La crise des subprimes () est une crise financière qui a touché le secteur des prêts hypothécaires à risque () aux États-Unis à partir de . Ces prêts à haut risque avaient connu une expansion très importante durant les 5 années précédant l'éclatement de la crise. Elle entraîna la crise bancaire et financière de l'automne 2008, ces deux phénomènes provoquant la crise financière mondiale de 2007-2008.

La crise trouve son point de départ dans la hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale à partir de 2005, dans un contexte d'inflation lié au troisième choc pétrolier. Cette hausse, renchérissant le coût du remboursement des prêts à taux variables, s'accompagne ainsi d'un taux de défaut de 15 % en 2007 de ces crédits hypothécaires qui avaient été attribués à une clientèle financièrement fragile.

Dans le même temps, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les prix de l'immobilier baissent. Cette baisse, qui n'avait pas été anticipée, provoque de nombreuses faillites parmi les organismes de crédit qui avaient délivré des prêts subprimes. En effet, ces organismes se remboursent, en cas de défaut sur un prêt, en vendant le bien immobilier.

Enfin, la crise s'étend par contagion au reste du monde, en raison de la titrisation par les banques des prêts hypothécaires. Les obligations, encapsulant des milliers des prêts hypothécaires subprimes étendent les risques. Les agences de notation ont préalablement estimé ces obligations de bonne qualité. Ces obligations ont été souscrites par des banques, des compagnies d'assurance vie, des fonds d'investissement, des gestionnaires de sicav, des fonds de retraite. La chute des cours de ces obligations provoque également des faillites nombreuses.

La défiance s'étend sur les marchés interbancaires. Les banques refusent de se prêter de l'argent entre elles de peur que ces banques ne détiennent des « titres toxiques » adossés aux prêts hypothécaires subprimes. Ces prises de position sont à l’origine de la crise financière mondiale de 2007 qui débouche sur la crise bancaire et financière de l'automne 2008, entraînant le monde dans la crise économique des années 2008 et suivantes.

La crise des subprimes instaure une méfiance envers les créances titrisées comprenant une partie de ces crédits et mis en cause l'intégrité des opérateurs des marchés financiers. Elle met en lumière d'importants dysfonctionnements des agences de notation et des faiblesses structurelles des systèmes de contrôle interne des institutions financières et de leurs autorités de contrôle.

Historique Aux États-Unis Croissance du marché des subprimes

Le marché des « subprimes » est constitué de prêts hypothécaires immobiliers risqués pouvant être étendus à des prêts à la consommation en gageant plus de 100% de la valeur de l'habitation hypothéquée. Ces prêts sont accordés à une clientèle peu solvable (c'est-à-dire sans revenu fixe, patrimoine fixe, situation professionnelle établie ou à l'historique de crédit difficile). Cette clientèle est démarchée par des courtiers immobiliers transférant les prêts aussitôt contractés aux banques et organismes de crédit. Ce marché s'est largement développé aux États-Unis à partir de 2001, passant d'un montant de de dollars pour les prêts hypothécaires en 2002 à de dollars en 2006. Ce montant représentait 23 % du total des prêts immobiliers souscritsLe Figaro Economie, 9 octobre 2007, p. 18.

Les emprunteurs à risque peuvent contracter un emprunt immobilier sur ce marché, moyennant, par exemple, un taux d'intérêt révisable généralement indexé (sur le taux directeur de la Fed), majoré d'une « prime de risque » . Typiquement, les premières années du prêt (1, 3 ou 5 en général) sont couvertes par un taux d'intérêt fixe promotionnel qui devient ensuite variable. Les emprunteurs hypothécaires américains ont la possibilité d'emprunter jusqu'à 110 % de la valeur de l'immeuble objet du prêt, d'avoir la possibilité de ne rembourser que la partie intérêt de leur mensualité,

La croissance de ce marché a tout d'abord été encouragée par des taux historiquement bas qui ont incité les institutions de crédit à accroître la part du subprime dans leur portefeuille et à profiter des importantes marges de risque imposées à ces crédits.

En outre, à la différence des pays européens et notamment la France où l'accord des prêts est tributaire de la situation des emprunteurs (les charges de crédit ne doivent pas dépasser un tiers des revenus du ménage), il n'existait pas de législation équivalente ou prudentielle de ce type aux Etats-Unis.

D'autres raisons vont concourir à la création de la crise.

Le Service Fédéral Urbain (ou HUD) a obligé les institutions financières à réserver un pourcentage de prêts financiers aux ménages les moins aisés ce qui a eu pour conséquence une augmentation de 50% de l'endettement immobilier des ménages nord-américains de 1998 à 2006.

Or, en parallèle, à partir de 2004, les autorités américaines autorisent les établissements financiers à augmenter de 300% leurs capacités de prêts sans augmenter leurs fonds propres. Déterminé par la norme Bale I (ou Ratio Cooke) datant de 1988, le ratio solvabilité bancaire imposé alors était de 8%, ce qui signifiait que pour un montant de 100 millions de dollars de crédit, un établissement financier devait avoir impérativement 8 millions de dollars de fonds propres.

L'augmentation continue de la valeur des biens immobiliers à laquelle est adossée le crédit hypothécaire permet également aux institutions de crédit de proposer d'augmenter le crédit des ménages emprunteurs pour financer de nouveaux achats comme un nouveau véhicule ou effectuer des travaux d'aménagement avec pour conséquence d'alourdir la dette des emprunteurs.

Par ailleurs, ce mouvement a été accéléré par l'utilisation de la titrisation comme outil d'évacuation du risque de crédit par les banques, utilisation encouragée par la demande croissante de produits rentables par des investisseurs et par l'afflux de liquidités disponibles à la recherche d'investissements attractifs. Ce dispositif a été utilisé par les établissements bancaires afin de se dégager de toute responsabilité dans les crédits qu'elles ont octroyés en leur permettant de ne plus attendre la fin du remboursement des prêts. (Voir paragraphe : Transmission de la crise par la titrisation.)

Certains établissements financiers avaient fait du subprime leur spécialité en se spécialisant dans l'octroi de crédits subprime aussitôt revendus dans le marché de la titrisation. Cette revente élimine instantanément les risques associés au prêt pour l'établissement financier qui accorde le prêt et le risque est transmis aux acheteurs de titres de type PCAA (papier commercial adossé à des actifs). Cette déresponsabilisation des institutions prêteuses a sans doute incité certaines d'entre elles à accorder davantage de prêts à haut risqueSexe, mensonges et hypothèque - Daniel Germain, LesAffaires.com, (voir archive), l'établissement acheteur de l'obligation se retrouvant finalement seul responsable concerné en cas de défaut de remboursement de l'emprunteur.

La titrisation d'obligations à haut rendement bien que plus dangereuses (elles rapportent alors 50% de plus que les obligations normales à la même période) attirent l'ensemble des acteurs du monde économique à la recherche de nouveaux actifs porteurs dont des banques, des compagnies d'assurance vie, des fonds d'investissement, des gestionnaires de sicav, des fonds de retraite, entraînant une contamination globale. Le volume des produits structurés est passé de de dollars de 2002 à 2006.

Enfin, il est nécessaire de signaler le rôle des agences de notations (Fitch, Moody's, Standard & Poor's) qui, à la fois juge et partie, rémunérées pour noter ces produits structurés, n'ont pas alerté sur la dangerosité de ces derniers (voir paragraphe ci-dessous).

Ces prêts à des personnes à la cote de crédit insuffisante ont participé à la création d'une bulle immobilière qui elle-même nourrissait la bulle de crédits : tant que l'immobilier augmente, la maison acquise et mise en hypothèque assure que l'opération ne peut que bien se terminer, puisqu'en cas de défaillance, la banque pourra rembourser le crédit en saisissant, puis en vendant la maison.

Déclenchement de la crise des subprimes vignette| Diagramme de la crise. La pérennité de ce système dépend de deux conditions : d'une part, des taux d'intérêt relativement stables, et d'autre part d'une appréciation régulière de l'immobilier. Or : la Réserve fédérale des États-Unis (la « Fed ») a progressivement relevé son taux directeur de 1 % à 5,25 % entre 2004 et 2006 Intended federal funds rate, Change (basis points) and Level - Réserve fédérale des États-Unis ; les prix de l'immobilier ont commencé à chuter dans plusieurs régions des États-Unis à partir de 2006. Le marché immobilier américain a perdu aux alentours de 20 % durant les 18 derniers mois précédant la crise. Ces fluctuations immobilières sont toutefois très différentes selon les États, villes et quartiers.

En effet, lorsque les premiers retards de paiement sont survenus, les banques ont saisi les biens immobiliers achetés avec les prêts, pour se rembourser. Comme une grande partie des prêts avait été octroyée à des foyers à revenus modestes, il y a eu de nombreuses saisies immobilières, qui ont été ensuite remises en vente. L'offre a donc dépassé la demande, ce qui a entraîné la baisse des prix de l'immobilier, entrainant un grippage du système.

Par conséquent, les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse rapide de leurs mensualités, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Dans un contexte de hausse du marché de l'immobilier, ou lorsqu'il est limité à des cas isolés, le défaut de paiement est couvert par les créanciers : grâce à une politique de gestion du risque, les organismes sont censés pouvoir supporter le délai nécessaire au recouvrement de créances des débiteurs en saisissant les biens portés en garantie lors de l'emprunt et en les revendant. Mais dans un contexte de baisse du marché de l'immobilier, l'organisme créancier peut se retrouver en situation difficile, surtout s'il s'agit d'un défaut de paiement en masse. Or, en 2007, le taux de non-remboursement sur ces crédits s'est élevé aux alentours de 15 %.

Avec la baisse du marché immobilier américain, la valeur des habitations est devenue inférieure à celle du crédit qu'elles devaient garantir. Ainsi, les établissements de crédit, censés pouvoir récupérer leurs mises en vendant les habitations hypothéquées, se retrouvèrent sans moyen rapide de redresser leur bilan, puisque vendre ces biens ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L'afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier où les prix se sont effondrés.

En , un site spécialisé faisait état de plus d'un million de défauts de paiement constatés U.S. Foreclosures, mais chaque constat de défaillance ne mène pas à la faillite de l’emprunteur. Les banques essaient généralement de trouver des solutions de rééchelonnement de prêts lorsqu’elles pensent que le débiteur ne traverse qu’une difficulté passagère.

Le président de la Commission bancaire du Sénat des États-Unis, Christopher Dodd, estime qu'un à trois millions d'Américains pourraient perdre leur logement à la suite de cette criseLe Figaro, 22 août 2007.

Effet de contagion sur le système bancaire américain L'insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l'immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque ( subprime mortgage lenders), tels que la New Century Financial Corporation en « Crise de l'immobilier à risque aux États-Unis : New Century en faillite », Les Échos, 3 avril 2007, p. 29, conduisant à l'effondrement du prix des actions de l'industrie du crédit.