La cathédrale de la Vierge Marie de Lincoln est un édifice religieux anglican située à Lincoln en Angleterre et le siège du diocèse de Lincoln. Sa construction a commencé en 1088 et s’est poursuivie par phases tout au long du Moyen Âge. Elle a été réputée la plus haute structure du monde pendant 238 ans (de 1311 à 1549)Mary Jane Taber (1905), The cathedrals of England: an account of some of their distinguishing characteristics, . La flèche centrale de s’est écroulée en 1549 et n’a pas été reconstruite. C'est alors l'église Sainte-Marie de Stralsund en Allemagne qui est devenue la plus haute structure avec une hauteur de .
Histoire
Rémi de Fécamp, le premier évêque de Lincoln, y a déplacé le siège épiscopal entre 1072 et 1092The Penny magazine of the Society for the Diffusion of Useful Knowledge, Volumes 1–2, 1832, .. Il aurait établi les fondations de la cathédrale en 1088, et en tant que Normand, il est probable qu’il ait employé des maçons normands à cette tâcheEssex, J., Some observations on Lincoln Cathedral. Read at the Society of Antiquaries, 16 March 1775, printed by W. Bowyer and J. Nichols, 1776.. Avant cela, il se serait approprié l’église paroissiale de Sainte-Marie-MadeleineWinkles, B., Winkles's Architectural and Picturesque Illustrations of the Cathedral Churches of England and Wales: Lincoln cathedral. Chichester cathedral. Ely cathedral. Peterborough cathedral. Norwich cathedral. Exeter cathedral. Bristol cathedral. Oxford cathedral, Wilson, 1838, .. Ce n’était cependant pas une cathédrale, le siège du diocèse restant l’Abbaye de Dorchester.
Rémi de Fécamp est mort le , deux jours avant la consécration de la cathédrale.
En 1141, le toit en charpente est détruit par un incendie. L’évêque Alexandre entreprend sa reconstruction et agrandit la cathédrale, mais elle est en grande partie détruite par un séisme le . Le tremblement de terre est l’un des plus puissants qu’ait connus le Royaume-Uni, estimé à une magnitude de 5 sur l’échelle de Richter. Les dégâts sont très importants : la cathédrale est décrite comme étant "coupée en deux". Il ne reste plus aujourd’hui de la cathédrale initiale que la base de l’extrémité occidentale et les deux tours qui y sont accolées. Il a été également supposé que les dégâts ont été accentués par une piètre qualité de conception ou d’exécution de la voûte.
thumb|Modèle de la cathédrale faisant apparaître les flèches des tours. thumb|Estampe du avec les flèches sur les tours occidentales. Après le séisme, un nouvel évêque est nommé, Hugues d’Avalon (futur saint Hugues de Lincoln). Il se lance dans un important programme de reconstruction et d’extension, en commençant par le chœur, qui prendra son nom, et le transept oriental. Ces travaux durent de 1192 à 1210Hendrix, J., Architecture As Cosmology: Lincoln Cathedral and English Gothic Architecture. Peter Lang, 2011, .. La nef est ensuite construite dans le style gothique anglais.
Un défaut de structure de la tour centrale semble être à l’origine de son effondrement en 1237. La reconstruction est entreprise et en 1255 le diocèse demande à Henri III d’Angleterre l’autorisation d’abattre une partie des murs de la ville pour agrandir la cathédrale. Les petites chapelles absidiales, construites à l’époque de saint Hugues, laissent place à un chœur agrandi pour accueillir un nombre croissant de pèlerins, venus se recueillir sur la tombe du saint.
Après le meurtre en 1255 du jeune Hugh considéré comme un martyr, la cathédrale devient pendant des siècles un lieu de pèlerinage.
En 1290, Éléonore de Castille meurt et Édouard d’Angleterre, son époux, l’honore avec une élégante procession funèbre. Après son embaumement, ce qui au implique une éviscération, les organes de la reine sont enterrés en la cathédrale, où le roi a installé une réplique de la tombe royale de l’abbaye de Westminster. La pierre tombale existe encore, même si l’effigie, détruite au , a été remplacée par une copie au . Deux statues sur la façade de la cathédrale sont supposées représenter Edward et Eléonor, mais elles ont été fortement altérées lors des rénovations du et n’ont probablement pas été à l’origine représentatives du couple royal.
thumb|Édouard d'Angleterre et Éléonore de Castille.
Entre 1307 et 1311, la tour centrale est élevée à sa hauteur actuelle de . La façade et les tours occidentales de la cathédrale sont également relevées. À cette époque, une grande flèche de charpente recouverte de plomb occupe le pinacle de la tour centrale. Sa hauteur est réputée donner à la cathédrale le titre de plus haute structure du monde avec , dépassant la Grande Pyramide de Gizeh qui avait détenu le record pendant 4000 ans. Si cette hauteur est reprise par beaucoup des sourcesDarwin Porter, Danforth Prince (2010), Frommer's England 2010, .., elle ne fait pas l’unanimité. Parmi les autres additions, le chœur des Anges, les bas-reliefs et les miséricordes datent du .
En 1398, Jean de Gand et Katherine Swynford ont fondé une chapellenie en la cathédrale, qui prierait pour le bien-être de leur âme, et au le bâtiment se tourne vers ce genre de chapellenie ou chapelles commémoratives.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Lincolnshire a accueilli de nombreux aéroports militaires, ce qui lui a donné le surnom de « Bomber County ».. La cathédrale a été un point de repère pour les avions de la Royal Air Force en retour de mission. Ainsi la cathédrale présente un mémorial aux pertes du Bomber CommandAntiques Roadshow , from Lincoln Cathedral..
De plus, pendant la guerre ont été placés dans une crypte sous la cathédrale des trésors inestimables de l’Histoire britannique. Cela n’incluait pas la Magna Carta, qui était prêtée aux Américains à l’époque.
Architecture thumb|Plan au sol. La cathédrale est la troisième plus grande d’Angleterre en termes de surface (après la cathédrale Saint Paul de Londres et la cathédrale d’York), avec des dimensions de par . C’est le plus grand édifice du Lincolnshire, et jusqu’en 1549 sa flèche était réputée la plus grande d’Europe, bien que sa hauteur exacte ait été sujet de débat.
Les siècles qui se sont succédé dans la construction de la cathédrale et les changements esthétiques ou techniques lui confèrent un aspect hétéroclite. À l’origine du style anglo-normand, la cathédrale a embrassé l’architecture gothique dans ses reconstructions et extensions successives. À la suite du séisme de 1185, la cathédrale a repris les dernières avancées architecturales de l’époque, telles que les arcs en ogive, arcs boutants et croisées d’ogives. Le plan de la cathédrale est en double transept, séparant le chœur des Anges à l’est, le chœur de Saint-Hugues et la nef, celle-ci qui rejoint la façade anglo-normande à l’ouest. Une erreur de calcul dans les dimensions de la nef a obligé l’introduction d’un arc supplémentaire à la jonction avec la façade existante, si bien que les deux premiers arcs de la nef sont resserrés.
Le chœur de Saint-Hugues présente des bas-côtés à double arcature, l’arcade externe en ogives trilobées recouvrant l’arcade interne en ogive simple pour former un dessin novateur pour l’époque (environ 1200).
Les chapelles du chœur des Anges sont bâties suivant le style perpendiculaire, à travers les lignes verticales soulignées, qui survivent aujourd’hui dans l’agencement des vitraux.
La façade occidentale a été remodelée à partir de la façade romane normande d’origine avec ses imposants portails en plein cintre, pour former une immense façade écran équipée de registres de niches recevant des statues, cette façade écran est considérée comme un chef-œuvre emblématique de l'art gothique anglais, comme celles des cathédrales de Wells et de Peterborough.
Sur une grande partie de la longueur de la cathédrale, les murs ont des arches en relief avec une seconde peau pour donner l’illusion d’un promenoir le long du mur. L’illusion ne fonctionnerait cependant pas, car la technique importée de France n’a pas été appliquée à une bonne profondeur.
Il y a treize cloches dans la tour sud-ouest, deux dans la tour nord-ouest et cinq dans la tour centrale (dont l’imposante Great Tom). Pour accompagner Great Tom, une horloge du sonne les quarts d’heure..
Voûte Les voûtes spectaculaires sont une particularité de la cathédrale de Lincoln. Leur originalité tient d’expérimentations architecturales. Leur traitement diffère entre la nef, les bas-côtés, les chœurs ou les chapelles. Le bas-côté nord dispose d’archivoltes continues avec une arcade régulière qui ignore les baies. Le bas-côté sud a des archivoltes discontinues qui renforce la présence des baies. L’usage d’une voûte sextipartite dans la nef permet un apport de lumière accru par les vitraux du clair-étage. La chapelle nord-ouest a une voûte quadripartite. Le chapitre est un décagone avec un pilier central duquel vingt archivoltes partent pour rejoindre les façades.
Le chœur de Saint-Hugues présente une voûte très inhabituelle. Il s’agit d’une série de croisées asymétriques qui apparaissent comme deux archivoltes se rejoignant en une seule de l’autre côté de la voûte. Cet agencement divise la voûte tout en maximisant l’effet des vitraux.
Rosaces thumb|right|Bishop’s eye. Les deux grandes rosaces, Dean’s Eye (l’œil du doyen) et Bishop’s Eye (l’œil de l’évêque), ont été ajoutées au Moyen Âge tardif. Dean’s Eye, au transept nord, date de 1235 et Bishop’s Eye, au transept sud, a été refait entre 1325 et 1350Hendrix, J., Architecture As Cosmology: Lincoln Cathedral and English Gothic Architecture. Peter Lang, 2011, .. Un texte contemporain, "The metrical life of St. Hugh", relate la signification de ces vitraux :
Bishop’s Eye est l’une des plus grandes œuvres en tracé cruvilinéaire de l’architecture médiévale. Le tracé curvilinéaire présente des lignes directrices qui sont des courbes continues. Cette forme a souvent accompagné des ogives et vitraux rectangulaires, mais l’espace circulaire de la rosace a été un défi unique. Le cercle a été divisé en quatre par des courbes, le travail sur chaque section étant simplifié par de plus petites dimensions. Il en résulte que ce vitrail est caractérisé par une attention déportée du centre vers les sections latérales du cercle.
Magna Carta
L’évêque de Lincoln est l’un des signataires de la Magna Carta et pendant des siècles la cathédrale a conservé l’une des quatre copies restantes, maintenant exposée au château de Lincoln.. Les trois autres copies sont à la British Library et à la cathédrale de Salisbury.. En 2009, la Magna Carta de Lincoln a été prêtée à la Ronald Reagan Presidential Library à Simi Valley en Californie
Petit Saint Hugues
vignette|Hugues de Lincoln dans son sanctuaire de la cathédrale de Lincoln, dessin de , . En aout 1255, le corps d’un garçon de 8 ans a été retrouvé dans un puits de Lincoln ; il avait disparu depuis presque un mois. Cet incident a été à l’origine de calomnies dans la ville, appuyées par sa mère et par l'officier du roi, John de LexintonGavin I. Langmuir, "The Knight's Tale of Young Hugh of Lincoln", Speculum, Vol. 47, No. 3 (July 1972), pp. 459–482., les Juifs étant accusés de son enlèvement, sa torture et son meurtre dans ce qui est appelé un « crime rituel ». Près de 100 Juifs sont arrêtés et emprisonnés, et 19 pendus.
L’enfant a été surnommé « Petit Saint Hugues » () pour le distinguer de Saint Hugues de Lincoln (dit aussi Saint Hugues d'Avalon). Promue par le doyen de la cathédrale, une légende à son sujet s'amplifia, recevant le soutien de la culture populaire, qui augmenta l'antijudaïsme. Parce qu’il était vu comme un martyr, beaucoup de dévôts sont venus pendant des siècles à la cathédrale pour le vénérer. Canonisé, il était célébré localement le .
En 1955, l'Église anglicane a remplacé le reliquaire dans la cathédrale de Lincoln par une plaque portant ces mots : « Ancien emplacement du reliquaire du Petit saint Hugues.