Malgven ou Malgwen(n) est un personnage introduit dans la légende de la ville d'Ys à la fin du par Édouard Schuré, peut-être à partir d'une légende locale du cap Sizun. Elle est rendue célèbre par Charles Guyot au début du , dans sa version littéraire de la légende d'Ys. Valkyrie et reine du « Nord », Malgven règne sur ses terres avec son époux vieillissant, le roi Harold. Elle rencontre le roi Gradlon parti en expédition et en tombe amoureuse. Elle le persuade de tuer son mari et de s'enfuir avec elle sur son cheval Morvarc'h, jusqu'aux terres bretonnes de Gradlon. Le voyage dure un an, durant lequel elle donne naissance à une fille, Dahut. Malgven meurt après l'accouchement.

Bien qu'elle n'ait peut-être rien d'authentique dans la légende de la ville d'Ys, Malgven restitue à sa fille Dahut une origine féerique et participe à l'aspect dramatique et romantique de cette légende. Ce personnage est repris dans nombre de productions plus récentes, notamment des romans, une pièce de théâtre et une bande dessinée.

Étymologie Si l'orthographe « Malgven » est la plus fréquente, certains textes récents emploient « Malgwen » ou « Malgwenn ». Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h n'en citent pas l'étymologie, mais précisent que pour eux, ce nom n'est .

Description Souvent citée comme étant l'épouse du roi Gradlon, et donc la mère de la princesse Dahut, dans la légende de la ville d'Ys, Malgven a été popularisée dans ce rôle par Charles Guyot, au début du .

Origine Le mythe d'origine de Dahut ne lui attribue aucune mère. Elle n'a pas même de généalogie définie. Pour Le Roux et Guyonvarc'h, elle représente une figure celte , Malgven est donc un ajout tardif au mythe de la ville d'Ys.

Matthieu Boyd signale la plus ancienne mention connue de Malgven dans l'essai Les Grandes légendes de France d'Édouard Schuré, en 1892Matthieu Boyd, citant (cependant, le texte de Schuré est pré-publié dans la Revue des Deux Mondes l'année précédente). Schuré évoque vaguement ses sources dans une tradition orale recueillie près du cap Sizun, selon laquelle le roi Gradlon est venu chercher une princesse d'Hibernia (donc d'Irlande). Cette tradition se rapproche un peu du mythe de Tristan et Iseut, et pourrait donner à Malgven une origine plus authentique, Schuré ayant entretenu de nombreuses correspondances avec ses pairs pour rassembler des légendes. Malgven est ensuite citée nommément dans une pièce de théâtre en , comme mère de DahutMatthieu Boyd, citant . Son nom apparaît également dans une publication anglophone de 1906.

Boyd s'oppose donc à la conclusion selon laquelle Malgven serait une pure invention littéraire de Charles Guyot, bien qu'il reste prudent quant à une possible origine dans le folklore breton, Schuré ne citant pas précisément ses sources. Le lai de , collecté par La Villemarqué, évoque une relation entre le roi Gradlon (l'identification de ce dernier avec le roi de la légende d'Ys reste cependant controversée, tout comme l'authenticité de ce texte) et une femme de l'Autre Monde. À partir de ce lai, Jean Markale a développé l'hypothèse qu'après sa rencontre avec la femme de l'Autre Monde, le « chevalier Gradlon » serait revenu avec Dahut, « une petite fille aux longs cheveux ». Aucune source ne permet d'établir de filiation vers Dahut ni d'identification entre cette femme de l'Autre Monde et Malgven, mais dans la tradition celtique, ces femmes apportent la bonne fortune à leurs époux et sont capables d'avoir des enfants avec eux, ce qui pourrait constituer selon lui une piste.

Pour Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h (2000), Malgven et le cheval Morvarc'h sont des inventions littéraires de Charles Guyot, pour sa version de la légende d'Ys. C'est cette version faisant intervenir Malgven et Morvarc'h qui est racontée comme étant la « version canon » de la ville d'Ys depuis le milieu du , notamment par Jean Markale.

Apparence physique et royaume

Malgven est souvent décrite comme étant la « reine du Nord ». Le pays sur lequel elle règne pourrait être l'Irlande, la Norvège, ou le Danemark. Malgven est ainsi qualifiée de «  », donc danoise, dans certains textes de la fin du , mais Charles Guyot la présente comme une valkyrie norvégienne. Édouard Schuré la décrit ainsi : (1908). Il en fait une femme rousse dans d'autres versions, comme celle de Florian Le Roy (1928) : . Pascal Bancourt la voit comme une « fée du Nord » à l'apparence de femme guerrière, portant une chevelure dorée. La version la plus connue en fait l'épouse du roi nordique vieillissant Harold. Malgven tombe amoureuse du roi Gradlon, et le persuade de tuer son mari.

Évolution littéraire La première version connue, celle d'Édouard Schuré, présente Malgven comme une magicienne, Gradlon. Mais à peine est-il devenu roi de Cornouaille qu'elle meurt subitement. Gradlon sombre dans la tristesse, le vin et la débauche, incapable de l'oublier. En regardant grandir sa fille Dahut, il croit revoir son épouse.

Malgven dans le roman de Charles Guyot Au début du , Charles Guyot publie La Légende de la ville d'Ys d'après les anciens textes aux éditions H. Piazza, ouvrage qui connait un succès remarquable puisque sa onzième édition paraît en . Des rééditions régulières sortent tout au long du siècle, notamment en 1987, 1998 et 1999 (chez Flammarion)., de même qu'une traduction anglaise en 1979.

Malgven apparaît essentiellement dans le premier chapitre, intitulé « Le deuil de Gradlon ». Gradlon, roi de Cornouaille, part guerroyer en Norvège à la tête d’une flotte considérable. Après une longue et harassante navigation, il arrive aux frontières du royaume du Nord. Les Bretons livrent une première bataille, un carnage qui ne donne l’avantage à aucun des deux camps. L’histoire se répète le lendemain, semblable bataille et même tuerie, mais cette fois Malgven prend part aux combats. Le roi de Cornouaille assiège vainement une forteresse nichée au fond d’un fjord, mais à l’approche de l’hiver, l’armée refuse de rester et embarque pour l’Armorique, laissant le roi seul. Chaque nuit, il cherche le moyen de pénétrer dans la place. Un soir, une femme l’attend au pied des remparts. Elle lui dit qu’il est impossible de prendre la cité et son trésor sans son aide. Elle lui propose de le faire entrer, mais il doit tuer le roi, un homme vieux, cupide et infidèle dont l’épée est rouillée. Dans la citadelle, Gradlon tue l’époux de la reine, pendant que celui-ci dort d’un sommeil aviné. Tous deux s’enfuient avec le trésor en chevauchant Morvarc'h (« le cheval de la mer »), un animal capable de courir sur l'eau. Le cheval s’élance sur la mer et rejoint le bateau de Gradlon, le voyage de retour dure un an. Des amours entre Malgven et Gradlon naît une fille, Dahut. La reine meurt durant l’accouchement. Gradlon ne peut se consoler de la mort de son amante et reporte toute son affection sur sa fille, qui ressemble à Malgven et suit la religion des Celtes.

Le rôle de Malgven dans ce roman participe à son aspect dramatique, avec l'épisode de sa mort en couches. Thierry Jigourel estime qu'avec l'ajout de Morvarc'h et Malgven, Guyot donne à son texte . Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h regrettent la , qu'ils qualifient de .

Évolutions postérieures Les différents auteurs qui parlent de la ville d'Ys, à partir souvent du texte de Charles Guyot, introduisent de légères différences à la version de ce dernier. Georges-Gustave Toudouze cite un résumé de la légende dans L'Ouest-Éclair (futur Ouest-France) en 1933 : .. En 1937, dans un article de Paris-Soir, Malgven est présentée comme la femme de Gradlon « qu'il avait ramenée du Nord ». Dahut n'est pas sa fille, c'est .. Dans la légende racontée par Thierry Jigourel, Gradlon apprend l’existence du royaume du Nord, de ses trésors et de Malgven en surprenant une conversation de marins dans une auberge de Kemper. La reine Malgven déclare son amour après une journée de combat singulier entre les deux futurs amants..

Analyse Les chercheuses Amy Varin et Hiroko Amemiya reconnaissent à Malgven le mérite d'attribuer à Dahut une filiation « extraordinaire » et féerique, plus proche de sa nature originelle. Dans les versions connues qui font de Dahut la fille de Gradlon, seule une parenté féerique du côté maternel peut expliquer qu'elle suive une voie « maudite » et soit châtiée par Dieu, alors que son père est pieux. Joseph Philippe rejoint ce propos en disant que Malgven est une mère païenne, qui donne naissance à une fille elle aussi païenne.

Le conteur Alain Le Goff voit Malgven et Dahut comme deux expressions d'un pouvoir féminin et d'un mythe de l'éternel retour, puisque dans leurs légendes respectives, toutes deux finissent par retourner à la mer, « leur matrice originelle ».

Adaptations et réutilisations récentes vignette|Michel Le Bris reprend le personnage de Malgven dans sa pièce Ys, dans la rumeur des vagues (1985).|alt=Homme barbu aux cheveux longs poivre et sel, assit. La plupart des adaptations littéraires récentes de la légende de la ville d'Ys maintiennent Malgven telle qu'elle est présentée dans la version de Charles Guyot. C'est notamment le cas chez Henri Iselin (Légendes des cités perdues, 1964), chez Jean Markale (« La ville engloutie ou le mythe celtique des origines » dans Les Celtes, 1969), chez le conteur Yann Brekilien qui reprend la « fée Malgven, reine du Nord » comme mère de Dahut (Contes et légendes du pays breton, 1973), chez Michel Le Bris (pour sa pièce Ys, dans la rumeur des vagues, 1985), Françoise Gange (La ville plus basse que la mer, 1988) et Christian Querré (La légende de la ville d'Ys, 1996).

Malgven est présente dans la version humoristique de la légende d'Ys racontée dans La Dérive des incontinents de Gordon Zola. Dans le roman d'Édouard Brasey La Sirène d'Ouessant (2014), Malgven est une vieille rebouteuse qui suit les traditions païennes. La série Les Druides de Thierry Jigourel, Jean-Luc Istin et Jacques Lamontagne évoque Malgven dans le second tome, « Is la blanche » (2006), quand Gwench'lan doit enquêter dans la légendaire cité, sur fond de tensions entre catholiques et païens.

Arthur Rimbaud parodie la légende dans l'une de ses correspondances, avec son croquis intitulé « Le traîneau » : Malgven est montée dans un traîneau tiré par un collégien qui craint de le voir chavirerArthur Rimbaud, Théodore Faullain de Banville, Peter J. Edwards, Steve Murphy, Peter S. Hambly et Jules Michelet, Correspondance générale, Volumes 1 à 2, Champion, 1994, , p. 18. Malgven est aussi le nom d'une bière rousse forte, produite dans la brasserie artisanale de « La Korrigane » au Québec.

Notes et références

Annexes

Articles connexes Ys Gradlon (son époux) Morvarc'h (son cheval) Dahut (sa fille)

Bibliographie Sources primaires

Sources secondaires

Catégorie:Personnage de fiction norvégien Catégorie:Magicien ou sorcier de fiction Catégorie:Valkyrie Catégorie:Légende de la ville d'Ys Catégorie:Créature du folklore breton