Honoré d’Estienne d’Orves , né le à Verrières-le-Buisson et mort le au Mont-Valérien (Suresnes), est un officier de marine français, héros de la Seconde Guerre mondiale, martyr de la Résistance, mort pour la France, compagnon de la Libération à titre posthume par décret du .
Le réseau de renseignement de la France libre, qu'il a organisé avec Jan Doornik, Maurice Barlier et d'autres, s'appelait Nemrod..
Biographie Origines familiales et formation thumb|left|Armoiries de la famille d'Estienne d'Orves.|100px|alt= Honoré d’Estienne d’Orves naît à Verrières-le-Buisson, fief de sa famille maternelle, les Vilmorin (il était le cousin germain de Louise de Vilmorin). Sa famille paternelle (son père est Marc d'Estienne d'Orves), de vieille souche provençale est royaliste légitimiste ; c'est une branche de la famille d'Estienne de Saint-Jean. Il descend des généraux vendéens Charles d'Autichamp et Constant de Suzannet, et à la maison, le drapeau blanc est de rigueur, (comme chez les Hauteclocque d’ailleurs).
Il entre, en 1910, au lycée Saint-Louis-de-GonzagueHonoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance : papiers, carnets et lettres, France-Empire, 1985, 284, ., puis rejoint Louis-le-Grand en 1919 (il étudie aussi au lycée privé Sainte-Geneviève) pour préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique, qu'il intègre en 1921Honoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance : papiers, carnets et lettres, , .. Lycéen proche de l'Action française, il s'éloigne de la politique en entrant à PolytechniqueMichèle et Jean-Paul Cointet, Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, Paris, Tallandier, 2000, ..
Durant ses études à Polytechnique, lui et son ami Pierre Henri Bertrand de Saussine du Pont de Gault courtisent Louise de Vilmorin, rescapée de la tuberculose osseuse. Elle leur préférera un temps Antoine de Saint-Exupéry. Parallèlement, il participe au groupement confessionnel catholique des Équipes sociales de Robert GarricOlivier Forcade, « Les milieux militaires et l'Action française de 1898 à 1940 », dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat (éd.), L'Action française : culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, 2008, 434 , ..
Marin Sorti de l'École polytechnique en 1923, Honoré d'Estienne d'Orves s'engage dans la Marine nationale, officier élève à l'École navale. Il participe à la campagne d'application à bord du croiseur école Jeanne d'Arc. En , vingt cinq enseignes de vaisseau de 2e classe dont d'Estienne d'Orves et Jean L'Herminier embarquent sur le Jules Michelet juste réarmé pour être le navire amiral des forces navales en Extrême-Orient.
En 1929, il épouse Éliane de Lorgeril, descendante de Louis de Lorgeril, maire de Rennes, avec qui il aura cinq enfantsLe prénom de leur père, Honoré, a été ajouté au patronyme familial, Estienne d'Orves, qui devient Honoré d'Estienne d'Orves. : Marguerite, Monique, Rose, Marc (1937-2016), comte d'Estienne d'Orves, capitaine de corvette honoraire, Philippe, comte d'Estienne d'Orves.
Il est promu Lieutenant de vaisseau en 1930. En il est embarqué à bord du croiseur lourd Duquesne, comme aide de camp de l'amiral Godfroy, commandant la Force X. Cette escadre se trouvant internée à Alexandrie lors de l'opération Catapult le , d'Estienne d'Orves ne se satisfait pas de l'inaction à laquelle il est contraint.
La volonté de continuer le combat
En , avec plusieurs de ses camarades, il tente de rejoindre le général Legentilhomme, commandant supérieur des troupes de la Côte française des Somalis, qui a annoncé son intention de refuser l'armistice. La colonie s'étant finalement ralliée au gouvernement de Vichy en évinçant le général Legentilhomme, d'Estienne d'Orves décide, en , de rejoindre l'Angleterre.
Il parvient à Londres à la fin de septembre après un long périple autour de l'Afrique, il prend le nom de « Chateauvieux » et se présente au quartier-général du général de Gaulle. Il est affecté au des Forces navales françaises libres.
Mission en France vignette|Plaque commémorative du premier appel entre la France libre et la France occupée en décembre 1940. Le , il est envoyé en mission en France : il traverse la Manche à bord d'un petit chalutier, accompagné du quartier-maître radiotélégraphiste « Georges Marty » (un Alsacien dont le vrai nom est Alfred Gaessler). Ils débarquent à Plogoff (Pors Loubous). Installé à Nantes dans le quartier de Chantenay, il organise un réseau de renseignement en France, le réseau Nemrod. Il établit la première liaison radio entre la France occupée et Londres. Du 6 au , il est à Paris, où il séjourne entre autres chez Max André, une connaissance d'avant-guerre, qui accepte, à sa demande, de monter un réseau de renseignement dans la capitale.
Arrestation À son retour à Nantes, il est trahi par Alfred Gaessler qui est en réalité un agent du contre-espionnage allemandOscar Reile, L'Abwehr – Le contre espionnage allemand en France de 1935 à 1945, Paris, France-Empire, 1970.. Il est arrêté le , ainsi que les époux Clément, chez qui il se trouvait, et, par la suite, les vingt-trois autres membres du réseau. Les accusés sont transférés à Berlin puis à Paris où, le , la cour martiale allemande condamne Estienne d'Orves à mort ainsi que huit de ses camarades qui sont transférés à Fresnes.
Les condamnés ne sont pas immédiatement exécutés. Ce sursis peut s'expliquer par la volonté du général von Stülpnagel, commandant des forces d'occupation en France, de garder des otages pour une occasion spectaculaire. Il est aussi possible qu'il ait été tenu compte de la forte émotion provoquée par la condamnation d'un officier de marine, au point de susciter l'intervention du gouvernement de Vichy auprès des autorités allemandes. L'amiral Darlan, vice-président du Conseil, intervient, le , dans le cadre de ses tractations avec les Allemands concernant les Protocoles de ParisMarc Ferro, Pétain, Fayard, Paris, 1987, 789 ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 , ., pour demander la grâce d'Estienne d'Orves à l'amiral Canaris, en proposant en échange la fourniture de renseignements provenant du centre d'écoutes secret des Oudaïas (Rabat), afin que les Allemands soient informés sur les mouvements de la Marine britannique et le des militaires français, proches de la Résistance, sont arrêtés, dont André Beaufre, semble-t-il (selon Loustaunau-Lacau) sur instructions de Darlan.
Exécution vignette|Affiche bilingue allemand-français annonçant l'exécution d'Estienne d'Orves et de ses compagnons par l'occupant. Le , l'URSS entre en guerre (opération Barbarossa) et, le , le résistant communiste Pierre Georges abat de deux balles dans le dos l'aspirant d'intendance de la Kriegsmarine, Alfons Moser au métro BarbèsMarc Ferro, Pétain, , .. Le lendemain, les Allemands promulguent une ordonnance transformant les prisonniers français en otages et le général von Stülpnagel profite de l'occasion pour faire un exemple. En représailles, cent otages sont exécutés dont d'Estienne d’Orves le au Mont-Valérien, en compagnie de Maurice Barlier, sous-lieutenant FFL, et de Jan Doornik, officier hollandais.
D'Estienne d’Orves a laissé un journal où il exalte sa foi catholique et patriotique, ainsi que des lettres émouvantes à sa famille.
Ses enfants sont recueillis par des camarades de l'École polytechnique, dont Jean Freysselinard, gendre du président Albert Lebrun, installé à Vizille (Isère)Information obtenue par Éric Freysselinard de la fille d'Honoré d'Estienne d'Orves..
Décorations 60px Chevalier de la Légion d'honneur 60px Compagnon de la LibérationDécret du 30 octobre 1944, à titre posthume. à titre posthume par décret du 60px Officier de l'ordre du Ouissam alaouite (Maroc) 60px Officier de l'ordre de la Couronne (Roumanie) 60px Officier de l'ordre du Mérite militaire (Bulgarie) 60px Chevalier de l'ordre de l'Épi d'or (Chine)
Hommages posthumes et mémoire thumb|Verrières-le-Buisson, plaque mémorielle Honoré d'Estienne d'Orves et David Régnier. Le grand hall de l'École polytechnique porte son nom. Son nom a été donné à divers lieux parisiens (square, place et station de métro) : la place d'Estienne-d'Orves (carrefour) et le square d'Estienne-d'Orves situés devant l'église de la Trinité ; les plaques mentionnant la place débordent sur les rues adjacentes (rue de Clichy, rue Blanche) ; la station de métro parisien correspondante porte aussi son nom : Trinité - d'Estienne d'Orves, ainsi qu'au parking pour voitures avoisinant, où une plaque de marbre commémorative lui est dédiée ; la cour d'honneur de l'hôtel de la Marine, ancien siège de l'état-major de la Marine, est dénommée cour Honoré d'Estienne d'Orves Un aviso de la Marine nationale, le d'Estienne d'Orves (F781) (1976-1999), tête d'une série de dix-sept unités, a donné son nom à la classe d'Estienne d'Orves. Son nom a été donné à un groupe Scouts Unitaires de France (SUF) à Verrières-le-Buisson, un groupe Scouts et Guides de France (SGDF), un groupe scout marin à Vannes dans le Morbihan ; ce groupe existe depuis 1950. Un des futurs patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale, mise en service prévue en 2027, portera son nom. Deux bateaux de sauvetage de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) d'Agde dans l'Hérault portent son nom : le canot de deuxième classe de 8,50 m D'Estienne d'Orves, en service de 1948 à 1980, devenu ensuite jusqu'en 1990 canot de réserve ; la vedette de deuxième classe de 10,50 m SNS 242 Capitaine de Frégate Honoré d'Estienne d'Orves, succédant au canot ci-dessus, mise en service en 1991, devenue vedette de réserve et de formation depuis 2013 à Saint-Nazaire. Louis Aragon lui a dédié, ainsi qu'à trois autres résistants (Gabriel Péri, Gilbert Dru et Guy Môquet, soit deux chrétiens et deux communistes ), son poème La Rose et le Réséda, qui contient les célèbres vers : . L'écrivain Ernst Jünger note dans son Journal : (Premier journal parisien, ). À Marseille, une place piétonne à l'italienne située dans le prolongement de la place aux Huiles porte le nom de cours Honoré-d'Estienne-d'Orves. À Aix-en-Provence, une allée porte le nom d'Estienne d'Orves, près de la Fondation Vasarely. Une rue de l'île de Sein porte son nom, inaugurée par l'amiral Thierry d'Argenlieu en . Le parc d'Estienne-d'Orves est un parc départemental de quinze hectares à Nice dans les Alpes-Maritimes, Nice-Matin, . Consulté le .. Ce parc est situé sur une ancienne propriété de la famille d'Estienne-d'Orves. La préparation militaire supérieure état-major (PMS état-major) de la Marine nationale porte son nom depuis le par décision du chef d'état-major de la Marine La préparation militaire de la Marine nationale basée à Cusset (Allier) est baptisée Honoré d'Estienne-d'Orves depuis 1975. Cette préparation militaire Marine a en effet été ouverte à l’initiative des marins du Sichon, dont certains avaient servi sous les ordres d'Honoré d'Estienne-d'Orves.
thumb|Sépulture d'Honoré d'Estienne d'Orves, au cimetière de Verrières-le-Buisson (Essonne). vignette|Plaque à Suresnes (ville où il a été assassiné), rue Honoré-d'Estienne-d'Orves. Portent également son nom : une place et un quai du Guilvinec, une rue à Brest, une rue à Crozon-Morgat, une rue au Relecq-Kerhuon , toutes quatre communes du Finistère ; des rues, avenues, places dans de nombreuses communes : Antony, Bois-Colombes, Châtenay-Malabry, Châtillon, Clamart, Clichy, Colombes, Courbevoie, Fontenay-aux-Roses, La Garenne-Colombes, Issy-les-Moulineaux, Le Plessis-Robinson, Levallois-Perret, Meudon, Montrouge, Nanterre, Rueil-Malmaison, Suresnes (ville où il a été assassiné ; une plaque lui rend hommage dans la rue qui porte son nom, au croisement avec la rue de Verdun), soit dix-huit communes des Hauts-de-Seine,