thumb|L'Âge d'airain bronze original de Rodin (1875-1876)

Une sculpture en bronze est obtenue à partir d'un modèle original en terre, en cire ou en plâtre qui est fondue en bronze à partir d'un moule. En sculpture, cette technique remonte à la plus haute Antiquité, depuis au moins le .

La technique de base n'a pas changé à travers les siècles : après avoir modelé un objet en cire, on le recouvre d'un mélange à base d'argile, on le fait cuire, ce qui fait fondre la cire, puis on y coule l'alliage de bronze. Il ne reste qu'à briser le moule perdu de terre cuite pour voir apparaître l'objet.

Dans la sculpture occidentale, les techniques et les juridictions ont profondément évolué. Le savoir-faire des fondeurs justifie que les œuvres portent leur empreinte, à côté de la signature du sculpteur.

On distingue le bronze d'art (reproduction) du bronze original (sculpture authentique).

Histoire Les bronzes des cultures de l'Antiquité Toutes les grandes civilisations de l’Antiquité ont travaillé le bronze pour créer des œuvres d’art, et ce dès l’introduction de l’alliage pour les outils et les armes tranchantes. La Danseuse de Mohenjodaro, datant d’environ 2500 avant notre ère, est peut-être la première statue de bronze connue.. Le cuivre est un métal courant et utilisé dès le millénaire avant J.-C., le bronze apparaît par la suite, d'abord comme alliage cuivre-arsenic, puis au millénaire avant J.-C. comme un alliage cuivre-étain. Cependant, il existe peu de gisements d'étain dans le Vieux Monde : les Cornouailles, l'estuaire de la Loire, l'Espagne, le Sud-Ouest de la Turquie, et l’Afghanistan étaient les principaux. Le bronze est un alliage composé à 90 % de cuivre et à 10 % d’étain ; son point de fusion est inférieur à celui du cuivre pur, par conséquent, il reste liquide plus longtemps que le cuivre lors du remplissage d’un moule. Le bronze offre également une résistance bien supérieure à celle du cuivre. vignette|« Masque de Sargon », tête d'un roi de Ninive (alliage cuivreux, Rijksmuseum van Oudheden, ). L'usage du bronze est connu en Égypte dès la dynastie (xxviiie – xxvie siècle ). La grande majorité des statuettes en bronze égyptiennes représentent des divinités, sous formes humaine ou animale, leur iconographie est extrêmement codifiée. Elles sont régulièrement retrouvées en lots enfouis dans le périmètre des grands complexes religieux du Premier millénaire avant J.-C., parfois reliés à des nécropoles animales, comme le Sérapéum de Memphis.

En Mésopotamie, la civilisation sumérienne produit divers objets en bronze vers Pour l'empire d'Akkad (de la fin du xxive au début du xxiie siècle ), on connaît une célèbre représentation de la tête d'un roi de Ninive, dans l'empire d'Akkad, en alliage cuivreux et réalisée à la cire perdue date de

En Amérique, les civilisations précolombiennes connurent une métallurgie de l'or et du cuivre jusqu'à la conquête espagnole, mais peu de métallurgie du bronze. Les Amérindiens de la culture Moche, sur la côte péruvienne, maîtrisaient le coulage du bronze. vers le . La technique de coulée du bronze fut reprise par les Incas, qui en tirèrent aussi bien des ustensiles que des statues (cliquer sur Archive.is pour accéder au document).. Les Calchaquí, dans le Nord-Ouest de l'Argentine, ont également connu la fabrication du bronze..

Bronzes grecs et romains

Histoire vignette|Les bronzes de Riace, statues grecques. Le bronze est le matériau le plus apprécié des Grecs et des Romains, plus que le marbre : Pline l'Ancien explique ainsi que . Abondamment employé à l'époque minoenne ou mycénienne, sa technique s'est perdue au cours des siècles dits « obscurs ». Les Grecs l'apprennent de nouveau au contact des peuples du Proche-Orient et de l'Égypte. Le travail de la fonte pleine limite d'abord la taille des pièces. La technique mixte du sphyrélatos est utilisée pour pallier cet inconvénient. Les chevaux votifs de l'époque géométrique (900-) recourent à un autre subterfuge : les artistes utilisent des fils épais et des feuilles bombées pour figurer les différentes parties de l'animal. À l'époque archaïque (800-) l'usage du bronze reste limité à des objets de petite taille. Le succès et la multiplication des grandes statues en bronze marque l'entrée dans l'époque classique (480-) du monde grec. Enfin, les artistes de l'époque hellénistique (323-) s'attachent à copier les œuvres classiques qui sont reproduites et satisfont les Romains.

La recherche de prestige a motivé la création des sculptures en bronze qui était des défis devant les difficultés à relever. Les cités grecques les plus riches montraient alors un grand nombre d'entre elles dans les espaces publics. Mais ce que l'on a du mal à imaginer c'est que la plupart étaient en bronze et régulièrement entretenues pour briller dans toute la splendeur du métal poli, éblouissantes. L'amélioration de la technique de la fonte en creux, en bronze, après les guerres médiques, après 490, a permis des statues plus grandes que nature qui convenaient aux offrandes destinées aux dieux et à la mémoire des héros ou des personnages au comportement exemplaire, dont les cités voulaient garder l'image permanente. Le prix d'une sculpture en bronze était de beaucoup plus élevé que celui d'une sculpture en marbre. Les plus célèbres sculpteurs de l'époque grecque classique au étaient tous des bronziers. Les statues honorifiques étaient, en général, financées par les cités grecques. La statue d'Athéna Promachos - en bronze - de près de 10 mètres (étayée de l'intérieur par une armature), sur l'Acropole d'Athènes, fut aussi aux frais de la cité pour la commémoration de la victoire sur les Perses, et à l'initiative de Périclès dans un programme de constructions qui allait faire d'Athènes la plus puissante cité de Grèce. Durant l’époque hellénistique, les sculptures de nus en marbre se multiplient, une évolution que les Romains accélèrent par la suite, alors que jusque-là, la matière privilégiée était le bronze. vignette|Reconstitution de la villa des Papyrus à Herculanum, Italie. Ethel Ross Barker, 1908. Les Romains ornaient leurs demeures urbaines, les jardins de leurs villae et leurs thermes de grands bronzes. Comme les Grecs, les grands bronzes sont présents dans les édifices religieux et dans l'espace public. Mais les Romains développent également les portraits impériaux, notamment dans le cadre du culte impérial. Dès la République, les généraux romains pillaient les statues grecques et les rapportaient en Italie : par exemple, en 87/, Sylla assiégea Athènes et emporta des objets en métal précieux et des œuvres d’art comme butin. Les copies d'œuvres grecques ne sont pas considérées comme indignes. Enfin, beaucoup de bronzes romains ne sont pas signés.

La plupart des grands bronzes de l'Antiquité, en particulier grecque, ont disparu : beaucoup d'originaux ont été fondus pour d'autres usages (fabrication d'armes, de monnaie, etc.). Avec l'avènement du christianisme, beaucoup de sculptures antiques représentant des divinités païennes ont été détruites. Les sculptures grecques en bronze qui ont disparu sont connues grâce à leurs copies romaines en marbre : cependant, les sculpteurs du monde romain ont adapté les modèles grecs et surtout, le marbre étant plus fragile et plus difficile à travailler que le bronze, des éléments ont été ajoutés en étaiement (par exemple un tronc d'arbre, un rocher, etc.) ou sous forme de socle. Ces copies romaines, même de bonne qualité, sont souvent des modèles réduits des originaux grecs. Les œuvres en bronze qui ont traversé les siècles et qui sont parvenues jusqu'à notre époque sont souvent des bronzes ayant coulé et qui ont été retrouvés lors de fouilles sous-marines d'épaves : c'est le cas par exemple des Bronzes de Riace, lAthlète de Fano, lÉphèbe de Marathon, l'Éphèbe d'Anticythère ou encore le Dieu de l'Artémision. D'autres exemplaires ont été retrouvés dans des cours d'eau comme lÉphèbe d'Agde, statue découverte en 1964 dans le lit de l'Hérault. Le bronze de lApoxyomène d'Éphèse a quant à lui été retrouvé sur le site d'Éphèse, la ville ayant été détruite en 263 par les Goths et en 614 par un tremblement de terre. De même, les sites ensevelis par l'éruption du Vésuve en 79 ont révélé plusieurs bronzes antiques, protégés par plusieurs mètres de cendres, et aujourd'hui conservés dans le musée archéologique national de Naples (Satyre endormi, Hermès assis, Coureurs, Bronzes de la Villa des Papyrus). Enfin, les exemplaires intacts sont rares, la plupart des bronzes grecs ont perdu leurs attributs (foudre pour Zeus par exemple) ou encore un ou plusieurs éléments de leur corps (jambes, bras, etc.).

Les grands bronzes ont été activement recherchés et suscitèrent la convoitise des états, des princes et des aristocrates. En 1204, les Chevaux de Saint-Marc ont été pris par les Vénitiens à Constantinople puis placés au-dessus de la porte de la basilique Saint-Marc de Venise. La statue du Jeune garçon en prière appartint au ministre des finances de Louis XIV Nicolas Fouquet avant d'intégrer les collections de Frédéric II de Prusse. À partir de la Renaissance, dans un contexte de renouveau de l'intérêt pour les œuvres de l'Antiquité, les originaux en bronze furent abondamment copiés, soit en bronze, soit en marbre et firent partie des collections des souverains d'Europe. De nos jours, les grands bronzes font figures de chefs-d'œuvre dans les musées qui mettent en avant ces statues comme des pièces maîtresses de leurs collections : par exemple, le musée archéologique d'Agde se nomme musée de l'Éphèbe. Le musée de Mali Lošinj, est désigné comme musée de l'Apoxyomène, en référence à la statue de lApoxyomène de Croatie.

Technique vignette|Hercule du forum Boarium. Bronze doré romain de l'époque républicaine. vignette|Tête du guerrier A, Bronzes de Riace, vers 460 avant J.-C. Ce bronze antique témoigne du raffinement des artisans grecs : incrustations rouges en cuivre pour les lèvres, feuille d'argent sur les dents, globes oculaires en ivoire.

Tout à la fin du est découverte par le sculpteur Rhoïcos la technique de la fonte à la cire perdue sur négatif (ou « en creux »), palliatif de la technique sur positif, permettant de conserver le modèle et le moule originels et d'avoir une épaisseur de bronze plus régulière et plus fine, donc moins de problèmes au refroidissement. Cette méthode, selon Pausanias, serait empruntée à l'Égypte, mais ce point reste très contesté. Grâce à cette innovation, le travail du sculpteur se déplace : il devient, dans les sources, le « plastes », le modeleur, et peut réaliser un travail nettement plus virtuose. Dès lors, le bronze devient le matériau de prédilection des sculpteurs, qui semblent en général avoir été aussi les fondeurs.

Le procédé suit plusieurs étapes : un modèle exactement ressemblant à la figure voulue est créé par le sculpteur puis découpé en plusieurs morceaux. Un moule est ensuite réalisé autour de chacun des morceaux ; cette étape est primordiale, puisque c'est grâce à elle que la sculpture aura son aspect définitif. Le noyau est alors ôté, et conservé, mais les Grecs ne semblent pas avoir pour autant dupliqué leurs sculptures, au contraire des Romains. Le moule est ensuite nappé de cire. Pour cette étape, plusieurs processus sont utilisés : le battage, c’est-à-dire le nappage par de la cire liquide, l'application à la main ou au pinceau. On introduit ensuite un noyau en terre réfractaire, puis le premier moule est enlevé. La fonte se poursuit alors comme une fonte à la cire perdue sur positif : des canaux de cire servant à l'alimentation en bronze et à l'évacuation de la cire et des gaz sont ajoutés, puis un moule en argile réfractaire englobe le tout. Le moule est chauffé pour évacuer la cire et le cuire avant d'y couler le bronze fondu. L'ensemble doit être ensuite refroidi, la statue dégagée et ciselée à froid, puis patinée ou cirée.