La reconnaissance juridique du génocide des Tutsi au Rwanda par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, institué par le Conseil de sécurité des Nations unies, constitue la base internationale de droit qui fonde sa réalité avérée et certifiée et qui permet de parler de négationnisme à propos des contestations et remises en cause de son existence. Ce génocide a donné lieu à des analyses ou des lectures .
Présentation générale La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide fut adoptée par l'assemblée générale de l'ONU à Paris en France, le .
La reconnaissance juridique n'est pas la seule et unique référence. Les juristes s'appuient souvent sur des travaux historiques à travers des commissions d'enquête ou des enquêtes indépendantes. Comme pour le génocide des Juifs par les nazis qui fut reconnu par des historiens mais n'a pas été l'objet de décisions spécifiques lors du procès de Nuremberg, des enquêtes et des études historiques établissent le génocide des Tutsi. Plusieurs décisions d’acquittement du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) montre que certaines accusations n'ont pas pu être maintenues faute de preuves réunies suffisamment solides, notamment quand des témoins font défection au moment du procès. L'absence de preuves suffisantes n'implique pas toujours que le fait n'a pas eu lieu et il peut arriver que des historiens, des journalistes, des enquêtes d'ONG, apportent des éléments différents des décisions juridiques. Les fondements d'une accusation de négationnisme dépendent donc du référentiel juridique et/ou historique.
Relèvent du négationnisme : la négation des événements ; la négation de la pertinence de l'utilisation du terme de génocide.
Même si la qualification de génocide n'est pas contestée, relève également de la négation du génocide des Tutsi la contestation de l'un des éléments défini à l'article 3 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, s'il est établi que cet élément fut constitutif du génocide des Tutsi. Ainsi : la (intention rapportée par plusieurs responsables français auditionnés par les députés françaisCf.rapport et auditions de 1998 des députés français sur les événements du Rwanda) ; la , reconnue dans certaines décision du TPIR (le Premier ministre, Jean Kambanda, le ministre de l’Information Eliézer Niyitegeka et la ministre de la famille Pauline Nyiramasuhuko) ;
Sur le plan juridique, aucune complicité n'a encore été établie, les procès étant en cours d'instruction à travers diverses plaintes « contre X » de rescapés Tutsi concernant des militaires français non identifiés par les plaignants. Sur le plan historique, de nombreux documents et études historiques traitent de cet aspect en en tirant des conclusions diverses et controversées.
Des historiens estiment que le droit n'a pas à dire l'histoire. D'autres estiment que dans un état de droit la liberté d'expression a des limites et que la contestation d'un crime avéré serait un encouragement à l’impunitéLaurence Neuer, Faut-il légiférer sur la négation des génocides ?, lepoint.fr, 23 décembre 2011.
Au Rwanda la constitution, une commission permanente et des lois encadrent la lutte contre « l'idéologie du génocide », idéologie qui a pour élément essentiel la négation de la qualification de génocide et de tous les éléments qui pourraient y concourir.
Les diverses expressions de ce négationnisme En 2010, l'historien Jean-Pierre Chrétien affirme que le négationnisme du génocide des Tutsi serait « structurel » et aurait un objectif simple et évident, masquer la réalité : « Ce courant fonctionne en réseau en Europe et en Amérique du Nord. En France, il s’est manifesté surtout après les travaux de la Mission parlementaire de 1998, qui avaient ouvert la voie à une critique lucide de la politique française des années 1990 et 1994 et notamment à partir du anniversaire du génocide, comme pour en brouiller l’image, en réaction aussi à la progression des travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda qui condamne le colonel Bagosora en . Il s’agit donc manifestement d’une mobilisation contre les différentes formes d’un travail de vérité. »Le génocide du Rwanda : un négationnisme structurel Site internet de la LDH de Toulon
La négation directe et l'inversion des responsabilités La négation directe La négation pure et simple considère qu'il n'y aurait eu au Rwanda que de simples massacres de masse, dont la quantité aurait été délibérément grossie par la propagande pro-FPR. Dans les procès devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), plusieurs accusés ont tenté de contester l'existence d'un génocide au Rwanda. Conscient du temps perdu dans chaque procédure, le TPIR finit par instituer que le génocide n'avait plus besoin d'être prouvé« Le TPIR a pourtant déjà tranché que le génocide contre les Tutsis en 1994 est « un fait de notoriété publique » qui n'a plus besoin d'être prouvé. »Voir dépêche de la Fondation Hirondelle : 2 février 2010 - TPIR/Karemera - Un prisonnier du TPIR poursuit ses attaques contre le procureur. Le colonel Théoneste Bagosora déclara pour sa défense : « Moi, je ne crois pas au génocide. Au Rwanda en 1994, il y a eu des massacres excessifs auxquels il faut trouver une explication. »Bagosora face à ses juges : un négationniste combatif - RFI 24 octobre 2005.
Au Canada, le livre du journaliste canadien Robin Philpot Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali nie l'existence du génocide des TutsiRobin Philpot, Ca ne s'est pas passé comme ça à Kigali, Duboiris, 2003, 238 p.. On ne trouve pas le mot « génocide » dans son livre. Cela a donné lieu à l'« Affaire Philpot ».
L'inversion des responsabilités dans le génocide L'inversion de la responsabilité dans ce génocide est aussi une arme de ce négationnisme.
Le gendarme du GIGN, Thierry Prungnaud affirma dans le Point et dans une émission de France Culture en , que ses supérieurs hiérarchiques leur expliquèrent en au début de l'opération Turquoise que c'étaient les Tutsi qui massacraient les Hutude Saint-Exupéry Patrick, Complices de l'Inavouable, la France au Rwanda, Les arènes, 2009, 315 p.. Le général Roméo Dallaire, ancien commandant de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda raconte dans son livre qu'il avait perçu des propos négationnistes parmi les officiers français qu'il rencontra lors de l'opération Turquoise sur le terrainRoméo Dallaire (Lieutenant-général), J'ai serré la main du diable. La faillite de l'humanité au Rwanda, Libre expression, 2003.page 559 : « Au cours du repas, je […] trouvais [le général Lafourcade] plus authentique et équilibré que ses officiers. Alors qu'il discutait sur l’arrêt du génocide en cours, son personnel soulevait des questions quant à la loyauté de la France envers ses anciens amis. […] Ils pensaient que la MINUAR devait aider à empêcher le FPR de vaincre l'AGR [l'armée gouvernementale rwandaise, plus communément désignée sous le sigle FAR], ce qui n’était pas notre tâche. […] Ils refusaient d'accepter l'existence d'un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d'une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR. ».
La théorie du double génocide Une vive polémique est entretenue par les courants soutenant l'ancien régime rwandaisRwanda: à son procès, Simbikangwa affiche la thèse du double génocide, Le Point, 7 février 2014. Ils soulignent qu'une plainte a été déposée en 2005 devant la justice espagnole contre les chefs de l'Armée patriotique rwandaise (le bras armé du FPR) de Paul Kagame pour des crimes commis au Zaïre en 1996 contre les réfugiés Hutu et les citoyens espagnols d'une association humanitaire. Ils font aussi valoir qu'une instruction judiciaire a été menée en France sur les causes de l'attentat du 6 avril 1994 par le juge Bruguière. Ils en concluent que ces procédures remettent en cause l'interprétation des faits relatés ci-dessus au profit de la thèse du double génocideAttentat du 6 avril 1994 : la vérité contre le négationnisme du génocide du Rwanda, Benjamin Abtan, Le Monde, 18 janvier 2012., assimilant les attaques menées par le FPR, au début des années 1990 au Rwanda et en 1996 au Zaïre, à un génocide des Hutu mené par les Tutsi.
François Mitterrand fut un des premiers initiateurs de la théorie du double génocide en parlant « des génocides » au Rwanda au sommet franco-africain de Biarritz en . Le Rwanda n'a pas été invité à ce sommet. À propos de ce discours, la revue Cités (PUF) observe dans son (page 25 note 7) en 2014 : « Est-ce une coïncidence ? Cette phrase fut prononcée par ce juriste le jour même de la création du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) par la résolution 955 du Conseil de sécurité de l'ONU. »Lire aussi à ce sujet Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les Arènes (2004), .. D'autres personnalités et des militaires français, comme Dominique de VillepinPatrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les Arènes (2004), , Pierre PéanPEAN Pierre, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et une nuits, novembre 2005, le colonel Jacques Hogard ou Bernard DebréBernard Debré - La Véritable Histoire des génocides rwandais, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, 2006., le périodique AfriquEducationBienvenue sur le site du journal Afriqueeducation, défendent ou ont défendu aussi l'idée d'un « double génocide ».
La qualification de génocide des Hutu n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. Le rapport de la commission des droits de l'homme de l'ONU, dit « rapport mapping » a évoqué cette question sans pouvoir établir ce génocide. Les exactions examinées et commises par l'armée rwandaise contre des Hutu regroupés au Congo ne présentent pas le critère prépondérant d'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe selon les termes de la Convention du sur le génocideRapport mapping pages 283-293Étude du rapport Mapping par la CEC. Les autorités rwandaises, les rescapés du génocide (Ibuka), Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères du , des journalistes comme Patrick de Saint-Exupéry (Le Figaro), Jean Chatain (L'Humanité), Colette Braeckman (Le Soir), des ONG internationales telles que la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Human Rights Watch, Amnesty International ou françaises comme la LDH, le CCFD, et Survie, estiment que si des crimes sont à reprocher au FPR, ils ne peuvent être qualifiés de génocide et ne peuvent être opposés "en miroir" au crime de génocide du Hutu Power en 1994.
Lors de son audition par la mission d'information sur le Rwanda, Éric Gillet, membre du bureau exécutif de la FIDH déclarera : « S’agissant du FPR, l’objectif du génocide ne pouvait être retenu, dans la mesure où un groupe représentant 15 % de la population ne pouvait raisonnablement envisager d’éliminer les 85 % restants. Des massacres sélectifs, aux effets similaires, du type de ceux commis au Burundi en 1972 n’en restaient pas moins possibles. Même s’il n’est pas allé jusqu’à de telles actions, le FPR s’est conduit avec une grande violence qui n’est pas davantage justifiable, bien qu’en termes existentiels sa logique soit différente. Outre les massacres qu’il a commis à plusieurs reprises, il a en particulier refoulé des populations considérables devant lui, provoquant de très importants mouvements de déplacés, en particulier en . Il n’en reste pas moins que, notamment pour des raisons juridiques, il n’est pas possible d’établir une égalité entre le génocide et les violations des droits de l’homme commises par le FPRcf. , fichier auditio1.rtf, . »