Michel Ciment, né Michel Cziment le à Paris et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee.., est un écrivain, universitaire, critique de cinéma, journaliste et producteur de radio français.
Maître de conférences en civilisation américaine à l'université Paris VII-Denis-Diderot, directeur de publication de la revue Positif et chroniqueur dans l’émission de France Inter Le Masque et la Plume pendant plus de cinquante ans ainsi que producteur de l'émission Projection privée à France Culture de 1990 à 2016, il est l'auteur de nombreux livres sur le cinéma.
Biographie Origines et jeunesse Né dans le le , Michel Ciment est le fils d'Alexander Cziment, un juif hongrois ayant rejoint la France dans les années 1920 pour fuir le fascisme de son pays natal. Sa mère, Hélène, ne révèle à son fils sa judéité qu’à l’âge de 95 ans.. La famille doit se cacher pendant la guerre et échappe de peu à la rafle du Vel d'Hiv grâce à un policier qui les prévient la veille. Alexander Cziment se réfugie en Normandie, où il est caché par des paysans jusqu'à la fin de la guerre. Michel Cziment rejoint son père en Normandie, et sa mère fait des allers-retours à Paris.. Après la guerre, leur patronyme est francisé de Cziment en Ciment., à son grand regret car il lui vaudra de nombreux quolibets et jeux de mots.
Son père, un artisan couturier spécialiste du plissé, travaillant pour des grandes maisons de la mode parisienne, est un homme aimé, mais un joueur invétéré, taciturne et inaccessible. Sa mère, petite main dans l’entreprise familiale, est une femme rayonnante qui lui fait découvrir la littérature, la peinture et le théâtre et l'emmène régulièrement au cinémaSérie « Michel Ciment, une vie en ciné-textes » ; épisode 1 « Naissance d'une passion », France Culture, À voix nue par Tewfik Hakem, le ..
Dès l'âge de huit ans, il découvre les films américains dans des cinémas populaires de Paris comme le Buffault, le Roxy ou le Helder et prend des notes dans des cahiers. Vers l'âge de quinze ans, il découvre d'autres styles de cinéma comme celui de Ford ou de Walsh, de Tati, Fellini, Bergman, Bresson, Antonioni..
Formation Il étudie au lycée Condorcet où il a comme professeur Paul Bénichou, puis en hypokhâgne à Louis-Le-Grand où Gilles Deleuze est son professeur de philosophie. Il fréquente la Cinémathèque française et commence à lire les Cahiers du cinéma en 1955 et Positif en 1956.
Il poursuit des études à la Sorbonne, puis obtient en 1958 une bourse Fulbright, qui lui permet d'aller étudier aux États-Unis où une partie de sa famille paternelle s'est installée après avoir quitté la Hongrie. Il intègre là-bas le Amherst College, dans le Massachusetts. Il découvre et apprécie l’ouverture d’esprit et la proximité avec les enseignants qui règnent dans les établissements d'enseignement américain.. Sa pratique de l'anglais et sa connaissance de l'histoire américaine apporteront une dimension internationale à sa carrière..
Révolté et « très politisé », engagé contre la guerre d'Algérie, il se décrit comme étant plutôt de « gauche libertaire plus proche des surréalistes » que du parti communiste.
Débuts Michel Ciment s'intéresse très tôt au cinéma. Initié également par sa mère, il découvre des films plus exigeants et la cinémathèque de la rue d’Ulm. Une passion pour le cinéma émerge qui, conjuguée à celle de la littérature, le pousse à écrire sur le cinéma, à l'image des critiques de l’époque tels Roger Tailleur ou Robert Benayoun, chez qui il retrouve cet intérêt pour le surréalisme. Il écrit ses premiers textes dans une petite revue étudiante nommée CinémaTexte..
En 1963, alors qu'il est enseignant d'anglais dans un lycée de Suresnes, il fait parvenir un texte consacré au film d'Orson Welles Le Procès au comité de rédaction de la revue Positif qui publie son article .. Trois ans plus tard, il rejoint l'équipe et devient, de fait, le directeur de publication, bien que la revue de gauche, créée en 1952 et d'influence surréaliste, n'ait jamais vraiment eu de hiérarchie..
Carrière En 1970, sur invitation de François-Régis Bastide, il rejoint les critiques Georges Charensol et Jean-Louis Bory dans l'émission radiophonique Le Masque et la Plume, dont il reste membre jusqu'à son décès (il y est intervenu pour la dernière fois fin pour défendre Le Grand Chariot de Philippe Garrel et Acide de Just Philippot)..
En 1973, il publie son premier livre, Kazan par Kazan, dans lequel il s'entretient avec le cinéaste .. Sur le même modèle suivront des livres consacrés à Francesco Rosi, Joseph Losey, Jane Campion et, en particulier, Stanley Kubrick dont Michel Ciment est l'un des principaux exégètes. Son livre Kubrick, publié en français en 1980 avec une nouvelle édition en 2011, est traduit et publié dans plusieurs langues..
En 1968, il devient enseignant en cinéma et civilisation américaine à l’Université de Vincennes, puis à Paris VII où il exerce comme maître de conférences pendant une trentaine d'années..
vignette|André Lange, Kirill Razlogov, Antonin Liehm et Michel Ciment lors du Festival des films interdits de Moscou, en . Au début des années 1990, tout en continuant son travail à Positif, il lance une nouvelle émission radiophonique, Projection privée, à France Culture, dans laquelle, de 1990 à 2016, il reçoit un ou plusieurs invités venus discuter autour d'un thème inspiré par l'actualité cinématographique.
En 1994, il reçoit à Cannes le premier prix Maurice Bessy, qui récompense
Adhérent du Syndicat français de la critique de cinéma (SFCC), il en est membre du conseil d’administration, président, puis président d’honneur, sélectionneur de la Semaine de la critique et membre de son jury littéraire..
Il est président, puis président honoraire de la Fédération internationale des critiques de film (FIPRESCI) et membre du jury dans plusieurs festivals de films comme le Festival de Cannes, le Festival du film de Venise, la Berlinale, le Festival du film de Taormine, de Londres, Locarno et Singapour..
En 1999, il crée avec Simone Lainé et Jacques Daumas les Rencontres des cinémas d'Europe à Aubenas, en Ardèche. Il en est le directeur artistique de 1999 à 2006 et fait venir des personnalités comme Francesco Rosi, John Boorman, Mike Leigh, Stephen Frears, Michel Audiard, Alain Corneau ou Ettore Scola..
En 2011, la Cinémathèque française présente une exposition consacrée à Kubrick.. C'est l'occasion pour France Culture de proposer Stanley Kubrick, mon expérience du cinéma, une série en cinq épisodes d'entretiens de Michel Ciment avec le réalisateur..
De 2012 jusqu'à sa mort, il fait partie du groupe d’experts du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) chargé de l'examen des projets de numérisation et de restauration du patrimoine cinématographique français.
Mort Il meurt le . à Paris. à l'âge de 85 ans des suites d'une longue maladie.. Ses obsèques se tiennent le au cimetière parisien de Pantin. (division 137)..
Famille Il est le père de Gilles Ciment et le grand-père d'Ulysse Ciment et Nemo Ciment.
Décorations Notice biographique sur IMDb.
Prise de position sur la critique vignette|gauche|Michel Ciment à la maison de la culture d'Amiens (2007)À l'occasion de la table ronde autour de l'œuvre de Karel Reisz, avec Betsy Blair et Gilles Laprévotte, lors du festival international du film d'Amiens en ..
Michel Ciment considère la critique de film comme un genre littéraire. Dans ses essais cinématographiques, il fait fréquemment référence aux autres arts comme la peinture, la littérature, le théâtre ou la musique qui ont pu inspirer les cinéastes.
Souvent appelé « le pape de la critique cinématographique en France », un qualificatif qui lui déplaît, il est réputé pour avoir la dent dure notamment à l’encontre des critiques des Cahiers du cinéma, son ennemi historique, et s'inquiète des deux dangers qui menacent selon lui la critique : le populisme et l’élitisme. Dans les années 1990 (notamment en 1997.), il exprime à plusieurs reprises son inquiétude au sujet de l'impact sur le cinéma français de ce qu'il a appelé le « triangle des Bermudes » de la critique cinématographique, à savoir les Cahiers du cinéma, Le Monde et Libération (auxquels il ajoutera Les Inrockuptibles).. Sa critique a pour cibles une certaine doxa et une uniformisation des opinions à la suite de l'essaimage d'anciens collaborateurs des Cahiers.
Publications Ouvrages Kazan par Kazan, Paris, Calmann-Lévy, 1973 Le Dossier Rosi, Paris, 1976 Le Livre de Losey, Paris, 1979 Kubrick, Paris, Calmann-Lévy, 1980, 1987 et 1999 Les Conquérants d'un nouveau monde, essais sur le cinéma américain, Paris, 1981 ; éd. revue et augmentée avec une préface d'Emmanuel Carrère, Paris, Gallimard, , 2015 thumb|Thierry Frémaux, Michel Ciment, Costa-Gavras, Jerry Schatzberg et le traducteur de ce dernier, présentant Panique à Needle Park à la Cinémathèque française, en . Schatzberg, de la photo au cinéma, Paris, 1982 Boorman : un visionnaire en son temps, Paris, 1985 Theo Angelopoulos, Paris, 1989 Le Crime à l'écran : une histoire de l'Amérique, Paris, Gallimard, (), 1992 Passeport pour Hollywood : entretiens avec Wilder, Huston, Mankiewicz, Polanski, Forman & Wenders, Paris, Carlotta, 1992 Joseph Losey : l'œil du Maître, textes réunis et présentés par Michel Ciment, Institut Lumière/Actes Sud, 1994 Fritz Lang : le meurtre et la loi, Paris, Gallimard, (), 2003 Petite planète cinématographique, Paris, Stock, 2003 Jane Campion par Jane Campion, Paris, Cahiers du cinéma, 2014 Une Renaissance américaine, entretiens avec 30 cinéastes, Paris, 2014 Le Cinéma en partage, entretiens avec N.T. Binh, Paris, Rivages, 2014 Une vie de cinéma, Paris, Gallimard, 2019 Boorman, un visionnaire en son temps, Paris, Marest éditeur, 2019 Go West, Paris, Magnani, 2024
Revues de cinéma
Filmographie Long métrage (acteur) 1983 : Surexposé de James Toback : un diplomate
Documentaires 1979 : Portrait d'un homme à 60 % parfait : Billy Wilder d'Annie Tresgot : lui-même 1982 : Elia Kazan Outsider d'Annie Tresgot : lui-même 1983 : All About Mankiewicz de Luc Béraud : lui-même 1987 : Francesco Rosi : Chronique d'un film annoncé de Christine Lipinska : lui-même 2011 : Il était une fois… Orange mécanique d'Antoine de Gaudemar (co-réalisateur) Radio Projection privée sur France Culture Le Masque et la Plume sur France Inter
Distinctions et hommages Prix Prix littéraire du Syndicat français de la critique de cinéma : 1977 : Le Dossier Rosi 1985 : Boorman : un visionnaire en son temps 2014 : Jane Campion par Jane Campion 1994 : Prix Maurice-Bessy 2016 : Prix Bernard-Chardère
Autres Président d'honneur de la FIPRESCI et du Syndicat français de la critique de cinéma (SFCC)
Hommages post mortem L’annonce de son décès suscite de nombreux hommages. Des institutions, des confrères et des personnalités du cinéma du monde entier saluent sa carrière, son amour du cinéma et son immense culture.
À Lyon, où le Festival Lumière venait de célébrer les soixante ans d'écriture critique de Michel Ciment par une lecture publique de ses textes., Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, salue le journaliste et essayiste qui fut l’interlocuteur français des plus grands, notamment Stanley Kubrick, dont il était l'un des très rares critiques à qui le cinéaste s'était confié longuement.
Prix Michel Ciment En 2023, le prix du meilleur livre français sur le cinéma, décerné par le Syndicat français de la critique de cinéma, est renommé prix Michel Ciment en hommage à celui qui fut président d'honneur du syndicat. Le CNC est associé avec le SFCC pour financer le prix, offrant une dotation de à l'auteur primé et à son éditeurVoir sur actualitte.com...
La même année, le Festival international du film d'histoire de Pessac renomme prix Michel Ciment le prix décerné au meilleur film documentaire sur le cinéma, parrainé par la revue Positif.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie .
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