Nadja est un récit autobiographique d'André Breton publié en 1928, revu et corrigé par l'auteur en 1962 (publié en ). Avec le ton neutre du « procès-verbal », du document « pris sur le vifNadja dans André Breton, Œuvres complètes, tome 1, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, , . », Breton rend compte Breton, OC1, . des événements quotidiens survenus durant neuf jours entre lui et une jeune femme rencontrée le à Paris, Léona DelcourtEmmanuelle Lequeux, Léona Delcourt, la femme qui inspira Nadja à André Breton publié sur LeMonde.fr du 22.1.2021., qui se surnommait elle-même « Nadja ». Faussement romanesque, largement autobiographique et formant prétexte à multiples divagations théoriques ou poétiques, ce récit vise à instaurer un genre neufAlain & Odette Virmaux, André Breton, 1996, éditions La Manufacture, , ..

Résumé Nadja est composé en trois parties.

La première partie s'ouvre par la question Breton, OC1, . La méthode d'investigation de Breton ne consiste pas en une introspection ni une analyse psychologique, mais la relation d'anecdotes, d'impressions, en apparence insignifiantes, de menus faits dont le caractère commun est d'appartenir à la vie et non à la littérature. Il estime que ces faits en apprennent davantage sur les individus que de longs témoignages ou commentaires. Il s'insurge contre l'illusion des romanciers qui croient pouvoir créer des personnages distincts d'eux-mêmes ou d'autres êtres du réel.

Le second temps de cette première partie consiste en une suite de séquences disparates situées entre 1916 et 1927 et rapportées sans ordre chronologique : la double rencontre avec Paul ÉluardBreton, OC1, ., la visite de Lise Meyer au Bureau de recherches surréalistesBreton, OC1, ., la rencontre avec Fanny Beznos aux Marché aux puces de Saint-OuenBreton, OC1, ., le compte rendu du drame Les DétraquéesCréé en 1921, ce drame a été écrit par Pierre Palau. Ce dernier a sollicité les conseils du neurologue Joseph Babinski dont André Breton a été l'assistant en janvier 1917 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Le texte de la pièce a été reproduit dans le premier numéro de la revue Le Surréalisme, même de 1956. Breton, OC1, . que Breton est allé voir Breton , OC1, .

La deuxième partie est constituée de la relation de la rencontre d'André Breton et Nadja qui commence le et s'achève le 13. Par une fin d'après-midi Breton, OC1, . il aperçoit une jeune femme très pauvrement vêtue, allant en sens inverse, la tête haute contrairement à tous les passants, curieusement fardée, avec un sourire imperceptible et des yeux tels qu'il n'en avait jamais vu. Il l'aborde, elle ne le repousse pas. Elle vit à Paris depuis qu'elle a quitté Lille il y a deux ou trois ans. Elle dit se prénommer Breton, OC1, Ce surnom lui aurait été inspiré par la danseuse américaine « Nadja » qui se produisait avec un certain succès au Théâtre Ésotérique. Breton, OC1, .. Au moment de se séparer, Breton lui demande qui elle est. Breton, OC1, ., répond-elle. Ils conviennent de se revoir le lendemain, Breton lui apportera quelques-uns de ses livres.

Dès la troisième rencontre, Nadja parle du pouvoir que Breton aurait sur elle, Elle le supplie de ne rien entreprendre contre elleBreton, OC1, .. Elle lui apprend l'existence de sa filleMarthe, née à Lille le 21 janvier 1920, de père inconnu : Albach, .. Elle lui raconte également son arrestation à Paris après avoir transporté de la drogue depuis La Haye (Hollande). Elle a été relâchée le jour même grâce à l'intervention d'un juge ou d'un avocat, nommé G…. dont elle reçoit, depuis, des lettres Breton, OC1, . André Breton est mécontent de lui-même : il n'aime pas Nadja, pourtant il s'ennuie quand il ne la voit pasBreton, OC1, ..

Tout au long de leur pérégrination rôde autour d'eux une succession de personnages des plus étranges dans leur tenue ou leur comportement : un ivrogne qui ne cesse de répéter les mêmes mots obscènes mêlés à des paroles incohérentes, un autre qui insiste pour qu'on l'amène dans une rue précise, qui vend des images relatives à l'histoire de France, un serveur de restaurant d'une extrême maladresse, comme fasciné et pris de vertige à cause de Nadja, et des hommes qui lui adressent des signes de connivenceBreton, OC1, ..

Le soir du , Nadja prédit à André Breton qu'il écrira un roman sur elle : Breton, OC1, .

Deux jours plus tard, Nadja lui donne un dessin, le premier qu'il voit : une étoile noire à cinq branches, un masque carré, ces deux éléments reliés par un trait en pointillés où se rencontrent un crochet et un cœur également en pointillé ; à droite, Nadja a dessiné une bourse et écrit, au-dessus, quatre mots : Breton décide d'emmener Nadja hors de Paris. À la gare Saint-Lazare, ils prennent un train pour Saint-Germain-en-Laye. Arrivés à une heure du matin, ils prennent une chambre à l'hôtel. Dans la réédition de 1963, la mention de l'hôtel est effacée, comme si Breton voulait Breton, OC1, . Cependant, plus loin, il confie avoir Breton, OC1, .

Quelques mois plus tard, Nadja sombre dans la folie. On l'interne à l'asile de Perray-Vaucluse, à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans la banlieue sud de Paris.

Rejetant par avance les conclusions des uns qui pourraient voir cette issue comme une conséquence trop prévisible, et les accusations des autres qui lui reprocheraient , André Breton remet en cause l'institution psychiatrique où l'on Breton, OC1, .

La troisième partie commence, Breton, OC1, ., par une réflexion de Breton sur l'intérêt que l'on peut porter à un livre une fois achevé. L'histoire de Nadja est terminée mais le récit se poursuit par la célébration de sa nouvelle passion amoureuse : Suzanne MuzardRencontrée début novembre. Cette troisième partie a été écrite dans la seconde moitié de décembre.. De la litanie des Breton, OC1, . au dramatique fait divers recopié d'un journal et élevé à la valeur symboliqueBreton, OC1, ., elle est la femme qui Breton, OC1 . et devant qui doit Breton, OC1, . Breton, OC1, Des années plus tard, Suzanne Muzard réfutera la moindre part qu'elle a pu prendre dans l'écriture de cet épilogue : , propos recueillis par Marcel Jean, Autobiographie du surréalisme, éditions du Seuil, 1978, . Sa définition de la beauté qui ferme le livre propose une réponse au et au Breton, OC1, . :

Les circonstances de l'écriture Les deux premières parties ont été écrites au mois d' au manoir d'Ango près de Varengeville-sur-Mer, (Seine-Maritime), mais également près de Pourville-sur-Mer (à de Varengeville) où réside l'inaccessible Lise Meyer à qui André Breton fait Préface inédite de 1930 rédigée par André Breton à l'attention du collectionneur René Gaffé, Breton, OC1, . et qui est la source d'un Lettre de Simone Breton à Denise Naville d'août 1925, Breton, OC1, . De retour à Paris, début septembre, André Breton s'enquiert des illustrations auxquelles il attribue des fonctions unificatricesBreton, OC1, ..

Début novembre, au Café Cyrano, le rendez-vous des surréalistes, Breton lit les deux premières parties de NadjaIl n'y manquait qu'une conclusion, à laquelle fait allusion la page 752, qui n'a probablement jamais été écrite. Breton, OC1, .. L'écrivain Emmanuel Berl est venu avec sa maîtresse Suzanne Muzard. C'est le coup de foudre réciproque. Ils décident de quitter Paris et passent une quinzaine de jours dans le sud de la France. Mais elle ne veut pas se séparer de Berl. De retour à Paris à la mi-décembre, Breton ajoute une troisième partie.

Pour la réédition de 1963, André Breton écrit un Avant-dire et ajoute quelques photos qui n'avaient pu être réalisées au moment de la première édition. Sur le texte, près de 300 corrections ont été faites : toutes les modifications ont été recensées par Claude Martin dans la Revue d'histoire littéraire de la France de mars-avril 1972, année, et suivantes. Breton, OC1, ..

Dans une lettre à Jean Paulhan du , André Breton lui fait part de son souhait de réunir Nadja, Les Vases communicants, et L'Amour fou sous une même couverture : Breton, OC1, .

Les illustrations Dès son Avant-dire, nouvelle préface à la réédition de l’ouvrage en 1963, André Breton prévient que Breton, OC1, . Déjà dans Les Pas perdus de 1924, André Breton concevait l’appareil photographique comme le miroir du concept d’écriture automatique, Et dans le numéro 9-10 de La Révolution surréaliste (octobre 1927), il se demandait « quand donc tous les livres valables cesseront-ils d’être illustrés de dessins pour ne plus paraître qu’avec des photographies.»

L’édition de 1928 qui comprend un total de 44 images : photographies authentiques de portraits et de lieux, reproduction de documents, de tableaux, d’œuvres, de dessins dont ceux de Nadja elle-même, montre que les composantes du corpus iconographique et sa cohérence narrative dépassent le simple exercice de description.

La réédition de 1963 comporte des retouches dans le texte ainsi que dans la sélection des images : le montage de négatifs de Nadja, ainsi l’attribution de dix photographies à Jacques-André Boiffard, dans l’édition de 1928Damarice Amao, Quelle photographie pour Nadja ?, dans Nadja, un itinéraire surréaliste, catalogue sous la direction de Sylvain Amic et Alexandre Mare , Paris et Rouen 2022, co-édition Gallimard / Réunion des Musées Métropolitains , ..

Les photographies et leurs auteurs sont citées dans leur ordre d'apparition : right|180px|thumb|André Breton en 1927photographie d'Henri Manuel. L'hôtel des Grands Hommes, Jacques-André Boiffard, Breton, OC1 pour toutes les photographies citées. Le colombier du Manoir d'Ango, La statue d'Étienne Dolet, Paul Éluard, portrait de Man Ray, Magasin Bois & Charbons, Jacques-André Boiffard, Benjamin Péret, portrait de Man Ray, Robert Desnos plongé dans un « sommeil forcé », deux photos de Man Ray, « La très belle et inutile Porte Saint-Denis », Jacques-André Boiffard, Une scène des Détraquées de Pierre Palau, photo d'Henri Manuel, L'actrice Blanche Derval, portrait d'Henri Manuel, Au Marché aux puces de Saint-Ouen, Objet non identifié, Gant de femme en bronze, La librairie de L'Humanité, Jacques-André Boiffard, Le restaurant À la nouvelle France, Sacco, voyante, Le marchand de vins, Place Dauphine, Jacques-André Boiffard, Un bassin avec jet d'eau, Jacques-André Boiffard, La Profanation de l'Hostie, détail de la prédelle de Paolo Uccello, Magasin de camées durs, rue de Rivoli, Jacques-André Boiffard, Enseigne du Sphinx-Hôtel, Boulevard de Magenta, Jacques-André Boiffard, Nadja, , photomontage d'André BretonAndré Breton a réalisé un collage similaire à partir d'une photographie de Suzanne Muzard, reproduit dans le livre de Georges Sebbag, André Breton l'amour-folie, éditions Jean-Michel Place, Paris, 2004, et, dans ses archives, il a été retrouvé un portrait de Lise Deharme de septembre 1927 dont les yeux sont également découpés (photographie reproduite dans Sebbag, ). La provenance de cette photo des yeux de Nadja est restée mystérieuse jusqu'à la publication du livre d'Hester Albach, Léona, héroïne du surréalisme. Le découpage proviendrait d'un portrait Ce portrait est en couverture du livre d'Albach. Reste une énigme : les circonstances dans lesquelles Breton a eu cette photo sachant qu'aucune n'a été trouvée dans ses archives., Le château de Saint-Germain-en-Laye, Le Joueur de guitare, tableau de Juan Gris, L'Angoissant Voyage, tableau de Giorgio De Chirico, Masque de Nouvelle-Bretagne, Mais les hommes n'en sauront rien, tableau de Max Ernst, Statue-fétiche de l'Île de Pâques, Affiche publicitaire pour l'ampoule Mazda, Jacques-André Boiffard, Le professeur Henri Claude, portrait d'Henri Manuel, Buste d'Henri Becque, André Bouin en 1962, André Breton portrait d'Henri Manuel, , statue de cire du musée Grévin, Pablo Volta en 1959, Les Aubes, plaque indicatrice du restaurant Sous Les Aubes à Avignon, Valentine Hugo en 1932, .

Documents : Programme du film L'Étreinte de la pieuvre : ,