Les éclaireurs de la Garde impériale sont des régiments de cavalerie légère de la Garde impériale sous le Premier Empire, créés par décrets des 4 et .

Dès 1806, Napoléon , qui a vu à l'œuvre les tactiques employées par les cosaques russes, envisage de créer dans son armée un corps capable de s'y opposer. Il projette tout d'abord la formation de quatre régiments d'« éclaireurs à cheval », mais l'idée est abandonnée au profit de la mise sur pied des chevau-légers belges d'Arenberg. Cette unité doit à la base être un contretype des cosaques, mais elle devient finalement le de chasseurs à cheval en 1808. Pendant la campagne de Russie en 1812, la cavalerie française, plus lourde, s'épuise à poursuivre les cosaques, qui se dérobent constamment devant elle. Le concept de cosaques français renaît donc en 1813 avec l'organisation des krakus polonais, armés de lances, montés sur de petits chevaux et vêtus d'un uniforme semblable à celui des cosaques. Ces cavaliers se distinguent pendant la campagne d'Allemagne et combattent également en France en 1814.

Entre-temps, les 4 et , Napoléon décrète la création des éclaireurs de la Garde impériale, trois régiments de cavalerie destinés à s'opposer efficacement aux cosaques. Le recrutement se fait au sein de la cavalerie de la Vieille Garde et des conscrits. Ces nouvelles unités ont le temps de participer à la campagne de France de 1814, où ils se heurtent de nombreuses fois aux cosaques. Ils servent en reconnaissance et aux avant-postes, mais mènent aussi à plusieurs reprises des charges, comme à Brienne, Montmirail et particulièrement à Craonne, lorsque le colonel Testot-Ferry conduit le à l'assaut de l'artillerie russe. Ils participent encore à la défense de Paris, avant d'être dissous à la Première Restauration.

Projets et formations antérieurs Cosaques

Pendant la campagne d'Allemagne de 1805, la Grande Armée se heurte notamment aux cosaques de l'armée russe. Ces cavaliers, surtout employés à la reconnaissance et aux services d'avant-garde, pratiquent des méthodes de guerre très différentes de celles des autres nations européennes. Leur tactique, appelée la Lava, prône l'assaut en dispersion, ce qui laisse à chaque cavalier une large possibilité de manœuvres. Aux avant-postes, ils harcèlent leurs adversaires en surprenant les bivouacs ou en attaquant par petits groupes. Très mobiles, ils jouent un rôle important lors de la campagne de Russie en 1812, où ils se dérobent continuellement devant la cavalerie française, plus lente. Ils interceptent également les courriers et les dépêches, gênant ainsi les lignes de communications comme le remarque le maréchal Berthier : .

Chevau-légers d'Arenberg vignette|alt=Deux cavaliers sur leurs chevaux, l'un venant de face et tourné vers la gauche, et l'autre de profil, sabre à la main, regardant de face.|Compagnie d'élite des chevau-légers d'Arenberg en reconnaissance. Illustration de Job.

Napoléon, souhaitant disposer d'une cavalerie capable de s'opposer aux cosaques, met à l'étude la formation de quatre régiments d'« éclaireurs à cheval ». Les montures choisies sont des chevaux de Camargue, réputés pour leur résistance physique. Le projet du prescrit donc l'organisation de ces unités d'éclaireurs, chacune divisée en quatre escadrons et armée du sabre. Toutefois, cette mise sur pied n'est pas concrétisée et les éclaireurs à cheval ne voient pas le jour. À la même période, le , l'Empereur ordonne finalement la création du régiment des « chevau-légers belges », commandé par le duc Prosper-Louis d'Arenberg, dans le but d'en faire également un contretype des cosaques. La taille des chevaux est inférieure à celle en vigueur dans la cavalerie légère française. Cependant, une fois encore, l'idée n'est pas menée à son terme, et les chevau-légers belges deviennent le de chasseurs à cheval par décret du .

Krakus vignette|gauche|alt=Un cavalier vêtu de bleu de face, le cheval de trois quarts, suivi d'autres cavaliers avec des lances.|Officier et cavaliers du régiment de Krakus. Peinture de Jan Chełmiński, publiée dans L'Armée du Duché de Varsovie, 1913.

En 1813, après la retraite de Russie, le général Poniatowski, commandant en chef les forces polonaises, doit évacuer Varsovie et se replie vers Cracovie pour y réorganiser ses troupes. Il y décide de la création d'un nouveau régiment de cavalerie légère, entièrement formé de cavaliers issus des classes paysannes. Ce corps prend le nom de « Krakus », et l'effectif final est arrêté à 900 hommes. Ces derniers sont d'assez petite taille, et montés sur de petits chevaux appelés « konias ». Le , à Zittau, le régiment est passé en revue par Napoléon, qui déclare à son sujet : .

L'Empereur pense en effet avoir trouvé dans les Krakus la réponse face aux cosaques. L'unité est donc engagée activement dans la campagne d'Allemagne. Le , lors d'une charge contre des cosaques, le maréchal des logis Godlewski capture l'un de leurs étendards. Ils combattent à Leipzig et y subissent de lourdes pertes. Réorganisés à Sedan au début de l'année 1814, les Krakus combattent encore pendant la campagne de France, et prennent part à la défense de Paris le .

Organisation Avec la perspective dramatique d'avoir à se battre sur le sol français pour la première fois depuis les guerres de la Révolution, Napoléon réorganise sa Garde impériale par deux décrets des 4 et . Le premier article précise la création des éclaireurs de la Garde impériale. Trois régiments sont ainsi créés : le (les éclaireurs-grenadiers), rattaché au régiment de grenadiers à cheval de la Garde impériale ; le (les éclaireurs-dragons), rattaché au régiment de dragons de la Garde impériale ; et enfin le (les éclaireurs-lanciers), rattaché au de chevau-légers lanciers polonais de la Garde impériale. Chaque régiment est composé de quatre escadrons de 250 hommes chacun. Les deux premiers régiments sont dissous pendant la Première Restauration, le et le respectivement. Le suit le sort des lanciers polonais de la Garde.

vignette|alt=Un soldat, le sabre au côté, vêtu d'un habit et d'un pantalon vert, appuyé sur un muret.|Sous-officier du , en provenance des gardes d'honneur, 1814. Illustration d'Ernest Fort, établie d'après les archives du ministère de la Guerre.

Le commandement du est confié au colonel Claude Testot-Ferry, ancien aide de camp du maréchal Marmont et provenant des dragons de la Garde impériale. Les chefs d'escadron sont Pierre, des chasseurs à cheval de la Garde, Delavillane, Lepot, des grenadiers à cheval, et le capitaine de Waldner-Freundstein. Ce dernier est plus tard remplacé par le chef d'escadron Kister.

L'effectif théorique est de 53 officiers, hommes et autant de chevaux de troupe. La plupart des officiers, selon Testot-Ferry, sont recrutés directement dans la Garde impériale. Quelques-uns sont aussi recrutés dans la ligne, dans les et ainsi qu'au . De plus, un contingent de 250 hommes, issus de chaque régiment de gardes d'honneur, est théoriquement envoyé au , mais seul un tiers de ce nombre est détaché par les , et d'honneur. L'Empereur a donc recours à des volontaires pour compléter l'effectif ; ces nouvelles recrues prennent le rang de Jeune Garde. Plus tard, le régiment passe de quatre à six escadrons, avec l'adjonction de deux escadrons de gardes d'honneurs, et reçoit également en renfort des cavaliers de la ligne volontaires, peu avant la bataille de Craonne.

Les sous-officiers, les brigadiers, les vétérinaires et les maréchaux-ferrants, ainsi que les cavaliers du , sont de Vieille Garde, les autres escadrons sont de Jeune Garde. Les tailles des soldats sont très disparates, allant d'un mètre soixante-dix-huit pour les anciens grenadiers à cheval à un mètre soixante pour les plus petits, et sont proportionnellement plus élevées que celles de leurs chevaux, qui vont de un mètre trente-cinq à un mètre trente-huit au garrot.

vignette|alt=Un cavalier sur sa monture, armé d'une lance, de profil.|Un éclaireur-dragon. Dessin d'Adolphe de Chesnel, 1861.

Le commandement du deuxième régiment est initialement confié au colonel-major Leclerc. Quelques jours plus tard, le , il est remplacé par le colonel Laurent Hoffmayer, commandant le de dragons. Les escadrons sont commandés respectivement par Parizot et Lebrasseur, anciens chasseurs à cheval de la Garde, Toustaint, du à cheval, et Bourbon-Busset, du à cheval. L'encadrement est surtout fourni par la cavalerie de la Vieille Garde, le reste des cavaliers étant rattaché à la Jeune Garde. Les sous-officiers sont de provenances diverses, de la Vieille Garde jusqu'à la cavalerie de la ligne ou des gardes d'honneur.

L'effectif théorique est de cavaliers, répartis en quatre escadrons de 250 hommes chacun, sans compter les officiers. Le recrutement doit à la base être effectué au sein des postillons, mais dans la pratique, les affectations d'origine sont très variées : en 1814, pour combler les pertes, un marin et quelques canonniers de marine sont même engagés. Toutefois, à la différence du , aucun garde d'honneur n'est incorporé aux éclaireurs-dragons.

Au début de la campagne de France, à Paris, le ne compte que 23 officiers, 829 cavaliers et 498 chevaux. De cet effectif, seuls 502 rejoignent l'armée de Napoléon pour participer aux premiers engagements ; deux mois plus tard, il ne reste que 200 hommes sous les rangs.

vignette|alt=Un cavalier sur sa monture, vêtu d'un uniforme bleu clair et rouge, avec un soldat à pied à sa gauche, vêtu d'une tenue bleu foncé et rouge.|Trompette et maréchal des logis du , 1813. Illustration d'Ernest Fort, établie d'après les types de la collection alsacienne Carl.

Le commandement du éclaireurs incombe sur le papier au général Wincenty Krasiński, colonel des lanciers polonais de la Garde, le général Pierre Dautancourt en étant le major. Dans la pratique, le régiment est commandé par le chef d'escadron Jan Kozietulski qui a été élevé pour la circonstance au grade de major commandant. Le est commandé par Szeptycki, le par Skarzynski, le par Zaluski et le par Wąsowicz. Les officiers de l'état-major, ainsi que ceux issus directement des lanciers polonais de la Garde, font partie de la Vieille Garde, les autres étant de Jeune Garde ; les cavaliers sont tous rattachés à la Jeune Garde. L'encadrement est à forte proportion polonaise, à l'exception de quelques officiers français et des deux chirurgiens-majors.

Le , le de la Garde ayant été réduit de sept à quatre escadrons, le surplus d'hommes de ce régiment forme le . Pour le compléter, les recrues du dépôt de Sedan, notamment celles du bataillon d'élite polonais, sont enrôlées. À ce contingent de 600 hommes s'ajoute un apport de 230 soldats français de la Jeune Garde, arrivés de Courbevoie. La proportion de vétérans au sein du éclaireurs est plus importante que dans les autres régiments..

À la fin du mois de , les éclaireurs-lanciers comptent dans leurs rangs 52 officiers et 624 hommes, dont 640 au dépôt de Givet et 36 à Chantilly. Deux mois plus tard, il y a 860 hommes présents au régiment, mais après l'abdication de Napoléon, les cavaliers d'origine française s'en vont et les 597 Polonais, qui ne sont plus au service de la France, regagnent leur pays avec le chef d'escadron Zielonka.

Campagnes militaires

vignette|gauche|alt=Un soldat de dos, la tête tourné vers la gauche, se tenant auprès de son cheval, avec une lance dans sa main gauche et la bride de sa monture dans sa main droite.|Un éclaireur-dragon, par Carle Vernet.

Créés en , les éclaireurs arrivent tard sur le théâtre des opérations et rejoignent la Garde impériale en , juste à temps pour participer à la campagne de France. Le , les premiers détachements des trois régiments forment la « brigade des éclaireurs », commandée par le général Dautancourt.

À propos du rôle tactique joué par les éclaireurs lors de cette campagne, Raoul et Jean Brunon écrivent :

« Brigade des éclaireurs »