Le Grand Prix des Pays-Bas 1967 (), disputé sur le circuit de Zandvoort le , est la cent-cinquante-troisième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la troisième manche du championnat 1967.

Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

thumb|right|upright=0.7|alt=Jack Brabham|Début de saison difficile pour le champion du monde Jack Brabham, malchanceux à Kyalami et à Monaco. Dominatrices en 1966, les Brabham se sont de nouveau montrées les plus rapides en ce début de saison 1967. Malchanceux lors des deux premières manches, le champion du monde Jack Brabham n'a toutefois pu tirer son épingle du jeu, alors que son coéquipier Denny Hulme, vainqueur du Grand Prix de Monaco, a pris la tête du championnat du monde. Malgré la sortie d'un nouveau modèle, plus compact, la domination des monoplaces du pilote-constructeur australien devrait cependant être contestée avec l'arrivée de la dernière création de Colin Chapman, l'ultralégère Lotus 49, dotée d'un puissant V8 développé par Cosworth, en partenariat avec Ford, donné pour plus de 400 chevaux. Les deux premiers exemplaires viennent d'être achevés et feront leurs débuts en course aux mains de Jim Clark et de Graham Hill. Améliorées depuis l'an dernier, les puissantes monoplaces de la Scuderia Ferrari doivent également figurer parmi les favorites, mais l'équipe italienne a subi une lourde perte avec la disparition de son premier pilote, Lorenzo Bandini, quelques jours après son terrible accident de MonacoRevue L'Automobile - juin 1967.

Le circuit

Projeté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le circuit permanent de Zandvoort, situé près de Haarlem, fut inauguré en 1948, avec l'organisation d'une épreuve de Formule 1 remportée par le Prince Bira, sur Maserati. Il est régulièrement utilisé pour les courses automobiles internationales et, plus occasionnellement, pour des compétitions cyclistes et motocyclistes. Son tracé sinueux, longeant la mer du Nord, sillonne les dunes, les vents marins entraînant de fréquentes projections de sable, souvent préjudiciables aux mécaniques de course et rendant l'adhérence précaire, les pilotes reprochant souvent aux organisateurs le manque de nettoyage de la piste.. Vainqueur à trois reprises du Grand Prix des Pays-Bas, Jim Clark détient le record de la piste, ayant accompli en course un tour à 166,6 km/h de moyenne au volant de sa Lotus F1, en 1965Revue L'Automobile - août 1965. L'année suivante, le pilote-constructeur Jack Brabham avait tourné à plus de 171 km/h de moyenne au cours des essais mais le record officiel n'avait pas été amélioré le jour de la course, la piste étant maculée d'huile.

Monoplaces en lice thumb|upright=1.05|right|alt=Brabham BT24|La petite Brabham BT24, à moteur V8 Repco. Brabham BT19, BT20 et BT24 "Usine" Alors que tous les autres constructeurs de F1 ont adopté la structure monocoque, Jack Brabham et son associé Ron Tauranac restent des adeptes de la structure multitubulaire. Le châssis de la nouvelle BT24, pratiquement identique à la BT23 de Formule 2 apparue en mars, est constitué de tubes soudés. Son V8 Repco, à échappement central et alimenté par injection mécanique Lucas, délivre environ 330 chevaux à 8000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland DG300, à cinq rapports. Cette monoplace ne pèse que 510 kg à vide. Elle a à peine roulé aussi Brabham dispose-t-il également de sa BT19 de la saison dernière, équipée de la version précédente du V8 Repco, développée à partir d'un bloc en aluminium d'Oldsmobile F-85, d'une puissance de 315 chevaux à 8000 tr/min. La boîte est également une Hewland DG300. La BT19 pèse 540 kg à vide. Hulme a également deux voitures à sa disposition, la BT20 qu'il utilise habituellement ainsi que la BT20 utilisée par Brabham lors des épreuves précédentes. Techniquement identiques à la BT19, les BT20 disposent de voies légèrement plus larges, sont plus rigides et un peu plus lourdes (environ 565 kg à vide), leur châssis étant constitué de tubes ovales au lieu de ronds. Les quatre voitures sont chaussées de pneus Goodyear.

Brabham BT11 privée Le Britannique Bob Anderson aligne une nouvelle fois son ancienne Brabham BT11 à moteur quatre cylindres Climax FPF de 2,7 litres (260 chevaux à 6800 tr/min). Il utilise des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Ferrari 312 "Usine" Après la disparition tragique de Lorenzo Bandini, la Scuderia Ferrari a promu Chris Amon au rang de premier pilote, le jeune Néo-Zélandais étant épaulé par Mike Parkes et Ludovico Scarfiotti. Amon dispose de la version 1967 de la 312, avec laquelle il a terminé troisième à Monaco. Scarfiotti pilote un modèle identique, tout juste sorti d'usine, alors que Parkes utilisera sa monoplace de la saison précédente, une 312 à empattement allongé afin de loger les jambes du Britannique, qui mesure 1,90 mètre. Les 312 ont une structure monocoque et sont équipées d'un moteur V12 dérivé de celui des modèles d'endurance, désormais doté d'un double allumage et d'une distributions à trois soupapes par cylindre. L'alimentation est assurée par un système d'injection indirecte Lucas et la puissance maximale est de 390 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses. Bénéficiant d'un meilleur profilage, le modèle 1967 pèse 550 kg à vide, contre plus de 600 pour la voiture de Scarfiotti sur laquelle ont été montées les nouvelles suspensions. Une 312 de 1966, à empattement standard, fait office de mulet. Les Ferrari utilisent des pneus Firestone.

Cooper T81 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T81|Pedro Rodríguez dans les stands de Zandvoort au volant de sa Cooper T81. Après la victoire surprise de Pedro Rodríguez, nouvelle recrue de l'équipe de Surbiton, à Kyalami, les lourdes Cooper T81 à moteur V12 Maserati sont ensuite rentrées dans le rang et se sont révélées très décevantes à Monaco, y occupant les deux dernières places de la grille de départ ! Monoplaces à structure monocoque, les T81 pèsent 640 kg à sec, la nouvelle version allégée T81B utilisée par Jochen Rindt en principauté pesant une vingtaine de kg de moins. Rindt pilotera de nouveau cette voiture, Rodríguez conservant sa T81 habituelle, identique au mulet dont dispose l'équipe. Jugé trop fragile, le V12 à 36 soupapes (donné pour 400 chevaux à 10000 tr/min) est resté à l'usine, les trois monoplaces présentes utilisant la précédente version à deux soupapes par cylindre et double allumage (système d'injection Lucas, environ 360 chevaux à 9000 tr/min). La T81B de Rindt bénéficie de nouvelles jantes à base de magnésium et d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports, les deux autres voitures ayant conservé une boîte 'cinq' ZF. Les Cooper sont chaussées de pneus Firestone.

Cooper T81 privée En l'absence des pilotes indépendants Joakim Bonnier et Guy Ligier, la seule Cooper T81 engagée à titre privé est celle de Rob Walker, une nouvelle fois confiée à Joseph Siffert. Disposant d'un V12 Maserati à simple allumage, elle ne dispose que de 330 chevaux. Elle est équipées d'une boîte cinq vitesses ZF et de pneus Firestone.

BRM P83 & P 115 "Usine" Les nombreux problèmes de mise au point du lourd moteur 16 cylindres ont incité le constructeur de Bourne à utiliser un V12 pour leur future F1 (sur la base d'études déjà réalisées pour un moteur d'endurance), mais celui-ci ne devrait être opérationnel qu'en fin de saison. L'équipe BRM continue donc à utiliser ses modèles 1966 (P83), ainsi qu'une évolution affinée et allégée (baptisée P115) qui va effectuer sa première sortie à Zandvoort aux mains de Jackie Stewart. Les deux modèles ont une structure monocoque et utilisent le moteur H16, alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, qui développe environ 400 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses à six rapports réalisée en interne. Pesant 700 kg (soit 35 de plus que la nouvelle P115), les imposantes P83 figurent parmi les plus lourdes monoplaces du plateau. Alors que son coéquipier Mike Spence pilotera sa P83 habituelle, Stewart aura les deux autres à sa disposition. Les BRM utilisent des pneus Firestone.

thumb|upright=1.1|right|alt=Cosworth DFV|Le nouveau V8 Cosworth DFV, conçu par Keith Duckworth. BRM P83 privée L'écurie dirigée par Tim Parnell avait engagé la P83 récemment rachetée à l'usine. Cette voiture devait être pilotée par Piers Courage mais n'a pu être préparée à temps pour l'épreuve néerlandaise, aussi Courage a-t-il dû déclarer forfait.

Lotus 49 "Usine" Dernière création de Colin Chapman, en totale collaboration avec l'ingénieur-motoriste Keith Duckworth et avec le partenariat de Ford, la Lotus 49 vient tout juste d'accomplir ses premiers tours de roue, aux mains de Graham Hill. Son châssis, à structure monocoque, présente la particularité de ne pas comporter de partie postérieure, le moteur, boulonné sur le cockpit, supportant le train arrière. Il s'agit de la première monoplace adoptant le principe du moteur porteur. Ce concept permet de réduire considérablement le poids de l'ensemble, la voiture dépassant à peine les 500 kg réglementaires, dont seulement 168 pour l'ensemble moteur, embrayage et accessoires. Doté de quatre arbres à cames en tête et de quatre soupapes par cylindre, le V8 Cosworth DFV, alimenté par injection indirecte Lucas, fournit 400 chevaux à 9000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses ZF à cinq rapports. L'usine a engagé deux exemplaires identiques, confiés à Graham Hill et Jim Clark, et ne dispose pas de mulet. Exilé aux Bermudes pour raisons fiscales, Clark n'a pu se rendre au Royaume-Uni pour participer à la mise au point de ce modèle (tâche dévolue à Graham Hill) et n'en a donc encore jamais pris le volant. Les deux Lotus officielles sont chaussées de pneus Firestone.

Lotus 33 privée Le Britannique Chris Irwin dispose une nouvelle fois de la Lotus 33 du Reg Parnell Racing, avec laquelle il a notamment terminé quatrième du dernier Grand Prix de Syracuse. Conçue pour la F1 1500 cm3, cette monoplace à structure monocoque est motorisée par un V8 BRM de 2070 cm3, d'une puissance de l'ordre de 280 chevaux. Dotée d'une boîte «cinq» Hewland, elle a dû être lestée pour atteindre le poids minimal de 500 kg. Elle utilise habituellement des pneus Dunlop, mais l'équipe dispose également de pneus Firestone. Un moteur de rechange est prévu, mais il s'agit d'un V8 BRM de seulement 1916 cm3 (265 chevaux).

thumb|upright|right|alt=McLaren M4A|Modèle intérimaire, la McLaren-BRM M4B est dérivée de cette McLaren M4A de Formule 2. Eagle T1G "Usine"