Dimitri Varbanesco (Giurgiu, - Paris, ) est un peintre et graveur roumain appartenant à la nouvelle École de Paris.
Biographie thumb|left|La ville de Giurgiu. Dimitri Varbanesco dessine très jeune. À Giurgiu, dans la nuit du , il assiste au bombardement par l'armée allemande des réservoirs de pétrole du port et à l'incendie qu'il provoque de leur « puissance mythique » à quelques centaines de mètres de sa maison« Série de notes rédigées par Dimitri Varbanesco », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p.. Au lycée son professeur de français lui fait connaître la littérature française et le surréalisme« Entretien avec Madame Suzanne Varbanesco », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p.. En 1926 son père, pour le récompenser d'avoir réussi à un examen, lui fait donner pendant les vacances quelques leçons par le peintre A. Strambu qui avait lors d'un séjour parisien fréquenté les artistes de l'école de Barbizon. Il commence à dessiner des décors de théâtre pour Lucian Blaga et des « portraits synthétiques », notamment de Franz Kafka, Karel Čapek, Urmuzportrait publié en 1928 sous le pseudonyme d'Icewan dans la revue Bilete de papagal dirigé par Tudor Arghezi (Nicolae Scurtu, « Noi contribuții la biografia lui Dimitrie Vârbănescu », Sud, Giurgiu, janvier-février 2021, p. 10). et Charles Dullin.
Quittant en 1929 la Roumanie sous le prétexte de suivre les études de Droit en France que lui conseille son père en vue d'une carrière de diplomateJean Bertholle, « Varbanesco surnaturaliste », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p., Varbanesco s'installe à Grenoble où il s'inscrit à l'automne à la faculté de DroitMusée de Valence, guide des collections, Musée de Valence, 2014, p. 275 en continuant de peindre. Il y reste de nombreuses années, encouragé par Andry-Farcy, alors conservateur du muséeLe Poids du monde. Marcel Michaud (1898-1958), sous la direction de Laurence Berthon, Sylvie Ramond et de Jean-Christophe Stuccilli, Lyon, musée des Beaux-Arts, - , Lyon, Fages éditions, 2011, p. 219. Il rencontre en 1934, lors d'une soirée houleuse durant laquelle il parle du surréalisme« Ça ne passait pas du tout. Il y avait des gens qui criaient et même des jeunes "À la porte le métèque" (...) C'était une jolie bagarre. » (« Entretien avec Madame Suzanne Varbanesco », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p., Suzanne Verdun qu'il épousera en 1955. En 1936 il est l'un des fondateurs à Grenoble des Cahiers ligures, publie un article sur « Le problème de la matière »dans La Vie Alpine, , troisième trimestre 1936, republié dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p. et écrit plusieurs contesnotamment, publiés dans les Cahiers ligures, Enighuën la sirène dédié à Tudor Arghezi et Papo, Papi, Pori dédié à André Breton. Le Brigand-rossignol est reproduit dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p. D'autres contes ont pour titres Le Voyage diaphane et Pseudocunegetikos. qu'il illustre, ainsi que Zalacaîn l'aventurier de Pío Baroja.
thumb|right|Exposition du groupe Témoignage, Paris, 1939 Aux côtés notamment de ses amis Jean Bertholle, Jean Le Moal, Étienne-Martin, François Stahly et Lucien Beyer, Dimitri Varbanesco participe à partir de à toutes les expositions du groupe Témoignage animé à Lyon par Marcel MichaudMajestic-immeuble, Grenoble, 1936; Salon d'automne de Lyon, 1937; Salon d'automne de Lyon, 1938; Galerie Breteau, Paris, 1938; Galerie Breteau, Paris, 1939; Galerie Folklore, Lyon, 1940. puis à des expositions de la Galerie Folklore de Michaud en 1946 et 1949.
Pour la décoration de la salle de théâtre du Sanatorium des étudiants de France de Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère, Varbanesco réalise en 1937 et 1938 deux peintures, La Forêt en marche () et Le Sacre du printemps (, déposé en 2011 au Musée des Années Trente de Boulogne-BillancourtLe Poids du monde. Marcel Michaud (1898-1958), sous la direction de Laurence Berthon, Sylvie Ramond et de Jean-Christophe Stuccilli, Lyon, musée des Beaux-Arts, - , Lyon, Fages éditions, 2011, p. 296, reproduction). En 1938 il illustre La vie d'Adrien Zograffi de Panaït Istrati et son dessin Secret pour opérer un tremblement de terre (1934) est exposé à la librairie GLM aux côtés d'œuvres, notamment, de Dalí, Bellmer, Man Ray et Tanguy. Cinq autres dessins de Varbanesco figurent en dans le neuvième cahier des éditions GLM (textes de Lewis Carroll, Maurice Blanchard, Joë Bousquet, Raymond Roussel, Michel Leiris). Sa peinture La Femme et la Bête est reproduite la même année dans le deuxième numéro de la revue Le Poids du monde que Marcel Michaud consacre au groupe Témoignage (p. 70). La revue Confluences de René Tavernier publie en 1944 son essai «¨Peinture de formes et peinture d'expression »Confluences, , février-mars 1944, p. 125-140. Il est alors est en relations avec André BretonVarbanesco écrit notamment de Grenoble une lettre en date du 22 janvier 1947 dans laquelle il lui propose de collaborer à un numéro spécial de la revue Variété, animée notamment par Marcel Arland et Jean Paulhan, autour du thème de la coïncidence (« Lettre de D. Varbanesco à André Breton », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p.). Il ajoute en post-scriptum : « je me fais le plaisir de vous envoyer quelques planches extraites d’un travail actuellement en cours pour Les Chants de Maldoror que je prépare pour les éditions Bordas » (Catalogue de la librairie J.-F. Fourcade, Paris, novembre 2010, ). Dans le numéro 3 de la revue Variété, du 1er janvier 1946, avait été publié aux côtés de contributions de Joë Bousquet, Fernand Léger, Louis Pauwels, Pierre Schaeffer, Maurice Toesca, un texte d'André Sérevac sur Varbanesco..
thumb|left|Saint-Restitut Dimitri Varbanesco et sa compagne Suzanne Verdun, infirmière à l'hôpital de Grenoble, qu'il épouse en 1955, achètent dès 1947 une maison à Saint-Restitut, dans le sud de la Drôme. En 1950 Le Temps de la Poésie de Guy Lévis Mano présente dans son cinquième numéro des dessins de Varbanesco, qui compose l'année suivante la couverture du quatrième numéro () de la revue Constantes, dirigée par Marcel Michaud et André-Charles Gervais. En 1951 Varbanesco expose à Paris à la galerie M.A.I. La revue Abordages reproduit en 1952 des burins qu'il a réalisés pour Les Chants de MaldororAbordages. Profil littéraire de la France, numéro spécial, mars 1952, gérant Henri Barbier à Nice, proses et poèmes de Lucien Becker, Joë Bousquet, René Char, François Dodat, Louis Émié, Franz Hellens, Henri de Lescoët, J.M.A. Parentaud, Saint-Pol-Roux, burins de Varbanesco.
Dimitri et Suzanne Varbanesco s'installent à Paris en 1955 au 10 rue Beaugrenelle, Suzanne Varbanesco continuant d'y travailler à l'hôpital et assurant ainsi au couple un revenu modeste. Varbanesco y meurt le à l'hôpital Saint-Antoine. Ses obsèques ont lieu le à Saint-Restitut où il séjournait durant l'étéLe Monde, 5-6 mai 1963, p. 13..
thumb|right|120px|Suzanne Varbanesco Dans l'un de ses ouvrages Jean Duraz met en scène en 1979 sous des pseudonymes la plupart des acteurs du groupe Témoignage, notamment Varbanesco sous le nom de BarvaNord-Sud, Nord, à la mémoire du Lycanthrope Pétrus Borel, postface et Souvenirs de Henry Falconer, sous le nom d'Antoine Agami, Lyon, Audin, 1979..
Après la mort du peintre dans le le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , , vue 23/31., Suzanne Varbanesco (1912-1999), qui s'est elle-même tournée vers la peinture et la tapisseriehttps://www.lausanne.ch/apps/museris/?collections=Collection%20de%20l%27Art%20Brut&keywords=82857&id=82857&sort=pertinence| La Gorgone, , collection de l'art brut, Lausanne, Cote cab-3021Voir aussi : Pauline Goutain, Les mythologies matérielles de l'Art Brut (1945-1976), Doctorat d'Histoire de l'Art et de Cultural Médiations de l'Université Paris Nanterre et de Carleton University, Paris, 2017, donne en 1968, à l'occasion d'une exposition, des œuvres du peintre au musée de Bucarestnotamment Les Montreurs de furet, 1945., puis en 1987 au musée de Grenoble et en 1994 au musée d'Art et d'Archéologie de Valence des ensembles de dessins, peintures, gravures, photos et archives.
Des expositions rétrospectives de Dimitri Varbanesco sont présentées en 1965 et 1985 à GrenobleDans le catalogue de l'exposition figure notamment un texte de 1985, « L’oiseau migrateur », signé par Simone Debout qui écrit avoir rencontré les œuvres du peintre en 1942. Un dessin original de Varbanesco, Nuage Écran, ouvre la première édition de l’ouvrage de Simone Debout, « Griffe au nez » ou donner « have ou art », écriture inconnue de Charles Fourier, Paris, Anthropos, 1974 ; réédition, Payot et Rivages, 1999., en 1994 à Valence.
Œuvre Démarche Varbanesco a déclaré : « Je ne suis pas surréaliste, j'ai une mythologie personnelle ». D'après Maurice Wantellet, « son message est inquiet et profond, et il souhaite faire partager son angoisse devant la folie du monde ». Pour Jean Bertholle, en 1985, « Les œuvres de Varbanesco, mystérieuses et visionnaires, n'ont aucune mesure avec le surréalisme mais bien plutôt avec le surnaturalisme puisé en sa terre natale »Jean Bertholle, « Varbanesco surnaturaliste », dans Varbanesco, peintures, gravures, dessins, Hôtel de Ville de Grenoble, espace Achard, 22 mai-22 juin 1985, n.p..
S'inspirant des légendes ancestrales et du folklore roumain, Varbanesco crée un univers personnel dans lequel « un bestiaire fantastique composé d'animaux et de figures mythologiques vient peupler des compositions situées aux frontières du surréalisme et du cubisme, entre figuration et abstraction ».
Selon Jean-Marie Dunoyer, « Hanté par la tradition de la Dacie hyperboréenne, Varbanesco se crée une mythologie personnelle assez voisine du surréalisme. C'est la confusion des règnes dans un monde onirique et cruel. La forêt se met en marche, les sacrificateurs à têtes d'oiseaux font la loi. Un bestiaire fabuleux est régenté par les chevaux, les taureaux, les rapaces »Jean-Marie Dunoyer, « Le monde surréel de Varbanesco », Le Monde, 10 juin 1985. Dans cette création « « d'objets vivants et d'êtres inanimés » (Louis Parrot (...) se succèdent les métamorphoses, (...) s'affirme la confusion des règnes »Jean-Marie Dunoyer, « Varbanesco au musée de Grenoble », Le Monde, 29 octobre 1965, p. 13..
Les recherches ultérieures de Varbanesco aboutissent « à de savantes dislocations des formes (Le Coq et la Poule, 1947), à la décomposition de la lumière, à des transpositions voisines de l'abstraction », observe Jean-Marie Dunoyer : « Peu à peu, la facture se modifie, la composition se fragmente en triangles aux arêtes coupantes (...) Au cours des dernières années, les masses se fondent dans la lumière, dans un chatoiement de couleurs, comme les souches déchiquetées dans l'eau »Jean-Marie Dunoyer, « Le monde surréel de Varbanesco », Le Monde, 10 juin 1985..
En sa dernière peinture, prémonitoire, a pour titre La dernière chevauchée ().. Selon Suzanne Varbanesco, « Varba s'est vu mort sur un cheval effondré et lui en cavalier paysan roumain. Le cheval mort arrêté au bord du gouffre : l'homme regarde dans le vide sans crainte et des spectres de chevaux s'envolent dans le ciel. De la main droite il tient la bride du cheval et de la main gauche part une énorme flamme qui illumine le ciel ».
Œuvre gravé Varbanesco a réalisé plusieurs séries d'estampes, pointes sèches, eaux-fortes, burins et linogravures. Il a également gravé sur bois et sur d'anciennes plaques photographiques mises au rebut par l'hôpital où travaillait sa femme.