L'école néoclassique est une école de pensée économique dont la thèse centrale est que les marchés disposent de mécanismes autorégulateurs qui, en l'absence d'intervention extérieure, conduisent à l'optimum économique ; l'État n'a ainsi qu'un rôle très mineur à jouer dans le domaine économique. Fondée par les économistes marginalistes Léon Walras, William Stanley Jevons et Carl Menger à la fin du , elle a dominé la science économique jusqu'à l'avènement du keynésianisme amendé. L'école s'est ensuite en partie fondue dans la synthèse néoclassique, qui a synthétisé des pans de la théorie keynésienne avec des modèles néoclassiques.
L'expression de est aussi le nom générique donné aux différentes écoles de pensées postérieures au néoclassicisme de la fin du et du début du . Le monétarisme de Milton Friedman et la nouvelle économie classique sont ainsi parfois qualifiées de néoclassiques.
Histoire Émergence et premiers modèles L'école classique a dominé la science économique depuis la fin du . La théorie des avantages comparatifs de David Ricardo, la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, la loi de la gravitation d'Adam Smith, ainsi que le postulat des rendements décroissants en forment le socle théorique. L'école classique semble toutefois dépassée à partir des années 1850, et déjà les écrits de John Stuart Mill semblent préfigurer une évolution marquée de l'école classique.
Dans les années 1870, des programmes de recherche commencés dans la décennie précédente se trouvent concrétisés dans des ouvrages majeurs, sortis à quelques années d'écart, sans coordination entre les auteurs. Carl Menger publie ses Principes d'économie en 1871, posant à la fois les bases de l'école néoclassique et de l'école autrichienne. La même année, William Stanley Jevons publie sa Théorie de l'économie politique. Enfin, en 1874, Léon Walras crée le socle théorique de la pensée néoclassique dans ses Éléments d'économie politique pure. Ces économistes apportent deux grandes nouveautés : l'individualisme méthodologique analyse le groupe en partant d'une analyse individuelle généralisée, et le marginalisme, qui permet de raisonner , c'est-à-dire d'observer l'effet de l'ajout d'une unité supplémentaire.
L'apport méthodologique premier des néoclassiques demeure la mathématisation de la réflexion économique. Le marginalisme exige des calculs précis ; les premiers néoclassiques ont souvent une formation de mathématicien. Cette dominante mathématique doit toutefois être nuancée chez certains auteurs, car Menger rejette l'usage des mathématiques pour se consacrer à la théorie.
Ces économistes rompent avec les classiques sur plusieurs points. Cela leur permet de s'affirmer comme une école indépendante, et non pas comme une simple continuation. La première rupture est au sujet de la valeur travail. Les néoclassiques remarquent que les biens se vendent à des prix élevés alors que la quantité de travail nécessaire pour les produire ne fait que diminuer grâce à l'automatisation: face aux classiques, les néoclassiques soutiennent dès lors que la valeur d'échange fixe le prix du bien.
Confirmation et renforcement L'école néoclassique se renforce au tournant du XXe siècle. Des économistes de cette époque, tels qu'Alfred Marshall ou Arthur Cecil Pigou, utilisent les bases de leurs prédécesseurs néoclassiques pour repousser les limites de la connaissance économique.
C'est à partir de cette époque que ces nouveaux classiques obtiennent le nom de néoclassique, sous la plume de Thorstein Veblen (1900). Il désigne à l'origine les auteurs qui intègrent la révolution marginaliste, et inclut les économistes de l'école autrichienne (Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, etc.) Veblen, 2003, Les néoclassiques se caractérisent alors généralement par trois critères : un individualisme méthodologique (la théorie se base sur l'individu en tant qu'agent économique disposant d'un certain degré de rationalité) ; l'instrumentalisme méthodologique (le comportement est déterminé par les préférences des agents) ; enfin, la théorie est typiquement dirigée vers la recherche de l'équilibre.
À partir des années trente, et à la suite des travaux de John Hicks et de Paul Samuelson, des économistes néoclassiques vont incorporer leurs idées dans un cadre keynésien, et mélanger les apports des premiers avec ceux des secondes. La synthèse néoclassique (ou ) émerge et devient la nouvelle école dominante jusqu'aux années 1970. Le rapprochement entre keynésiens et néoclassiques conduit progressivement les économistes de l'école autrichienne à se considérer comme une école hétérodoxe hors de l'école néoclassique.
Postérité Si l'école néoclassique se retrouve en partie fondue dans la synthèse néoclassique, certains auteurs se montrent plus réticents à accepter les conclusions keynésiennes, et continuent de développer leurs propres théories parallèlement. Ils font alors figure d'hétérodoxes. Leurs théories vont toutefois devenir de plus en plus populaires au sein de la profession économique, au fur et à mesure que la synthèse néoclassique montrera ses propres failles. Les néoclassiques inspirent notamment les néo-walrasiens, qui vont augmenter la théorie de l'équilibre général (Kenneth Arrow, Gérard Debreu). Ils fournissent également les bases d'une réflexion mêlant économie et science politique au sein de l'école des choix publics (James M. Buchanan, Gordon Tullock).
La plus importante postérité des néoclassiques se trouve toutefois au sein de deux écoles majeures de la pensée libérale du XXe siècle. Il s'agit, tout d'abord, des monétaristes, emmenés par Milton Friedman et Anna Schwartz ; ensuite, de la nouvelle économie classique, dont les membres les plus éminents sont Robert Lucas Jr, Finn E. Kydland et Edward C. Prescott. Dans le domaine de l'analyse économique du droit, l'école de Chicago (George Stigler, Gary Becker) adopte une méthodologie inspirée des néoclassiques.
Fondements théoriques Naturalisme Les néoclassiques considèrent que les phénomènes économiques peuvent et doivent être étudiés à l’aide des mêmes méthodes que les phénomènes physiques. La science économique doit s'inspirer des sciences de la nature, comme la science physique, pour atteindre un degré d'exactitude similaire.
Cette volonté de rapprochement avec les sciences dites dures se traduit également par une plus stricte séparation entre ce qui relève de l'économie et ce qui relève de la morale, ou encore de l'éthique. Walras affirme ainsi vouloir construire une science qui ne traite pas de choix moraux, mais des faits tels qu'ils sont. Ce qui est alors appelé économie politique commence à être simplement appelé . Cette nouvelle économie, souvent appelée « économie pure », rompt avec la tradition économique et évacue les problèmes liés à la justice sociale pour les confier à la philosophie politique.
Rationalité des acteurs Les agents sont considérés comme rationnels, calculateurs et maximisateurs. Leurs préférences peuvent être clairement identifiées et quantifiées. Ils cherchent à maximiser l'utilité ou la satisfaction des biens consommés, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit, et uniquement cela.
Selon la théorie du consommateur, l’individu adopte une attitude rationnelle visant à maximiser son utilité. À chaque dépense, il compare l’utilité marginale des biens afin de hiérarchiser ses préférences et s’oriente vers le plus utile. Cette étude de l’individu, comme producteur ou consommateur rationnel et autonome, rejoint le principe de l’individualisme méthodologique.
Société d'individus Parce que les néoclassiques adoptent la perspective de l'individualisme méthodologique, ils pensent la société comme une agrégation d'individus et non comme une société de classes. Ils se distinguent ainsi des classiques, qui adoptaient une perspective basée sur une tripartition sociale entre les détenteurs du facteur travail, du facteur capital, et des ressources terriennes. Ainsi, les comportements individuels ne relèvent jamais d'une logique de classe.
Fonctionnement des marchés Les néoclassiques fondent leur analyse sur l'hypothèse de la concurrence pure et parfaite. Les agents économiques agissent chacun indépendamment sur les marchés, et ce à partir d'une information complète et pertinente (condition de la transparence).
L’économie néoclassique met l’accent sur les situations d’équilibre, considérées comme les solutions aux problèmes de maximisation des agents. Les phénomènes généraux, collectifs, sont déterminés par l’agrégation des comportements individuels des agents, une position appelée individualisme méthodologique. Les institutions, dont on peut penser a priori qu’elles conditionnent les comportements individuels, ne reçoivent que peu d’attention.
Déterminant de la valeur Les néoclassiques rompent avec l'école classique sur la question de la détermination de la valeur. Elle ne provient pas du travail nécessaire à la production du bien, mais sur l'utilité que le bien procure (la valeur que le consommateur lui attribue pour atteindre sa fin grâce à lui). Jevons se sépare ainsi radicalement de la théorie objective de la valeur-travail d'Adam Smith en affirmant : .
Pensée marginale La pensée néoclassique se fonde sur un outil d'analyse économique puissant qu'est le marginalisme. Ce raisonnement à la marge permet de redéfinir la valeur d'un bien, et de modifier l'évaluation de son utilité.
L'école classique avait échoué à répondre au paradoxe de l'eau et du diamant : si la valeur d'un bien correspond à son utilité, comment se fait-il que l'eau ait un prix faible, et le diamant, un prix élevé ? Le marginalisme permet de répondre : si nous raisonnons à la marge, la dernière utilité qui sera produite d'eau aura une valeur infiniment plus faible que celle du diamant.
Mathématisation Si l'économie reposait auparavant sur des calculs simples et des descriptions détaillées, les néoclassiques inaugurent véritablement l'utilisation des mathématiques comme outil d'analyse économique. Walras écrit dans l'une de ses correspondances que « Lettre à E.de Foges, 3/5/1891 » A. Samuelson, Les grands courants de la pensée économique, PUG, 1990, . Cette utilisation débouche sur une forme plus aboutie de la notion d’équilibre économique, bien que tout repose sur des hypothèses imparfaitement vérifiées. La notion d’équilibre général est créée par Walras dans son Traité d’économie politique pure de 1874.
Le néoclassicisme voit aussi l'apparition de l'usage massif de dérivées (utilité marginale, productivité marginale, coût marginal…).
Monnaie L'école néoclassique n'est pas unanime sur la question de la monnaie. La majorité des premiers auteurs néoclassiques adopte l'idée de la neutralité de la monnaie, et Carl Menger semble y être l'exception. Les néoclassiques considèrent généralement que la monnaie, en tant que simple , a pour fonction unique de fluidifier les échanges ; le volume en circulation n'a pas d'effet sur les variables réelles, comme le revenu réel (le revenu nominal moins l'inflation), l’investissement, l’épargne, etc.
Irving Fisher, fondateur de la théorie quantitative de la monnaie, reconnaît qu’il ne fait « qu’apporter une restauration et une amplification de la vieille théorie quantitative de la monnaie » avec son équation (1911) : MV = PT (M = masse monétaire, V = vitesse de circulation de la monnaie, P = niveau général des prix, T = volume des transactions). Il est à remarquer que pour cet auteur, la monnaie n'est pas neutre : toute augmentation de la masse monétaire (M) (en supposant que V et T sont constants, ce qui n'est pas loin de la réalité) implique une augmentation du niveau général des prix (P) (l'inflation) et donc une baisse du revenu réel.
Concepts clefs Marché du travail