 min 45 s le samedi, un temps qui lui vaut une place en troisième ligne aux côtés d'Onofre Marimon (Maserati) et de Mike Hawthorn (Ferrari). Le pilote français devance les puissantes Maserati d'Emmanuel de Graffenried et de Johnny Claes. Ce dernier, qui dispose de la quatrième voiture d'usine, éprouve quelques difficultés à en maîtriser le comportement très vif et, à matériel égal, perd environ une seconde et demie au kilomètre par rapport à Fangio. Ne comprenant pas les raisons d'un tel écart, Claes demande à Fangio de tester sa machine; le champion argentin accepte et exécute quelques tours, dans les mêmes temps que ceux réalisés avec sa propre monoplace. Interloqué, Claes demande alors à Fangio comment il peut aller si vite, pour s'entendre répondre laconiquement : (littéralement : moins de freins, et plus d'accélérateur) !
Sur les vingt-deux pilotes engagés, seuls vingt ont participé aux essais, les deux Ferrari de l'Écurie Francorchamps n'étant pas apparues. Dernier concurrent qualifié, le pilote belge Georges Berger, sur son ancienne Simca-Gordini (elle fut construite en 1949), a accompli son meilleur tour en près de six minutes, à une moyenne de 45 km/h inférieure à celle de Fangio !
+ Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 4 Juan Manuel Fangio Maserati 4 min 30 s 2 10 Alberto Ascari Ferrari 4 min 32 s + 2 s 3 2 José Froilán González Maserati 4 min 32 s + 2 s 4 12 Giuseppe Farina Ferrari 4 min 36 s + 6 s 5 8 Luigi Villoresi Ferrari 4 min 39 s + 9 s 6 28 Onofre Marimon Maserati 4 min 40 s + 10 s 7 14 Mike Hawthorn Ferrari 4 min 42 s + 12 s 8 18 Maurice Trintignant Gordini 4 min 45 s + 15 s 9 30 Emmanuel de Graffenried Maserati 4 min 49 s + 19 s 10 6 Johnny Claes Maserati 4 min 50 s + 20 s 11 24 Paul Frère HWM 4 min 52 s + 22 s 12 20 Harry Schell Gordini 4 min 53 s + 23 s 13 32 Louis Rosier Ferrari 4 min 56 s + 26 s 14 16 Jean Behra Gordini 4 min 57 s + 27 s 15 38 Fred Wacker Gordini 5 min 03 s + 33 s 16 26 Peter Collins HWM 5 min 03 s + 33 s 17 22 Lance Macklin HWM 5 min 14 s + 44 s 18 40 André Pilette Connaught 5 min 23 s + 53 s 19 36 Arthur Legat Veritas 5 min 41 s + 1 min 11 s 20 34 Georges Berger Simca-Gordini 5 min 58 s + 1 min 28 s
Grille de départ du Grand Prix