Le taro ou oreille d'éléphant (Colocasia esculenta) est une espèce de plantes à fleurs monocotylédones de la famille des Araceae, sous-famille des Aroideae, originaire du sous-continent indien et d'Asie du Sud-Est, à répartition pantropicale. La plante est cultivée dans toutes les régions tropicales pour sa racine épaissie (un corme souvent appelé tubercule) à la chair de couleur blanche à rose, de texture sèche et au goût proche de celui de la patate douce. Les feuilles se préparent comme des épinards.

Cette plante est généralement connue sous le nom vernaculaire de taro, terme générique qui au sens strict désigne Colocasia esculenta, mais est parfois utilisé pour désigner diverses espèces d’Araceae à tubercules alimentaires, notamment dans les genres Colocasia, Alocasia et Xanthosoma. Le terme désigne aussi le corme (ou tubercule) lui-même.

Noms vernaculaires

Noms communs : taro, colocase ou chou de Chine. « Taro » est un mot emprunté au tahitien. À La Réunion et à l'île Maurice, cette plante est connue sous le nom de « songe » ou « arouille violette ». En Guyane, Martinique et Guadeloupe on l'appelle « madère » ou encore « chou chine » ou « dachine ». Encore appelé « kudubadé » ou « diabéré » en wolof au Sénégal. À Madagascar, encore appelé « saonjo ».

On trouve parfois le nom dEddo ou Eddoe pour désigner une espèce proche, Colocasia antiquorum aux cormes plus petits et au goût moins sucré Purseglove, J.W. 1972. Tropical crops. Monocotyledons. Longman & John Wiley, Harlow and New York...

Sinogramme en chinois : 芋.

. Description

Appareil végétatif vignette|gauche|redresse|Cormes. vignette|gauche|redresse|Nervures à la face inférieure d'une feuille.

Colocasia esculenta, le taro vrai, est une plante herbacée vivace à port dressé qui peut atteindre de haut, au système racinaire adventif, fibreux et superficiel. Elle est vivace grâce à son rhizome tubéreux de grosseur variable, formant un corme, de forme cylindrique ou sphérique, d'aspect écailleux, à peau épaisse, résultant de l'épaississement souterrain de ce rhizome. Ce corme, qui peut atteindre , est doté de bourgeons latéraux donnant naissance à des cormes secondaires, des drageons ou des stolons. La plante est cependant souvent cultivée comme plante annuelle.

Les feuilles, simples, grandes et belles, vertes plus ou moins foncées, parfois violacées, sont disposées en spirale mais formant une rosette. Ce sont des feuilles peltées, au limbe entier, épais, glabre, à trois nervures principales, cordiforme à la base, parfois un peu sagittées. Le limbe peut atteindre de long sur de large et présente un bon effet déperlant - effet lotus.

Le pétiole vert ou violet, long de 0,5 à , est plus large et engainant à la base par laquelle il s'accroche à l'apex du corme. Sa texture interne spongieuse facilite vraisemblablement les échanges gazeux lorsque la plante croît en terrain marécageux ou inondé. Le pétiole s'attache au limbe vers le milieu de ce dernier (feuille peltée). C'est généralement le cas, à l'exception des variétés hawaïennes du groupe 'Piko' qui ont des feuilles hastées, c'est-à-dire que le pétiole est attaché au bord du limbe. Les feuilles peltées sont un trait distinctif qui permet de distinguer le taro du tannia ou macabo (espèces du genre Xanthosoma).

Appareil reproducteur

vignette|gauche|redresse|Spadice. La floraison et la fructification sont rares, voire inexistantes, chez certains cultivars, notamment dans les îles du Pacifique..

L'inflorescence est un spadice cylindrique, de 6 à 14 cm de long, terminé par un appendice stérile, acuminé et rose. Le spadice est porté par un pédoncule robuste, de 15 à 30 cm de long, bien plus court que le pétiole des feuilles. Une spathe longue et étroite, de 20 à 40 cm de long, se recourbant légèrement au sommet, est enroulée en cornet autour du spadice. L'ensemble est une structure caractéristique des Araceae, bien connue chez les Arums ornementaux.

La spathe est formée d'une partie inférieure verte, de 3 à 5 cm de long, qui enveloppe les fleurs pistillées du spadice, et d'une partie supérieure jaune, plus longue, de 15 à 35 cm, oblongue lancéolée et enroulée à son extrémité distale.

Les fleurs, petites, dépourvues de périanthe, sont unisexuées. Les fleurs pistillées (femelles), jaunes ou vertes, sont situées à la base du spadice, occupant une longueur de 2 à 5 cm du spadice. Elles présentent un ovaire supère, uniloculaire, de 1 à 1,5 mm de diamètre, avec un seul stigmate presque sessile. L'ovaire contient 36 à 67 ovules disposés sur deux à quatre placentas pariétaux. Des fleurs stériles sont dispersées parmi les fleurs femelles normales et disparaissent au fur et à mesure que les fruits grossissent après la pollinisation.

Au-dessus des fleurs femelles se trouve une étroite bande de fleurs stériles de 2 à 5 cm de long, suivie par les fleurs staminées (mâles). Les fleurs mâles, situées à la partie supérieure, présentent de 2 à 6 étamines dont les anthères linéaires soudée pour former un synandrium. Chaque anthère présente 2 thèques déhiscentes par un pore terminal.

Les fruits sont des petites baies formant une infrutescence qui groupe de nombreuses baies étroitement serrées. Chaque baie, de forme ellipsoïde, de couleur orangée à maturité, mesure de 3 à 5 mm de diamètre et contient en moyenne de 2 à 5 graines..

Celles-ci, de forme ovoïde à ellipsoïde, striées longitudinalement, mesurent 1,0 à 1,5 mm de long sur 0,7 à 1,0 mm de diamètre. Elles sont dures, de couleur jaune paille ou jaune clair, présentent un hile bien visible à une extrémité et un délicat funicule translucide, et sont pourvues d'un albumen abondant..

Cytologie

Le nombre chromosomique de base est x=14, et on rencontre des individus diploïdes (2n=2x=28) et triploïdes (2n=3x=42). On a signalé aussi en Inde des individus à 36 et 48 chromosomes. Pour certains auteurs, l'instabilité génétique de l'espèce serait due à la culture pendant une longue période de temps dans la région du centre de diversité..

Distribution et habitat

La plante semble originaire de la côte indo-birmane, mais s'est répandue dès la préhistoire dans toute l'Océanie puis par la suite dans l'Amérique tropicale, et plus tardivement en Afrique.. C'est l'un des plus anciens légumes cultivés.

Colocasia esculenta se rencontre principalement dans les zones humides et les forêts humides dans des habitats ripariens, sur les berges et le long des cours d'eau, des marais et des canaux.

Écologie

Plante envahissante

vignette|redresse|Population de taros récemment naturalisée sur les berges d'un ruisseau à Downfall Creek (Australie).

Colocasia esculenta est une plante herbacée aquatique susceptible de devenir une adventice agressive ou envahissante par sa croissance rapide, sa capacité à se reproduire à la fois par les graines et surtout végétativement par les bulbes, les rhizomes et les drageons. Les fragments de rhizome sont facilement transportés par les cours d'eau et les inondations peuvent déloger les rhizomes chargés de bourgeons des berges..

En outre cette plante peut s'adapter dans des milieux variés, qu'il s'agisse du substrat ou de l'exposition, ensoleillée ou plus ombragée. La grande variabilité de l'espèce fait que le caractère envahissant varie aussi selon les cultivars. Par exemple, en Australie, les cultivars ornementaux à tiges violettes, 'Euchlora' et 'Fontanesii', sont les plus envahissants.

L'espèce est considérée comme une plante envahissante dans certaines régions tropicales, subtropicales ou tempérées chaudes. C'est le cas notamment pour le territoire français à Mayotte et à La Réunion.. La plante, qui est cultivée dans la plupart des îles du Pacifique, est également répertoriée comme envahissante à Hawaï, en Polynésie française, aux îles Juan Fernández, aux îles Galápagos, aux îles Kermadec et aux îles Marshall, ainsi que dans certaines îles des Antilles (Cuba, Jamaïque, Porto Rico) et dans certaines régions des Amériques (Costa Rica, Floride), d'Australie (Nouvelle-Galles du Sud, Queensland, île Lord Howe) et d'Asie (Chine, Taïwan, Singapour).

Une population de taros au comportement envahissant a été découverte dans les années 2010 en Andalousie. C'est le premier cas signalé en Europe..

Taxinomie Cette espèce a été décrite pour la première fois par Linné sous le nom de Arum esculentum et publiée en 1753 dans son Species plantarum.. Elle a été reclassée sous son nom actuel dans le genre Colocasia par le botaniste autrichien Heinrich Wilhelm Schott et publié en 1832 dans Meletemata Botanica..

Linné avait décrit également sous le nom de Arum colocasia un autre type de taro, qui fut renommé par Schott en 1832 sous le nom de Colocasia antiquorum.. Synonymes Selon :

Liste des variétés Selon (attention liste brute contenant possiblement des synonymes) :

Histoire Colocasia esculenta est l'une des premières espèces de plantes qui ont été domestiquées. Sa domestication aurait eu lieu très tôt, avant même la domestication du riz. Elle serait intervenue il y a environ indépendamment dans deux foyers, dans le nord de l'Inde, et en Nouvelle-Guinée. En Asie, les champs de taro inondés pourraient avoir été un précurseur du système des rizières. On en a déduit que le taro a été domestiqué plus tôt que le riz à Taïwan, aux Philippines, en Assam et au Timor..

Propagation La plante a été propagée par la culture il y a plus de d'une part vers l'est jusqu'en Nouvelle-Guinée et dans les îles du Pacifique, et d'autre part vers le nord, vers la Chine et d'autre part vers l'ouest, vers l'Égypte et l'Afrique de l'Est, d'où elle a été introduite en Afrique de l'Ouest par les Arabes. Le taro s'est également propagé à Madagascar dès le de notre ère.. vignette|redresse|gauche|Illustration botanique par Mattioli in Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis (vers 1580).

Le taro serait arrivé en Asie du Sud-Ouest et dans la région méditerranéenne au et peut-être plus tôt.. Il a été introduit en Europe depuis l'Égypte et est encore cultivé comme plante alimentaire dans l'Est du bassin méditerranéen, notamment à Chypre et dans le Sud de la Turquie. La plante était autrefois cultivée à des fins alimentaires en Italie, au Portugal et en Espagne, mais n'est plus utilisée dans ces pays que comme plante aquatique ornementale.

Dans l'océan Pacifique, le taro a été introduit à Hawaï par les Polynésiens vers 900 à 1000 après J.C. Il est devenu l'une des plantes alimentaires les plus importantes sur le plan économique et socio-culturel, en particulier dans les îles de Nouvelle-Guinée, Tonga et Samoa. Considéré comme une culture de prestige, il figure dans une grande partie du folklore et des traditions orales des îles du Pacifique. Il va jusqu'à être représenté sur des pièces de monnaie des Samoa et des Tonga.

L'introduction de la plante dans les Amériques s'est faite par la traite négrière au à de nombreuses reprises. Ainsi, le taro était cultivé à la Barbade dès 1647 comme aliment de base des esclaves. Par la suite, la plante est signalée en 1864 comme « naturalisée » en Jamaïque et à Saint-Kitts et largement cultivé dans la plupart des îles des Antilles. Le premier signalement de cette espèce à Porto Rico date de 1883. La plante a été introduite dans le Sud-Est des États-Unis en 1910 par le ministère de l'Agriculture comme culture de substitution à la pomme de terre. Cependant le taro n'a pas connu un grand succès aux États-Unis, concurrencé par d'autres cultures (comme la patate douce).

Traces archéologiques