thumb|right|Patrouille des policiers de quartier à Strasbourg

La police de proximité est une politique d'emploi de la police nationale instaurée à partir de 1998 par le gouvernement Jospin et globalement supprimée à partir de 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur du gouvernement Raffarin.

En France, l'objectif principal poursuivi par la création de la police de proximité semble résider dans la volonté du pouvoir politique d'apaiser le « sentiment d'insécurité ». En faisant se côtoyer quotidiennement et au plus près citoyens et policiers, le pouvoir vise à créer du lien, ou comme le dit le sociologue Sébastian Roché, à faciliter le « vivre ensemble »Ouvrage de 2005, « Police de proximité : Nos politiques de sécurité », cité en bibliographie (infra).

Dans certains lieux la réduction de la délinquance n'a pas été sa principale prioritéSelon Caroline Ober, « La diminution à brève échéance des comportements délictueux n'est pas l'objectif immédiat de la police de proximité. Son but est de renforcer le sentiment de sécurité des habitants », in La police de proximité. Une institution rénovée en attente de résultats probants, Mémoire de DEA Droit et Justice (dir. Lorgnier), Université Lille II (2001-2002), Lire en ligne. Sa suppression au niveau national suscitera des propositions de remplacement par une « police citoyenne »Pour une police citoyenne de quartier (Marie Lajus, commissaire divisionnaire, Liberation.fr, octobre 2010). Cette politique s'inspire des modèles de police communautaire étrangersLa police de proximité : une révolution culturelle ?, séminaire de la promotion Averroès de l'ENA (1998-2000) (voir le texte intégral en pdf) : elle a ainsi été créée au Québec par la loi sur la police de 1997 (plusieurs fois modifiée depuis)Sécurité publique du Québec : loi sur la police Modifications - Texte actuel - Règlement sur les services policiers de base, son concept tolérant plusieurs acceptionsLa police communautaire. Exposition d’une typologie (Dominique Wisler, The International Police Executive Symposium (IPES), avril 2009) et présentationsSûreté du Québec, Police de proximité et Vers une police plus communautaire (Ministère de la Sécurité publique du Québec, décembre 2000) et La police communautaire et de proximite (Stéphane Leman-Langlois, cours de sociopolitique de la police, Université de Montréal). Voir également la présentation théorisée, relative à une expérimentation à Toronto : À la recherche d'une police communautaire. L'histoire d'un grand ensemble de Torento (C.D. Shearing, Centre de criminologie, Université de Torento, publié dans Déviance et société, 1991, Vol. 15, , .359). La France est cependant la seule à avoir conduit une expérience de police de proximité centralisée au niveau nationalSelon Caroline Ober, op. cit., .

Cette mission particulière confiée à la police nationale, qualifiée de « révolution culturelle » au moment de sa promotion, divise notamment une partie de la gauche qui majoritairement la défend en dénonçant a contrario la frénésie répressive du camp adversePar exemple : Conférence de presse du groupe socialiste au Sénat sur le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance (septembre 2006). A contrario, voir la position de Manuel Valls, Insécurité : pour Valls, la gauche devra mener "une politique répressive sans complexe" (Le Point.fr, août 2010) et une partie de la droite qui invoque plutôt l'angélisme et le laxisme de ses partisans et la dénaturation du caractère régalien des missions de la police nationale, avait expliqué M. Sarkozy, en fustigeant la gauche et sa (Le Monde du 7 novembre 2005). A contrario, voir le rapport adopté en 2006 par la droite sénatoriale réclamant le rétablissement de la police de proximité (infra). Elle suscite même un débat passionnel entre ses fervents défenseurs. et ses plus farouches adversaires..

Selon le sociologue Laurent Bonelli, la mutation stratégique de la police nationale française depuis les années 1990 s'oriente davantage vers une (BAC, etc.) que vers une police supposément de « proximité » in . En contrepoint, le sociologue Loïc Wacquant souligne en se basant sur l'exemple américain qu'il ne faut pas exagérer le rôle que peut avoir la police, y compris la police de proximité, dans l'évolution des infractionsSelon Loïc Wacquant : in .

Néanmoins, la demande de police de proximité au niveau national est régulièrement renouvelée, telle cette résolution parlementaire de Roseline Letteron, « Où l'on reparle de la police de proximité » sur contrepoints.org (consulté le 20 décembre 2012), avec des contradicteurs qui trouvent un nouvel appui dans l'argument économiquePourquoi la police de proximité ne peut plus exister sur marianne.net (consulté le 20 dec; 2012). Selon un sondage, 84 % des Français y seraient favorables ().. La campagne présidentielle de 2017 donne l'occasion à plusieurs candidats plutôt de gaucheBenoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon : Cf. Police et sécurité, ce que proposent les candidats à la présidentielle sur la-croix.com (consulté le septembre 2017) de se prononcer pour le retour à une forme de police de proximité, Emmanuel Macron proposant ainsi une Termes exacts de son trac-programme de campagne : Retraite, santé, salaires... les nouvelles mesures du projet Macron sur https://www.lesechos.fr (consulté le 2 mars 2017. Le , le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, annonce sa mise en place avant la fin de l'annéeDans une interview donnée au quotidien Le Figaro : , édition du 16 août 2017 sous le nom de police de sécurité du quotidien.

Historique de sa mise en œuvre

Début et déploiement (1998)

Le concept de police de proximité est d’abord porté par Charles Pasqua dès 1995 et se traduit par des circulaires mettant en avant sa nécessité. On le retrouve aussi à gauche. Le député PS Daniel Vaillant et de Patrice Bergougnoux en se basant sur le fait que les rapports entre les policiers et les jeunes soient souvent tendus et le lien encore plus distendu en cas d'intervention des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) ou de la Brigade anti-criminalité (BAC). C’est la « sécurité de proximité » qui est envisagée par le PS, plus que la police de proximité au sens d’une réforme de l’organisation elle-même comme le montre S. Roché à partir des rapports interne du parti dans « police de proximité »(Seuil). La police de proximité fut annoncée dès 1997 et mise en place à partir de 1998 par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin, dans le sillage du colloque socialiste organisé à Villepinte en .Sebastian Roché propose un historique détaillé dans son livre Police de proximité : Nos politiques de sécurité, Paris, édition du Seuil, 2005 où Lionel Jospin clame que . Quatre orientations sont définies : polyvalence des policiers de la sécurité publique qui seront affectés à la police de proximité, avec l'extension aux gardiens de la paix des qualifications judiciaires ; selon la formule de Jean-Pierre Chevènement ; une police partenariale à travers des contrats locaux de sécurité signés avec les collectivités territoriales ; enfin, la proximité, qui place le citoyen au centre des préoccupations de sécurité publique.

La loi du 21 janvier 1995 d’orientation et de programmation relative à la sécurité (LOPS)Sur Legifrance, le texte de la Loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité mettait cependant déjà en place la notion de « coproduction de la sécurité », qui s’est notablement exprimée à travers une nouvelle doctrine d’emploi des forces de police, la police de proximitéFranck Denion, chef de service de police municipale et doctorant en science politique, sur son blog La "police de proximité" c'est quoi ? (juillet 2007), terme dont dans une interview Yannick Blanc s'attribue la paternité, et à l'Institut des Hautes Études de Sécurité Intérieure (IHESI)Selon . Pour en rendre compte : Jérôme Ferret, Police de proximité en France, Une expérience de recherche institutionnelle à L'IHESI entre 1998 et 2001, Les Cahiers de la sécurité intérieure, 46-4, (2001) pp. 97.118;. En réalité, la genèse de cette réforme s'appuie essentiellement sur les analyses contenues dans le rapport rendu par le sénateur Belorgey au ministre de l'Intérieur Gaston Defferre en 1982, et publié en 1991 seulement aux Presses universitaires de Nancy comme l'historique détaillé réalisé par Sebastian Roché en témoigne.

Sous l'impulsion de Jean-Pierre Chevènement et de son directeur de cabinet Jean-Pierre Duport, ancien préfet de la Seine-Saint-DenisJean-Jack Queyranne assura l'intérim de J.P. Chevènement du 3 septembre au 30 décembre 1998 aidé de son conseiller Jean-Pierre Havrin, suivi de Daniel Vaillant son successeur place Beauvau, la mise en place de la police de proximité au sein de la police nationale, confiée concrètement à la Direction centrale de la sécurité publique, fut progressive : cinq communes en 1998 (Châteauroux, Garges-lès-Gonesse, Beauvais, Les Ulis et Nîmes)Caroline Ober, op. cit., p. 10 représentant plus de , puis soixante-deux en 1999 sur des territoires moins étendus que les 5 premiers sites mais plus ciblés sur des quartiers en difficulté, ont expérimenté le modèle de la police de proximité ; le Conseil de sécurité intérieure relancé en 1997 dans cette perspective en suit le développementLe conseil version 1997 est en fait la réactivation par voie réglementaire d'une institution créée en 1986 par J. Chirac, Premier ministre, qui sera sensiblement remaniée en 2002 et 2010. Voir : (précité); la préfecture de police de Paris a inauguré ce modèle le Préfecture de police de Paris, Un an de police de proximité à Paris, 2000.

Sa généralisation à l'échelle nationale aux urbaines de police nationale s'est opérée en trois vagues : en pour les 62 grandes circonscriptions initiales ; la seconde vague a été lancée en 2001 et la troisième pour les plus petites circonscriptions en 2002Jean-Pierre Chevènement, La police de proximité, 14 janvier 2008. Parallèlement, l'ensemble du dispositif a pu bénéficier à partir de 1997 d'un outil destiné à favoriser une stratégie territoriale cohérente de prévention et de sécurité et la synergie partenariale nécessaire : le contrat local de sécurité (qui remplacent les conseils communaux de prévention de la délinquance). Les polices municipales ont ainsi naturellement suivi le mouvement.

La loi du d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) entérine et approuve le développement de la police de proximitéLoi du 29 août 2002 d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure sur Vie Publique.fr que maintient la loi pour la sécurité intérieure (LPSI) du .

Fin de l'expérience au sein de la police nationale (2003)

thumb|right|Police Nationale, commissariat de quartier