Vigna unguiculata, le niébé, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Fabaceae et du genre Vigna originaire d'Afrique tropicale, dont plusieurs sous-espèces sont cultivées comme plantes alimentaires pour leurs graines, proches des haricots, ou pour leur gousses. C'est la principale légumineuse alimentaire d'Afrique tropicale, fournissant une source économique de protéines de grande qualité. Le Nigeria est le premier producteur mondial de niébé.

Le nom vernaculaire français est niébéDans leurs travaux en français, les spécialistes ayant travaillé sur le sujet ont choisi de prendre Niébé comme nom vernaculaire standard pour Vigna unguiculata : Michel Chauvet, Rémy Pasquet, PROTA (voir références), terme emprunté au wolof dont l'usage s'est généralisé en Afrique de l'Ouest ; on emploie voème/voême à La Réunion et à Maurice (terme emprunté au malgache voemba) et cowpea en Afrique anglophone. Il a été aussi appelé haricot à l’œil noir et en anglais.

Étymologie et nomenclature Le nom de genre Vigna, fut créé par Gaetano Savi en 1824, en dédicace à Domenico Vigna (mort en 1647), professeur de botanique à Pise. L'épithète spécifique unguiculata est un dérivé du latin unguiculus « ongle », et signifie « munie d'un onglet ». La gousse se termine par un apex en crochet, d'après Linné.

La grande variabilité de l'espèce a amené Carl Linné à créer au moins 5 noms spécifiques dans 2 genres différents pour en décrire les formes. En principe le premier nom publié par Linné en 1753, sous le nom de Dolichos unguiculatus, a la priorité sur Dolichos sinensis L., pour avoir été publiée un an avant, bien que certains botanistes doutent de son identité. Elle fut reclassée en 1843, comme Vigna unguiculata par W.G. Walpers.

Description Morphologie vignette|redresse=0.8|La foliole terminale est symétrique ; les latérales sont dissymétriques. vignette|redresse=0.8|Stipule lancéolée de 1 cm, muni d'un éperon. vignette|redresse=0.8|Fleur vue de dessous; carène blanche entourée des 2 ailes. vignette|redresse=0.8|Gousses cylindriques. vignette|redresse=0.8|Haricot niébé.D'après les descriptions de Flora of China (eFloras) et de Michel Chauvet, Vigna unguiculata est une plante annuelle ou vivace, érigée ou grimpante.

D'après les descriptions issues des sites Wiktrop et Flora of China (eFloras), et de Michel Chauvet, Vigna unguiculata est une plante annuelle ou vivace, érigée ou grimpante.

Les tiges subglabres, peu ramifiées, font de 1 à 3 .

La feuille est composée de trois folioles ovales-rhomboïdales, de , les 2 folioles latéraux sont dissymétriques, à pétiolule plus court, à bord entier. Les stipules de sont hastés et munis d'un éperon à la base.

L'inflorescence est un racème axillaire, portant des fleurs groupées au bout du rachis. La fleur zygomorphe à calice campanulé, de , est bordé de dents lancéolées (2 dents supérieures deux fois plus longues que les 3 dents inférieures). Les pétales sont blanc jaunâtre ou roses, mauves, rouges, les ailes bleues à violettes, la carène généralement blanche et non spiralée. La reproduction sexuée est principalement autogame (par fécondation solitaire).

Le fruit est une gousse cylindrique, un peu comprimée entre les graines, de , enfermant plusieurs graines rouge foncé à noir, marbrées de noir ou de brun, oblongues-réniformes, de ; hile oblong, couvert d’un tissu blanc, à arille noirâtre en bourrelet.

Sous-espèces Les sous-espèces distinguées par Bernard Verdcourt sont plante volubile, de , à gousses de pendantes, renflées à l'état jeune, graines de ............ subsp. sesquipedalis plantes érigées ou rampantes, de , à gousses de non renflées à l'état jeune, graines de 2.1. gousses de , pendantes .........................subsp. unguiculata 2.2. gousses de , érigées ou étalées .............subsp. cylindrica Origine

Originaire d'Afrique, le niébé y aurait été domestiqué à une époque reculée. Sa culture est répandue en association avec le sorgho et l'eleusine (Eleusine coracana). Il aurait été introduit vers , en Inde puis en Chine et Asie du Sud-Est. En Europe sa présence remonterait à environ 300 dans le bassin méditerranéen..

On trouve la plus grande diversité génétique du niébé cultivé, dans les zones de savane du Burkina Faso, du Ghana, du Bénin, du Niger, du Nigeria et du Cameroun. Il est aussi largement cultivé dans les zones intertropicales et même au-delà : bassin méditerranéen, Iran, Chine, sud des États-Unis. À la suite de la sélection par l’humain en Asie (Chine, Inde et Asie du Sud-Est), le niébé a connu une nouvelle diversification qui a abouti à deux groupes de cultivars : le groupe Sesquipedalis, aux longues gousses utilisées comme légume, et le groupe Biflora, cultivé pour ses gousses, ses graines sèches et son fourrage. Probablement introduit en Amérique tropicale au par les Espagnols, il est largement cultivé aux États-Unis, aux Caraïbes et au Brésil.

Histoire Vigna unguiculata est originaire d'Afrique, où on distingue des formes sauvages pérennes (subsp. stenophylla (Harv.) Maréchal, Mascherpa & Stainier) dans le Sud et l'Est, et des formes sauvages annuelles (subsp. dekindtiana (Harms) Verdcourt) répandues dans toute l'Afrique subsaharienne, y compris Madagascar.

Les formes cultivées qui viendraient des formes sauvages annuelles, seraient apparues en Afrique de l'Ouest dès comme culture fourragère (groupe Unguiculata) et plante textile (groupe Textilis). Elles se seraient diffusées vers en Inde, où serait apparu le groupe Cylindrica et en Chine où auraient été sélectionné le groupe Sesquipedalis. En Europe, ses formes cultivées sont connues au moins depuis .

On trouve dans la littérature botanique de l'Antiquité gréco-romaine, des descriptions de plantes sous divers noms, qui sont maintenant interprétées comme des Vigna unguiculata. Le premier botaniste grec Théophraste (-371; -288) signale à propos du dolique que . La traductrice Suzanne Amigues fait remarquer que le dolikhos (« allongé » en grec), correspond à la variété grimpante de Vigna unguiculata. Pline, l'encyclopédiste romain du , indique que les gousses du passiolus (H.N. 18, 125). En 1753 dans Species plantarum, Linné utilisera ces termes antiques de passiolus et de dolikhos pour créer les genres Phaseolus et Dolichos, sous lesquels il classera tous les haricots connus, cultivés et sauvages. Au , c'est le pharmacologue grec Dioscoride, qui est encore le plus précis: (M.M. II, 146).

thumb|Le mangeur de haricots à l’œil noir (1583-4). Il mangia fagioli, d'Annibale Carracci (1560-1609).

Lors de l'arrivée des haricots américains en Europe au , la multitude de leurs formes et couleurs ont été perçues comme de simples variations des haricots à l'œil noirs de l'Antiquité, eux aussi d'une grande diversité génétique. Cette assimilation perceptive entraînera qu'ils partageront leurs noms tant scientifiques que vernaculaires. Il faudra plusieurs siècles pour qu'une décantation se fasse: en terminologie scientifique, le nouveau genre Vigna sera introduit par Gaetano Savi en 1824, dans lequel seront regroupés peu à peu 150 espèces tropicales, venant surtout de l'Ancien Monde notamment les haricots à l'œil noir d'Afrique ou les haricots adzuki du Japon et de Chine. Il en résultera qu'un certain nombre de Dolichos et de Phaseolus seront reclassés comme des Vigna. Le genre Phaseolus ne gardera plus que les espèces de haricots annuelles originaire d'Amérique.

Dans la langue commune, le haricot américain Phaseolus vulgaris d'abord nommé en français à partir du provençal fayol (févrole, féziole etc) finira par être identifié par haricot dérivé d'un terme francique. Quant aux haricots à œil noir de l'Antiquité gréco-latine, ils vont considérablement régresser en Europe, car moins productifs et moins adaptés aux climats tempérés. Moins présents dans le commerce, leurs noms vernaculaires seront en général des emprunts à des langues étrangères, comme le niébé (du wolof) africain, ou comme les haricots Vigna asiatiques: haricot azuki (du japonais), haricot mungo (du hindi mumg मूंग , du sanskrit मुद्ग mudga), haricot urd (du hindi उड़द uṛad) etc.

Principales sous-espèces thumb|Gousses de Vigna unguiculata. thumb|Niébé, haricot à l'oeil noir. thumb|Niébé cultivés (les plus gros) et niébé sauvages. thumb|Graines de Vigna unguiculata. vignette|Cuisson des graines au Ghana.

Il existe en Afrique, un certain nombre de cultivars liés à une remarquable diversité dans les usages : suivant le cas, on consommera les feuilles, les gousses vertes, les graines vertes ou sèches, et le feuillage ira éventuellement alimenter le bétail. Les goûts et préférences des consommateurs africains sont très variables suivant les régions. Dans le Nigeria, les cultivars à graines rouges sont préférées dans le Bornou, alors que ceux à graines blanches le sont dans le pays haoussa, etc.

Au sein de Vigna unguiculata cultivé, on admet généralement 5 groupes de cultivars, qui se recoupent et qui peuvent par ailleurs facilement se croiser : le Groupe Unguiculata (Vigna unguiculata subsp. unguiculata, niébé commun, cornille, pois à vache) : types de légume sec et de légume frais, cultivés pour leurs grains secs ou immatures, leurs jeunes gousses ou leurs feuilles ; son nom niébé tend à être préféré à dolique, nom plus confus, ne reposant pas sur un usage populaire précis; plante photo-indépendante, au port prostré à érigé, atteignant 80 cm de haut, floraison tardive, gousses de 10–30 cm de long, pendantes, dures et fermes, non renflées à l’état jeune, contenant de nombreuses graines non espacées, de , à tégument épais ; la plupart des cultivars africains appartiennent à ce groupe. le Groupe Sesquipedalis (Vigna unguiculata subsp. sesquipedalis (L.) Verdc., le haricot kilomètre ou dolique asperge, synonymes : Dolichos sesquipedalis L., Vigna sesquipedalis (L.) Fruhw.) : cultivé pour ses jeunes gousses ; plante grimpante, tige atteignant 4 m de long, gousses de 30–120 cm de long, pendantes, renflées à l’état jeune, contenant de nombreuses graines espacées, souvent noires ou brunes ; important légume en Asie du Sud-Est, mais d’importance secondaire en Afrique tropicale, où seuls des cultivars introduits d’Asie sont cultivés. le Groupe Biflora (catjang) : cultivé pour ses graines sèches, ses gousses vertes et tendres et pour le fourrage ; port prostré à érigé, atteignant 80 cm de haut, floraison précoce, gousses de 7,5–12 cm de long, dressées ou ascendantes, dures et fermes, non renflées à l’état jeune, à graines de , peu nombreuses et non espacées ; important en Inde et en Asie du Sud-Est, et également dans certaines parties d’Afrique (par ex. en Éthiopie). le Groupe Melanophthalmus : originaire d’Afrique de l’Ouest ; plante photosensible pouvant fleurir précocement à partir des premiers nœuds sous conditions inductives, gousses de contenant relativement peu de graines, tégument fin, souvent ridé, partiellement blanc. Suivant les cultivars, les graines peuvent être séparées ou serrées les unes contre les autres dans la gousse, d'où le nom de crowder pea aux États-Unis pour ces derniers. le Groupe Textilis : petit groupe cultivé seulement au Nigeria pour ses fibres extraites des longs pédoncules qui atteignent voire un mètre de long ; au début du XXe siècle, ce groupe était réparti du delta intérieur du fleuve Niger jusqu’au bassin du lac Tchad, mais il disparaît progressivement.

En Afrique, il existe un grand nombre de variétés locales et de cultivars améliorés au sein du Groupe Unguiculata. Des types spéciaux à port érigé ou à tiges prostrées à longues pousses tendres sont cultivés comme légume-feuilles et parfois aussi pour leurs grains immatures ou leurs jeunes gousses. L’utilisation des types à double fin (graines et feuilles) devient très courante dans certains pays, parce que les feuilles sont le principal légume au début de la saison des pluies.