Pierre-François Bernier est un astronome français né le à La Rochelle (Charente-Maritime) et mort le au large des côtes de l'île de Timor.

Il est du voyage de découvertes aux terres australes de l'Expédition Baudin que commande Nicolas Baudin au départ du Havre à compter du et laisse sa vie durant cette expédition scientifique à bord du Géographe en mer de Timor.

Située en Australie-Occidentale à l'entrée de la baie Shark, l'île Bernier porte son nom, de même que le cap Bernier sur la côte orientale de la Tasmanie.

Biographie

Pierre-François Bernier naît à La Rochelle le dans une famille nombreuse. Son père François est secrétaire de l'intendance, sa mère, Marie Anne Moreau, est la fille d'un maître perruquier, originaire de Varennes-en-Argonne (Meuse) et installé à La Rochelle. Une sœur de sa mère, Marie Moreau, s'est fait connaître en 1779 comme auteure de comédies et de romans, et épouse en 1781 Antoine Grimoald Monnet, inspecteur général au Corps royal des mines depuis 1776.

Séjour à Montauban Son père perd son emploi de secrétaire de l'intendance par suite de la réorganisation administrative de la France de 1789, et son fils n'aura de cesse plus tard que de . Il se prive de tout pour ne rien négliger dans l'éducation de son fils qu'il envoie, sans doute à Montauban, pendant sept ans chez un instituteur nommé Pastoret de Gallian, où, dès l'âge de quatorze ans, il se révèle un élève brillant. Il se lie d'amitié avec Ingres, originaire de Montauban, qui lui montre le dessin.

Afin de ne pas être à la charge de ses parents et pour se procurer les livres nécessaires à son goût pour les sciences, Bernier se décide à entrer dans l'étude d'un notaire et y travaille environ un an. Il manque bientôt de moyens pour se procurer des livres plus approfondis. L'astronome Duc La Chapelle l'accueille avec empressement et lui donne accès aux livres de sa bibliothèque, entre autres l'Abrégé d'astronomie de Jérôme de Lalande : .

Très rapidement, Duc La Chapelle – membre associé non résidant de l'Institut national (section d’astronomie) depuis le – informe son correspondant Lalande – membre résidant de l'Institut national (section d'astronomie) depuis le – de la qualité des observations de son élève lequel, peu de temps après, le , donne des preuves de son aptitude et de ses progrès.

Le peu de fortune de Bernier ne lui permet pas de s'adonner exclusivement à l'astronomie. Conscient que ses parents comptent sur lui pour leurs vieux jours, Bernier se décide à se présenter à l'École polytechnique. Il se rend au jury d'examen de Toulouse où il est interrogé le par Monge, sans succès puisqu'on ne le trouve pas dans les effectifs de la promotion 1799 (An VIII). Bernier se montre extrêmement appliqué durant les trois dernières années, 1797, 1798 et 1799, qu'il passe à Montauban.

Séjour à Paris L'astronome Lalande le fait alors venir à Paris en lui proposant de le loger chez lui. Bernier arrive le et découvre avec enthousiasme l'observatoire du Collège de France. Il retrouve dans la capitale son ami Ingres qui lui a appris jadis le dessin à Montauban, et qui, élève distingué de David, peint son portrait. Mais Bernier ne se plaît guère à Paris. Il apprend qu'il est question d'une expédition pour les pays éloignés, pour de nouvelles découvertes, à la Nouvelle-Hollande. La crainte de la conscription, le désir de se faire connaître pour progresser, le déterminent à se porter candidat, projet auquel Lalande tente vainement de s'opposer, jugeant son élève davantage nécessaire à l'astronomie pour des choses plus difficiles.

Âgé de moins de vingt-et-un ans, encore mineur, il écrit à ses parents pour avoir leur agrément ; ces derniers le laissent maître de son choix. Bernier est nommé avec Frédéric de Bissy astronome de l'expédition le , par la commission de l'Institut et part pour le Havre le où il rejoint tous ceux appelés à faire partie de l'expédition Baudin. Les officiers, officiers mariniers et équipages ont été choisis avec un soin extrême : vingt-deux savants civils, dont deux astronomes, deux ingénieurs géographes, un ingénieur du génie maritime, cinq zoologistes (dont le zoologiste et médecin François Péron, élève de Cuvier), trois botanistes et trois dessinateurs chargés de constituer un véritable reportage sur les pays visités.

Expédition Baudin

Nicolas Baudin, à l'origine du projet qu'il a porté auprès du Premier consul Napoléon Bonaparte, est le chef de l'expédition et commande le Géographe. Les membres de l'expédition découvrent rapidement son manque de diplomatie. Tous les témoignages concordent sur la nature entière, autoritaire et glacée, rancunière, de son caractère. Les officiers, les équipages et les “savants” lui reprochent son entêtement, son absence de compassion aux souffrances de l’équipage, son indifférence aux précautions d’hygiène, la réalisation d’un grand programme scientifique sous une forte pression. Bernier écrira plus tard de lui : .

Dès le au matin, Bernier visite les deux corvettes encore dans le bassin, le Géographe, prévu pour son collègue Bissy, Le Naturaliste où il est affecté : .

Départ du Havre Le les deux corvettes appareillent du Havre. Dans la nuit du 28 au beaucoup dont Bernier, mais surtout Dumont, sont atteints d'un mal de mer. L'astronome du Naturaliste songe un instant descendre à la première escale, mais dès le lendemain, il est remis sur pied et envisage déjà avec Bory de Saint-Vincent un autre voyage qui ferait suite à celui qu'ils commencent à peine.

À bord, Bernier se livre même ensuite à plusieurs observations, notamment celle de la distance d'Aldebaran à la lune, dans la nuit du 9 au pendant laquelle le ciel est beau et l'atmosphère tempérée. Après quinze jours de mer l'expédition arrive le à Santa Cruz de Ténériffe où elle fait une escale de onze jours. Bernier écrit de Ténériffe à Lalande qu'il ne s'aperçoit plus du roulis de son bord.

Escale à l'Île-de-France L'expédition repart de Ténériffe le , franchit l’équateur par environ 23° 40' de longitude ouest (méridien de Paris) le , double le cap de Bonne Espérance le et arrive à l’Île-de-France (Maurice) le au soir, quatre mois après l’appareillage du Havre. Le retard pris dans la traversée a largement contribué à la détérioration de l’atmosphère à bord, qui se solde par le débarquement de dix savants : le jeune astronome Bissy, deux zoologistes, deux botanistes, deux jardiniers et les trois peintres dessinateurs et la désertion de 21 hommes d’équipage. Tous sont mécontents et certains, hospitalisés, inaptes à poursuivre le voyage. Bissy est remplacé par Bernier qui passe le du Naturaliste au Géographe.

Par ailleurs, les magasins de la colonie sont vides, en raison de l’état de guerre avec l’Angleterre depuis 1793, qui a rendu précaires les liaisons avec la métropole. L’extrême mauvaise volonté des autorités locales oblige l’expédition à recourir à des capitaines danois, présents sur rade, pour le ravitaillement. Ainsi, dès le départ, le , l’équipage doit se contenter d’un mauvais tafia de l’Île à la place du vin, et de biscuits et salaisons avariées. Le pain frais, le vin et la viande fraîche ne seront plus désormais qu’un souvenir. L’expédition quitte l’Île-de-France dans une atmosphère d’autant plus détestable que Baudin refuse de dévoiler ses intentions pour la suite du voyage.

Découverte des Terres Australes

La traversée de l’océan indien s’effectue cependant sans incident et assez rapidement, puisque les deux bâtiments arrivent en vue des côtes australiennes, à hauteur du cap Leeuwin où ils atterrissent le , près de sept mois après leur départ de France, et non pas à la Terre de Van Diemen (Tasmanie) comme le prévoient les instructions du départ données par le ministre de la marine. L'expédition Baudin peut enfin commencer sa découverte des terres australes ; elle réalise très rapidement qu'elle va devoir s'accommoder des décisions de son commandant, mais aussi composer avec les conditions climatiques de l'hiver austral (de mai à septembre).

En raison du retard accumulé, Baudin trouve la saison trop avancée pour l’exécution du programme prescrit, et décide d’entreprendre sans délai l’hydrographie de la côte nord-ouest, en remontant vers le nord. Après une partie de cache-cache du Naturaliste d'Hamelin avec le Géographe de Baudin le long de cette côte, les deux navires finissent par se retrouver en à Coupang (Kupang, à Timor) qu'ils quittent le pour contourner l’Australie par l’ouest et le sud et, sans faire escale, arriver le en Tasmanie.

Baudin reprend l'objectif fixé au départ d'une reconnaissance détaillée des côtes du sud-ouest, de l’ouest et du nord de la Nouvelle-Hollande. De sérieux travaux hydrographiques dans les parages sud-est de la Terre de Van Diemen (Tasmanie) sont entrepris. Les corvettes remontent ensuite chacune de leur côté le long de la côte orientale pour se retrouver à la fin du mois de à Port Jackson où elles stationnent près de cinq mois.

Compte tenu de la réduction des équipages, pour cause de mort ou de maladie, Baudin décide de renvoyer en France le Naturaliste et de le remplacer par le Casuarina (une goélette fabriquée en bois de casuarina commandée par Louis de Freycinet). Tous appareillent le pour se regrouper le à l’île King (à la sortie ouest du détroit de Bass). Le Naturaliste appareille ensuite pour Le Havre où il accoste le ; Hamelin rapporte les collections d’histoire naturelle, ainsi que les cartes, les mémoires et les observations déjà rédigés.

Le Casuarina reçoit l’ordre d’hydrographier les abords de l’île King, puis les îles Hunter. Freycinet reconnaît ensuite les golfes de la terre Napoléon sur la côte sud de l’Australie. Lorsqu’il touche l’île Decrès, Baudin, resté au mouillage pendant , en attente d’une chaloupe devant remplacer celle qu’il a perdue à l’appareillage de l’île King, ne l’a pas attendu. Une autre partie de cache-cache commence : Freycinet cherche sans succès son chef à l'archipel et , puis se décide à gagner le port du roi George où Baudin le rejoint, cinq jours plus tard, le .

Le Géographe et le Casuarina quittent le le port du roi George pour doubler le cap Leeuwin et remonter le long de la côte ouest (Terre d'Endracht, Terre de Witt) et enfin mettre le cap sur Timor où ils arrivent le . Très fatigué à son arrivée à Timor, Baudin décide d’y relâcher un mois avant d'en repartir le pour reconnaître la côte nord de l’Australie en direction du détroit de Torrès. Parvenu à l’entrée du golfe de Carpentarie, Baudin, épuisé et souffrant, décide de faire demi-tour, pour rallier l’Île-de-France qu'il atteint le , avec un équipage à bout de forces et des provisions d’eau en voie d’épuisement. Arrivée à son tour le , la goélette le Casuarina est désarmée à l'île-de-France le .

Baudin meurt de tuberculose le à l’Île-de-France où il est inhumé. Milius, ex-commandant en second du Naturaliste, laissé malade au port Jackson le et qui a rejoint entre-temps l’Île-de-France, prend le commandement du Géographe le . Le Géographe appareille ensuite le , fait escale le au Cap et met un terme à l'expédition Baudin à son arrivée à Lorient le .

Contribution de Bernier Le , l'astronome Bissy reste à Île-de-France non sans écrire pour se justifier à Lalande qui lui répond par ce seul mot : Bernier y est. Ce dernier, passé du Naturaliste au Géographe, devient désormais le seul astronome de l'expédition et mesure bientôt les avantages comme les inconvénients de loger sur le navire du commandant de l'expédition : les avantages lorsque Baudin, conscient d'avoir besoin de lui, le ménage et l'invite à sa table pour qu'il se rétablisse vite quand la mauvaise nourriture commence à altérer sa santé, les inconvénients lorsque Bissy l'affanchit des connaissances scientifiques de Baudin sur le magnétisme des aiguilles d'argent qu'on a refusé de lui fournir.