La Vénus d'Arles (du nom du lieu de sa découverte) est une statue en marbre dégagée en 1651, lors de la fouille des vestiges romains proches du théâtre antique d'Arles. Elle représente probablement la déesse Vénus.
À l'époque de sa découverte, elle fut l'antique de référence, mais aujourd'hui la restauration effectuée par François Girardon au suscite des réserves bien que sa portée ait été très exagérée. À ce titre, elle témoigne de l'évolution de la science archéologique. Alors qu'il s'agit vraisemblablement d'une copie romaine, elle constitue l'une des traces majeures de la sculpture du second classicisme grec rattachée à l'œuvre de Praxitèle. On lui reconnaît d'être un type iconographique pour certaines répliques et statues semblables. Elle pourrait être l'une des sources d'inspiration du mythe de l'Arlésienne.
Elle est conservée à Paris au musée du Louvre depuis la Révolution française, après avoir orné le château de Versailles pendant plus d'un siècle.
Une « Vénus » à la plastique grecque Il est généralement admis que la Vénus d'Arles est une statue romaineCharles Lenthéric, précise : . La Grèce & l'Orient en Provence (). datant de la fin du (règne de l'empereur Auguste). Elle serait la copie d'un original en marbre ou en bronzeJean-Julien Estrangin rapporte : , cf. . Cependant, par référence aux textes anciens (notes 7 et 8, ci-après), il est plutôt admis qu'elle était en marbre. connu sous le nom dAphrodite de Thespies, du sculpteur grec Praxitèle trois siècles plus tôt (vers 360 avant notre ère).
Présentation Description vignette|redresse|Profil droit de la Vénus d'Arles et le bras rajouté par Girardon avec la pomme de Pâris. vignette|redresse|Profil gauche de la Vénus d'Arles et trace de mutilation sur l'omoplate. vignette|redresse|La Vénus d'Arles de dos avec ses mutilations et le trou de crampon.
La statue, traitée en ronde-bosse, sculptée dans un seul bloc de marbre blanc cendré, à gros grains, supposément en provenance du mont Hymette près d'Athènes (pour la partie antique), présente une femme mesurant ( avec le socle et une profondeur de )Pierre Rosenberg, La Vénus d'Arles, Dictionnaire amoureux du Louvre, Plon, 2007.Jean-Luc Martinez, Vénus d'Arles, catalogue de l'exposition Versailles et l'antique, -, Château de Versailles, Artlys, Paris, 2012, . Toutefois, les Ateliers des Musées nationaux donnent d'autres dimensions pour leur reproduction : , dont socle : ., donc plus grande que les femmes de l'époque.
Elle a le haut du corps, plutôt menu, nu jusqu'au bassin. Elle est dans une position . La partie inférieure est enveloppée d'un manteau drapéLouis Jacquemin parle de « systide » () et le Louvre évoque « l'himation » sur la fiche descriptive de la Vénus d'Arles . qui débute aux hanches, descend à plis larges profondément creusés jusqu'aux pieds, vient s'enrouler autour du bras gauche et retombe le long de la jambe. Le bord en est froncé pour un effet de frange (en grec ancien, κράσπεδον / craspedon). Un petit morceau du pli de côté manque. Le bras gauche descend le long du corps. Il est orné en partie haute d'un bracelet (spinther)Louis Jacquemin précise que ce type de bracelet ne se trouve qu'en dessous de la saignée du bras, ce qui le distingue de l’épicarpe toujours placé autour du poignet (). à cabochon incrusté (comportant un chaton vide). La tête est scellée au torse par un joint qui masque que sa cassure initiale n'avait avec le torse qu'un seul point de contact. La chevelure, relevée en chignon, est cerclée d'un ruban enroulé deux fois dont la partie la plus frontale présente également un chaton vide en son centre supérieur. Les oreilles ne sont pas percées. Le dos, qui présente encore deux traces de mutilation (épaule et omoplate), est traité sobrement et présente un trou de crampon carré au niveau des reins, sur le bourrelet du drapé arrière. Les pieds sont chaussés de sandales et partiellement recouverts par le drapé. Un joint placé au bord de la draperie partage horizontalement la statue en deux morceaux, comme cela est courant. Au-dessous du genou droit, on voit dans le marbre un fil remastiqué qui traverse toute la statueWilhelm Frœhner, Notice de la sculpture antique du Musée national du Louvre, Vol. 1, Charles de Mourgues frères, 1878, ..
Dans son état actuel, après restauration et divers ajouts en marbre de Carrare par François Girardoncf. infra., l'avant-bras se relève et la main tient un manche de miroir. Le bras droit est élevé à la hauteur de l'épaule et la main présente une pomme. La tête s'incline vers le miroir (absent). Le ruban cerclant la tête retombe sur chaque épaule.
Décoration de la statue Lors de sa découverte, la Vénus était d'une couleur légèrement brun-doré, avec quelques traces témoignant d'un apprêt polychromeCharles Lenthéric () précise en effet : « Le marbre de la Vénus d'Arles n'est pas absolument blanc, il a gardé une sorte de teinte brune et presque dorée qu'il est impossible d'attribuer uniquement au temps ou au soleil ; très probablement il avait reçu quelqu'une de ces préparations encaustiques (...) qui préservaient les statures antiques des attaques de l'air et de l'humidité. On y trouve même quelques traces de coloration qui permettent d'affirmer que la statue avait été réellement peinte ». (sans doute une peinture à l’encaustique, appliquée chaudeLa coloration et sa protection résultaient généralement des opérations de Causis (brûlure/cicatrisation) et de Ganosis (brillance). Praxitèle lui-même aimait à travailler avec le peintre Nicias, spécialiste d'une technique semblable .), qui devait donner aux chairs de la Vénus d’Arles la couleur de la peau et un aspect diaphane qui ont disparu au profit d'une blancheur faussement conforme à l'esthétique gréco-romaine telle que se la représente la croyance populaire. Aujourd'hui, l'absence de cette protection sur la Vénus (comme sur bien d'autres antiques) et les conséquences sur sa conservation, peuvent prêter à polémiquesVoir ce qu'en pense, par exemple, l'Association pour le respect de l'intégrité du Patrimoine s'agissant du nettoyage et de l'entretien des Antiques qui causerait une triple destruction : artistique, picturale et archéologique. Ceci rejoint l'opinion de Charles Lenthéric () qui s'en prenait aux restaurateurs de la Vénus (entre autres) « dont le moindre défaut est d'enlever à tout ce qu'ils touchent cette teinte lentement déposée par les siècles et ce grain si fin et si délicat qu'on a pu appeler avec raison l'épiderme du marbre ».
Louis Jacquemin note que l'on a retrouvé des traces de couleur rouge dans la chevelure, ce qui pourrait indiquer qu'elle était doréeL'auteur précisant que ce badigeon rouge est le mordant au moyen duquel les anciens fixaient l'or sur le marbre ().. Jules Formigé, quant à lui, semble suggérer que le drapé était possiblement teinté en bleu. En outre, il observe que la Vénus devait être pourvue de bijoux (au centre du cerclage avant de la tête et dans le chaton du bracelet du bras gauche). Pour Cécile Carrier il s'agissait, pour la tête, probablement d'une pièce rapportée en métal, une étoile ou un diadème.
Place et influence dans l'art grec La Vénus d'Arles serait d'un nouveau type apparu en Grèce au début du , alors que la représentation de la déesse avait déjà connu par le passé plusieurs transformations suivant l'évolution de son mythe, y compris une époque de nudité vulgaire (Chypre, Iles de l'archipel). Aphrodite était en effet devenue une divinité virginale, soudain empreinte de gravité, drapée tout du long et parfois diadémée (telles la Déesse Céleste, l'Aphrodite aux jardins d'Acamène, l'Aphrodite voilée du Parthénon). À l'orée de la période hellénistique, avant que ne s'opère à nouveau le retour au nu intégral (avec la descendance de l'emblématique Vénus de Cnide), la Vénus d'Arles semble donc faire partie de cette ultime transition, nue jusqu'à la ceinture et plus avenante (type Vénus Victrix ou « Nikêphoros »), ce qui la placerait — de ce point de vue — dans le même groupe que la Vénus de Capoue (Naples), la Vénus de Milo (Le Louvre) et l’Aphrodite tordant sa chevelure (Vatican)En ce sens les présentations historiographiques de Vénus/Aphrodite sur les sites Mémo.fr - Hachette et Lutèce., dont la Vénus d'Arles serait le modèle ayant pu toutes les inspirerSelon Emmanuel Daydé « il ne fait pas de doute que cette jeune beauté praxitelienne est à l’origine de toutes les Aphrodite aux seins nus, Vénus de Milo comprise » : Exposition. Praxitèle aphrodisiaque in Revue ARTabsolument, , été 2007, ..
Charles Lenthéric s'autorisait à classer — de manière quelque peu datée — la Vénus d'Arles dans l'art grec ainsi :
Identification Dès sa découverte et avant même que son attribution ne fasse l'objet d'hypothèses pertinentes (cf. infra), l'interprétation de l'identité de la statue se posait.
Rattachement, impact de la découverte Sa dénomination Vénus « d’Arles » provient d'abord de ce qu'elle a été découverte à Arles en juin 1651 au tout début de la fouille des vestiges romains (fortuitement lors du creusement d'une citerne sur le site encore privéUn collège, repris et agrandi par les Jésuites était installé sur le site du théâtre antique depuis 1489. Une partie fut vendue en 1648. Voulant creuser une citerne le nouveau propriétaire, M. Naufari Brun, prêtre (parfois dénommé Abbé Lebrun - on évoque aussi les frères Brun), découvrit la Vénus à 8 pans sous terre (environ 2 mètres). Le lieu où se trouvent les deux colonnes rescapées du Théâtre (les « deux veuves »), aux pieds desquelles fut découverte la Vénus, prit ensuite le nom de cour de la Miséricorde, comme le portique encore debout qui en commandait l'accès et dont les sœurs qui remplacèrent les Jésuites en 1664 prirent le nom, avant de devenir la cour Perrin, du nom du nouveau propriétaire qui poursuivit lui-même les fouilles, notamment en 1787. La cour subsista jusqu'au début du dégagement de la totalité du Théâtre dans les années 1830. Selon .) préalable au désenclavement du théâtre antique d'Arles dont elle fut un ornement (voir infra) et de l'immense ferveur populaire qu’elle a suscitée sur place, émoi qui a ensuite traversé la communauté archéologique mondiale compte tenu qu'à cette époque du Roi-soleil la France était le centre du monde culturel.
vignette|redresse|La cour de la Miséricorde au début du , avant le dégagement du théâtre antique d'Arles, véritable musée à ciel ouvert après l'extraction de la Vénus d'Arles aux pieds des « deux veuves » . Des copistes sont à l'œuvre.