Un zombie ou zombi (terme utilisé à l'origine en français, dérivé de zonbi en créole haïtien lui-même issu de termes présents en Afrique de l'Ouest) est une personne fictive ayant perdu toute forme de conscience et d'humanité, au comportement violent envers les êtres humains et dont le mal est terriblement contagieux.
Il trouve ses origines dans la culture haïtienne et sert également à qualifier les victimes de sortilèges vaudous permettant de ramener les morts à la vie ou de détruire la conscience d'un individu afin de le rendre corvéable à merci. Le mot « zonbi » signifie en créole « esprit » ou « revenant ». Il désigne également des dieux esprits de tribus africaines. Depuis le , les zombies ont ainsi revêtu de nombreuses formes et trouvé un écho signifiant en particulier dans les folklores européens et américains.
Concept
Le terme renvoie à deux types de créatures fantastiques assez différentes. Dans la culture vaudou, le zombie est un mort réanimé et sous le contrôle total d'un sorcier. Parallèlement à ce type de créature, la culture populaire occidentale qualifie de zombies tous les morts-vivants partiellement décomposés, dépourvus de langage, de raison et souvent de conscience, qui survivent en se nourrissant de la chair humaine des vivants. Dans certaines histoires, les zombies sont créés à partir d'une drogue ou d'un virus. vignette|gauche|Une zombie dévorant sa victime. Photogramme du film La Nuit des morts-vivants de George A. Romero (1968). Ces monstres récurrents dans les histoires d'horreur contemporaines ont été popularisés par le film La Nuit des morts-vivants (1968). Dans les œuvres de fiction modernes, la notion de zombie tend à s'élargir et à se rapprocher de celle, plus globale, de mort-vivant, désignant toute créature animée en état de mort cérébrale arborant un teint cyanosé ainsi que de larges plaies et cicatrices sur toute la surface de son corps, voire en état de décomposition plus ou moins total. Par là, ils s'opposent notamment aux vampires, qui ont d'ordinaire l'apparence d'humains normaux et ne ressemblent pas du tout à des cadavres (nonobstant la pâleur de leur teint), ainsi qu'aux fantômes, dont l'existence se manifeste sur le plan purement spirituel, et qui sont difficiles à percevoir pour les vivants.
Une nuance importante doit être faite entre deux conceptions de ce type de zombie. La première, qui est aussi la plus ancienne, désigne des cadavres de revenants, souvent ressuscités par l'intermédiaire de sciences occultes et manipulés par un sorcier. La seconde, plus récente, désigne des personnes décérébrées contaminées par une maladie ou un élément chimique, lesquels leur donnent l'apparence de morts-vivants pourrissant debout, donc dépourvus d'intelligence et recherchant continuellement la chair des vivants. Leur état est mieux explicable médicalement, ils sont souvent davantage incontrôlablesThéorie reprise par The House of the Dead, Resident Evil, etc., et surtout, bien plus nombreux : en général, les fictions mettent en scène une poignée de héros face à des hordes innombrables de zombies.
Par extension, le terme peut également désigner quelqu'un ayant l'air absent, amorphe au point de se demander s'il n'est pas plus mort que vivant..
Afrique et vaudou Afrique de l'Ouest Lors des déportations, les esclaves originaires d'Afrique ont amené avec eux leurs croyances. Bien que le vaudou tel que pratiqué en Afrique soit limité originellement à l'Ouest du continent, le vaudou pratiqué par les esclaves exilés est un syncrétisme de différentes religions comme le catholicisme et croyances insulaires et africaines.
De nombreux noms à consonance proche se retrouvent dans les croyances africaines, selon les ethnies et les pays, pour désigner divers esprits, démons ou revenants : Mvumbi et Nsumbi (région du Congo), Ndzumbi (Mitsogo du Gabon), Nvumbi (Angola), Nzambi et Zumbi (Kongos), bibi ou bi zan zan (Ewes et Mina)..
On retrouve en kimbundu/kikongo différents termes proches comme nzumbi, zumbi, vumbi (mvumbi, nvumbi) ou nzambi Peter Laws, The Frighteners: Why We Love Monsters, Ghosts, Death & Gore, Icon Books, 2018.William Graham Lister Randles, L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2013. Doris L Garraway, The Libertine Colony: Creolization in the Early French Caribbean, Duke University Press, 2005...
Afrique du Sud Dans les croyances d'Afrique du Sud, la notion de zombie au recouvre l'idée d'esprit prisonnier d'une sorcière qui le force à travailler..
vignette|upright|Un zombi haïtien, au crépuscule, dans un champ de canne à sucre (illustration de Jean-Noël Lafargue).
En Haïti et dans les Antilles Le concept de zombie a pris une grande importance dans la culture haïtienne.. Il est non seulement lié aux racines africaines, mais également à l'esclavage et à l'oppression dans l'ile.
La première mention connue du terme « zombi » dans les Antilles est faite dans l'œuvre de Pierre-Corneille Blessebois, Le Grand Zombi du Pérou, ou La comtesse de Cocagne.. Dans ce roman autobiographique, faisant référence à sa période à Basse-Terre, en Guadeloupe, la figure du zombie est essentiellement un esprit mauvais, être désincarné..
Rationalisation du phénomène En 1937, l'écrivaine et folkloriste américaine Zora Neale Hurston s'est rendue en Haïti pour enquêter sur le cas de Felicia Felix-Mentor, morte et enterrée en 1907, dont on racontait qu'elle errait encore trente ans plus tard sous la forme d'un zombie. L'écrivaine conclut son enquête en affirmant que les cas de zombies ne sont que des personnes sous psychotropes, privées de leur volonté, et non des morts-vivants..
En 2022, Philippe Charlier, médecin légiste, archéologue, anthropologue et directeur de la recherche et de l'enseignement au Musée Quai Branly Jacques Chirac, déclare avoir été témoin de l'existence des zombies à Haïti :
Dans le vaudou haïtien, le zombie serait ainsi une personne victime d'un bokor (prêtre vaudou), plongée dans un état cataleptique par administration d'une drogue supposément à base de tétrodotoxine.. Elle est administrée sous forme de liquide à ingérer ou par contact avec la peau sous forme de poudre (placée notamment dans les chaussures ou à l'intérieur des vêtements, cette poudre est associée à une substance urticante du type venin de crapaud pour que la personne se gratte et que la poudre pénètre la peau).. Selon les sources., le poison aurait un effet limité dans le temps ou pourrait être annulé avec un antidote. Selon le botaniste Jean-Marie Pelt, on administrerait après le rituel à la victime une pâte ou un liquide à base d'atropine ou de datura, antidote qui élimine les effets du poison et le fait sortir de sa léthargie.. Puis il lui donne une drogue hypnotique qui rend la victime amnésique et la réduit en esclavage, cet état étant facilité par les lésions cérébrales hypoxiques dues au manque d'oxygène dans le cercueil. La tétrodotoxine ayant détruit leurs fibres nerveuses sensitives, certains zombies rendus insensibles aux petites blessures ont des muqueuses nécrosées (comme la langue ou le voile du palais, ce qui leur donne une voix caverneuse)Gasner Joint, Libération du vaudou dans la dynamique d'inculturation en Haïti , Pontificia Università Gregoriana, 1999, 450 p...
Dans un article de 2008 intitulé Zombies and Tetrodotoxin et paru dans le Skeptical Inquirer, Terence Hines déconstruit le rôle de la tetrodotoxine.. Il explique comment la croyance que la tétrodotoxine présente dans des « poudres à zombie » provoquerait la zombification a pour la première fois retenu l'attention du public en 1985 dans le livre intitulé The Serpent and the Rainbow de Wade Davis. Ce dernier décrit ses voyages en Haïti, son introduction à la culture haïtienne et ses tentatives de se procurer une poudre qui permettrait de transformer les gens en zombies. Hines affirme que le livre de Davis est un excellent exemple de touriste crédule escroqué par des arnaqueurs locaux et que le livre est rempli d'absurdités scientifiques. Hines explique aussi que plusieurs échantillons de « poudre à zombie » fournies par Davis ont été analysés en 1986 par Kao et Yasumoto. Ceux-ci n'ont trouvé que des traces insignifiantes de tétrodotoxines dans les échantillons et en ont conclu que l'affirmation largement véhiculée par les journaux non spécialisés (« lay press ») que la tétrodotoxine était un agent de la zombification n'avait pas de fondements factuels.
Les « revenants » dans l'imaginaire occidental vignette|Le Dit des trois morts et des trois vifs, miniature du Maître d'Édouard IV, tirée d'un livre d'heures du : des morts-vivants putrescents mais agressifs.
La conception la plus courante du zombie dans les œuvres de fiction contemporaine, à savoir le cadavre partiellement décomposé qui se nourrit de chair humaine, ne dérive pas du folklore vaudou, mais d'une vision des morts-vivants qui hante depuis longtemps l'imaginaire occidental et s'est manifestée avec une force particulière à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, soit bien avant l'apparition du cinéma.
Contrairement à une idée couramment reçue, la distinction entre les morts-vivants purement matériels et les morts-vivants spirituels (les fantômes) était beaucoup moins nette qu'elle ne l'est aujourd'hui parmi les peuples de l'Antiquité et du Moyen Âge. Dans l'imaginaire des Occidentaux d'autrefois, les spectres ne ressemblaient pas forcément à des hommes vivants, mais pouvaient au contraire avoir l'allure de cadavres. D'après l'écrivain Lucien de Samosate, qui vécut au après Jésus-Christ, les Grecs et les Romains se représentaient parfois les revenants hantant les cimetières comme des squelettes ranimés couverts de robes noiresLucien, « Philopseudès », , dans Histoires vraies et autres œuvres, Paris, le Livre de poche, 2003.. Un conte traditionnel breton recueilli par Anatole Le Braz à la fin du relate l'histoire d'un fossoyeur brisant par mégarde la poitrine d'un mort en creusant une tombe. La nuit tombée, le cadavre du défunt lui rend visite dans sa maison, afin de lui reprocher amèrement son acte, et, dans le but de l'impressionner davantage, il lui montre sa poitrine. Celle-ci n'est plus qu'une bouillie verdâtre d'où émergent des fragments de côtes casséesContes et légendes de la France, Paris, Omnibus, 1997, .. Le revenant semble donc en pleine pourriture, il est manifestement davantage matériel que spirituel. À travers ces croyances folkloriques de la vieille Europe, on voit donc déjà apparaître l'image du zombie telle que la développeront les films d'horreur à partir de La Nuit des morts-vivants.
vignette|gauche|Hans Baldung Grien, Le Chevalier, la jeune fille et la Mort : une scène d'horreur proche de celles des films modernes.
Au , à l'occasion de la forte mortalité engendrée par la grande épidémie de peste de 1348, cette figure populaire du revenant fut récupérée par la peinture dans le cadre des danses macabres et des nombreuses illustrations du Dit des trois morts et des trois vifs (légende racontant la rencontre inopinée de trois jeunes seigneurs avec trois morts-vivants plus ou moins putréfiés)Jean Delumeau, Le Péché et la Peur, Paris, Fayard, 1983, p. 84-85. Delumeau fait dériver le thème iconographie de la danse macabre d'une croyance populaire du Moyen Âge, qui affirmait que les revenants se rassemblaient parfois la nuit pour danser.. À l'origine, il s'agissait d'inciter les gens, par le spectacle de la pourriture et de l'horreur du cadavre, à se détourner des biens terrestres et à embrasser un idéal moral plus ou moins inspiré du renoncement ascétique des moines. Cependant, à partir du , ces peintures et ces dessins macabres se détournèrent de plus en plus de leur but initial et ils se mirent surtout à illustrer des histoires de revenants, sans véritable intention moralisatrice ou religieuseJean Delumeau, Le Péché et la Peur, Paris, Fayard, 1983, ..