La Gauche radicale est un groupe parlementaire français, formé à la Chambre des députés en 1881 et plusieurs fois renommé jusqu’à la fin de la Troisième République.

Initialement, le groupe réunit les « radicaux modérés », siégeant à la Gauche radicale avant d’évoluer à Gauche puis au centre gauche à la Belle Époque.

En 1914, le Parti radical-socialiste demande à ses membres de rejoindre le groupe du Parti républicain radical et radical-socialiste. Ne demeurent alors à la Gauche radicale que les radicaux indépendants qui refusent cette injonction, le groupe devenant alors centriste, puis s'ancrant au centre droit dans les années 1930.

Histoire

1881 : formation

Le groupe de la Gauche radicale à la Chambre des députés est créé en à l'initiative d’Henri Chéneau, député du CherLe Globe, 14 décembre 1881, ..

Il est constitué de parlementaires issus des rangs de l'Extrême gauche (radicaux intransigeants) et, dans une moindre mesure, de l'Union républicaine (opportunistes gambettistes). Il s'agit de radicaux qui veulent aller plus loin dans les réformes, comme les membres de l'Extrême gauche, mais qui apportent leur soutien aux républicains de gouvernement.

Au cours de la troisième législature (1881-1885), le groupe compte une cinquantaine de membresLe Temps, 11 décembre 1884, ., dont :

1881-1898 : aile gauche des gouvernements opportunistes Le groupe de la Gauche radicale est allié aux républicains opportunistes dès sa fondation et soutient les gouvernements qui en sont issus, se positionnant à leur gauche. En 1885, les radicaux hésitent quant à l'attitude à adopter vis-à-vis avec le gouvernement qu'ils estiment être dans la compromission, surtout après l'échec de la révision de 1884. Il y a donc division entre ceux qui continuent dans le système, comme Georges Clemenceau et ceux qui s'y opposent, comme Alfred Naquet. Si la Gauche radicale est moins touchée que l'Extrême-Gauche, le groupe est fortement divisé par les divergences stratégiques et politiques. Les élections de 1885 montrent notamment de fortes tensions opposant les radicaux et les difficultés de constituer des listes unitaires. Au sein des deux groupes radicaux, la déception des intransigeants se transforme en colère, voire en haine, contre l'opportunisme des radicaux modérés, plantant les graines du boulangisme .. Après les élections, le groupe arrive à une quarantaine d'élus. Au cours de la législature, le groupe s'étend à droite et à gauche, pour approcher la centaine de membres en 1889 ..

Dans les années 1887-1890, le groupe choisit finalement de s'opposer au boulangisme, ainsi qu'au socialisme naissant.

1898-1913 : orientation au centre gauche La Gauche radicale soutient activement le gouvernement Waldeck-Rousseau et prend parti pour Alfred Dreyfus lors de l'affaire affaire Dreyfus.

Dans les années 1900 et 1910, le groupe est au plus fort de son influence, avec plus d'une centaine de députés. Ses membres soutiennent le gouvernement Combes dans son combat anticlérical et votent la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, sous le gouvernement Rouvier.

Ils sont en revanche réservés sur les lois sociales, telles que les retraites ouvrières et paysannes ou l’impôt sur le revenu.

1913-1914 : scission avec le Parti radical-socialiste À l'origine, les parlementaires élus sous l'étiquette du Parti radical-socialiste, fondé en 1901, choisissent le groupe parlementaire dans lequel ils siègent : soit la Gauche radicale, soit la Gauche radicale-socialiste.

En 1913, le Parti radical-socialiste décide que tout député élu avec l'appui du parti doit adhérer au second de ces groupes. Cette décision conduit au départ d'une cinquantaine de membres de la Gauche radicale, le nombre de députés membres du groupe chutant à 70. Ceux qui restent sont les radicaux indépendants, les plus modérés de la galaxie radicale, qui regardent maintenant plus à droite qu'à gauche, ainsi que les plus laïques de l'ARD.

1919-1924 : union au centre avec le PRDS Le groupe fait ensuite partie du Bloc national, soutenant les gouvernements conservateurs qui en découlent. Pour marquer cette volonté d'union, il fusionne en avec les plus avancés des « républicains de gauche », proches ou membres du PRDS (ex-ARD). Ce nouveau groupe, qui compte environ cent-vingt députés se baptise groupe de la « Gauche républicaine démocratique ».

1924-1936 : virage à droite L'opposition entre « républicains de gauche », de plus en plus conservateurs et violemment opposés au cartel des gauches, et radicaux, qui y participent, amènent en 1924 à la recréation du groupe de la Gauche radicale.

L’année 1924 est d'ailleurs la dernière élection où les députés de la Gauche radicale s'allient avec les socialistes : leur virage à droite, à partir de 1926, l'échec du cartel et leur soutien à l'orientation droitière du gouvernement Poincaré d'Union nationale les amènent à rompre avec les alliances à gauche.

Après 1926, le groupe opte pour le mot d'ordre « ni réaction, ni révolution », et prône une politique de « concentration républicaine » incluant le Parti radical, qu'ils veulent éloigner des alliances avec la SFIO, et les Républicains de gauche, qui forment désormais la droite républicaine modérée.

Le groupe est décrit par André Siegfried comme étant constituée de députés « socialement conservateurs qui voudraient ne pas rompre avec la gauche et qui votent donc, à droite sur les questions d'intérêts, à gauche sur les questions politiques ». Par sa position centriste, la Gauche radicale est souvent l'arbitre des différentes majorités.

1936 : opposition au Front populaire

En 1936, le dirigeant de l'Alliance démocratique (ex-PRDS), Pierre-Étienne Flandin, tente d'ancrer durablement les radicaux indépendants dans le sillage de l'Alliance en remplaçant le vieux groupe parlementaire des Républicains de gauche par une « Alliance des républicains de gauche et des radicaux indépendants ».

Cette tentative échoue : le groupe de la Gauche radicale devient le groupe de la « Gauche démocratique et radicale indépendante », en absorbant au passage l'essentiel du groupe des Indépendants de gauche.

Disparition Le groupe disparaît avec l’instauration du régime de Vichy et n’est pas reconstitué sous la Quatrième République. La plupart de ses anciens membres, devant l'envol des partis marxistes et le discrédit de la droite, préfèrent adhérer au Parti radical, qui vient de rejeter les alliances à gauche, ou à des formations de droite modérée, comme le PRL. Son électorat, essentiellement masculin, se tourne davantage vers le MRP.

Le Rassemblement des gauches républicaines (1946-1958), qui malgré son nom n'est pas de gauche, est considéré comme le continuateur de cette mouvance du centre droit laïque.

Effectifs et dénominations Chambre Année Nom Nombre de députés ÉvolutionChambre des députés1881Gauche radicale (GR)55 –188591 36188962 291893 Gauche progressiste (GP)45 171898 Gauche démocratique (GD)45 –1902Gauche radicale (GR)94 491906125 311910118 7191470 481919 Gauche républicaine démocratique (GRD) (groupe commun avec l'ARD)94 241924Gauche radicale (GR)43 51192854 11193251 31936Gauche démocratique et radicale indépendante (GDRI)35 16

Références

Voir aussi Radicaux indépendants Union démocratique et radicale (groupe jumeau du Sénat) Union républicaine radicale et radicale-socialiste Gauche sociale et radicale

Catégorie:Groupe politique de la Chambre des députés (France) Catégorie:Républicanisme en France Catégorie:Extrême gauche en France